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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).
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SYNTHESE ET CONCLUSIONS du 10ème FORUM d’ALGER célébrant le 24 Février 1971 et le cinquantenaire de SONATRACH

Posté par mouradpreure le 2 septembre 2013

 SYNTHESE ET CONCLUSIONS du 10ème FORUM d’ALGER célébrant le 24 Février 1971 et le cinquantenaire de SONATRACH  dans ENERGIE, PETROLE, GAZ dsc_08461-300x168

« Les mutations structurelles de l’industrie pétrolière et gazière et les jeux d’acteurs. Perspectives à long terme. Épuisement des ressources conventionnelles, mythes et réalités d’une abondance fondée sur les ressources non-conventionnelles, nouveaux pôles de la croissance mondiale, lutte pour le leadership et l’accès aux ressources»

 dsc_0719-300x168 dans FORUM D'ALGER EMERGY

Réalisé sous la Direction du DrMourad PREURE

Expert Pétrolier International

Président du Cabinet EMERGY

1. Le secteur algérien des hydrocarbures et le formidable challenge du 24 février 1971.

La Commémoration du 24 Février par le FORUM d’ALGER et la remise à cette occasion du Derrick d’Or, une tradition désormais…

 

Cette rencontre a été l’occasion de réunir, comme cela est devenu de tradition avec le FORUM d’ALGER, la grande famille des pétroliers et gaziers algériens des plus anciens jusqu’aux plus jeunes et parmi eux février 1971. De leur donner l’occasion de se rencontrer, parler de leur expérience en présence d’un public largement composé de jeunes et parmi ceux-ci des étudiants des pus prestigieuses écoles et universités algériennes. Avec le concours de l’Algiers Energy Club le FORUM d’ALGER a pu ainsi être un moment d’émotion avec la rencontre de tous ces géants qui ont fait l’histoire pétrolière de l’Algérie. A cette occasion a été remis à quelques uns parmi eux le Derrick d’Or qui est une distinction décernée instituée par le FORUM d’ALGER organisé par EMERGY. Le Derrick d’Or est décerné par les anciens du pétrole et du gaz à quelques uns de leurs pairs pour les honorer et en signe de reconnaissance pour tout ce qu’ils ont apporté à l’histoire pétrolière et gazière de l’Algérie. Il leur est remis par des étudiants de l’université algérienne. Les institutions universitaires suivantes ont participé : Ecole Militaire Polytechnique avec la présence au Forum d’Alger du Général Amara, Directeur de l’Ecole, l’Ecole Polytechnique avec la présence du professeur Chitour, monsieur Benzaghou Recteur de l’USTHB était présent tout au long de la rencontre. Des étudiants de diverses universités dont ‘institut d’informatique ont participé aussi à l’évènement et à la remise des trophées. On été distingués messieurs : Bendani Ali, Rebouh Youcef, Kassis Bachir, Djenane Smail,Zeniti Mustapha, Ait Abdelmalek Mohand. Le FORUM d’ALGER est ainsi l’occasion de faire revivre le passé glorieux de l’industrie pétrolière algérienne, montrer combien il représente un acquis inestimable pour la Nation algérienne. Il est l’occasion d’effectuer une projection dans le futur à la faveur du panel de hauts spécialistes qui anie les débats l’après-midi. L’ensemble met en relief les enjeux et les challenges qui se présentent pour notre pays, l’ampleur du chemin à parcourir pour figurer parmi les leaders… car qui assiste aux débats du matin est convaincu que l’Algérie a l’étoffe d’un leader dans la scène énergétique internationale de demain.

 

Le 23 Février 1971 une date symbole qui projette dans le futur la symbolique novembriste pour l’inscrire dans une perspective d’innovation, de compétitivité et d’excellence…

 

Le 24 février 1971, l’Algérie nationalise 51% des intérêts des compagnies pétrolières concessionnaires dans les gisements algériens, 100% des intérêts liés aux gisements gaziers ainsi que ceux détenus par les sociétés de transport d’hydrocarbures. Il s’agit véritablement d’une décision historique survenue onze années après la naissance de l’OPEC et qui va inaugurer une vague de nationalisations décisive dans les pays producteurs. C’est la fin des contrats de concession qui prévalaient dans les relations entre compagnies internationales et pays producteurs et qui réduisaient le rôle de ces derniers au seul prélèvement des royalties et des impôts pétroliers, les excluant de toute gestion de leur domaine minier. La naissance des compagnies pétrolières nationales sera le grand acquis de cette transformation historique. Ce sont elles qui désormais incarneront l’Etat souverain dans ses relations avec les compagnies pétrolières internationales. Elles vont acquérir une compétence et s’imposeront comme un acteur clé dans l’industrie du pétrole. Le grand acquis pour l’Algérie de cette décision stratégique prise par Houari Boumediene c’est le rôle nouveau assigné à SONATRACH, née en 1963 avec l’indépendance algérienne.

Le grand acquis, on ne le souligne pas assez, c’est aussi la culture du challenge, le sens du défi, dont cette date a imprégné l’identité profonde de SONATRACH. Et nous savons combien cette culture du challenge participe et a participé par le passé aux réussites et à la construction de la puissance américaine, par exemple. Lorsque nous parlons avec des techniciens et ingénieurs qui étaient dans les installations pétrolières désertées subitement par les techniciens étrangers en 1971 par mesure de représailles contre les nationalisations, ils nous disent combien ils sont encore surpris par le fait qu’ils aient réussi à contrôler ces installations et à les faire fonctionner sans dommages. Cette expérience les a révélés à eux-mêmes. Ils étaient peu nombreux alors que les responsabilités opérationnelles pour une industrie si complexe sont exigeantes et ne laissent aucune marge à l’erreur. Ils ont réussi. Nous allons lors du Forum d’Alger organisé par EMERGY en partenariat avec SONATRACH et SONELGAZ ce 25 février 2012 leur rendre hommage et tenter de mettre en perspective leur formidable réussite. De là est née véritablement l’industrie algérienne des hydrocarbures. Il est en effet impératif de garder en mémoire ce moment fort de notre histoire que représente ce challenge et régénérer la  symbolique novembriste du 24 février 1971 en la plaçant dans une perspective d’excellence, d’innovation et de compétitivité.

Dans le contexte de la mondialisation, il y a un accroissement de l’interdépendance et de la complexité, les concurrents vont toujours plus vite, le changement s’accélère et devient de plus en plus chaotique. Les frontières sont de plus en plus floues par ce fait, et il faut alors, pour corriger le déficit d’identité que subissent naturellement les individus et les groupes sociaux, sans cesse ajuster les référents aux réalités changeantes et aux nouveaux paradigmes qui s’imposent. L’innovation est à la base de l’avantage concurrentiel des nations. La puissance pétrolière des pays producteurs ne réside plus dans le niveau de leurs productions et de leurs réserves mais dans la performance, dans la compétitivité de leurs acteurs énergétiques nationaux, de leurs entreprises, de leurs territoires, de leurs institutions financières, de leurs universités et centres de recherche. Ainsi, mettre en perspective le 24 février c’est dire : « Servir la patrie aujourd’hui c’est être compétitif, c’est innover, c’est tendre vers l’excellence ».

