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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).
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Casbah d’El Djazaïr. Patrimoine immatériel, legs et culture d’oralité Prose et poésie dans la langue parlée d’Alger

Posté par mouradpreure le 17 octobre 2013

En hommage à mon cher ami Lounis Ait Aoudia, inlassable défenseur de la Casbah, militant éclairé et constant pour une culture ancestrale ouverte sur le progrès, ouverte sur le monde et la modernité, je republie cet article qu’il a réalisé en 2011

Dr Mourad PREURE

www.elwatan.com le 11.04.11 | 01h00

 Casbah d'El Djazaïr. Patrimoine immatériel, legs et culture d’oralité Prose et poésie dans la langue parlée d’Alger dans LITTERATURE, ARTS, CULTURE 20090605_DNA012357

Pour un ressourcement à travers les sinueux repères du…

En prologue à cette rétrospective mémorielle, nous avons voulu mettre en exergue un titre évocateur qui projette un pan de la culture algérienne, hélas complètement méconnu de la société et particulièrement de la majorité de celle-ci ; la jeunesse dans son ensemble.

Ceci à dessein d’une résurrection de la mémoire par le souvenir et la pensée, en reconnaissance et gratitude à l’auteur d’une œuvre immortelle d’amour et d’attachement viscéral à l’Algérie : Mustapha Ben Lakbabti, un illustre oublié, penseur, érudit, poète et symbole d’une glorieuse épopée de résistance à l’invasion colonialiste à l’aube fatidique du XIXe siècle. En naissant dans un des remparts de l’antique Médina (Rampe Louni Arezki, ex-Valée), j’ai connu l’éveil à la vie à travers l’écho de ses voix, la vue de ses chatoyantes couleurs et l’odeur de ses exquises senteurs. En y vivant en son sein par l’attachement des liens tissés dans la trame du temps et des âges, en casanier par la volonté d’un choix naturel et culturel, 53 années durant, et toujours cette mythique Casbah de la mémoire n’a point rompu le dialogue du legs ancestral avec les siens.

Ainsi épargné de l’accommodation du phénomène environnemental «d’acculturation-déculturation» par un enracinement de sédentarité au terroir, qui, fécondé dans l’intensité des liens avec des lieux, ne cesse de nous faire découvrir les richesses fabuleuses de l’histoire millénaire de la Médina d’Alger, malheureusement englouties dans les affres de l’amnésie collective.

Cette fois-ci, elle nous conte dans la langue multiséculaire de son âme un de ses enfants de légende, de savoir et d’érudition, le «fakih» Mustapha Ben Lakbabti, muphti d’Alger, célèbre poète qui a immortalisé Alger de ses êtres chers dans l’arrachement de l’exil forcé, loin du pays perdu, lui l’irréductible résistant à l’invasion barbare de la funeste année 1830. Le revoilà enfin aujourd’hui ressuscité du syndrome ténébreux de l’oubli. Alger et sa Casbah ont vu des générations et des générations se succéder dans l’accomplissement d’une personnalité affirmée par la culture d’oralité transmise par legs, à la descendance de relai dans les cycles du temps. Dans la pratique de leur langue parlée, les Algérois s’exprimaient pour dire leurs joies, leurs peines, leurs sensations, leur bonheur, leur malheur, enfin toutes ces choses de la vie, en contant aussi des légendes et en rimant des poèmes.

Des mots gorgés de sens

Cette langue, ils la parlaient dès l’enfance au quotidien et dans sa dynamique pétrie de mots gorgés de sens pour traduire des états d’âme, des passions, des rêves dans de merveilleuses chansons rimées par de magnifiques proses toutes de beauté. Pleine de vie, celle-ci les a accompagnés leur vie durant, par l’oralité, pour devenir un legs précieux qui se transmettait dans l’alternance pour se pérenniser à travers les âges et le temps.

