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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).
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L’universitaire et critique Abdellali Merdaci répond au romancier : Quand Boualem Sansal veut «déradicaliser» la critique…

Posté par mouradpreure le 19 avril 2016

L’universitaire et critique Abdellali Merdaci répond au romancier : Quand Boualem Sansal veut «déradicaliser» la critique… dans LITTERATURE, ARTS, CULTURE

Dans une tribune donnée au quotidien parisien «Libération» («Kamel Daoud ou le principe de déradicalisation», 23 mars 2016), Boualem Sansal adopte une posture d’imprécateur dans un langage cafouilleux dans le ton de ses foucades habituelles. Ainsi, il suppute que «‘‘L’affaire Kamel Daoud’’, comme on a nommé la somme des multiples tentatives d’assassinat de notre héros, pourrait ouvrir la voie à une démarche de déradicalisation des terroristes en tout genre.» Il peut alors marteler ce qui lui apparaît comme une évidence : «Car il ne faut pas s’y tromper, les attaques contre Kamel Daoud relèvent du terrorisme…» Et aussi, par similarité, tout ce qui contrevient à Sansal est du «terrorisme». Ce n’est pas la première fois que l’écrivain fichtrement provocateur assène contre-vérités et déclarations à l’emporte-pièce.


Bonne manière de larrons en foire ? Sansal salue en Kamel Daoud la naissance d’une «nouvelle plume» de la littérature mondiale, l’attribuant au léger récit d’hommage à Albert Camus qui l’a fait connaître, en 2014, en France. Le billettiste oranais à la syntaxe cahotante habillé pour l’éternité ? Dans un monde occidental globalisé, l’image a pris le dessus sur l’écrit comme le souligne l’académicien français Jean d’Ormesson, observant dans une plaisante boutade le délitement du livre, de la littérature, de la lecture et, plus spécialement, l’avanie des lecteurs en France : «Bientôt, ils seront persuadés de m’avoir lu à la télé» («Le Magazine littéraire», Paris, avril 2016). Mais qui dans la masse de leurs laudateurs n’a pas «lu» (à la télé !) les œuvres littéraires diablement fagotées de Sansal et Daoud ? Comme Daoud, imitant Albert Camus et «L’Étranger» (1942), produisant un récit de commande titré – pour rester dans l’étroite proximité de l’écrivain pied-noir d’Algérie – «Meursault, contre-enquête» (Alger-Paris, Barzakh-Actes Sud, 2013-2014), Sansal, écrit à partir de «1984» (1949) de George Orwell, «2084. La fin du monde» (Paris, Gallimard, 2015). En fait de créativité littéraire, ils se ressemblent et se rassemblent : ils voguent, l’un et l’autre, sur des demi-textes d’épigones qui doivent plus à l’aura de leurs modèles qu’à leur incertain talent.

Ces derniers mois, trois écrivains et critiques français de renom, Richard Millet, Pierre Jourde et Philippe Vilain ont dénoncé la crise de légitimité de la littérature française de ce début de XXIe siècle, l’étroit horizon de son écriture et de ses thèmes. Ni Sansal, qui a expressément choisi de rejoindre la littérature française, ni Daoud qui l’a rejoint dans cette escapade aventureuse, ne sont célébrés en Occident en raison de la qualité de leurs œuvres, de leur langue et de leur inventivité, mais de leur indiscutable disposition de fomenteurs de buzz planétaire à l’heure d’Internet. Hors de la démesure de leur propos sur leur pays, sur l’Islam et sur les Arabes, reflétant les attentes les plus obtuses des penseurs conservateurs d’Occident, et du bruit cataclysmique qu’ils savent susciter autour de leur personne, que reste-t-il à leur littérature dans une tortueuse renommée ?

