• Catégories

  • Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

  • Articles récents

  • Visiteurs

    Il y a 2 visiteurs en ligne
  • septembre 2013
    D L Ma Me J V S
    « août   oct »
    1234567
    891011121314
    15161718192021
    22232425262728
    2930  
  • ARCHIVES

  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
      <b>img08.jpg</b> <br />
  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).
  • Accueil
  • > ENERGIE, PETROLE, GAZ
  • > Crise financière, crise pétrolière. Sommes-nous à la veille d’un nouvel ordre énergétique mondial ?

Crise financière, crise pétrolière. Sommes-nous à la veille d’un nouvel ordre énergétique mondial ?

Posté par mouradpreure le 9 septembre 2013

Je ne résiste pas à l’envie de republier ce texte que j’ai réalisé en juin 2009 pour la revue MedEnergies dirigée par mon ami, l’honorable Abdenour Keramane. Cet article est très souvent téléchargé sur mon blog. Cela a suscité ma curiosité et j’ai constaté que les analyses et anticipations que j’ai faites restent d’actualité.

Dr Mourad PREURE 

Expert Pétrolier International 

Président du Cabinet EMERGY


Article paru dans la revue MedEnergy le 22 juin 2009

Crise financière, crise pétrolière. Sommes-nous à la veille d’un nouvel ordre énergétique mondial ? dans ENERGIE, PETROLE, GAZ petrolier

Les prix du pétrole reprennent des couleurs après une longue période de déprime. Paradoxalement, rien dans les fondamentaux n’explique ni la légère reprise, ni encore le vent d’euphorie qui l’accompagne. Bien au contraire, les dernières prévisions faites par l’AIE et l’OPEC confirment toutes la baisse de la demande de l’ordre de 2.8% pour la première, de l’ordre de 1.8% pour la seconde. Les stocks sont estimés à 62 jours et les stocks en mer restent conséquents et peuvent, selon certaines sources permettre la mise sur le marché de 4 Mbj pendant un mois. Donc il faut chercher ailleurs les raisons de cette embellie. Bien entendu, l’explication la plus consensuelle est que le retour des spéculateurs sur les marchés encouragé par les perspectives plus rassurantes à moyen terme, indiquées notamment par le contango des prix sur les marchés à terme, ainsi que la propension des détenteurs de stocks à ne pas mettre ces volumes sur le marché, du fait de cet optimisme précisément, contribuent à orienter les prix à la hausse. L’effet dollar n’est pas non plus à négliger. Toutes ces considérations liées au marché pétrolier viennent amplifier un sentiment général, à notre avis insuffisamment fondé et exagéré pour tout dire, que l’économie mondiale est engagée dans une trajectoire de sortie de crise. Il y a indiscutablement de tout cela. Connaissant le caractère psychologique des marchés pétroliers, on aurait été étonné qu’ils ne fussent sensibles à l’émotivité excessive qui entoure la crise  aujourd’hui. Et voici donc encore les prix pétroliers doubler en l’espace de six mois. Certains prédisent même une évolution comparable aux excès connus en 2008.

Il nous semble nécessaire, pour comprendre, d’aborder les choses dans un contexte plus global. La situation est en effet singulière. Ce que nous vivons n’est pas un choc baissier, mais les conséquences sur l’industrie pétrolière d’une crise économique qui a frappé la planète entière. Cette crise, que l’on a pu qualifier de première crise post-mondialisation, a été comparée pour son ampleur à la crise de 1929. Elle a surtout mis à bas un certain nombre de dogmes constitutifs du nouveau catéchisme ultralibéral qui a déferlé sur la planète depuis les années quatre-vingt et l’ère Thatcher – Reagan. Ainsi donc, la fameuse « main invisible », le culte du court terme ne seraient-ils donc plus la panacée ! Les marchés financiers et les marchés pétroliers se sont interconnectés, ils se sont globalisés et ont développé des instruments et mécanismes dont la sophistication et l’opacité ont provoqué le pire. Et si tel est le mal, il va de soi que le remède ne peut être que la réhabilitation du long terme qui est en fait l’horloge sur laquelle est réglée l’économie réelle, le retour de l’Etat (et les dernières déclarations de chefs d’Etats et de gouvernements occidentaux, connus pour leur libéralisme, sont parfois savoureuses !) et, lâchons le mot, la régulation et un contrôle plus rigoureux et plus volontariste des marchés. Comment réduire la volatilité et la spéculation dans les marchés pétroliers par une plus grande transparence et une régulation ? Qui peut assumer cette tâche qui est en même temps pouvoir ? La question de la régulation renvoie en effet à celle du leadership de l’économie mondiale, voilà pourquoi les plus avisés des experts sont réservés quant à la sortie de la crise.