Du bercement du nouveau-né, aux premiers sons des louanges égrenées par nos mères et grand-mères, l’éveil à la vie s’accomplissait ainsi dès le berceau. C’est dans la chaleur de la tendresse maternelle et au rythme féérique des syllabes chantées dans la magie des mots que paraissait dans l’émerveillement l’esquisse gracieuse du premier sourire de celui qu’on appelait affectivement «essabi-malayka» (bébé-ange). Dès sa venue au monde, celui-ci était adulé par l’ensemble de la famille pour la symbolique qu’il incarnait d’une descendance assurée dans la perpétuation de la lignée généalogique.

Dans les souvenirs des enfants que nous étions, ces berceuses, d’une douceur envoûtante, hélas perdue, pour les bébés des temps présents, mais encore vivaces en notre mémoire, nous transposaient, par la magie des mots rimés dans des univers riches de contes, de légendes et d’histoires où nous découvrions des repères précieux de notre culture. Ainsi, tous les récits de gloire, d’héroïsme, de grandeur étaient célébrés par d’antiques mélodies dont les refrains illustraient les valeurs ancestrales d’une nation. La pratique du bercement, qui était le premier palier d’initiation psychopédagogique de la langue par l’oralité, a complètement disparu de nos jours pour être méconnue même dans le souvenir de la génération au-delà de 40 ans.

Pour la jeunesse, ce rite ancestral ne signifie donc absolument rien, car sans repère aucun à l’évocation de son existence passée dans la tradition de la société. La génération qui est la nôtre a, par contre, vécu cette époque dans la plénitude des liens d’affection et de tendresse coutumières à la cellule familiale d’antan. Ces liens tramés de valeurs humaines étaient assidûment tissés et conservés par des expertes passeuses de mémoires qu’étaient nos aînées et nos aïeules et qui, à l’œuvre, nous impressionnaient par leur capacité, leur dévouement et leur abnégation dans l’accomplissement de leur noble mission d’éducatrices et de formatrices des générations futures.Dans la pratique de cette initiation, elles excellaient par leur savoir-faire pour s’imposer en spécialistes avérées dans l’apprentissage de la langue dans toutes les formes et nuances de son corpus. Nous avons assisté, émerveillés, à des séances de cette pratique où le nourrisson, dans des jubilations de béatitude, adhérait instinctivement par l’écoute au langage de mots enrobés de rimes, de tendresse et d’amour maternels.

A travers une communication intime et intense soutenue par des signes expressifs en direction du nourrisson, une relation idyllique d’osmose unissait ainsi dans un bonheur profond la mère et l’enfant. Ces femmes de grande stature ne seront point oubliées par la reconnaissance et la gratitude de générations entières pour l’immense œuvre accomplie en semeuses fertiles de notre culture dans l’authenticité de son algerianité. Notre bonheur a été, par ailleurs, conforté par la découverte d’une véritable anthologie poétique, œuvre du monumental savant Mohamed Bencheneb, composée de proverbes, d’adages, de métaphores et de maximes dans la pratique langagière d’El Djezaïr.

Celle-ci a été reprise dans un ouvrage de référence consacré à la poésie algérienne et maghrébine par ce prolifique et lumineux penseur qui, par l’étendue de son savoir, a été un des vecteurs de rayonnement de la culture algérienne. C’est à cette source riche et dense de mots d’une langue en verve que s’est abreuvé un des célèbres érudits de renom, poète et «fakih» du XIXe siècle Mustapha Ben Lakbabti. Ce dernier, issu d’une famille d’origine andalouse, est né dans une des plus belles douérates de La Casbah d’El Djazaïr en 1189 de l’an hégirien, pour devenir un fin lettré en arabe classique qui a suivi des études pluridisciplinaires très avancées, en philosophie, en jurisprudence et en théologie. Poète de talent, homme de culture, il a été aussi muphti de la Grande mosquée d’Alger. Enseignant de renommée dans les principales mosquées d’Alger, il s’est insurgé contre l’invasion colonialiste de 1830 et a mené une farouche résistance de mobilisation populaire dès les premières expropriations et profanations des lieux de culte et des biens habous.