PROTÉGÉ DE LA FRANCE, D’ISRAËL ET DE L’OCCIDENT

Sansal reconnait volontiers les sources de sa fortune littéraire dans ses «passions françaises et israéliennes» et Daoud n’est pas en reste sur des thèmes aussi accrocheurs en Occident que le système politique algérien, les Arabes, l’Islam, les Palestiniens et désormais les migrants, qui lui ont valu les applaudissements de M. Valls, Premier ministre du gouvernement social-libéral de la France. Sansal et Daoud s’expriment davantage et aisément dans le hors-texte et la littérature dont ils se prévalent n’est qu’un insidieux prétexte qui ne convainc que les imbéciles. Ils gardent, la réplique poisseuse toute apprêtée, une main ténébreuse dans la basse démagogie, rivalisant de complaisance envers leurs mandants français ; mais lorsqu’on n’a pas la verve de polémiste d’un Georges Bernanos, cet accaparement strictement politique et idéologique de l’actualité, dans leur cas plus proche du courrier des lecteurs de journaux provinciaux, n’a rien à voir avec la littérature et le littéraire et les disqualifie. Petits arabes de service, exsudant un néo-indigénisme spumeux, Sansal et Daoud diffusent en Occident les mots d’ordre de lobbys – notamment sioniste et néocolonialiste – qui contrôlent les médias et les habilitent en rugueux porte-parole.

Mais les Algériens n’ont pas mandaté les deux trublions, qui viennent de se découvrir «frères», pour parler en leur nom et ils ne sont ni leur conscience ni celle du temps dément qu’ils vivent. Les engagements politico-idéologiques de Sansal et Daoud correspondent à des orientations de carrière littéraire en France, simplement insondables pour eux. Les deux chouchous des médias français se parent de la vêture élimée, sortie des accessoires d’un théâtre d’ombres, de nouveaux «refuzniks» que souhaite et suscite l’Occident. Leur flirt avec le lobby sioniste du champ littéraire germanopratin indique une stratégie de pénétration de la littérature française et de conquête de l’opinion occidentale. Depuis son «Rue Darwin» (2011), ravivant le fantasme du «Juif errant», et son voyage en Israël, en 2012, Sansal n’a cessé de se dresser sur le front des combats de l’État sioniste (vilipendant, entre autres, la directrice générale de l’UNESCO pour avoir reporté pour des nécessités de calendrier une exposition gouvernementale israélienne sur «Les gens, le Livre, la Terre : la relation de 3500 ans du peuple juif avec la Terre sainte»), grenouillant dans les «diners du CRIF», et Daoud n’a pas manqué de tambouriner, en maintes circonstances de proférations hargneuses et d’écrits lapidaires, son indifférence au malheur de Ghaza et des Palestiniens et vaticiné sur l’Islam, les Arabes, les Musulmans, les migrants en Europe, en vigile zélé de classes politique et médiatique françaises indignes et sans honneur, qui insultent leur Université. Sur la Palestine, précisément, le peuple d’Alger les a désavoués, voilà quelques semaines, à l’occasion d’une inédite rencontre de football entre les équipes nationales des deux pays. Des dizaines de milliers de spectateurs solidaires, en familles et quartiers colorés de la capitale, ont enchanté les travées du stade du 5-Juillet, brandissant les couleurs de la Palestine meurtrie, entonnant le chant profond de sa terre spoliée et de ses souffrances.

Remarquablement accompagnés dans les médias français, Sansal et Daoud peuvent faire valoir leur procès du système politique algérien, certainement critiquable et inamendable, mais le font-ils dans la loyauté en participant in situ au débat politique et culturel national avec tous les écueils que suppose en Algérie une prise de parole publique ? Courageux à Paris, mais pas téméraires à Alger. Le billettiste oranais comme le rentier de Boumerdès, visiteur du soir des chancelleries occidentales (Cf. «La Revue», Paris, n° 57-58, novembre-décembre 2015) et, occasionnellement, formateur des services secrets allemands (Cf. «Jeune Afrique», Paris, 18 décembre 2013), s’octroient le droit – qui n’est pas reconnu à leurs compatriotes – de parler librement du système politique algérien, se payant d’audaces sans risques. Sansal feint-il, malicieusement, de s’en étonner dans un entretien avec «El Watan» (31 mars 2016), en relevant : «Cela surprend beaucoup à l’étranger quand, répondant à des questions, je dis que je vis en Algérie et que les choses se passent pour moi comme pour tous les Algériens ; ils n’y croient pas une seconde, sachant que le régime algérien est très répressif et que je suis très critique à son endroit». Vrai ! Comment y croire même une tierce de seconde ? L’inconséquent hâbleur de Paris-Boumerdès ignore les journalistes accablés de poursuites répétées des tribunaux en raison de propos moins comminatoires que les siens. Il y a en l’espèce une inexpiable hypocrisie : écrivain protégé par la France, Israël et l’Occident, Sansal ne subira jamais, quoiqu’il dise et qu’il écrive, les turpitudes des polices et des tribunaux algériens au moment où Zoulikha Belarbi, une bloggeuse de Tlemcen, est promise à la prison pour avoir publié sur son compte Facebook les portraits des séides du régime en animaux de brousse. Ce n’est pas pour lui et pour ses semblables que sonne le glas.