Selon nous, la crise que nous vivons aujourd’hui est riche d’enseignements. Nous sentons bien que ce n’est pas là une crise qui se résoudra un jour pour laisser place définitivement à un ciel serein. Cette crise indique une opposition entre deux logiques : les logiques spéculatives et boursières de court terme qui gouvernent la sphère financière et qui à la faveur des politiques de déréglementation qui se sont généralisées ont assujetti l’économie réelle et les logiques de long terme qui gouvernent réellement l’économie et où les acteurs ont besoin de visibilité et ne peuvent s’accorder avec la volatilité naturelle du marché accrue par le fait que le pétrole est devenu un actif financier.

Les pays producteurs ne parlaient pas autrement lorsqu’ils expliquaient il n’y a pas longtemps encore que les hydrocarbures n’étaient pas une marchandise ordinaire, que cette industrie est une industrie de long terme, que son orientation par des logiques strictes de court terme, fondées sur la spéculation et recherchant la volatilité, étaient nocives. Ils ne parlaient pas autrement lorsqu’ils plaidaient pour un nouveau partenariat qui leur fasse une place dans la scène énergétique internationale autrement que comme source, surtout comme agent actif dans les grandes transformations structurelles en cours.

La crise financière de 2007 est un important moment dans l’évolution du marché pétrolier. Elle a constitué le moment où deux phénomènes conjugués ont montré tous les signes d’une unité organique, ces deux phénomènes sont d’une part l’interconnexion entre marchés financiers et marchés pétroliers, d’autre part la décorrélation des prix du pétrole avec les fondamentaux. Nous vivons depuis bientôt sept ans un nouveau paradigme pétrolier qui dissocie niveau de prix pétroliers et croissance économique. Nous avons connu les cinq dernières années un couple étonnant associant prix élevés et forte croissance économique. Malgré les prix élevés, la croissance économique ces cinq dernières années, de l’ordre de 5% en moyenne, a été à très vigoureuse et fortement intense en énergie, particulièrement en pétrole. Elle s’est concentrée hors de l’OCDE. Les pays en voie de développement en ont assuré 67%. Nous en connaissons un autre aujourd’hui où les prix bas ne semblent avoir aucun effet déterminant sur la croissance économique qui est négative pour les pays OCDE et affaiblie pour les pays émergents. 

L’économie mondiale survivra à cette crise comme elle a survécu à la crise de 1929. Mais aucune solution porteuse n’est possible si l’on ne comprend pas qu’il est impératif aujourd’hui d’aller vers un nouveau paradigme dans les relations économiques internationales. Il est d’abord clair que cette crise a été annoncée par des signes avant-coureurs, parmi eux, chacune dans un registre différent, la crise californienne d’une part, la crise asiatique de 1998 d’autre part. L’une a montré l’absurdité d’un modèle strictement assujetti à une logique de court terme et les conséquences extrêmes (la Silicon Valley dans le noir et les discours quasiment brejneviens du gouverneur de Californie, appelant à plus d’Etat dans les industries de réseau), l’autre a montré toutes les possibilités d’une diffusion simultanée de désordres financiers à l’ère des technologies de l’information et de la communication.

