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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).

Le marketing ne sera plus jamais comme avant

Posté par mouradpreure le 28 mars 2013

Le Nouvel Economiste – 15 Juillet 2010

Le marketing ne sera plus jamais comme avant dans STRATEGIE, INTELLIGENCE ECONOMIQUE

Les nouvelles fonctionnalités du Web, ces réseaux sociaux qui tissent des liens si personnalisés, coalisent les affinités des consommateurs, fédèrent les détestations avec de formidables effets de levier qui changent très profondément  le comportement des consommateurs et donc les relations avec les marques. Finie cette classique communication publicitaire top-down et monocanale des médias de masse. Le consommateur qui dorénavant partage ses expériences avec ses amis à n’importe quel bout de la planète veut être connu, surtout reconnu dans toutes ses dimensions : citoyen du monde soucieux de l’environnement et consommateur vigilant. Et ce sans qu’une once d’intrusion vienne polluer la relation.

Cette fracture d’attitude vis- à-vis de la publicité oblige non seulement les publicitaires à réinventer leur métier afin de tirer partie de la fée digitale mais aussi les marques qui doivent multiplier les points de contact avec leurs futurs acheteurs, nourrir leur imaginaire d’histoires beaucoup plus riches qu’hier tout en déployant une rude créativité afin de proposer toute une batterie de nouveaux services. Bref, les relations entre les consommateurs et les marques sont radicalement transformées par l’ère numérique. A première vue, il s’agit d’une banale opération marketing bousculant les habitudes et pourtant tous ses ressorts en font la manifestation d’une transformation majeure de rapport de force entre les consommateurs et les marques. Internet est bien évidemment passé par là. Bousculant et les manières de faire et les possibilités de dialogue entre les consommateurs et les vendeurs. Certes, il ne s’agit que d’eau pétillante sucrée et colorée mais sa nouvelle forme d’expression publicitaire en dit sacrément long sur les mutations les plus emblématiques que va connaître la publicité et beaucoup plus globalement le marketing. Cette petite histoire qui captive tous les publicitaires et as de marketing de la planète a donc valeur de symbole et illustre l’une des mutations les plus emblématiques de leur métier, l’initiative prise sous forme du “Pepsi refresh project” …La firme a décidé de distribuer chaque mois 1,3 million de dollars à dix projets associatifs pour lesquels les internautes ont voté pour les sélectionner, au lieu de les dépenser en budget publicitaire.

Le marketing d’influence

“Le marketing ne sera plus jamais comme avant. C’est la grande nouveauté, les marques ont le contact 365 jours par an et doivent s’exprimer à 360°, ce qui induit de forts besoins de contenus. La nouveauté, c’est que le consommateur est beaucoup plus informé et comprend bien mieux les stratégies des marques, il est plus mature avec une capacité à analyser en temps réel qui est démultipliée par ces phénomènes de bouche à oreille qui bousculent et l’espace et le temps”, observe en expert passionné Nicolas Bordas, président de TBWA France et de l’Association des agences conseils en communication (AACC). En effet, 78 % des internautes écoutent les avis et croient les recommandations d’autres consommateurs pour effectuer une décision d’achat (source : Jupiter research -Forrester) et 62 % des Français déclarent lire les avis des internautes dans Sites marchands et les considèrent comme étant les sites les plus influents (FEVAD-Médiamétrie, 5e baromètre sur les comportements d’achat des internautes, 2009). Sachant que 47 % des internautes dans le monde consultent des communautés en ligne pour prendre leurs décisions d’achat (source : Jupiter research – Forrester). Cette révolution tranquille remplaçant la communication de masse par une multiplicité de cibles, de canaux, de médias n’est jamais que la troisième vécue depuis quelques décennies par les entreprises, si l’on en croit la patron de l’AACC : après celle de la globalisation des années 70 – la mondialisation – puis celle de la “corporatisation” poussant les entreprises à intégrer de façon globale toutes les dimensions d’environnement, de santé, etc. Mais dans le même temps, selon les constats du consultant en marketing Henri Kauffman : “Tout va changer car 70 % des contenus d’Internet sont générés par les internautes, pas par les marques,  et 34 % des blogueurs parlent de produits et de marques. Le client veut de la personnalisation et de la considération. Désormais, dès l’arrivée du prospect, sa home page est personnalisée afin d’éviter le sentiment d’intrusion, grâce à de multiples outils, le site s’adapte au client afin de mieux correspondre à ses attentes, comme si l’on aménageait une boutique à votre attention avant votre venue. Tant de petits soins personnalisés se décodent en fonction de son pouvoir d’influence, devenu majeur”, selon Reynald Sauvet, directeur du planning stratégique Digitas.“Le consommateur est toujours plus crédible que la communication publicitaire d’une marque. Et plus jeune sont les utilisateurs, plus grande est cette crédibilité. Les moins de 35 ans sont les plus sensibles à ce marketing d’influence qui devient de plus en plus important.”  Equation baroque pour temps modernes : l’acheteur satisfait devient préconisateur donc… vendeur amateur, autrement plus crédible que le professionnel.