Convient-il d’évoquer ici l’habituel florilège de l’écrivain étripant le régime de M. Bouteflika et le parti FLN ? «Fascistes», «nazis», «despotes», mais ce n’est jamais assez pour sa trépidante fureur. Intervenant récemment dans les colonnes du «Figaro» (Paris, 18 mars 2016) sur le 19 mars 1962, date de la fin des hostilités en Algérie commémorée en France «Journée nationale du souvenir des victimes civiles de la guerre d’Algérie», s’indignant à l’unisson de M. Sarkozy, des cadors du Front national et des revanchards de l’Algérie française, il est dans une cruelle perversion des mots lorsqu’il désigne à la vindicte «la dictature coloniale du FLN et de M. Bouteflika». S’il y a, en Algérie, un jeu politique détestable, assez étroit et fermé, comment croire à une «dictature coloniale» ? Boualem Sansal surinvestit l’histoire coloniale pour être dans l’excès de ce qu’ont pu être les réalités socio-historiques et économiques de l’Algérie des Français et de ce qu’elles sont dans l’Algérie des Algériens. L’Algérie indépendante du FLN, du président Bouteflika et de ses prédécesseurs est le pays qui l’a formé dans ses écoles et ses universités, qui a défrayé ses stages de recyclage à l’étranger, qui en a fait le numéro deux du ministère de l’Industrie, qu’il a contribué à pousser vers le bas, dont il a exécuté froidement les plans de déstructuration des sociétés publiques, mettant au chômage des centaines de milliers d’Algériens, semant la détresse dans de larges pans de la société, gardant un silence coupable lorsque le gouvernement, sous la primature de M. Ahmed Ouyahia, embastillait par fournées les cadres supérieurs du secteur.

Boualem Sansal surinvestit l’histoire coloniale pour être dans l’excès de ce qu’ont pu être les réalités socio-historiques et économiques de l’Algérie des Français et de ce qu’elles sont dans l’Algérie des Algériens.

Haut fonctionnaire de l’État algérien, en rupture avec le pouvoir qu’il a consciencieusement servi sans état d’âme comme une gagneuse tarifée, acceptant et prévenant toutes ses vilénies, Sansal prétend le combattre, aujourd’hui, dans la touffeur émolliente des salons et des rédactions de la capitale française, qui inspirent ses discours rageurs. Et continue à déverser sa bile sur ses contempteurs algériens traités d’«assassins de la liberté et de la pensée», de «fous», de «sanguinaires», de «tortionnaires», de «lâches», de «malheureux» justiciables de «la Santé», de «la Justice», de «la Défense nationale», de «l’ONU» et, curieusement, d’«ONG spécialisées». Cela fait beaucoup pour des personnes qui ont le droit de ne pas penser comme lui et, surtout, de ne pas souscrire à ses passions, qu’il entend «déradicaliser», possiblement dans des centres de redressement qui n’auront rien à envier à Guantánamo.

ASSIMILÉ PAR LA FRANCE LITTÉRAIRE

Sansal en appelle désormais à une «déradicalisation» de ceux qui seraient tentés de penser contre Daoud et, naturellement, contre lui. Ce concept de «déradicalisation», sans assise théorique assurée, est apparu dans les discours administratif, judiciaire et policier français, plus fortement dans la foulée d’attentats islamistes commis, en 2015, à Paris par des djihadistes de nations d’Europe d’origine maghrébine ; il n’expose qu’un sociologisme pauvre, propice à une alternative plus policière que politique aux dérives d’une société française qui résiste dans ses profondeurs à sa composition multiculturelle. Les organismes, qui ont pris en charge pour le compte du ministère de l’Intérieur français cette mission de «déradicalisation» des jeunes de banlieues, viennent à l’instar de celui que dirige Mme Dounia Bouzar d’y renoncer, sans présenter de bilan des travaux de leurs «cellules d’écoute» et de «signalement».