L’Algérie a un réel avenir en tant qu’acteur énergétique. Le potentiel de notre domaine minier est considérable et encore insuffisamment exploré. Mais plus encore, comme par le passé, il doit être le levier pour donner à notre expertise la chance de s’épanouir et s’imposer parmi les acteurs qui façonneront la scène énergétique de demain. Nos jeunes, nos enfants doivent porter ces grandes ambitions. Pour cela ils doivent savoir que le 24 février 1971 fut un réel examen pour la Nation algérienne, comme le fut d’ailleurs le 1er novembre où nous avions défié avec des fusils de chasse une puissance de l’OTAN. Ce qui doit en rester à notre avis ça ne doit pas être un inventaire de réalisation d’installations pétrolières, des chiffres de production. Ce qui doit en rester c’est cette culture du challenge, ce sens du défi qui doit devenir notre marque de fabrique, car il ne suffira plus à l’avenir de dire que l’Algérien est frondeur, qu’il est épris de liberté, soucieux de sa dignité. Il faudra, dans un monde de plus en plus compétitif, où seuls survivent les meilleurs, surtout dire que l’Algérien est un gagnant, un innovateur, porté par l’ambition d’atteindre l’excellence. Et, sur ce chemin, beaucoup reste à faire en effet. Nous tous avons beaucoup à faire en effet. Les défis sont encore plus nombreux aujourd’hui, plus difficiles, qu’il nous faut relever impérativement.

Les nationalisations ainsi que les chocs haussiers de la décennie soixante-dix ont agi en profondeur sur les relations internationales durant les quatre dernières décennies. Les pays consommateurs ont vivement réagi aux nationalisations des années soixante-dix qui ont coupé les compagnies internationales de leur amont pétrolier, les exposant aux décisions souveraines des pays producteurs. L’industrie pétrolière était depuis sa naissance intégrée verticalement du puits à la pompe sous la direction des compagnies internationales. Elle a subi avec les nationalisations une dé-intégration. Au lendemain des chocs haussiers de la décennie soixante-dix ils ont déployé sous l’égide de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), créée pour ce fait, une stratégie en trois axes : (i) exploration dans les zones hors OPEC, (ii) développement d’énergies alternatives (nucléaire notamment dans lequel la France, par exemple, s’est fortement investie) (iii) stockage stratégique de 90 jours. Depuis, elles ont repris la main.

La stratégie menée par les pays consommateurs et coordonnée par l’AIE a été en effet efficace. La part de l’OPEC  dans la production mondiale est passée de 56% en 1973 à 29% en 1985. Elle est de 41% aujourd’hui. La production non OPEC a réduit la puissance de l’OPEC. Depuis la moitié de la décennie quatre-vingt elle connait une tendance lourde au retour à l’intégration. La question stratégique centrale pour l’industrie pétrolière et gazière aujourd’hui est : qui contrôlera cette nouvelle intégration ? Est-ce les compagnies pétrolières internationales en reprenant pied dans l’amont des pays producteurs ou bien ces derniers par leurs compagnies nationales qui imposeraient un partenariat de type nouveau aux pays consommateurs. Ce partenariat devrait ouvrir aux compagnies nationales l’accès au client final dans le pays consommateur auquel elles fourniraient carburant, molécules de gaz et kilowattheures. En contrepartie les compagnies internationales participeraient au partage du risque amont et développeraient de nouvelles ressources. Il peut prendre la forme d’intégrations croisées compagnies nationales – compagnies internationales qui ouvriraient aux compagnies nationales l’aval pétrolier et gazier ainsi que la génération électrique dans les pays consommateurs, mais aussi qui permettrait aux compagnies nationales de s’implanter dans l’amont international en partenariat, qui leur ouvrirait aussi de nouveaux horizons comme l’industrie électronucléaire et les énergies renouvelables.

Ce partenariat de type nouveau impliquera les pays producteurs dans la transition énergétique menée par les pays consommateurs depuis un modèle de consommation énergétique dominé par les énergies fossiles avec pour plus de 60% les hydrocarbures, vers un modèle non carboné, non fossile. D’autre part la bataille est menée aujourd’hui sur le front de la science et de la technologie car les gisements vieillissent et les découvertes se réduisent alors que la demande sous l’impulsion des pays émergents explose. Les acquis de 1971 peuvent être remis en cause si nous restions à l’écart des challenges technologiques qui portent aujourd’hui l’industrie pétrolière et gazière internationale et la scène énergétique en général.

Il nous faut entretenir, développer et mettre en perspective la culture du challenge qui prolonge la symbolique novembriste et qui est incarnée par le 24 février 1971. Nous devons porter le combat au niveau de nos universités et nos centres de recherche, sociétés de service pétrolier et PME privées nationales, de tout le tissu industriel privé et public qui doit, dans le sillage de SONATRACH, construire la puissance pétrolière et gazière de notre pays laquelle ne doit plus, ne peut plus, se fonder sur le niveau de nos réserves et de nos productions mais sur la compétitivité, le pouvoir innovant et la quête de l’excellence de nos acteurs énergétiques nationaux au premier rang desquels SONATRACH.

 

2. Les mutations structurelles de l’industrie pétrolière et gazière et les jeux d’acteurs.

Les débats de l’après-midi, consacrés au futur, ont été animés par un panel prestigieux composé d’éminents experts autour du Dr Mourad Preure, Président d’EMERGY. Il s’agit de messieurs, Nouredine Ait Laoussine, ancien ministre, Président de NALCOSA, Nazim Zouioueche, ancien Directeur Général de Sonatrach et du Dr Said Nachet, ancien Directeur Energie de l’IEF, Professeur associé à Sciences Po Paris et à l’IFP School.

L’industrie pétrolière fait l’apprentissage de l’humilité. Elle se rend compte avec amertume de son incapacité à prévoir et prévenir des évènements en mesure de modeler en profondeur son devenir. (i) L’accident de la plate-forme Deepwater Horizon a manqué de faire disparaitre la seconde compagnie pétrolière mondiale, BP. (ii) L’accident de Fukushima est en voie de modifier fondamentalement le devenir à moyen terme du nucléaire et donner une vigueur exceptionnelle à l’industrie gazière. (iii) Enfin les crises politiques dans le monde arabe, totalement imprévues, ont des effets en chaîne difficilement maîtrisables. Un véritable effet papillon semble à l’œuvre dont personne ne mesure exactement la force ni les effets. Plus encore, les acteurs pétroliers ont la conviction que des changements fondamentaux inédits sont à l’œuvre dans le monde arabe, que nous entrons dans une nouvelle ère. On s’inquiète de l’Arabie Saoudite, de l’Iran mais aussi d’une recomposition géopolitique qui emporterait toute la péninsule arabique ainsi que l’Irak. Bien entendu, l’inquiétude porte ici autant sur les risques de rupture d’approvisionnement que sur la remise en cause des modes de gouvernance en vigueur dans le monde arabe avec pour conséquence inévitablement, une révision en profondeur des relations producteurs – compagnies pétrolières internationales (IOC). Le comportement erratique des prix signale fort cette perte des repères dont profitent les traders qui recherchent et entretiennent la volatilité des prix.

