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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).
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Réécrire notre histoire avant que les générations montantes sombrent dans l’oubli, ne se voient imposer par l’autre et à sa seule convenance, une toute autre histoire

Posté par mouradpreure le 28 février 2017

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Réécrire notre histoire avant que les générations montantes sombrent dans l’oubli, ne se voient imposer par l’autre et à sa seule convenance, une toute autre histoire dans ALGERIE HISTOIRE SOCIETE spacerA l’occasion de chacune des dates commémoratives marquantes du pays, le citoyen algérien ne peut faire l’économie d’une rétrospection : celle de revisiter une partie du passé, de lire la période présente tout en interrogeant, de notre côté comme de l’autre, l’avenir en ce qu’il nous réserve en enjeux, menaces et opportunités.

N’est-ce pas, que chez nous, les nouvelles générations, appelées à prendre le relais, n’ont trop souvent qu’une dangereuse méconnaissance de l’Histoire de leur pays et plus particulièrement celle de la lutte contre le colonisateur qui lui, plus que jamais, tout en se déguisant, tient toujours à se draper de la toge des principes des droits et de l’Homme.

Au point que certains en arrivent à se demander si vraiment le système colonial avait le caractère aussi abject et horrible que lui prêtent les survivants de générations qui l’ont vécu.

C’est ce qui nous interpelle, plus que jamais, pour parler de notre histoire, faits de violences que la puissance coloniale a fait subir au peuple algérien, pendant les 132 années et qui connut son paroxysme au cours des années 1954-1962.

Il n’y a pas de meilleure introduction, que celle de rappeler quelques points à ce sujet :

- Que d’abord et avant tout l’indépendance du pays n’a pas été donnée en cadeau par une quelconque âme bienfaitrice charitable, illuminée par la flamme éternelle des droits de l’Homme,
- Que la guerre de colonisation et d’extermination française la précédant, imposée aux Algériens, a commencé bien avant 1830,
- Et que enfin cette dernière ne s’est pas arrêtée, comme on peut le penser, lors du cessez-le-feu ou en « Juillet 1962 » ni d’ailleurs après, comme nous le verrons plus bas,
Pour cela il y a L’Histoire et ses dates.

1. La guerre de résistance : une vraie guerre de plus de cent ans avec une vraie Jeanne d’Arc :
 
La flamme de ce combat libérateur où nous avait précédé, l’Emir Abdelkader, Hadj Ahmed Bey, cheikh Boumaaza, Boubaghla, cheik Bouziane , lala Nsoumer, Bouchoucha ouled sidi cheikh, El Mokrani, cheikh El Haddad, Ahi Taghl, de Bouâmama , cheikh Amoud Ben El Mokhtar, les Aurès, les Touaregs,ne s’est jamais éteinte et n’a jamais été ininterrompue. C’est celle-là, la vraie guerre de cent ans : le dernier morceau de terre algérienne n’ayant été occupé par la France qu’en 1934, par le colonel Trinquet sous les ordres du général Giraud

L’ensemble des échauffourées de la France mises bout à bout, celles des différents rois et de Jeanne d’arc, contre les Anglais qui occupaient le territoire français, n’ont aucune commune mesure avec notre vraie guerre de résistance de cent ans…

Seules les images d’Épinal sont déformantes !

A Médéa, sous la tente des négociations de paix avec Fathma N’nsoumer qui venait de le battre à plat de couture, en Kabylie, le maréchal Randon a cru, de bon aloi, d’affubler cette combattante du nom de « de Jeanne d’Arc de la Kabylie ». Celle-ci n’en avait cure. Elle avait un nom celui de Lalla, sans jamais pour autant, avoir prétendu que dieu lui ait parlé.

2. Personne n’a jamais donné d’indépendance en cadeau à un quelconque pays
 
Quant à De Gaulle il n’a pas consenti à octroyer l’indépendance, il y a été amené, contraint et forcé. Pour détruire une telle idée saugrenue, il suffit de rappeler simplement que les tentatives de destruction du FLN/ALN ont justement atteint leur paroxysme à partir de 1958, avec l’ arrivée du Général au pouvoir.