Dans un contexte d’unanimisme béat, qui accueille dans les médias d’Occident les propos outrés de Sansal et Daoud (les «Spinoza d’Orient», semble-t-il), le signalement de «terroristes» à «déradicaliser» paraît bien mince. Y figurent, inévitablement en France, les universitaires signataires d’une lettre publique dans «Le Monde» («Kamel Daoud recycle les clichés orientalistes les plus éculés», 11 février 2016) sur les propos racistes du billettiste oranais après les tristes événements du réveillon du nouvel an à Cologne, et dans l’Université et dans la presse littéraire d’Algérie (ou ce qui en tient lieu), au mieux trois critiques – dont l’auteur de ces lignes – qui ont contesté dans leurs écrits la démarche d’écrivains infatués de Sansal et Daoud. Quand Sansal déplore dans son entretien avec «El Watan» que «des intellectuels jouent à la police de la pensée», je suis le seul à être directement cité, contre qui il a lancé ses chiens aboyeurs en France. Entre autres un rabouilleur parisien sans probité professionnelle, signant dans Mediapart (Paris), qui ne me connaît pas et qui ne m’a pas lu, prenant véhémentement sa défense, me traitant de «mercenaire de la plume» «pratiquant la chasse aux opposants dans toute dictature», m’assimilant quasiment à un «terroriste» (et c’est bien le vocable qu’utilise Sansal) menaçant l’intégrité physique de l’écrivain et me reléguant en «sous-Bourdieu sur-interprété» dans une fantasque parodie de critique et de lecteur de la littérature. C’était en 2012, mais comme dans la période coloniale, le semblable discours dépréciatif, déclassant en sous-hommes Maghrébins, Africains et Asiatiques et rejetant dans l’étrangeté leur pensée. Aujourd’hui, comme hier, la violence de la réaction des membres des lobbys médiatique et littéraire parisiens, se portant au secours de Sansal et Daoud, promu garde-frontière de l’Europe envahie par les migrants d’Orient, ne peut que susciter le doute.

En quoi consiste cette opération de «déradicalisation» ? L’auteur de «2084» formule l’hypothèse d’un dialogue – qu’il a toujours refusé sur la recommandation de son éditeur – avec ceux qui l’ont lu, annoté et critiqué en Algérie, un dialogue à ses conditions ; il en situe l’étouffant protocole dans sa tribune de «Libération» : «[…] ces gens ont simplement besoin de bonnes lunettes pour lire ce qui est écrit et de bonnes oreilles pour entendre ce qui se dit, et non pas tout avaler de travers». Lire et entendre «à l’endroit» ? Un bourrage de crâne. Pour autant un dialogue avec Sansal est-il envisageable ? Deux insurmontables orientations consubstantielles au parcours de l’écrivain l’invalident :

1°) Sansal ne croit pas à une littérature algérienne autonome. A la suite des écrivains algériens de la période coloniale qui, pour diverses raisons (et, souvent, de bonnes raisons !), ont publié leurs œuvres en France dans les années 1950-1960, Sansal considère que c’est, définitivement, à Paris que les choses se passent comme si l’Algérie devait rester irréversiblement dépendante de l’ancien colonisateur et abdiquer une littérature nationale, inséparable de sa personnalité et de son histoire. Et de manière plus affirmée pour lui, écrire en langue française c’est renoncer à sa liberté et à son identité au profit de la France et de sa littérature. Si rien ne devrait empêcher un auteur algérien de se faire éditer à l’étranger, devrait-il intégrer le champ littéraire de ce pays autre, participer à ses compétitions littéraires exclusivement nationales et entrer potentiellement dans son bilan et dans son histoire ? Le médiologue français Régis Debray, alors membre de l’Académie Goncourt, est l’exemple typique d’une tentation néocolonialiste qui engendre les Sansal du Maghreb et les Mabanckou d’Afrique subsaharienne. En remettant, en 2015, le prix du premier roman de cette institution littéraire française à Kamel Daoud, il décide du «rapatriement» de son «Meursault» dans «le trésor de notre littérature». L’intention est nette, sans ambages : le «rapatriement» pressenti est un retour à la patrie, l’immémoriale patrie française et son symptomatique empire colonial perdu, toujours-là dans l’inconscient. Il s’agit, pour le médiologue, non pas de conforter une littérature algérienne qui peine à se développer et de préserver son patrimoine, mais d’en extraire toutes les potentialités au bénéfice exclusif de la France et de son trésor littéraire. Position historiquement régressive, qui dénie le principe d’indépendance aux peuples. Si l’impérialisme politique et économique français est mort (ou presque) avec la fin des colonies, l’impérialisme culturel survit et se redéploie. Même si je n’accorde aucun crédit au maigre talent littéraire et à la «richesse» de l’œuvre d’imitation du billettiste oranais, il y a, en l’espèce, une assimilation française acceptée sans distanciation critique par l’impétrant. Est-ce être dans une action «terroriste» d’exiger la clarté pour tous ? Si Sansal, Daoud ou tout autre écrivain font le choix assumé d’une carrière littéraire française (ou d’une autre nation), il s’impose de respecter la liberté de ce choix, qui implique pour eux des responsabilités morales relativement à une littérature nationale algérienne qu’ils ne peuvent plus revendiquer.