De l’information verticale à la préconisation horizontale

De ce simple constat on peut déduire une conséquence majeure, surtout, un changement radical de paradigme : hier l’information des marques par la publicité descendait verticalement, alors qu’aujourd’hui l’information passe horizontalement grâce au buzz des consommateurs entre eux ! Bref tout a changé et moult publicitaires n’ont pas encore assimilé cette transformation majeure, à en croire certains représentants du métier. Pour Olivier de Cointet, directeur général de Booz,“le digital induit la même révolution que Gutenberg mais nous n’en avons pas encore perçu les enjeux ni comment cela va pousser à réorganiser les canaux de distribution ni les échanges”. Certains professionnels, en pionniers, défrichent ces “terra incognita”. Leurs constats en disent long sur l’aventure qui attend leurs collègues n’ayant pas encore pris toute la mesure du bouleversement.

Le marché transformé en conversation

“La digitalisation ? Certains y voient l’irruption de la technologie modifiant les modes de production, plus rapides, plus efficaces. Il s’agit de bien davantage que cela : une révolution fondamentale des relations entre les consommateurs et les marques qui balaye au passage quelques usages dépassés, et surtout remet très sérieusement en cause la publicité traditionnelle. Rien que cela. Il ne s’agit pas d’une simple technique mais d’une activité ayant un impact sur 5 métiers dont la publicité, le design, le marketing… qui ne peut donc être cantonnée dans une simple “Web agency” car cette révolution change tout”, analyse Jerôme Wallut, directeur associé W&CIE, agence du groupe Havas, en charge du pôle interactif/digital qui a puisé dans ces transformations un concept étonnant, celui du marché transformé en conversation : “Par l’entremise des réseaux sociaux, des échanges de mail, etc., les marchés sont devenus des conversations qui rassemblent des gens préoccupés par la même chose.” Avant de décliner les différentes versions du concept :
1/ La conversation “après-vente” consiste pour les marques à répondre rapidement aux questions posées par leurs clients. Cette conversation “utile” est peu usitée sur le Net par les marques actuellement.
2/ La conversation “avant-vente”
Le consommateur/citoyen s’informe sur un produit ou un service avant de passer à l’acte.
Aujourd’hui il a plutôt tendance à faire appel à l’expérience des autres clients qu’au point de vue de la marque. Outre des sites d’informations, les marques continuent à utiliser la “promotion” pour aider au passage à l’acte.
Les marques sont rarement présentes dans ce type de conversation (best practices : les e-concierges de Sheraton).
3/ La conversation “d’opinion”. Il s’agit d’une conversation rassemblant naturellement des personnes autour d’une préoccupation commune. Cette conversation fonctionne quand les personnes participantes disposent du même niveau d’information sur le sujet. Voilà pourquoi, avec CSA, nous avons créé l’Observatoire des marques en conversation. Afin d’évaluer l’écart entre les attentes et la réalité. Certaines marques sont en décalage par rapport à ces interactions puisqu’il faut dorénavant non seulement savoir écouter mais également changer d’opinion sur un discours. C’est une banalité, mais l’axe fondamental de cette nouvelle histoire, c’est le client. A une différence près, c’est que ce dernier a pris du pouvoir grâce à la communication. Ce qui change singulièrement le rapport de force. Dans la mesure où les exigences des futurs clients se sont affûtées.

Un consommateur drivé par l’impatience

Comme le remarque Arnaud de Bruyn, professeur associé à l’Essec Business School,“le consommateur est aujourd’hui de plus en plus impatient, “drivé” par l’immédiateté : attendre plus d’un quart d’heure la réponse à un mail lui paraît insupportable quand il acceptait il y a quelques années le délai du courrier de plusieurs jours. Cette urgence, devenue un motif de satisfaction ou d’insatisfaction,  s’accompagne d’un autre type d’exigence, la personnalisation, car un client ne supporte plus d’être n’importe qui pour un magasin en ligne. L’historique des commandes permet ainsi à Amazon de faire des propositions pertinentes, en phase avec les goûts et envies de ses acheteurs. Stratégie qui représente désormais une singulière barrière à l’entrée compte tenu des outils à mettre en place. Il faut maintenant pour les marques parvenir à conjuguer traitement de masse et  personnalisation des produits.” Certes mais la personnalisation est une demande complexe à satisfaire, “surtout lorsqu’il y a des intermédiaires entre les entreprises et les acheteurs.  Car les datas sont souvent très fragmentées et, de surcroît, ce sont les distributeurs qui détiennent toutes les précieuses informations sur les clients”, souligne Olivier de Cointet. 