Les mésaventures de BP au Golfe du Mexique ont montré les défis d’ordre physique qui sont relevés par les pétroliers et combien notre industrie évolue plus que jamais  aux frontières de ses compétences technologiques. Cela, alors que la volatilité des prix autant que les risques géopolitiques n’ont jamais autant accru l’incertitude. L’accident de Fukushima nous montre aussi qu’une industrie si sûre de ses compétences technologiques que l’industrie électronucléaire avec des réacteurs modernes est tout autant incapable de traiter un impondérable, et, contrairement à ce qu’elle nous a fait admettre, être en mesure de provoquer une crise grave, cataclysmique, totalement incontrôlable.

Sur la scène pétrolière, après un conflit entre tendances opposées on observe une convergence modérée entre facteurs de court terme et tendance lourde de long terme qui est une tendance structurellement haussière. Sur le long terme, les prix sont portés par une anticipation d’épuisement et de prééminence de l’OPEC dans les approvisionnements mondiaux. D’autre part, pour contenir le retour à une géographie des réserves trop défavorable à l’OCDE et aux pays émergents, les prix élevés permettent une rentabilisation du développement des hydrocarbures non conventionnels  et contribuent à la recherche d’une géopolitique des réserves plus favorable à l’OCDE. Prix du pétrole est relativement élevé et fluctue autour d’un pivot de 110 dollars. La moyenne des prix est restée stable : 111 dollars en 2011, 112 dollars en 2012. Cela alors que l’OPEC, avec une production de plus de 31 Mbj est largement en dessus de son plafond de production de 30 Mbj.

 

Les gros producteurs du Moyen-Orient s’interrogent : les prix sont-ils trop élevés ? Rentabilisent-ils de manière dangereuse les sources alternatives  au pétrole OPEC (huiles  et gaz non conventionnels) et freinent-ils la demande ? Qu’en est-il du peak demand, le potentiel de destruction de demande par le niveau actuel des prix ? Car la demande OCDE est en déclin. Est-ce à cause des prix ou bien cela tient-il de causes beaucoup plus structurelles amplifiées par la crise économique ? Mais si la demande OCDE décline, celle des pays émergents, dont au premier chef la Chine et l’Inde, explose et tend à représenter plus de la moitié de la croissance de la demande mondiale. Et ces pays partent de très bas en matière de consommation énergétique, car ownership… 27 Chinois sur 1000 ont une automobile contre 500 Allemands ou Français et 722 américains…

Cette tendance haussière est contrariée par des facteurs et tendances de court terme qui tiennent en premier lieu de l’influence de la crise économique mondiale sur l’industrie pétrolière par la faiblesse et la fragilité de la demande mais aussi les incertitudes autour de la robustesse de la reprise. Les prix subissent une pression baissière à court terme qui amplifie les incertitudes économiques liées à la crise de la dette souveraine et au fléchissement des pays émergents, dont la Chine, fortement dépendants de leurs exportations. Cependant une prime géopolitique arrive à contenir ces pressions baissières de court terme. Elle tient à l’inquiétude sur le potentiel de diffusion des crises dans le pays arabes et aux incertitudes que fait peser sur la région du Golfe persique et aux risques de fermeture du Détroit d’Ormuz du fait de la crise iranienne.

De fait, les marchés suréagissent au facteur géopolitique et tendront à le faire davantage encore à l’avenir.  Nous avons connu des mouvements haussiers et baissiers violents en 2013 qui signalent la grande exposition du marché pétrolier aux crises et le poids déterminant de la crise économique.  La spéculation amplifie la volatilité et les tendances mais ne les créé cependant pas. Il y a d’autre part un besoin de visibilité dans la demande future, tenant compte du fait que l’industrie pétrolière aura à produire des bruts de plus en plus technologiques et de plus en plus coûteux. En dépit du caractère modérateur du progrès technique, les coûts techniques de production devraient  augmenter de 20 à 25% d’ici 2020.

L’industrie pétrolière vit une situation atypique. 30 Gbls sont consommés chaque année alors que les découvertes n’ont été que de 15 Gbls en 2009, 18 Gbls en 2010 et 12 Gbls en 2011, soit 40% de la consommation mondiale. De fait, l’augmentation des réserves mondiale vient du transfert de réserves connues depuis 50 ans en « réserves prouvées ». Et malgré cela une euphorie de l’abondance. A court/moyen terme en même temps que la demande est déprimée, l’offre non OPEC est tirée par les hydrocarbures non conventionnels.

Comment va évoluer le marché pétrolier ? La demande  a été de 88.84 Mbj en 2012, et la croissance est prévue de 1.1 Mbj/an jusqu’à 2015. L’AIE anticipe une demande 89.68 Mbj pour 2012 et 90.3 Mbj en 2013. Le retour à long terme au pétrole OPEC se confirme : Le recours au pétrole OPEC passerait de 31.5 Mbj en 2011 à quelques 39 Mbj en 2015. L’organisation pourrait couvrir 70% de la production mondiale en 2030 contre 43% aujourd’hui. Le risque géopolitique restera d’autre part prégnant avec encore des risque d’interruption des approvisionnements.

Les perspectives sont assez sombres pour l’économie mondiale en 2013 selon l’OCDE. L’économie mondiale, selon l’OCDE, pourrait rentrer dans une nouvelle phase de récession majeure. La croissance qui a ralenti en 2011 est restera anémique en 2012 et 2013. Les difficultés économiques des pays développés grèvent la croissance mondiale. La croissance des Etats-Unis a ralenti en 2011 et a continuer à faiblir en 2012. Les perspectives pour 2013 restent fortement incertaines. La zone euro est entrée en récession. Le PIB japonais devrait continuer à se redresser du fait de la reconstruction post-catastrophe de Fukushima. Les pays en développement quant à eux restent vulnérables au ralentissement économique des pays développés. Leur croissance économique s’en ressent. Le PIB Chinois devrait connaitre une croissance en dessous de 9%, le PIB indien entre 7.7 et 7.9%, le Brésil et le Mexique souffriraient durement. La crise se manifeste d’autre part par la fragilité du système financier, l’aversion du risque et la volatilité accrue des capitaux, des entraves au financement du développement et enfin la propagation des turbulences financières. Autant de facteurs qui accroissent l’incertitude et amplifient les mouvements erratiques du marché pétrolier. Tout cela alors que selon l’OCDE la Chine et l’Inde seront les deux premières puissances mondiales 2060. L’Europe verra son poids divisé par 2, passant de 19% à 9% du PIB mondial !