En fait, la réalité rattrape inévitablement la théorie et la soumet impitoyablement à son verdict. L’Etat national, dont on a célébré en grande pompe la disparition, revient par la grande porte. Les Etats libéraux les plus en vue ont été surpris alors qu’ils affichaient leur patriotisme économique (Etats-Unis avec les affaires CNOC-UNOCAL et Dubai Ports World, Etat français avec l’affaire GDF-Suez, et d’autres cas encore qu’il serait fastidieux de citer dans le détail). Quid des Etats producteurs sommés d’ouvrir leurs domaines miniers nationaux sans autre contrepartie que la financiarisation de leurs réserves ? La situation présente demande des réponses originales car il est dans l’intérêt de tous les acteurs, Etats comme compagnies, de construire un « new deal » qui prenne en compte les intérêts de chacun, qui crée les conditions d’un réel partenariat énergétique mondial fondé sur de réelles complémentarités qui ne demandent qu’à être dynamisées. Pour les Etats producteurs, il est bien clair qu’une ressource épuisable doit obligatoirement servir à ouvrir des perspectives réelles autant de développement que d’autosuffisance énergétique à long terme.

Le monde avait vécu deux décennies durant faussement l’illusion de l’abondance et d’un pétrole bon marché. Les prix, partis d’un plancher artificiellement bas depuis la crise asiatique de 1998, ont été multiplié par six en six ans passant de 20 à 100 dollars le baril, puis en juillet 2008, atteignant le pic historique de 147 dollars. En quatre mois, ils perdent les trois-quarts de leur valeur pour se traîner aujourd’hui autour d’un pivot de 50 dollars qu’elles franchissent vers le haut ou le bas selon la conjoncture. Il devient clair cependant pour nous que le franchissement du seuil des 100 dollars est structurel. Et de fait, ce que nous vivons aujourd’hui est non pas une crise pétrolière baissière sur le modèle de celles connues en 1985-86 ou 1998 mais une crise financière qui a atteint l’économie réelle et ainsi agit sur le marché pétrolière en l’orientant vigoureusement à la baisse. Nous savons que les conflits entre tendances opposées sont porteurs de déflagrations. Car l’industrie pétrolière, au moment où les réserves mondiales s’épuisent et où les coûts augmentent, a un besoin pressant d’investissements et appelle de ses vœux des prix élevés. Or la situation que nous vivons contrarie cette exigence et porte en germe les causes d’une grave crise. Lorsque la demande reprendra (car elle reprendra) les quantités ne seront pas là pour la satisfaire. Il faut s’attendre à une succession de chocs haussiers dans la décennie qui vient.

Le premier constat que nous devons faire est que le pétrole est une ressource épuisable, que près de la moitié des ressources de la planète a déjà été consommée. La terre compte encore près de 1 200 millards de barils de réserves dont 60% sont situées au Moyen Orient et près de 74% dans les pays de l’OPEC, comme nous l’avons vu plus haut. Jusqu’alors la question de l’épuisement des réserves mondiales figurait parmi les tabous jalousement respectés. La brusque accélération de la croissance chinoise a réveillé la planète de cette euphorie. Dès lors nous sommes plongés dans une atmosphère de dramatisation, qui s’accompagne toujours en pareil cas de culpabilisation des détenteurs de ressources, soit les producteurs.