Après avoir été emprisonné, Mustapha Ben Lakbabti, en irréductible lutteur contre l’invasion française, a été déporté en 1843 à Alexandrie en Egypte, destination de son choix pour redoubler tenacement dans le combat par d’autres formes à la libération du pays. Ainsi, cette épreuve d’une innommable cruauté lui inspira, dans la tragédie vécue, un poème pathétique qui, dans le contexte funeste de l’époque, a été une véritable complainte d’amour dans une profondeur lyrique, déchirante à El Djazaïr dans la vénération adorée. Celle-ci, expressive dans les mots du terroir natal et sortie de l’intériorité profonde de l’exilé, a immortalisé un message émouvant d’attachement viscéral à l’Algérie éprouvée en signe de serment de fidélité éternelle. C’est en entonnant en heureux présage d’espoir Ya h’mama, dans sa symbolique de colombe messagère, que Mustapha Ben Lakbabti a versifié dans une fresque poétique d’une rare affliction l’amputation de sa chère patrie dans l’arrachement barbare des siens adulés. Depuis, ce poème, devenu un récital de prose émouvante, ciselée dans la profondeur des sensations de l’insurgé, a été interprété par plusieurs générations qui ont laissé l’impact de leur don et de leur génie.

Dans le mode andalou, les monuments de la musique classique algérienne que sont les professeurs émérites Sid Ahmed Serri, Mohamed Kheznadji et qui excellent à l’extase dans cette partition ont réussi à lui imprimer une véritable mythologie de postérité. Ainsi, avec la virtuosité qui est la leur, ils ont fait œuvre de résurrection et de perpétuation mémorielle d’un immense poète qui, par l’esthétique de son verbe puissant, a éternisé l’amour de l’Algérie dans les cœurs des générations futures. Aussi et avec l’éclat de son talent inégalable, le regretté grand maître El Hachemi Guerrouabi a, par la chaleur épique de ses mélodieuses et inoubliables envolées lyriques, ennobli une chanson révélatrice d’une œuvre féconde dans la douleur d’une tragédie humaine vécue par l’Algérie et son peuple.

Cet épisode qui est un fragment de la mémoire collective, miraculeusement ressuscitée de l’oubli, nous rappelle que c’est à travers une errance forcée, ravagée par une indicible douleur et son atrocité que la verve lumineuse de Mustapha Ben Lakbabti a pérennisé une phase d’histoire dans cette effroyable épreuve de la destinée du peuple algérien. Jusqu’à sa mort en 1860, dans la lointaine Alexandrie, ce grand homme de culture et de savoir, affaibli par le supplice infligé de l’exil, a légué un testament d’amour éternel pour les générations montantes pour aimer davantage et toujours l’Algérie martyre, vaillante, symbole de résistance. Dans ce contexte et en son temps, ce poème, dédié à l’aimée et souffrante patrie, a été le véritable précurseur de l’hymne national algérien ; celui de la libération arrachée, rêve de générations successives enfin exaucé dans la douleur des sacrifices.