L’investissement dans l’exploration-production est orienté à la hausse. Il est solidement inscrit dans un cycle haussier. Les investissements ont été multipliés par trois entre 2005 et 2012, passant de 214 à 640 milliards de dollars. Les investissements en baisse de 16% en 2009, repartent en hausse de 10% en 2010 (450 milliards de dollars) et 12% en 2011. Nous sommes, en 2012, au cœur d’un cycle haussier entamé en 2010 et qui concerne toutes les régions du monde, à commencer par l’Europe (+26 %) et la CEI (+23 %). L’investissement prévu en 2013 est de l’ordre de 723 milliards de dollars. Des zones encore peu explorées, comme l’Afrique de l’est, attirent maintenant les investissements (20 gisements ont été découverts dans cette partie du globe, essentiellement du gaz). Il y aura structurellement dans le futur une forte hausse des investissements car la production mondiale reposera de plus en plus sur des champs offshore et de taille décroissante dont le profil de production décline rapidement dès l’atteinte du plateau.

 

Le nouvel élan de l’amont international entraine-t-il une nouvelle géopolitique des réserves ? Des découvertes importantes ont été faites depuis 2006 : Antésalifère brésilien (bassin de Campos, champs de Lula), Bassin du levant en Méditerranée, Bassin de Rovuma en Afrique de l’Est, toutes dans des zones hors OPEC. Les réserves prouvées augmentent de 3.9% par an, principalement hors de l’OPEC sans que cela ne renverse l’équilibre largement en faveur de l’organisation. Mais sur le moyen terme les sources hors OPEC sont en mesure de satisfaire majoritairement la demande mondiale.

L’industrie pétrolière s’interroge sur l’avenir. L’industrie pétrolière évolue aux frontières  de ses compétences technologiques. Coût et risque technologique élevé. Exemple l’accident de la plate-forme de BP au Golfe du Mexique. La technologie sera de plus en plus un enjeu stratégique majeur. Dans ce contexte, les compagnies pétrolières nationales sont à la croisée des chemins. S’imposer comme agent actif des changements structurels en cours ou passer la main. Auquel cas toute l’aventure nationaliste des pays producteurs n’aura été qu’une cruelle illusion…

La fermeture de l’accès à l’amont des pays producteurs pose le problème du rôle des pays producteurs dans la transition énergétique. Doivent-ils être là pour fournir l’énergie le temps que les pays consommateurs passent à un nouveau paradigme énergétique ou doit-on aller vers un partenariat de type nouveau qui impliquerait les producteurs dans la transition énergétique.

La planète consomme 6 barils pour un baril découvert. La terre contenait 2 700 Gbls de pétrole, on a consommé la moitié. Il reste 1652,6 Gbls.  La durée de vie des réserves mondiales est de 54,2 ans. Accélération du déclin des gisements (5%/an). On n’arrive pas à remplacer les 30 Gbl que l’on consomme annuellement (le quart des réserves irakiennes). Pour compenser le déclin de la production mondiale il faudrait découvrir l’équivalent d’une nouvelle Arabie Saoudite. Déclin des plus grands gisements : Ghawar Arabie Saoudite, réserves surévaluées), Burgan (Koweit), Daqin (Chine), Cantarell (Mexique). 100 Mbj est un plafond difficile à dépasser (impossible selon Majors).

La croissance de la demande pétrolière est pour une large part incompressible. Pour 80% elle viendra de la Chine, de l’Inde et du Moyen-Orient. De fait, il y a une course poursuite entre le progrès technique et la croissance de la demande. Ainsi, l’avis le plus partagé est qu’on aura non pas un Peak oil mais plus vraisemblablement un plateau ondulé.

L’industrie du gaz sort de la crise.  La crise économique a impacté la demande gazière et a arrêté une croissance forte de la demande qui a duré trois décennies. La bulle gazière se dégonfle progressivement même si la demande en Europe reste en déclin avec une incertitude forte. Le marché gazier tendrait à se resserrer à partir de 2013-2014. Les causes de cette crise, qui apparait structurelle et appelée à durer quelques années encore, sont de deux ordres :

·         Développement plus important que prévu de la production des gaz non conventionnels américains qui a tari le débouché américain, destination privilégiée du GNL (30% de la demande US). Les volumes prévus pour marché US sont adressés à marché européen (Qatar, Egypte, Nigeria, etc.)

·         Arrivée d’importants projets gaziers dont les volumes pèsent sur le marché (Qatargas II, Sakhalin II, Nigéria).

L’industrie gazière ne connait pas une véritable abondance en matière de réserves, ni un renversement structurel en matière de géopolitique des réserves, cela malgré la révolution des gaz non conventionnels. Les réserves gazières mondiales ont été multipliées par plus de 5 en 40 ans (208.4 Tcm) soit l’équivalent Réserves pétrolières. Mais dans le même temps la part de l’OCDE est passée de 35% à 9%. Là encore l’analyse d’EMERGY prend de la distance avec l’euphorie de l’abondance qui semble toucher autant les réserves pétrolières que gazières.

La scène gazière internationale est en pleine restructuration qui conduira à une forme de marché global, beaucoup moins fluide que le marché pétrolier néanmoins, mais qui tranche complètement avec les logiques antérieures où prédomine le long terme, le rôle directeur des prix pétroliers et l’organisation en trois marchés peu communicants avec des logiques de prix parfois durablement divergentes : le marché américain, le marché européen continental et le marché asiatique, le premier étant le plus rémunérateur et le dernier le moins. La scène gazière connait une triple rupture du cloisonnement (i) entre marchés (européen, américain, asiatique), le bassin atlantique devenant zone d’arbitrage, (ii) entre énergies, (iii) et entre segments de la chaîne gazière. Le marché très structuré en 2000, avec 12 pays producteurs et 11 importateurs, est aujourd’hui totalement ouvert avec multiplication des flux et un nombre de pays importateurs et exportateurs qui a « explosé » : 18 pays producteurs et 23 importateurs. Le GNL représente 30% du commerce gazier, (Croissance 4,5 %/an soit double de la production mondiale de gaz qui est de 2,1 % par an). Les échanges par méthaniers augmentent plus vite que les échanges par pipeline interrégionaux (3,0 % par an). GNL doublera d’ici 2030, décloisonne et fluidifier le marché. L’augmentation taille des méthaniers (261 000 m3) et l’allongement de leurs routes modifient règles du jeu. De nouvelles zones d’exportation apparaissent : Tanzanie, Mozambique, Cameroun, mais aussi… USA.