Il y a aussi pour compléter le décor une conspiration du silence autour des réserves et une grande incertitude sur les réserves de l’OPEC. Le débat sur les réserves mondiales repose sur une grosse hypocrisie. Alors que 46% des réserves de l’OPEP sont considérées par les spécialistes comme fausses ou exagérées (Par un simple jeu d’écriture, elles ont augmenté de 65% entre 1982 et 1991), les réserves hors OPEP ne sont pas logées à meilleures enseigne, notamment celles russes. Le gisement de Cantarell au Mexique, le deuxième mondial par la taille, décline au rythme de 14% l’an. Son déclin est significatif de la maturité de toute la zone du Golfe du Mexique. Le gisement de Ghawar en Arabie Saoudite, le plus grand du monde, est en déclin prononcé au rythme de 8% l’an. Les réserves koweitiennes notoirement surévaluées. Elles ne représenteraient plus que la moitié des quelque 100 Gbls annoncés. Le ministre koweitien du pétrole a révélé que celles-ci ne seraient plus que de 48 Gbls. Récemment encore, un rapport interne de la compagnie nationale KOC annonçant des réserves réelles de l’ordre de 24 Gbls, soit moins du quart des réserves officielles, a conduit le ministre du pétrole à la démission. Les réserves des compagnies occidentales elles-mêmes sont sujettes à polémique (on se rappelle le scandale Shell sur le niveau des réserves de ce groupe). Selon Sadad El Husseini, ancien vice-président exploration – production de l’Aramco, saoudienne, les 1 200 Gbls de réserves mondiales seraient surévalués de 300 Gbls, c’est-à-dire du quart.  Les grands champs pétroliers du Golfe sont en moyenne à 41% vides.

Les découvertes ont atteint leur pic en 1965 avec 66 Gbl découverts et déclinent depuis. Il n’y a plus de renouvellement des réserves depuis les années quatre-vingt. La planète n’arrive pas à remplacer les 30 Gbl (ou 86 Mbj) consommés par an (soit 1 Gbl tous les douze jours). Il sera très difficile d’aller beaucoup plus loin que le niveau actuel. La planète consomme 6 barils pour un baril découvert. Il faut 5Mbj de nouvelle production en plus chaque année, soit remplacer les gisements qui existent (4 Mbj) et découvrir 1 Mbj chaque année. Il est unanimement admis que cet objectif est impossible à atteindre.

Nous approchons du peak oil, le point à partir duquel les réserves mondiales commencent à décliner structurellement. Notre point de vue converge à ce sujet avec les experts qui pensent qu’il y aura plutôt un plateau ondulé qu’un pic. Nous estimons que nous entrons dans ce plateau et le marché, y compris par la force du ressac, réagit structurellement à ce signal. Le peak gas interviendrait quelque part entre 2015 et 2025. Nous pensons que les effets du peak oil sont sensibles dès aujourd’hui et expliquent pour une part les convulsions du marché pétrolier. Ils agiront très fort à partir de 2010 – 2012 et marqueront en profondeur les jeux d’acteurs. Il faut être conscient du fait que le marché n’attendra jamais la production de la dernière goutte de pétrole pour intégrer l’effet de rareté.

Cela explique que les compagnies pétrolières internationales exercent une forte pression pour remonter vers l’amont pétrolier. La situation de prix bas, qui fragilise les pays producteurs, remet sur le tapis la question de l’ouverture des gisements des pays producteurs.

  • La remontée des compagnies internationales vers l’amont pétrolier, soit les gisements, devait ainsi être l’axe structurant de la nouvelle organisation de l’industrie pétrolière à l’avenir.
  • L’emballement du marché pétrolier et sa dépression actuelle préparent une nouvelle recomposition, une nouvelle distribution des cartes. Il faut être extrêmement vigilant.
  • En vérité l’ouverture de l’amont semble être le seul moyen trouvé pour mettre en production les capacités nécessaires pour satisfaire la demande d’ici 2030, soit d’ici que la planète ait trouvé un nouvel équilibre énergétique. On comprend l’importance de l’enjeu lorsque l’on sait que le besoin représente l’équivalent de six fois la production saoudienne d’aujourd’hui !