2°) … et choisit une carrière littéraire française. Sansal a délibérément placé sa carrière littéraire sous le sceau de la France et de ses institutions littéraires. Tout ce qu’il fait est décidé et approuvé par son éditeur Gallimard. Il est, en 2007, le seul signataire algérien du «Manifeste des 44» intitulé «Pour une littérature monde en français» inspiré par Michel Le Bris et Jean Rouaud, entreprise ouvertement néocoloniale qui cherche à constituer une «périphérie littéraire francophone» de la littérature française, mettant en hypothèque l’avenir des littératures nationales de langue française dans le monde. Si pour n’importe quelle raison, même extra-littéraire, un Tartempion scribouillard médiatisé du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne se fait remarquer, la France littéraire le récupère au nom de l’impérium de la langue qu’elle partage avec ses anciennes colonies. L’Angleterre et l’Espagne dont les langues, l’anglais et l’espagnol, sont pratiquées par plusieurs nations dans le monde ont la décence de ne pas s’approprier leurs productions littéraires et de les faire figurer dans leurs panthéons. La «littérature-monde en français», dans son scénario algérien, est au mieux un enrôlement crépusculaire de harkis, spadassins de la plume après l’avoir été du sabre et du fusil. Et Sansal, dans une fumeuse logique de carrière qui ne recule devant aucune forfaiture, en est la recrue la plus extravagante.

Comme Daoud, Sansal se projette dans un succès de scandale et une posture victimaire à la Salman Rushdie : retenons qu’il serait menacé de mort (pourquoi ? quand ? par qui ? où ?, il ne le dit pas, se contentant de répandre placidement la rumeur) et que ses livres, visibles en vitrine de toutes les librairies d’Algérie, seraient interdits dans son pays ; mais ce ne sont que des mensonges éhontés. Sa réussite, il la doit non pas à la qualité de ses ouvrages mais à une surenchère destructrice contre ce qui distingue son pays, encouragée par les médias et les institutions littéraires françaises. L’Algérie, son système, ses chartes et ses acteurs politiques, l’Islam et son cours mondial, lui offrent des cibles faciles sur un terrain de bataille où il n’aura cesse de marcher sur des cadavres. Ces dernières années, à côté de l’Algérie décriée, la «passion d’Israël» lui donne une chance supplémentaire de conjurer l’oubli qui guette les petits faiseurs de littérature en France et en Occident. Il se sait plus agitateur qu’écrivain, dénombrant pour «El Watan» les tares qui s’attachent pertinemment à son nom : «mercenaire de la plume» (ce doux compliment ne caractérisait-il pas ses contradicteurs ?) ; «agent stipendié de l’étranger (France, Israël)», et, plus visiblement, l’Allemagne et ses «services» ; «opportuniste sans scrupule» ; «antinational» ; «traitre à la cause arabe» ; «ennemi de l’islam». Il devrait ajouter à cette liste «écornifleur exécrable» pour une parfaite recension dont il faudra lui donner quitus.

Antinational justement, littérairement et littéralement. On se poserait en vain la question de la relation de Sansal, qui n’a pas publié une seule ligne en Algérie, avec la littérature algérienne. Tous les écrivains algériens publiés à l’étranger, plus particulièrement en France, acceptent d’être réédités dans leur pays, à l’exception de Sansal qui n’a pas d’attache avec l’Algérie littéraire et la méprise. Avec son éditeur Gallimard, il exclue toute cession de droit de ses œuvres aux éditeurs algériens. 