Les opérations militaires qui ont été effectuées, ont été marquées par un gigantisme jamais égalé, ainsi que par leur nombre. Avec De Gaulle et en comparaison avec la période allant de1954 à janvier 1958, leur nombre a doublé de 1958 à 1960.

Elles furent grandioses, par leur ampleur et leur étendue dans l’espace et le temps: puisqu’elles n’ont pas cessé de couvrir intensément, d’Est en Ouest et du Nord au Sud , l’ensemble du territoire national. Les forces françaises écrasantes représentaient: 910.000 hommes, sans tenir du fait que tous les Européens étaient armés.

Nous remarquerons que ces forces ont augmenté de 50.000 militaires dès l’arrivée De Gaulle.

En effet, il y avait 480.000 militaires, selon Chaban-Delmas, le ministre de la Défense du gouvernement précédent, qui comparait cette force écrasante à celle dérisoire, de l’ALN. Triomphaliste il déclarait : « l’affaire est dans nos mains ».

Le Général est resté fidèle et conforme à la ligne et à la logique de la politique des gouvernements de gauche précédents tel qu’exprimé, en 1954, par le ministre de l’Intérieur Mitterrand. . Rappelons comment ce dernier avait réagi aux propositions formulées par le FLN en 1954, dans la Proclamation du 1er Novembre 1954 qui ouvrait, très tôt, la porte à une solution de paix au problème algérien.

Cette proposition, faite en des termes, on ne peut plus modérés, qui est la suivante :
 
« Pour prouver notre désir réel de paix, limiter les pertes en vies humaines et les effusions de sang, nous FLN, avançons une plate-forme honorable de discussion aux autorités françaises, si ces dernières sont animées de bonne foi et reconnaissent, une fois pour toutes, aux peuples qu’elles subjuguent le droit de disposer d’eux-mêmes», fut accueilli avec la plus grande dérision.

La réponse du ministre de l’intérieur de l’époque, François Mitterrand, au mois de novembre 1954, a été la suivante : « la seule négociation, avec ces terroristes c’est la guerre ! ».

Ainsi la « gauche » comme la «droite » qui ont gouverné la France, se sont toujours rejoints, depuis, sur la question de l’Algérie : à savoir : «La France éternelle, s’étendrait de Dunkerque à Tamanrasset ».

Pour désarmer physiquement, politiquement et psychologiquement l’ALN, les Tergiversations, les Changements de cap du général comme les différents appels « paix des braves », «couteaux aux vestiaires » , « L’Algérie algérienne en association étroite avec la France » , l’offre empoisonnée de « cessez-le-feu d’abord et négociation ensuite») de De Gaulle, se succèdent et ne firent aucun effet sur la détermination des combattants algériens. .

Elles se succédaient dans un contexte de présence et d’occupation multi-insidieux du terrain :

- de l’OAS, dirigée par des officiers supérieurs de l’armée française,
- De la force locale, composée 80.000 appelés algériens de l’Armés française,
- Et enfin celle des Harkas, supplétifs de l’armée française dont le nombre se situait entre 180.000 et 220.000 hommes.

Ajoutons à cela et en parallèle : l’aide, à profusion, prodiguée par des officiers français au contre-maquis de l’Ouarsenis ainsi que les tentatives des services français de recréer les oppositions avec la création du FAAD, fille du MNA. Pour ne citer que cela.

Apres tout cela, De Gaulle finit par se résoudre à décréter un cessez-le-feu unilatéral.

Puis les Négociations, Accords d’Evian, Referendum, l’Indépendance s’en suivirent, non sans que De Gaulle eut à inciter, auparavant, tous les pays limitrophes, à l’Algérie, à venir réclamer, à l’occasion, une partie de ce territoire et non sans avoir dressé les cartes de partition du pays entre les Algériens et le colons; Ceux-ci devaient garder les terres les plus fertiles, et ce, sans mention des velléités de garder directement ou indirectement le Sahara – en raison du pétrole et gaz découverts. Dès mars 1962, à l’occasion de la signature des Accords d’Evian, l’intellectuel français, J.P Sartre avait écrit : «Personne n’ignore, aujourd’hui, que nous avons ruiné, affamé, massacré un peuple pour qu’il tombe à genoux ; il est resté debout. »

Est -à dire que les Algériens étaient au bout de leur peine ? Pas du tout ! Le terrain restait plus que miné.