Cependant les compagnies internationales ne semblent pas pouvoir s’approprier facilement le rôle directeur dans la Nouvelle intégration de l’industrie des hydrocarbures qui est une tendance lourde. Elles devront partager les rôles avec des compagnies nationales d’autant plus fortes qu’elles détiennent les réserves. Même la possibilité de porter au pouvoir des ultralibéraux dans les pays producteurs devient de plus en plus problématique alors même que la géopolitique moyen-orientale se complique avec la montée des ambitions des puissances traditionnelles de la région et la violence des fragmentations. La privatisation de l’amont des pays producteurs se trouve ainsi freinée par des facteurs structurels qui prennent racines dans un patrimoine symbolique tiré de la longue histoire militante des pays producteurs et qui s’épanouissent dans le climat d’incertitude généré par la force de la crise structurelle à l’œuvre dans l’économie mondiale. On peut y citer le Spectre de Mossadegh qui innerve le radicalisme iranien, autant d’ailleurs que le patriotisme novembriste algérien structure une vision consensuelle des hydrocarbures dans ce pays. De la même manière, le Mexique zapatiste à violemment rejeté la privatisation PEMEX. 100 000 manifestants se sont réunis sur la place centrale de Mexico, et- les parlementaires sont allés jusqu’à barricader le podium du président de l’Assemblée nationale le 14 mars 2008.

Nous connaissons, à ce sujet un nouveau paradigme de la souveraineté pour les pays producteurs où la meilleure garantie de protection et de développement des ressources nationales est d’avoir des acteurs énergétiques suffisamment puissants et détenant la technologie, qui sont déployés internationalement et ont des intérêts croisés avec les acteurs énergétiques internationaux. Les Etats doivent construire dès à présent (mais n’est-ce pas déjà trop tard ?) ces acteurs et imposer par leur diplomatie à leurs partenaires internationaux une place pour ces champions nationaux. A ce titre l’ouverture de l’amont des pays producteurs pourrait être un facteur de progrès au lieu d’être un abcès de fixation des tensions internationales.

La mondialisation connaîtrait-elle des ratés à l’allumage ? Le modèle de vie occidental n’est pas soutenable, ni sur le plan énergétique, ni sur le plan environnemental. Il ne peut être élargi à la planète, ni même aux seuls pays émergents. Comment le leur expliquer ? La situation est explosive en Chine où le Charbon représente 65% du bilan énergétique et où le taux d’équipement automobile est en dessous de toute norme. Plus dangereux, certains esprits commencent à plaider pour un pétrole consacré comme « bien public mondial », c’est-à-dire au dessus des souverainetés nationales et s’inquiètent de la gouvernance de cette ressource de plus en plus rare. Nous sommes ramenés dans les utopies de bonne gouvernance mondiale, dans une vision wilsonienne des relations internationales où encore une fois le bien commun doit être préservé, par la force s’il le faut. La notion de gouvernance mondiale du pétrole, facteur de rationalité est à l’œuvre. Il ne faut pas l’ignorer.

Les compagnie occidentales sont restées mesurées dans les décisions d’arrêt de projets de développement de réserves. Deux raisons à cela : (i) toutes les compagnies parient sur une reprise de la demande à partir de 2010-2011 et veulent être au rendez-vous, (ii) la période de prix élevés a permis aux compagnies de disposer de capacités de financement qu’elles utilisent aujourd’hui. Contrairement aux compagnies occidentales, les pays producteurs ont mis un frein à leurs investissements. L’OPEC a annoncé le report à 2013 de 35 projets, d’autres projets prévus pour 2012 sont dans une incertitude totale. Or la production de l’OPEC contribuerait au moins pour moitié à l’accroissement de l’offre d’ici 2030. M. El Badri l’a dit clairement : « Au niveau de prix actuels, nous ne pouvons investir. » Plus encore, la baisse de la production, donc des recettes de l’OPEC entraînera fatalement dans les mois qui suivent de nouvelles coupes dans les projets. Il existe réellement un défi en matière d’investissement car la demande n’a pas encore montré toute sa vigueur. Selon le Cambridge Energy Reaserch Associates, en raison des reports de projets de l’OPEC, la perte de capacité pourrait être de 8 Mbj en 2014. L’AIE évalue à 170 milliards de dollars les investissements reportés ou annulés. Elle estime le taux de déclin de l’ordre de 8 à 10%. La baisse des investissements a alarmé les participants à la réunion du G8 +15 à Rome en mai dernier. La baisse d’investissements a été estimée à 21% pour l’amont pétrolier et à 38% pour les énergies renouvelables.