“Un consonaute” surinformé

En outre, l’attirail traditionnel du marketing ne sait plus répondre à ce type d’exigence. Il est de moins en moins efficace, comme le souligne ce professeur : “Nous sommes tous noyés sous des milliers de messages et la publicité est largement arrivée à saturation, d’où cette baisse de l’efficacité. C’est dans ce contexte que les réseaux sociaux et la communication qu’ils favorisent entre les consommateurs-citoyens connaissent cet essor explosif.” Effectivement, l’information est désormais décuplée, ce qui permet au “consonaute” de se documenter largement en amont de son achat : certains acheteurs en savent désormais bien davantage que les vendeurs. Ce qui change fondamentalement leur métier et doit les transformer en conseillers puisque la décision d’achat est devenue plus complexe, surtout nourrie d’informations. Vous avez dit mature ?
Avec des enjeux non subsidiaires : quelques opinions balancées sur un forum, un constat sur un comparateur de prix, une évaluation des plus subjectives par un blogueur ont aujourd’hui davantage d’influence sur le comportement des consommateurs que la plus soignée des campagnes traditionnelles de publicité. Ainsi va la révolution des médias sociaux qui chamboule vertement les méthodes de communication des marques. Les préconisateurs ne sont plus les mêmes. “On demande de plus en plus de choses différentes aux marques, des fonctionnalités d’usages, de services… La technologie permet désormais de développer des applications, des services à valeur ajoutée. Ce qui change leur communication et modifie les rapports  en obligeant à des modèles très intégrés”, constate pour sa part Antoine Pabst, directeur général Europe de Nurun. C’est qu’il s’agit désormais de gérer les affinités de multiples leaders d’opinion – dans leurs domaines – que sont devenus les acheteurs. Comment ? En jouant de toute une batterie de moyens leur permettant d’exprimer leur subjectivité, voire leur affectivité : des déclarations “j’aime”, “j’aime pas” à “je suis fan de…” en passant par toutes les opinions coagulées dans les forums et autres témoignages et comparatifs.

Un temps de négociation permanente, d’intelligence collective et de coproduction

“Ces recommandations sont devenues des éléments clés dans les choix des “consomacteurs”, de nouvelles logiques communautaires se retrouvant dans des lieux (virtuels) affinitaires où les logiques de recommandation prennent un poids croissant. Les marques ont certes un rôle à jouer dans cette partie mais il n’est pas encore bien identifié. Elles doivent descendre de façon urgente de leur piedestal et quitter les discours marketing conventionnels sinon elle vont perdre l’initiative”, prévoit Jerôme Wallut qui enregistre déjà quelques tentatives montrant la voie : “Nous sommes entrés dans un temps de négociation permanente, un temps d’intelligence collective et de collaboration, de coproduction. Comme le prouvent les expériences de services SAV mis en place par Bouygues Télécom : les clients ayant résolu certains problèmes techniques échangent avec ceux qui sont confrontés aux mêmes difficultés. Système d’entraide sous l’ombrelle d’une marque fédérant ces bonnes volontés. Dans le service avant-vente, les futurs clients partagent les tuyaux, picorent sur les sites des marques avant de se livrer aux délices des comparateurs. La concertation pour le plan 2012 des transports parisiens est l’occasion pour la RATP d’impliquer les voyageurs.”

Un métier radicalement remis en cause

Pour les publicitaires, comme pour les directeurs de marketing, cette mutation radicale de donne remet singulièrement en cause leur métier. L’objectif en est assez bien défini par Pascal Dasseux, directeur général d’Havas Digital : “Le maître-mot, dorénavant, c’est créer de l’envie grâce à toute une batterie de moyens. 28 % des acheteurs sont passés auparavant par un moteur de recherche, bien davantage que par un forum (9,5 %) ou que par un site marchand (25 %) et un tiers des acheteurs en ligne se documentent auprès d’autres consonautes avant de passer commande. L’information donnée sur Internet a beaucoup d’influence. Pour les marques cela se traduit par une mission prioritaire : la fonction du Web est de nourrir cet imaginaire en allant bien au-delà de ce que peut faire la publicité classique. Comme Vuitton l’a proposé avec ses évocations de voyages. Par la vidéo, les photos, le digital sollicite bien davantage l’imagination. Les réseaux sociaux ont désormais une importance considérable car c’est un moyen formidable de changer les opinions sur Facebook, où 40 % des membres sont fans de marques. Les changements peuvent être brutaux.”  Un acheteur mécontent de son ordinateur Dell le réduit consciencieusement en miettes sur youtube, avec son marteau. Cette spectaculaire vidéo visionnée des millions de fois a fait un tort encore mal mesuré au fabricant qui a dû allumer des contrefeux. La puissance de dénigrement oblige toutes les marques à des veilles particulièrement vigilantes. Afin d’éteindre l’incendie avant qu’il ne devienne explosion.