Ce pan de l’histoire, de culture et jusqu’à l’existence d’un temple de savoir de l’envergure de Mustapha Ben Lakbabti, méconnus jusqu’alors, viennent d’être réappropries à la mémoire collective à l’issue d’une heureuse circonstance et à la faveur d’un débat autour de son célèbre et immortel poème Ya h’mama.
Chanté depuis plus d’un siècle, et jusqu’à nos jours où il est devenu une prestigieuse quacida-repère de la mémoire, ce poème d’amour et de douleur subjugue toujours et émeut par l’évocation du passé et du souvenir, mais hélas, dans l’oubli de celui qui l’a fait naître dans le supplice de l’épreuve endurée et dont le nom n’est point évoqué. Aucun refrain, ni intermède ni strophe, ne reprend ou cite son nom pour naturellement s’incliner par la pensée à son souvenir dans la reconnaissance et la gratitude de l’œuvre accomplie et léguée aux générations montantes à travers le sacrifice des souffrances endurées. Par revanche au syndrome perfide et dévastateur de l’oubli, ce poème majeur est perpétuellement interprété dans la solennité qui lui sied au ravissement d’une assistance toujours séduite par la profondeur et l’esthétique des mots d’une incantation d’amour à la patrie arrachée. Cette langue populaire de poésie usitée par les Algérois pour s’exprimer et communiquer depuis les temps immémoriaux a naturellement évolué dans le temps et l’espace de l’environnement socio-économique et culturel d’une communauté.
Elle perpétuait ainsi une mémoire, des repères, une pensée et l’usage de sa pratique était régi par des normes d’une échelle de valeurs humaines de la société. Malheureusement, dans le cycle de son évolution, la pratique langagière a subi une altérité particulière, car elle ne véhicule aucun référent culturel, mais a inversement subi une régression avec la disparition de signes verbaux, constitués de distinctions, superlatifs de respect, de considération, de convenance d’usage et de bienséance. Ainsi, on entend plus ces convenances éducationnelles : Didi, essi, el’la, sabah el khir, masaâ el khir, naharak mabrouk, tassbah aâla khir et ya men aâche. Des mots composites en sont devenus les substituts : aâmou, chriki, r’ssas (adjectif qui représente dans l’imaginaire la qualité, la performance, la beauté, l’art, l’esthétique), hadji (diminutif de hadj, extirpé de son titre révérencieux à caractère religieux pour être inconsidérément épelé au seul critère d’âge. Avanie des temps, une langue de poésie, de bienséance et de convenance a subi une véritable érosion dans son esthétique pour ne véhiculer négativement que des mots d’incohérence, d’irrationalité et de surréalisme, de l’absurde.

Prolifération du jargon

Déplorablement, cette phénoménologie verbale a pour vivier de prolifération la jeunesse sans cesse innovante dans un jargon, sabir de l’insensé, d’un vocabulaire appauvri et illustrant ainsi une indigence culturelle affligeante. Il est certain que la jeunesse de tous les pays du monde développe dans sa dynamique de croissance un dialecte, un jargon de mode généré par un environnement donné, mais dont la pratique verbale cyclique se limite à une étape momentanée du milieu juvénile (quartier, écoles, lycées, etc.). En société, cette même jeunesse pratique et adopte la langue véhiculaire de ses valeurs culturelles et de ses symboles identitaires. Une langue populaire de culture orale est le produit de legs générationnels successifs transmis à la jeunesse. Celle-ci, pour pouvoir en pratiquer l’usage d’abord et assurer la pérennité ensuite, doit au préalable et incontournablement être initiée dans cette vocation par la première structure sociale qu’est la cellule familiale.

A cet égard, la même attention doit nécessairement être accordée à cette langue-substrat de premier palier d’éducation, pour être complémentaire de la langue arabe de l’école. Cette approche d’histoire, de langue et de poésie nous a permis de découvrir des richesses insoupçonnables que recèle notre culture orale ancestrale, dense, plurielle et touffue. Nous avions, hélas, perçu avec regret le dénuement d’une langue dans la structure de son esthétique et dont les repères fondamentaux sont devenus aujourd’hui désuets et méconnus de notre jeunesse. La sémantique et le centre d’intérêt induits par ce thème sur le patrimoine de l’oralité pourraient impulser un débat fécond sur les langues populaires, leur promotion et leur apport pour la réappropriation de la mémoire collective et de ses repères à travers notamment la poésie, la chanson, les épopées, les contes et légendes liés à notre culture et à notre histoire.

Dans cette perspective, notre association organisera, avec la contribution de Casbah Editions, le samedi 16 avril 2011, à 15h, au palais El Menzeh (face au mausolée Sidi Abderrahmane – Casbah) une journée thématique pour enrichir ce débat porteur et fructueux centré sur le legs de la culture d’oralité, sa préservation et sa promotion. Pour recentrer la réalité de la pratique langagière de la jeunesse de la capitale, un exposé, retraçant la genèse de la langue parlée d’Alger et de son évolution, sera soutenu par l’auteur de cette pragmatique approche sociolinguistique. En la circonstance, la professeure Khaoula El Ibrahimi, sociolinguiste de référence de l’université d’Alger animera également une communication-débat sur l’importance du patrimoine linguistique.

Email : lounisaitaoudia01@yahoo.fr

Lounis Aït Aoudia

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