En conclusion, tout porte à croire que l’économie mondiale des hydrocarbures connaisse une évolution chaotique à l’avenir se caractérisant par une succession de crises systémiques graves qui durerait toute la prochaine décennie et qui se manifesterait par la succession de chocs haussiers/baissiers. Selon nous, la crise que nous vivons aujourd’hui est riche d’enseignement. Nous sentons bien que ce n’est pas là une crise qui se résoudra un jour pour laisser place définitivement à un ciel serein. Cette crise indique une opposition entre deux logiques : (i) les logiques spéculatives et boursières de court terme qui gouvernent la sphère financière et qui à la faveur des politiques de déréglementation qui se sont généralisées et ont assujetti l’économie réelle, (ii) les logiques de long terme qui gouvernent réellement l’économie et où les acteurs ont besoin de visibilité et ne peuvent s’accorder avec la volatilité naturelle du marché accrue par le fait que le pétrole est devenu un actif financier.

La sortie de crise n’est pas prévue avant mi-2010. Les prix tendent à se raffermir pour les raisons que l’on a évoqué plus haut, mais une correction brutale n’est pas à exclure les mois à venir. Il semble que la demande se raffermira au quatrième trimestre de 2009, consolidant l’orientation haussière des prix et préparant l’atteinte structurelle d’un niveau de 100 dollar qui devrait s’imposer la décennie à venir. L’effet rebond de la demande, tirée par des pays qui ont résisté à la crise par le fait de l’importance de leur marché intérieur et de la baisse des coûts des matières premières dont ils ont profité (Chine, Inde) pourrait créer les conditions d’un violent choc haussier dont les prémisses apparaîtront dès 2010-2011 et qui pourrait porter les prix à des niveaux de 200 dollars à la fin de la décennie qui vient.

Aujourd’hui, pour les pays producteurs il convient de préserver les volumes qu’ils pourront monnayer à prix fort demain. De même, il convient pour eux de viser à être des acteurs marquants du jeu pétrolier et non des agents passifs. Voilà pourquoi ils doivent investir dans le renforcement de leurs acteurs nationaux. Dans ce sens, ils doivent songer à l’acquisition d’actifs pétroliers qui se trouvent aujourd’hui sous-valorisés par la situation actuelle du marché. La capitalisation boursière des compagnies pétrolières et de services pétroliers offre des possibilités nouvelles pour les pays producteurs disposant de ressources financières et qui souhaiteraient les placer utilement. Nous leur recommandons vivement de saisir cette chance unique pour acquérir des réserves et des sociétés de haute technologie pétrolières. Elles en auront besoin lorsque l’économie mondiale redémarrera et avec elle la forte compétitivité qui s’emparera de l’industrie pétrolière.

Le pétrole du futur sera plus technologique et plus capitalistique. Les coûts vont augmenter tendanciellement car les réserves produites seront de plus en plus complexes à produire et nécessiteront plus de technologies et de capitaux. Les grands gisements qui soutiennent l’offre mondiale aujourd’hui sont en déclin comme nous l’avons dit plus haut. D’autre part, la contrainte environnementale entraîne tout naturellement les coûts vers le haut. De l’avis de tous, l’ère du pétrole bon marché est définitivement révolue, la crise que nous vivons aujourd’hui est atypique et non représentative des tendances à l’œuvre. Elle en est même à l’exact opposé.