Sur le marché européen le processus de libéralisation engagé en 1995 sous l’égide de l’Union européenne a conduit à l’émergence d’un marché spot qui coexiste avec les contrats de long terme avec clause de take or pay, les mettant ainsi en péril. Aujourd’hui les acheteurs européens de gaz veulent imposer par le recours à la négociation et à l’arbitrage une baisse des prix, l’abandon de l’indexation sur les prix du pétrole et l’alignement sur les prix spot. Les changements affectant le marché gazier européen continental prolongent ceux déjà par les marchés américains et britannique avec dominance du court terme, mécanismes boursiers déterminant les prix avec pour conséquence spéculation et volatilité. Tout porte à croire que le court terme coexistant avec le long terme sur le marché continental finira par orienter le marché dans son entier amenant ainsi le producteur à prendre en même temps et le risque marché et le risque volume. Cela risquerait de décourager le producteur d’investir pour mettre sur le marché les volumes nécessaires pour répondre à la demande future, cela alors que l’Europe verra sa dépendance gazière s’aggraver et passer de 55% aujourd’hui à 80% en 2030. L’Europe est dépendante dans ses approvisionnements gaziers à 23% de la source russe et pour 8% de la source qatarie dont les volumes arrivent en Europe par GNL. Même si les Etats-Unis ont la qualité théoriquement pour postuler au titre de fournisseur de gaz, l’Europe risque de précariser ses approvisionnements gaziers. Nous avons connu des chocs pétroliers mais pas de chocs gaziers, nous risquerions de connaitre à l’avenir un choc gazier en Europe. Les différences de prix entre marché sont à leur maximum avec à un extrême, le prix américain de l’ordre de $ 3.5/Mbtu, et, à l’autre extrême, le prix du gaz livré au Japon, de l’ordre de $ 18/Mbtu.

Pour caractériser les changements en cours dans la scène énergétique Nordine Ait Laoussine fait appel à l’expression anglo-saxonne « game changer » ou « game changing event », littéralement un évènement qui modifie les règles du jeu ou qui annonce l’avènement d’une nouvelle donne. Cette expression a été utilisée fréquemment ces dernières années pour décrire les mutations structurelles qui ont profondément modifié l’ordre qui prévalait à la fin du siècle dernier. Une dizaine d’évènements majeurs, de différente nature, ont, en effet, retenu l’attention des observateurs et analystes pétroliers : déplacement du centre de gravité de l’activité industrielle mondiale se déplaçait d’ouest en est dont la conséquence la plus visible pour les analyses pétroliers a été la forte croissance de la demande en Asie, notamment la poussée soudaine de la consommation pétrolière chinoise. Au même moment, nous avons connu une résurgence du phénomène de nationalisme pétrolier, notamment au Venezuela et en Russie avec un doute sur la capacité des compagnies pétrolières internationales à atteindre leurs objectifs de croissance et de remplacement des réserves.

L’accélération des besoins asiatiques, combinée à la forte augmentation de la consommation des autres pays en voie de développement (notamment du Moyen Orient), a coïncidé avec une stabilisation de la production non-OPEP, consécutive à la longue stagnation des prix du pétrole au cours de la décennie précédente. C’est ainsi que l’industrie s’est trouvée confrontée à un problème de capacité en amont, ce qui n’était pas arrivé depuis le choc des années 70. ll s’en est suivi une mentalité persistante de pénurie qui a été exacerbée par des craintes de rupture d’approvisionnement en raison de tensions géopolitiques affectant plusieurs pays producteurs dont le Venezuela, la Russie, le Nigéria et l’Irak. Il n’en fallait pas plus pour assister à la résurrection du phénomène du « pic pétrolier » alimenté par des signes réels ou supposés d’un épuisement proche des ressources. La nouvelle donne a conduit à une véritable refondation des rapports NOC-IOC vers un niveau type de partenariat réduisant le rôle des IOCs à celui de contracteur au service de la NOC.

Il semble désormais acquis que l’ère du « pétrole bon marché » est révolue et que les prix sont inexorablement orientés à la hausse. La perception de plus en plus partagée d’un prix proche ou aux alentours de $ 100/baril a conduit à une augmentation phénoménale des investissements en amont qui ont été multipliés par cinq en l’espace d’une douzaine d’années (passant de $ 125 milliards en 2000 à plus de $ 600 milliards environ l’an dernier, soit une augmentation moyenne continue de l’ordre de 15 % l’an). Cet effort considérable a donné lieu à des résultats spectaculaires avec : (i) l’augmentation de la production non-OPEP d’hydrocarbures liquides de près de 7 mmbj entre 2000 et 2012, notamment en Russie, (ii) l’augmentation de 35 % de la production mondiale de gaz naturel, notamment au Moyen Orient.

Comment se présentent les perspectives à moyen terme à l’horizon 2020 ? L’AIE et l’OPEC convergent pour dire que l’appel au brut OPEC se placerait autour de 30 Mbj, les sources NOPEC et la production OPEP de GPL et de condensats qui n’est pas soumise au respect des quotas couvriraient quasi-complètement l’accroissement de la demande à moyen-terme. Il en résulte que, pour équilibrer le marché, l’OPEP doit, en effet, limiter sa production de pétrole brut à un peu moins de  30 mmbj environ et ce, jusqu’à l’horizon 2020. ce niveau est nettement en deçà de la capacité actuelle et prévue de l’Organisation (indiqué ici en bleu), soit environ 35 mmbj aujourd’hui et 40 mmbj à l’horizon 2020 compte tenu des objectifs annoncés en Irak, au Koweit et à Abu Dhabi. Il est donc clair que l’OPEP sera largement en mesure de répondre à l’augmentation prévisible de la demande, ce qui, à moins d’une rupture prolongée des approvisionnements, devrait, en théorie, exclure l’éventualité d’une nouvelle explosion des prix.

Cependant, si l’on tient compte de l’augmentation substantielle de la production prévue en Irak à un niveau de l’ordre de 4.5 mmbj en 2016 et de 6 mmbj en 2020 (soit en deçà du rythme annoncé officiellement), on constate un déclin prononcé de la demande résiduelle adressée aux autres pays membres - le groupe des 11 (indiquée ici en rouge) – les seuls qui sont soumis, en principe, à l’observation des quotas de production. Cela représente pour ce groupe une diminution de l’ordre de 3 à 4 mmbj par rapport à sa production actuelle qui est de 27 mmbj environ. C’est dire toute la nécessité pour l’Organisation de rester vigilante en matière de limitation de la production de ses membres et d’intégrer l’Irak dans le système des quotas, ce que Baghdad refuse d’envisager pour le moment. A défaut, nous connaîtrons vraisemblablement, au cours de cette décennie, un effondrement prononcé mais sans doute momentané des prix.

En ce qui concerne le gaz naturel la demande mondiale augmenterait à un taux annuel moyen de l’ordre de 2 % et serait essentiellement alimentée, là aussi, par les besoins des pays émergents, notamment ceux de la Chine et de l’Inde, avec des taux de croissance annuels de 6 et 4 % respectivement. A l’échelle mondiale, on s’attend à une augmentation de près de 1’000 bcm au cours de la période 2010-2025 dont environ un quart proviendrait de sources non conventionnelles, notamment aux USA (qui resteront, de loin, les premiers producteurs), suivis par la Chine et l’Australie.