3. Après l’échec des gigantesques opérations- labours de la mort, les semis gaulliens : de la division, la discorde et la guerre civile, sont plantés, en Algérie:

En effet et ce jusqu’au dernier moment, De Gaulle ne restant pas sans autres tentatives velléitaires, d’augmenter les probabilités de chaos et d’explosion d’une guerre civile du type « congolisation »,

- fait ouvrir, prématurément, en violation des Accords d’Evian, les frontières, bien avant le mois de juillet 1962, date pourtant bien arrêtée par ces accords signés par le GPRA et l’Etat français,

- abandonne sur la rive sud, les supplétifs et harka qui ont aidé la France à prolonger cette guerre contre leurs propres frères, semant, ainsi, déjà les germes de troubles potentiels d’instabilité que peut occasionner une telle force pour l’Algérie indépendante.

Et enfin, le dernier cadeau que fait la France, partie, en 1962, est celui d’avoir laissé – pour continuer à semer la mort, le chaos et la désolation à nos frontières – les champs de mines, plantés le long des fameux barrages Challe et Morrice, refusant d’en fournir les plans de leur enfouissement.

Si la France avait consenti à livrer ces plans concernant ces millions de mines, semées le long de ces barrages, à notre pays , celui-ci n’aurait-il pas fait l’économie de très nombreuses vies humaines à ajouter au million et demi de Chouhadas ?

Les tenant secrets, elle avait toujours refusé de les communiquer. Et notre pays ne les a obtenus qu’en 2007. Soit 45 ans, après l’Indépendance :

- Quand 90% de ces mines avaient déjà fait l’œuvre destructrice pour lesquelles, elles étaient destinées,

- Et quand l’idée de l’Union d’un Maghreb crapahutait et montrait des signes de non concrétisation. Car là aussi, se poursuit une autre histoire méritant d’être écrite par les habitants de ce Maghreb.

De Gaulle finit par partir, avec la conviction d’avoir sorti son pays du pétrin algérien, dans lequel la France s’est trouvée empêtrée et menacée de toutes sortes d’instabilités.

L’Algérie a recouvert son indépendance. Qu’en est-il, depuis, des relations entre les deux pays ?

4. Les relations entre l’Algérie et la France «ne peuvent être banalement normales, elles seront ou bonnes ou mauvaises»

Leur évolution difficile et ambiguë ne saurait être mieux décrite que par la partie algérienne faite en réponse à la déclaration du président français Giscard d Estaing qui, lors de sa visite officielle à Alger – visite envisagée et programmée, auparavant, par le gouvernement Pompidou – s’était prévalu d’être venu à Alger, pour « normaliser » les relations entre la France et l’Algérie. Ce à quoi, le président algérien réplique, sans ambages: » les relations entre la France et l’Algérie ne peuvent être normales ; elles sont soit bonnes soit mauvaises ».

Et depuis, la politique officielle de l’Hexagone continue à faire dans cette apparente ambiguïté, soufflant tantôt du chaud tantôt du froid. Sur le terrain et à travers les événements qui s’y forgent, des déclarations françaises, montrent évidement que cette politique reste constante et fidèle à ce qu’elle a toujours été.

5. En lieu et place d’apaisement : l’agacement, la conspiration et la fermentation

Le ton est donné par les déclarations de revanchards et anciens de l’OAS…

Haineuses et ouvertes comme celle du général Schmidt, devenu chef d’état major des armées françaises, qui rappelle et l’écrit à un de ses officiers subalternes, à l’occasion de tentatives de mobilisation et de regroupement des membres de l’armée aigris contre notre pays : «Nous continuons le combat, il faudra bien gagner cette nouvelle bataille d’Alger que l’on nous impose » ( écrit en nov. 2002 à l’ex-adjudant Raymond Cloarec) .

Venant d’un chef d’état major des armées françaises, tout le monde comprend que sans être ouvertement déclarée, la guerre à l’Algérie continue à lui être livrée ..