S’il déploie une incroyable énergie à être présent dans les manifestations littéraires des villages les plus reculés de France, car «Gallimard le veut», il est carrément absent des rendez-vous littéraires algériens. Cette perspective découle de sa volonté d’être dans le champ littéraire français, voire dans la France. Il a déclaré à un magazine parisien («La fin du monde selon Sansal», «Le Point», 13-19 août 2015) qu’il n’écarte pas l’éventualité de quitter l’Algérie si une nation étrangère – la France, probablement – lui facilite l’accès à sa nationalité et lui évite les désagréments d’une «salle d’attente» pour l’obtenir. La France a naturalisé des palefreniers analphabètes de différentes provenances, pourquoi ne le ferait-elle pas pour Sansal ? A moins qu’il n’hésite, pour le moment, à sauter le pas pour des raisons inavouables ? «Esprit libre» à Paris, au top des ventes de fictions littéraires françaises, ceci servant cela, il ne cesse de rappeler – opportunément – sa domiciliation (fiscale ?) à Boumerdès-Algérie alors qu’il réside, le plus souvent, en France.

ÉCRIVAIN ISLAMOPHOBE ET OPPOSANT EN PEAU DE MOUTON

Sansal cultive volontiers une indiscernable origine ; il serait Marocain, formellement Algérien de Théniet El Had et nécessairement résident – politico-fiscal – de Boumerdès, enfin Franco-israélien par capillarité. Ces filiations nombreuses, si elles tracent le chemin bringuebalant d’une carrière littéraire corrompue, n’en font pourtant pas un écrivain convenablement armé pour produire une grande œuvre ; petit ouvrier de la langue française, gâcheur de style, emprunté et laborieux, écrivant ses romans comme des rapports à la Caisse de compensation des «Industries légères» – une de ses marottes de haut fonctionnaire gouvernemental – il reste plutôt doué dans la recherche d’une tapageuse posture dans les champs littéraire et politique (français, sûrement !) préférentiellement à un positionnement dans l’écriture et la créativité littéraires. Qu’est-ce qu’il a à faire valoir ? Une langue sans aspérités et sans identité, une collection d’œuvres médiocres, nourries de ridicules provocations (l’ALN qui a conduit le combat libérateur de l’Algérie grimée en troupes nazies !), portée à bout de bras par le puissant Gallimard, le roi Midas de l’édition française qui transforme un gribouillage d’écrivaillon en chef-d’œuvre, qui a connu des temps autrement glorieux que ceux de la réclame trompeuse, cornaquant Valéry, Claudel, Gide, Proust, Aragon, Sartre, Céline, Mauriac, Malraux, Camus, Le Clezio et Modiano, et estime avoir déniché en lui l’oiseau rare, le sauveteur ailé d’une littérature française en déclin. Mais Sansal, enchaînant les cadences promotionnelles, ne peut faire vivre une œuvre que par le bruit dont il l’entoure. Hier, il dénonçait le gouvernement fasciste de l’Algérie, aujourd’hui, l’Islam, commodes roues de secours pour gonfler les chiffres de vente et se maintenir à flot. Il ne se détournera jamais de cette gloire putassière qui n’est pas celle de la littérature, mais du spectacle factice de la littérature, qui, désormais, caractérise les habitus de l’industrie du livre en France en quête de ronflants profits d’actionnaires, dont l’objectif est la banalisation de la littérature et de ses auteurs interchangeables. Et, surtout, disciplinés. Sansal répétera-t-il à l’envi ce couplet de servilité suintante resservi à «El Watan» : «[…] j’ai pour règle absolue de ne jamais réagir à ce qui s’écrit sur moi, ni pour corriger ni pour démentir. C’est un sage conseil que m’avait donné mon éditeur et je me félicite quotidiennement de l’avoir écouté».

Hier, il dénonçait le gouvernement fasciste de l’Algérie, aujourd’hui, l’Islam, commodes roues de secours pour gonfler les chiffres de vente et se maintenir à flot.