Globalement, on s’attend, ainsi, dans une dizaine d’année, au doublement des échanges inter-régionaux de gaz naturel. Les prévisions les plus récentes tablent sur un taux de croissance du volume des échanges inter-régionaux supérieur à l’augmentation de la production mondiale, notamment sous forme de GNL et en direction du marché asiatique. Une projection plus réaliste, basée sur les infrastructures actuelles ainsi que sur les projets en cours de réalisation ou dont le lancement est, en principe, décidé, nous indique qu’à l’horizon 2025, le commerce du GNL augmentera du niveau actuel de 325 bcm pour atteindre 565 bcm environ, soit une croissance annuelle de près de 4%. Les sources additionnelles de production proviendront essentiellement de l’Australie, des Etats-Unis, du Canada, du Nigeria, de la Russie et de l’Afrique de l’Est, et plus particulièrement du Mozambique. En ce qui concerne les exportations par gazoduc, ce sont la Russie, les pays du Caucase (notamment l’Azerbaïdjan et le Turkmenistan) et peut-être l’Irak qui enregistreraient l’augmentation la plus forte en direction de l’Europe (50 à 75 bcm supplémentaires) et de la Chine (qui absorberait quelques 75 à 100 bcm supplémentaires).

La libéralisation de l’industrie gazière doit s’accompagner d’une restructuration qui ouvrirait aux producteurs l’aval gazier et la génération électrique. Ainsi ils accèderaient aux marges aval, les plus rémunératrices en même temps qu’ils maitriseraient le risque. En retour, les gaziers européens, associés ou non à des compagnies pétrolières s’engageraient en amont dans les pays producteurs et partageraient avec eux le risque. Un autre point de vue développé par Ait Laoussine préconise de favoriser l’adoption progressive d’une formule hybride basée sur une répartition dynamique entre les deux références afin de tenir compte des préoccupations du vendeur et de l’acheteur. Ce n’est qu’à cette condition que s’amorcerait le long processus d’une plus grande convergence des prix régionaux (à la faveur d’une augmentation des prix américains et d’une baisse des prix asiatiques) qui constitue un préalable à l’avènement éventuel d’un marché global.

Une analyse sommaire de ces fondamentaux nous enseigne qu’un niveau de prix du gaz livré sur les principaux marchés importateurs, durablement inférieur à $ 10/Mbtu en Europe ou à $ 12/Mbtu en Asie, compromettrait lourdement l’économie de tout nouveau projet d’exportation. De même qu’il n’y aura plus de pétrole « bon marché », il n’y aura plus de gaz « bon marché », qu’il soit originaire d’Amérique du Nord, d’Australie, de Vladivostock ou d’Afrique de l’Est ou qu’il provienne de sources conventionnelles ou non-conventionnelles.

Parmi les éléments rassurants, Ait Laoussine note la capacité indéniable de l’industrie à s’adapter aux changements grâce aux progrès de la technologie et son aptitude à répondre aux besoins grandissants de la consommation mondiale en hydrocarbures liquides et gazeux. L’augmentation substantielle des prix du pétrole et du gaz, à un niveau plus en rapport avec le coût de production et les besoins financiers des pays exportateurs, constitue également un développement positif dans la mesure où elle a contribué à assurer l’équilibre du marché et au recul, certes momentané, de la théorie du « peak oil ». En ce qui concerne les motifs de préoccupation, il lui apparait clair que l’extrême volatilité des cours constitue un souci permanent pour les principaux acteurs sauf, évidemment, les spéculateurs. A ce propos, force est de constater que les mesures envisagées par les principaux pays concernés en faveur d’une plus grande stabilité des prix tardent à faire sentir leurs effets. On peut aussi regretter l’incertitude qui règne encore sur l’adoption d’un accord global sur la protection de l’environnement.

Il existe d’autres sujets de préoccupation qui ne sont pas partagés par tous les acteurs : pour les pays exportateurs de pétrole, il s’agit de la perspective d’un excédent de capacité et l’apparition éventuelle du phénomène du pic de la demande qui pourrait nécessiter une réduction substantielle de la production OPEP à moyen terme afin d’éviter un effondrement momentané des prix. Pour les pays exportateurs de gaz, c’est l’incertitude qui entoure aujourd’hui le prix du gaz naturel sur le marché international qui constitue le problème le plus sérieux.

La spéculation provoque la volatilité, insiste Ait Laoussine. L’amplitude de variation des prix ne peut s’expliquer. Autrement alors que le marché est bien approvisionné. On a vu au début des années 2000 qu’avec un prix de 20 dollars le baril on ne peut satisfaire la demande chinoise en forte croissance. Aujourd’hui un prix à 100 dollars est nécessaire car le pétrole est de plus en plus difficile à produire.

Nous n’avons pas de modèle de consommation énergétique, sinon on n’aurait pas eu de débat sur les schistes en Algérie.  Les hydrocarbures non conventionnels et les schistes sont des technologies en progrès constant. Nous n’avons, pour notre art pas encore commencé, nous avons besoin d’apprendre. Ceci dit, il faut voir nos besoins financiers à long terme. Est-ce que l’on a besoin de produire au niveau où l’on produit pour ensuite placer notre argent dans les banques étrangères et le prêter au FMI ? Comment faire pour que l’industrie pétrolière serve les intérêts du pays ? L’objectif des nationalisations c’était e développement. Avons-nous eu un développement ? Il apparait que non. 40 après on est toujours dépendant des hydrocarbures. Le pétrole a rapporté à l’Algérie, depuis le début des exportations, 1 000 milliards de dollars et l’on a consommé la moitié de nos réserves prouvées. En effet il faut réfléchir à un modèle énergétique. Est-ce que nous allons continuer comme cela à l’avenir, à exporter autant, à consommer autant ? Faut-il relever les prix sur le marché intérieur et cibler par des subventions ceux qui en ont besoin le plus plutôt qu’encourager le gaspillage comme nous le faisons ? Que peuvent rapporter les renouvelables et comment les développer ?

Nazim Zouioueche a abordé dans son intervention la nécessité de sortir de la dépendance aux hydrocarbures qu’il a considérée comme le grand challenge. L’objectif devra être de  laisser aux générations futures une économie qui fonctionne toute seule. Cela ne veut pas dire qu’il faille négliger les hydrocarbures et viser une économie sans hydrocarbures mais surtout utiliser les hydrocarbures pour construire une industrie et une économie pérenne.

La production baisse. On nous parle de découvertes, a-t-il dit, mais lorsqu’il y a découverte cela signifie des hydrocarbures que l’on met en production, sinon c’est un résultat positif, encourageant, mais pas encore une découverte. Or on n’a pas mis beaucoup de gisements en production ces dernières années. L’Algérie est un pays pétrolier plus que gazier contrairement à ce que l’on entend souvent. Les plus grandes découvertes récentes portent sur des gisements pétroliers, dans le bassin de Berkine.