Ainsi nous postulons que la crise actuelle signale l’instabilité du système énergétique mondial. Cette instabilité, porteuse de risques graves, provient d’un épuisement des ressources conjugué à une explosion des besoins mais plus fondamentalement d’un unilatéralisme des consommateurs, par ailleurs puissances dominantes de la planète, qui ont engagé un processus de transition énergétique dont les producteurs sont les grands absents et où ils apparaissent comme une contrainte, fermant leurs gisements aux investissements étrangers plutôt qu’un partenaire avec lequel, pour qu’elle réussisse, doit être conduite cette transition énergétique. Ce partenariat de type nouveau qui doit voir le jour serait porté par les entreprises, les compagnies pétrolières nationales et les compagnies pétrolières internationales. Il ouvrirait aux pays consommateurs de nouvelles voies pour réussir la transition énergétique et permettrait une insertion active des pays producteurs dans les dynamiques structurantes de l’industrie de l’énergie pour ce nouveau siècle. Ainsi, sans doute, pour les uns comme pour les autres, le pétrole redeviendrait « une chance historique de développement. »

La clé est donc le partenariat entre compagnies internationales et compagnies nationales. Nous pensons en effet que ce partenariat est indispensable et peut révolutionner cette industrie à l’avenir … à l’expresse condition qu’il soit porté par une vision futuriste qui fait réellement une place aux pays producteurs à travers leurs compagnies nationales dans les transformations structurelles en cours de cette industrie. Ce partenariat entre NOC et IOC ne manquera pas de révolutionner l’industrie pétrolière à l’avenir. C’est à travers les entreprises que se créera ce partenariat de type nouveau qui ouvrirait de réelles perspectives stratégiques tant aux NOC qu’aux IOC qui  peuvent être ainsi vecteur d’adaptation et acteur réel de la transition énergétique. Il faut pour cela que les grands pays consommateurs n’opposent pas aux NOC l’obstacle de leur souveraineté, voire de manière fallacieuse les règles de la concurrence et les lois anti-trust voire même la sécurité nationale, chaque fois que ces dernières songent à se déployer dans leurs marchés et à acquérir des actifs.

Un nouveau paradigme de la souveraineté dans un monde interdépendant, fortement turbulent et caractérisé par une accélération du changement. La puissance des États repose sur la puissance des firmes. Voilà le sens qu’il faut donner au patriotisme économique. La souveraineté est directement déterminée par la performance des acteurs nationaux et leur excellence. Cela doit être assumé par les Etats producteurs. L’innovation est à la base de la compétitivité des entreprises et des nations. La relation université – entreprises – collectivités locales est la clé. En conséquence, tous les moyens des États (administration, diplomatie, armée, renseignement etc.) sont mis au service de la compétitivité et du rayonnement international des entreprises. La puissance pétrolière des Etats producteurs provient des performances de leurs acteurs énergétiques nationaux, non pas du niveau de leurs réserves et de leurs productions. La compétition autour des prix pétroliers s’est déplacée vers une compétition autour des performances des acteurs pétroliers. Les relations entre acteurs pétroliers sont des relations entre firmes, non plus des relations entre Etats et reposent sur des logiques concurrentielles.

Les acteurs énergétiques mondiaux sont interdépendants incontestablement. Seulement, pourrions-nous dire, certains sont plus dépendants que d’autres. Entendez par les pays producteurs qui sont généralement mono-exportateurs d’hydrocarbures et dont les économies reposent essentiellement sur cette ressource. Dès lors que celle-ci marque quelques signes d’essoufflement, que la planète en a pris acte et engage sa transition, il serait totalement absurde de continuer à faire comme avant. Facile à dire ! Car la prospérité pétrolière actuelle a des vertus anesthésiantes, euphorisantes. Et pourtant, plus que jamais, tous les acteurs ont intérêt à ce que les producteurs retrouvent quelque rationalité dans la conduite de leurs affaires pétrolières. Le plus grand danger pour les consommateurs est l’indifférence, se contentant d’exiger une augmentation de la production en attendant que la science et les politiques publiques permettent l’avènement d’une nouvelle ère énergétique. Attitude cynique qui peut parfaitement fonctionner même si elle est porteuse de graves risques d’explosion. Mais qui sera là en 2050 pour essuyer les plâtres !