C’est cette mentalité de paltoquet en livrée argentée que saluent les médias français. La sublime littérature mondiale, rêvée par Goethe, est-elle tombée si bas pour être l’affaire de sordides imitateurs ? Jusqu’à présent Sansal, comme Daoud, est davantage interpellé pour son écriture politico-médiatique encombrante et littérairement marginale. Depuis «Le Village de l’Allemand. «Le journal des frères Schiller» (2008), il a mis au second plan le travail de l’écrivain, non pas qu’il fût déterminant pour lui, pour se consacrer principalement à celui du contestataire public plus gratifiant en termes d’audience et de retombées financières. Ainsi, la créativité littéraire ne compte pas ou peu. L’écrivain est absent dans son œuvre et ce qu’il y rapporte est sans incidence dans la définition d’un objet esthétique ; son «moi» explose singulièrement dans les médias qui lui assignent un retentissant pouvoir de bateleur. En France, dans l’expérience d’une littérature éprise d’histoire, de Zola et Barrès à Sartre et Malraux, de Gide et Rolland à Mauriac et Aragon, c’est l’œuvre accomplie dans la durée qui confère l’autorité sociale et politique wwdans la Cité. Ce n’est plus de mise. Les médias ont effacé l’œuvre et introduit le règne de l’image et le rétrécissement de la littérature. Cette évolution des mœurs littéraires en Occident, plus accentuée en France, est calamiteuse. A cette aune, Sansal érige, pour les besoins de sa cause, son alter-ego Daoud (affublé dans sa chronique du «Point» des oripeaux de Camus) comme une «sommité littéraire», alors que le billettiste oranais, qui est un auteur sans production décisive, devrait en ajoutant des œuvres aux œuvres apprendre en toute humilité le métier d’écrivain. L’auteur de «Meursault, contre-enquête» n’est pour le moment qu’un prurit saisonnier – souvent sans lendemain – que la France littéraire invente à longueur d’année. Le dernier en date Olivier Bourdeaut, trente-cinq ans et mille galères, qui proclame que son seul diplôme est son acte naissance, a signé «En attendant Bojangles» (2016), récit publié par Finitude, un petit éditeur bordelais, actuellement en tête des meilleures ventes des librairies françaises avec plus de cent mille exemplaires écoulés. Succès rassérénant pour la littérature française qui sort de terribles mécomptes islamophobes : Bourdeaut, égrenant le thème éternel de l’amour, ne vend pas à la France cette peur de l’Islam, ravageuse en Occident, qui a été et reste, à Paris, le seul argument de Sansal et Daoud. Lorsque Sansal accuse Michel Houellebecq («dont l’islamophobie est établie» soutient-il ingénument) d’avoir déprécié et inscrit son «2084» dans le registre d’une islamophobie «décomplexée», il s’en défausse tardivement dans les colonnes d’un quotidien algérien. Pourquoi n’a-t-il pas, en France et dans les médias français où il a ses habitudes et son rond de serviette dans les cantines, riposté en son temps à cette imputation, reçue comme l’hommage d’un pair ? Houellebecq a ainsi admis qu’avec «2084» Sansal a fait plus fort que lui, car si son roman «Soumission» (Paris, Flammarion, 2015) vise explicitement les Français musulmans menaçant les traditions politiques et culturelles et l’enracinement judéo-chrétien de la France, le roman de Sansal s’en prend à l’Islam en tant que terreau d’un péril universel, reconfigurant le monde occidental et écrasant ses valeurs. Cette œuvre de haine, récompensée par le grand prix du roman de l’Académie française 2015, est une tache dans l’histoire de la littérature française.

L’auteur de «2084» récuse véhémentement la qualification d’islamophobe. Toutefois, dans un récent dossier du «Monde» («Résister», 25 mars 2016), il signe une contribution engageant la France à la guerre contre l’Islam («Nommer l’ennemi, nommer le mal, parler haut et clair»). Il pointe l’ennemi de la France «l’islam radical, l’islam modéré comme appoint, le salafisme». Volontairement belliqueux, il s’interroge, reprenant sur un air martial «La Marseillaise» : «‘‘Aux arrrrmes citoyens, formeeeeez vos bataillons…’’ est-il toujours l’hymne de ce pays ?» N’est-il pas confondu dans ses mensonges et sa phobie de l’Islam, piteux va-t-en-guerre ? Sa description anxiogène de l’Islam est une réalité politique et intellectuelle dans la France d’aujourd’hui et il veut lui «prêter» ses mots saignants.