La question est aussi : est-ce qu’on exploite correctement les gisements que l’on a. Lorsque le gisement de Hassi Messaoud a été découvert les réserves en place étaient de 50 milliards de barils. On exploite aujourd’hui ce gisement avec un taux de récupération de 27%. On peut porter ce taux vers 35 à 40% sans grandes difficultés. 1% d’amélioration du taux de récupération représente 500 millions de barils, soit un gisement classé comme géant. On utilise déjà la récupération tertiaire par injection de gaz miscible sur ce gisement mais il y a un problème de monitoring. Il faut optimiser ce que l’on réinjecte. Récupération assistée à Hassi Messaoud. On fait de la récupération tertiaire mais on a un problème de monitoring. Il faut savoir ce que l’on injecte et modifier le taux d’injection en fonction des résultats que nous avons. On peut récupérer jusqu’à 6 milliards de m3 de gaz que l’on brule aujourd’hui à la torche. Hassi Messaoud peut facilement produire 40 millions de tonnes ou 800 000 bj. On a injecté à ce jour plus de 350 Gm3 dans ce gisements que nous pourrions reconvertir en fin de vie en gisement gazier.

Hassi Rmel est l’une des plus belles accumulations de gaz qui existe dans le monde. Ce gisement a été mis en production généralisée en 1980. Le modèle technologique de production prévoyait sur une production de 92 milliards de m3 la réinjection de 60 milliards de m3 et la commercialisation de 32 milliards de m3.  Par la réinjection on amoindrit la chute de pression et les pertes de richesse en gaz. Le gaz sec permet de revaporiser une partie des gouttes de liquidesqui se sont déposées dans le gisement. Cela permet d’éviter les dépôts de liquides et les arrivées d’eau. Pour tenir les engagements contractuels alors que certains projets comme Gassi Touil ont accusé des retards on a tiré sur Hassi Rmel et on a réduit le cyclage et augmenté la part de production commercialisée. On parlait d’exporter 85 et même 120 Gm3. La conséquence est que le gisement commence à avoir des entrées d’eau avec le risque de perdre entre 30 et 40% des réserves. L’eau va plus vite que le gaz.

Zouioueche a aussi appelé à une intensification de l’exploration. L’exploration porte surtout sur le Sud, le Nord est négligé, or la première découverte, Oued Guetrini, s’est faite dans le Nord. Explorer dans le Nord nous permettra de mieux cerner la géologie du Nord et de l’offshore, même si celui-ci est plus complexe géologiquement.

Nous avons besoin de gaz pour produire l’électricité dans notre pays, a-t-il souligné. Or la demande électrique augmente de 8% l’an. Dès lors, si l’on veut continuer à exporter du gaz il faut chercher un autre moyen de produire de l’électricité. Le solaire est tout indiqué. Il faut donc rester en veille pour le schiste et évaluer nos ressources et en même temps développer le solaire. Abordant les usines de GNL il a indiqué que l’on peut aussi gagner des volumes de gaz en reconsidérant les GNL existants à Arzew et Skikda qui ont été fait avec un process vapeur occasionnant une autoconsommation de 15 à 20% alors que les nouveaux GNL ne nécessitent que 5 à 7% à Arzew et Skikda.

Zouioueche est aussi revenu sur le projet de réalisation d’une ville nouvelle à Hassi Messaoud, s’inquiétant de ce que 80% de notre population soit concentrée dans la bande côtière. On parle d’une nouvelle ville à Hassi Messaoud. Mais un tel concept a besoin d’un effet locomotive que seule Sonatrach peut apporter. Pour cela il faut transférer Sonatrach dans le Sud autour de cette nouvelle ville.

A la question sur le GTL on peut répondre qu’il s’agit d’une technologie de niche qui concerne les petits gisements éloignés des marchés. Il est alors intéressant de transformer ce gaz en liquides pour les transporter plus facilement et les consommer comme carburants de synthèse dans les transports. Sinon en termes de coûts ils ne sont pas compétitifs. Le GTL correspondait à un moment où l’économie du gaz était différente. Les projets sont pour la plupart aujourd’hui à l’arrêt.

Concernant les shale gas, le seul exemple que nous avons c’est les Etats-Unis où 60 000 puits ont été forés. Le rapport réserves/ressources y est de seulement 10%. La fracturation hydraulique consomme 5 000 à 20 000 m3 d’eau par puits. Le gel de fracturation comportant des produits chimiques nocifs est rejeté et dispersé dans la nature. Les puits perdent 50% de leur capacité au bout de la première année. Le deuxième pays où l’on a tenté l’expérience est la Pologne, ce fut un échec, Exxon a quitté la Pologne faute de résultats intéressants.

Said Nachet est revenu dans son intervention sur les nationalisations des années soixante-dix qui ont amené quelque chose de nouveau dans l’industrie pétrolière. (i) L’industrie pétrolière, jusqu’alors intégrée sous la direction des compagnies pétrolières internationales (IOC) a connu une dé-intégration. Les compagnies internationales sont alors coupées de l’amont désormais contrôlé par les pays producteurs. Elles ne détiennent plus que 17% de la production et seulement 5% des réserves. La différence entre le pétrole et les microprocesseurs par exemple est que pour ceux-ci, si n’en avez plus vous pouvez aller en Chine si c’est moins cher. Les réserves pétrolières, au contraire, ne peuvent être déplacées et sont produites là où elles se trouvent. (ii) La deuxième grande conséquence des nationalisations est la naissance des compagnies pétrolières nationales (NOC) qui tiennent de plus en plus le haut de la rampe. On trouve aujourd’hui au sommet du classement des compagnies pétrolières fait par PIW l’Aramco Saoudienne, la NIOC iranienne, la CNPC chinoise et la vénézuélienne PDVSA. (iii) La troisième grande conséquence des nationalisations est l’émergence d’un marché pétrolier global, libre et transparent. Auparavant les transactions se faisaient à l’intérieur des compagnies intégrées verticalement. Le pétrole était facturé sur la base de prix postés qui servaient de base au calcul des royalties et impôts pétroliers payés aux pays producteurs dans le cadre des contrats de concession qui prévalaient. Avec la dé-intégration les pays producteurs se sont trouvés avec des volumes de pétrole alors qu’ils n’avaient pas de raffineries pour les traiter, ainsi est né le marché spot ainsi que les prix officiels de l’OPEC puis la politique des quotas.