Un enjeu, celui de la crédibilité

“Il ne faut pas se leurrer : participer et donner son opinion a finalement un enjeu, celui de la crédibilité. Qui croire ? C’est l’une des premières interrogations majeures aux conséquences essentielles car la vitesse de propagation du bouche à oreille est amplifiée, démultipliée par la technologie. Cela oblige les marques, souvent maladroites car encore calées sur des relations publicitaires, à réagir plus vite. Et si les marques manipulent en induisant des témoignages favorables, des opinions positives, le risque de se faire découvrir est considérable”, estime Lionel Sitz, professeur de marketing à l’EMLyon.

Une réalité, la démultiplication des nouveaux canaux

Réduire le champ du numérique au seul territoire  de la Toile serait une erreur, vite corrigée par Christine Removille, directrice générale adjointe d’Accenture Interactive : “Le digital recouvre en fait toute une réalité de nouveaux canaux qui vont bien au-delà d’Internet puisqu’il s’agit aussi du téléphone mobile, de la télévision numérique. Ces technologies transforment totalement le comportement des consommateurs car elles modifient tout autant les relations aux marques. Cela offre la chance inespérée d’explorer de nouveaux potentiels d’intimité avec les consommateurs. Mais la plupart du temps, les grands directeurs de marketing ne savent pas faire, ne savent pas utiliser ce potentiel malgré une optimisation pourtant importante.” Certes la richesse de la palette des outils a de quoi déconcerter les artilleurs familiers avec les frappes massives de l’affichage 4×3 ou du spot de 30 secondes sur TF1. Il faut non seulement changer de munitions mais aussi d’armes. Voir passer des traités de coopération sur des territoires jusqu’ici peu défrichés. A 360°, puisqu’une marque  se doit d’investir moult champs hier désertés comme le culturel, le sport, la santé, l’environnement voire la citoyenneté !

Le consommateur, de passif à réactif

“Le consommateur a de plus en plus de contrôle sur toute une série d’informations concernant les produits. Hier, il était plutôt passif, aujourd’hui sa réactivité est de plus en plus grande. Ce qui rend le marketing plus difficile puisqu’il devient de plus en plus délicat pour les marques  d’obtenir des informations sur les clients, celles-ci étant surtout connues de tous les distributeurs comme Carrefour. Les distributeurs font écran”, ajoute Chantal Removille. Le champ de communication sur les marques est donc beaucoup plus vaste, comme la palette des outils pour en doper la communication. A contenants démultipliés, contenus réinventés. Formidable défi afin de raconter des histoires, et surtout stimuler l’imaginaire. Relevé par les publicitaires ? Pas évident prévoient un certain nombre d’experts, contrairement à l’avis de Nicolas Bordas : “Tous les directeurs du marketing n’ont pas encore pris toute la mesure du phénomène qui ouvre un champ beaucoup plus large à la communication et qui va bien au-delà de la simple vente en ligne. Actuellement le spectre d’Internet d’un directeur de marketing est beaucoup plus large même s’il ne consacre que 10 à 15 % de son budget au digital. On le voit bien avec les deux stratégies très différenciées des agences de pub : les premières font des acquisitions de compétences digitales complémentaires quand les secondes font du digital un élément structurant global avec une forte imbrication du on et du off-line. Pour une raison simple : l’essentiel des budgets digitaux n’est pas dans les budgets publicitaires. Rien n’était aussi efficace qu’un spot télé jusqu’à ce qu’Internet multiplie non seulement les points de contact avec les marques mais rende possible la mesure de son efficacité. Ce qui permet désormais aux marques d’acheter leur communication en fonction du rendement grâce à des outils tel le MCA (market contact audit).” Une métrique bien plus cartésienne des outils confrontés à un irrationnel grandissant, la nouvelle problématique du marketing s’est trouvé de puissants alliés avec cette batterie d’indicateurs de performance donnant une précision millimétrique aux actes d’achat. Si les rendements sont assurément évalués, en amont, tout ce qui va déclencher l’acte d’achat relève d’une science beaucoup plus opaque. Rude défi pour les professionnels du marketing.

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