Sansal poursuit dans les médias parisiens une opposition stérile au régime de M. Bouteflika qui l’a congédié sans indemnités de son poste de directeur central de ministère. Avec ses «passions» pour la France et Israël, il en a fait un odieux fonds de commerce pour relancer sa carrière littéraire, poussant l’incongruité à imiter le langage des fascistes de l’extrême droite française, pour accuser dans le dossier cité du «Monde», le président de la RADP de se soigner «à l’œil» en France. Jusqu’à quel point ce type d’attaque ad hominem, grossière et misérable, prétendument teintée de dérision lorsqu’elle n’est que populiste, sert à éclairer la politique en Algérie ? A défaut d’avoir les aptitudes pour concevoir de solides œuvres qui cristallisent le devenir des sociétés, Boualem Sansal se mue en opposant en peau de mouton dans les rédactions parisiennes, ce qui n’est guère enviable. Livre-t-il seulement une guerre au régime politique d’Alger, qui ne l’a jamais inquiété ? Ce régime encalminé de patriarches matois accorde, en égard aux prévenances de l’Occident, une bienveillante tolérance à celui qui est devenu son meilleur détracteur, qui en retour loue son incroyable permissivité dans un échange d’aménités quasi-surréaliste. Entre ces deux ennemis, presque intimes, il y a la littérature algérienne et les désobligeants critiques («terroristes» «signalés», promis au purgatoire de la «déradicalisation») de Sansal et Daoud, représentants patentés d’un monstre hybride, la littérature «françalgérienne», enfant adultérin des noces pourpres du néo-indigénisme et du néocolonialisme. Il ne suffira pas que Sansal mobilise la «Défense nationale» (française, subséquemment), «l’ONU» et les «hôpitaux psychiatriques» contre ceux qui dérangent ses convictions de goumier au verbe frelaté, qui l’empêchent de jouir de ses «passions», béquilles d’une carrière littéraire française trop bruyamment affichées, et surtout d’enterrer proprement l’espoir d’une littérature nationale algérienne.

« A défaut d’avoir les aptitudes pour concevoir de solides œuvres qui cristallisent le devenir des sociétés, Boualem Sansal se mue en opposant en peau de mouton dans les rédactions parisiennes, ce qui n’est guère enviable. »

Accroché aux basques d’une France extrémiste et xénophobe, incarnation de ses viles menées, Boualem Sansal s’est éloigné de l’Algérie et des Algériens. La France littéraire (ou la France tout court), qui l’acclame et le couronne pour des motivations qui n’ont aucun fondement littéraire, n’a plus d’influence pour le leur imposer. Et elle n’a plus la capacité de faire du français, langue de plusieurs nations libres du monde, un dispositif de domination politique, économique et culturelle, prolongeant le joug féodal d’autrefois. Ni «butin de guerre» ni «bien vacant», ni razziée dans le désert ni ramassée dans les bas-fonds de la décolonisation, la langue française, acquise dans leur tragique histoire, appartient aux Algériens ; elle a éveillé, depuis le XIXe siècle humilié, le cri des réprouvés et, jusque dans le malheur de massacres et de guerres infinies, crépité les odes de sang et de deuil des peuples enchaînés. Le français (algérianisé) est, avec l’arabe pluriel et les variations régionales de tamazight, la langue d’une littérature algérienne originale dont Paris, sa littérature et ses institutions littéraires ne sont plus le centre. Cette littérature, majeure par ses œuvres et ses itinéraires d’écrivains, n’a pas vocation à être dans la périphérie d’une «littérature-monde» ; elle n’attend pas Sansal et Daoud et leurs comparses français d’origine algérienne (qui n’ont pas la loyauté de concourir sous le drapeau de la nation qu’ils ont élue) ; elle a déjà ses auteurs et ses œuvres distingués et doit pouvoir exister par les Algériens et pour les Algériens dans leur pays avant de se ressourcer dans les grandes espérances de l’Humanité. Puissent-ils, écrivains, éditeurs, libraires, critiques, enseignants, chercheurs et lecteurs, comprendre qu’elle a besoin de leur intelligence et de leur ténacité pour ne pas disparaître et devenir aujourd’hui une périphérie de Paris et demain de Beyrouth et du Caire ?

Loin de toute tutelle et du repli, la littérature algérienne construira son avenir et sa maison. Elle rencontrera, comme le proclame le Poète, «une grande saison de l’histoire» et sa «cargaison d’enfants indomptés», qui ne [prendront pas] «des vessies peintes de bleu de blanc et de rouge pour des lanternes de la liberté». Qui diront, contre l’absolue vérité de ceux qui la nient et la renient : «Nous voulons habiter notre nom» (Jean Amrouche, «Le Combat algérien», juin 1958, V. 84-87). Cette reconquête de son identité, de son histoire et de sa liberté est un combat nouveau qui se mérite.

Par Abdellali Merdaci samedi, 16 avril 2016

http://www.reporters.dz/index.php/grand-angle/l-universitaire-et-critique-abdellali-merdaci-repond-au-romancier-quand-boualem-sansal-veut-deradicaliser-la-critique

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