Les marchés pétroliers, souligne-t-il, ont commencé à prendre en charge le risque et développer des mécanismes boursiers de couverture contre le risque, d’arbitrage et de spéculation. Mais les prix sont restés relativement modérés. Au début des années 2000 ils étaient autour des 20 dollars le baril. Les variations de prix ne dépassaient pas 1 dollars et étaient suivies de près par les gouvernements occidentaux. S’ensuivit les dix dernières années une envolée vertigineuse des prix avec une volatilité de plus en plus forte. C’est ainsi que les prix ont atteint un pic historique en juillet 2008 avec 147 dollars pour s’effondrer trois mois plus tard à 32 dollars. Les enjeux sont énormes pour les IOC qui ont développé des services de trading qui interviennent sur les marchés boursiers. Certaines parmi les plus éminentes NOC ont suivi le jeu et ouvert des bureaux à Londres et New York. La hausse des prix pétroliers a provoqué un rush sur le pétrole et attiré vers les marchés pétroliers une foule de spéculateurs n’ayant rien à voir avec le métier du pétrole. Ces spéculateurs ont accru par leurs interventions la volatilité du marché pétrolier.

L’augmentation des prix s’est accompagnée par une pression sur les compagnies de service et une hausse sensible des coûts de production. De même, de nouvelles façons de travailler s’imposent avec un partenariat entre compagnies pétrolières et de service ainsi que souvent un partage du risque. Les projets sont devenus tellement compliqués et chers qu’il fallait reconsidérer totalement la relation client-fournisseur qui prévalait jusqu’alors.

De même il y a un glissement géographique de la demande vers l’Asie qui devient la zone d’attraction de la demande. 50% de l’accroissement de la demande future viendra de Chine et d’Inde. Même si la hausse des prix a détruit dans l’OCDE une partie de la demande, la croissance de celle-ci restera vigoureuse tant les pays asiatiques partent de très bas et parce qu’aussi les prix dans ces pays sont réglementés. Une faible part des prix internationaux passe au consommateur. L’OCDE n’est ainsi plus la zone de croissance de la demande.

Pour ce qui concerne le gaz naturel le fait à signaler est la mutation des marchés. Les gaz non conventionnels, essentiellement shales gas, ont bouleversé la donne. Il y a des développements intéressants qui peuvent au final n’être que de nature régionale. Les retombées sur l’économie américaine sont importants. La particularité du droit minier américain où le propriétaire du sol est en même temps celui du sous-sol aide au développement de cette énergie.

Retombées pour l’industrie américaine de l’exploitation des gaz non conventionnels aux Etats-Unis :

·         Une différence de l’ordre de 10 $/MMBTU entre les prix du gaz naturel des deux côtés de l’Atlantique ;

·         Equivalent à une marge de raffinage allant de 0,7 and 4,0 $/bbl selon la taille et la structure de la raffinerie considérée!

·         Le pétrole brut canadien livré aux Etats-Unis (PADD 2 et 4) bénéficie d’une décôte de 10 à 30 $/bbl depuis 2005 contre une différence se historiquement entre 5 et 10 $/bbl ;

·         Le secteur électrique a accru son recours au gaz naturel, qui a déplacé des quantités significatives de charbon dans le mix électrique outre atlantique.

·         L’industrie pétrochimique bénéficie aussi d’un prix bas du gaz naturel aux Etats-Unis

Pour ce qui est de l’avenir, il y a quelques certitudes et beaucoup d’incertitudes.

·         La demande d’énergie continuera de croître au cours des prochaines décennies;

·         Les hydrocarbures continueront de peser dans le mix énergétique;

·         Découvrir et développer les ressources, contribuer au développement de l’économie nationale: double défi des compagnies nationales

·         Quelle  place pour le gaz non conventionnel à l’échelle globale?

·         Verra-t-on une nouvelle renaissance de l’énergie nucléaire?

·         Comment  s’organisera la transition énergétique globale?

·         Des percées technologiques significatives de nature à transformer

·         les trajectoires énergétiques sont-elles possibles à un horizon visible?

·         Quid du développement des renouvelables?

·         Quel avenir pour la capture et le stockage du CO2?

·         Quelles pourraient être les résultats de la COP19 en France en 2015?

Les Majors sont à la recherche de nouveaux thèmes de croissance.

·         Investissement des “Majors” s’orientant vers des projets complexes associés au développement des nouvelles ressources.

·         Future croissance des Majors généralement plus dépendantes du GNL, de la production en eaux profondes et les hydrocarbures non conventionnels;

·         Part des investments dans les actifs conventionnels assets décroitrait de 63% (2001-2005) à  40% (2011-2015).

Tant qu’on n’aura pas cassé le lien entre croissance économique et demande énergétique, estime Nachet, on aura une croissance forte de la demande qui porte essentiellement sur les énergies fossiles : pétrole, gaz, charbon. Globalement les nations utilisent ce qu’elles ont comme source d’énergie disponible. La Chine ne peut pas substituer le charbon, elle aura besoin de toutes les formes d’énergies. Les pays producteurs deviennent aussi des pays consommateurs. Cela met les NOC dans des situations compliquées : explorer et développer de nouvelles ressources, trouver des marchés, soutenir le développement économique national.

Le nucléaire est-il fini après Fukushima ? Peut-il connaitre une renaissance grâce aux négociations sur le climat ? Comment s’organise la transition énergétique ? Quelles sont les percées technologiques qui vont transformer la trajectoire ? Les nouvelles générations de biofuels, la capture et séquestration du CO2 ?

La spéculation agit fortement sur les prix. Le G20 avait mis sous présidence française la mission de regarder comment traiter la spéculation. Il existe trois markers Brent, WTI et Dubaï/Oman. Le brut est vendu tous les jours et les informations sont reportés par les price report agencies, Platt’s, Reuters. 200 qualités de brut sont évaluées par rapport aux markers. Il n’existe plus de prix fixe. Pour se couvrir il faut aller sur les marchés financiers. Les acteurs financiers amènent de la liquidité mais les échanges papiers représentent des centaines de fois les échanges physiques. Les recommandations du G20 pour réduire le rôle de la spéculation. La réglementation mise en place aux Etats-Unis Dodd Frank Act a été bloquée par les spéculateurs depuis deux ans. Si vous n’êtes pas acteur industriel vous n’avez rien à voir avec le marché. Vous ne pouvez pas rentrer sans garantie (dépôt de marge).

Il faut, d’autre part, pour les pays producteurs maitriser leur consommation d’énergie. C’est un point essentiel qui préoccupe la plupart des producteurs aujourd’hui car l’augmentation de la consommation a pour conséquence la réduction des exportations. Le premier élément à voir c’est l’efficacité énergétique. Il faut agir sur les comportements et commencer par l’école. Il faut aussi agir sur la tarification de l’énergie en limitant la consommation subventionnée. Comme en Iran. Le secteur électrique va être davantage sollicité car le stress hydrique va nécessiter une importante capacité de dessalement. Il faut aller vers de nouveaux concepts.


Nous voudrions pour terminer remercier nos sponsors qui ont rendu possible la tenue de cet évènement : SONATRACH, Alliance Assurances, RedMed, PARTEX

 

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