Il est clair que la complexité de l’avenir énergétique ira croissant. Il serait dangereux de n’y voir que le symptôme à savoir le déséquilibre de plus en plus important entre les ressources et les besoins. L’énergie est la veine jugulaire de l’économie mondiale. Les pays producteurs sont à la croisée des chemins. Ils disposent d’une ressource vitale pour leurs économies et s’aperçoivent subitement que cette ressource va disparaître très bientôt, que l’on est entré dans le dernier acte de la pièce. Que faire alors que bien souvent l’effet de levier des réserves pétrolières sur le développement national est complètement anéanti par le phénomène de « dutsch disease ». Assurément, maîtriser la transition énergétique doit être le fondement de toute stratégie énergétique pour un pays producteur !

Le monde a engagé sa transition énergétique vers un modèle non fossile dont les effets commenceront à se manifester dès 2030 et qui sera effective vers la mi-siècle. La question posée par la transition énergétique vue du coté occidental est aujourd’hui de répondre le plus longtemps possible aux besoins pour lesquels le pétrole est irremplaçable, tout en intégrant la contrainte environnementale à court et moyen terme. Répondre à ces besoins et préparer dans le même temps les substituts, repousser le point de rupture, considérant l’incertitude posée tant par les réserves que par la pression de la demande, devient aujourd’hui extrêmement difficile. L’accès direct aux gisements peut paraître comme la solution la plus fiable. Mais il faut faire avec les souverainetés de plus en plus chatouilleuses des pays producteurs.

L’objectif est donc de repousser le point de rupture le temps que la technologie vienne à bout des challenges qui lui sont posés et établisse une nouvelle hiérarchie, soit une nouvelle géographie des ressources plus conforme aux rapports de force mondiaux. Malheureusement les termes de l’équation sont posés ainsi. La grave question de la transition énergétique n’est pas posée en termes de partenariat producteurs – consommateurs, mais d’un point de vue unilatéral de consommateurs. Elle implique dans l’immédiat modification des comportements consuméristes et optimisation des rendements énergétiques. Elle suppose à moyen et long terme de nouveaux systèmes énergétiques plus économes et préservant mieux l’environnement.

L’enjeu est de taille, et l’on regrette l’unilatéralisme de l’approche. A aucun moment les producteurs ne sont vus autrement que comme source, jamais ils n’apparaissent comme acteurs, comme partenaires d’une transition énergétique dont ils constituent un déterminant de la réussite et dont ils seront soit les bénéficiaires, soit, s’ils restent sur le bord de la route, encore une fois les grandes victimes. On est tenté à ce sujet de comparer le choc haussier structurellement à l’œuvre avec ceux des années soixante-dix et se rappeler que ces derniers avaient rendu possible, par le niveau élevé des prix et l’afflux des pétrodollars dans les banques occidentales qui s’ensuivit, les importants investissements dans les zones NOPEP et l’établissement d’une géographie des réserves plus favorable aux pays consommateurs. Serait-ce que l’histoire est un éternel recommencement ?

Bio Express

  • Diplômé de l’Ecole du Pétrole et des Moteurs de Paris
  • Docteur en Economie de l’Energie de l’Institut Français du Pétrole 
  • Ancien Conseiller Chargé de la Stratégie auprès du PDG de Sonatrach 
  • A présent Directeur du Cabinet MP Strategy Consulting et professeur de stratégie et de géopolitique

Laisser un commentaire

 

JE VOUS DIS TOUT |
forever |
Maud in Mumbai ! |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | LA FRANCE LIBRE
| ELEVAGE AMATEUR DE BOULEDOGUES
| You're on my official's WEB...