Et le cas du général tortionnaire ne saurait être considéré comme isolé. Pourtant le peuple algérien ne nourrirait aucune animosité envers la France si un bilan historique objectif est fait au sujet de cette période de colonisation. Malheureusement, il se trouve que cela n’agrée pas la France qui ayant bien compris l’attente des Algériens, a pas à pas, et depuis l’indépendance entrepris une œuvre de réécriture de cette histoire coloniale. Elle entend bien le faire à coups de lois, d’amnistie et de lois mémorielles avec des velléités de finir de nous imposer cette histoire.

Rappelons que dès son occupation d’Alger, la France a détruit l’administration, tous les documents officiels et parmi eux toutes les archives des institutions des domaines ainsi que les documents de l’état civil. Tout ce qui a était ou lien entre l’homme et sa terre, tout ce qui peut rattacher quelqu’un à quelque chose et tout ce qui rattachait quelqu’un à un autre. Même les cimetières ont été vidés des ossements qui avaient fait d’ailleurs l’objet d’embarquements sur des bateaux allant vers le port de Marseille : rentable commerce morbide.

Dans ce même ordre d’idées, rappelons que de nombreuses familles et tribus se retrouvaient, sous la nouvelle administration placée par le sublime libérateur et civilisateur : la France des droits de l’Homme, sans origine, sans nom ( Sans Nom Patronymique, le nom que certaines familles rainèrent depuis des décades s’écrivait en trois lettres S.N.P ). On les voulait sans rattachement , sans résidence , donc sans pays et dépouillés de tout. Et de là, Il n’y a pas loin à dire « que l’Algérie est un pays sans peuple », comme on tente de le faire au Moyen-Orient,

6. Le pays dit «dépositaire» des droits de l’Homme, ne pourrait s’accommoder d’un passé colonial aussi sombre, il entreprend de le falsifier en entendant bien re-coloniser l’histoire

Ainsi après avoir colonisé les terres, occupé les domaines, volé les trésors d’Alger, emprisonné les corps et esprits, déculturé la société, détruit tout lien avec notre identité et notre passé pendant plus d’un siècle, la France a résolument mis, aujourd’hui, en chantier son Entreprise pour coloniser l’histoire des 132 ans d’occupation.

Tout en faisant des lois par ses assemblées qui décidèrent, que son passage en Algérie a été une œuvre civilisatrice et non un colonialisme, la France blanchit, anoblit, promeut et met sur des piédestaux les criminels et tortionnaires qui se sont illustrés par leurs méfaits lors de la guerre d’Algérie, développant ainsi l’apologie d’auteurs de crimes sans nom. Il a été édifie et érigé des monuments. Il a été dressé des statues «aux anciens de la guerre d’Algérie», leurs héros: militaires, terroristes de l’OAS et anciens harkis qui ont égorgé les Algériennes, les Algériens et leurs enfants.

Ainsi des crimes dont ils n’ont jamais cessé, ni manqué de  se vanter, ouvertement, devinrent des actes de bravoure ;

Par ailleurs la France entend bien brouiller toutes les cartes temporelles post-colonisation, de façon à enlever aux dates importantes choisies par l’Algérie souveraine, commémorant ses dates-phare, ses évènements nationaux, toute leur valeur symbolique et patriotique, les banalisant en leur collant d’autres événements la concernant :

- Ainsi le 05 juillet nous a été choisi pour jour d’Indépendance pour faire oublier que c’est celui de leur débarquement à Sidi Ferruch : date à commémorer d’une pierre noire. On voulait nous amener, d’ailleurs à en faire la Journée de la jeunesse algérienne. Pas de fête d’Indépendance donc pas de période coloniale..

- Le 19 mars, jour réclamé par la majorité du peuple comme étant le vrai jour de la victoire, est également choisi par la France, pour ce qui la concerne, comme journée des harkis : moyen de faire l’amalgame entre le Moudjahid et le harki;

- Et puis la dernière en date celle de faire du 18 Fevrier (notre propre Journée du Chahid) une date française où il sera rendu hommage aux musulmans morts pour la France, à la mosquée de Paris..

- Enfin faire, autant que possible, des injonctions chez nous comme la manière de fêter le 50ème anniversaire de l’indépendance ou d’entonner notre propre hymne national sans troncature imposée de couplet (supprimer l’interpellation à la France «Ya firanca »

Pour nous représenter les dimensions et caractéristiques de cette œuvre civilisatrice, faisons parler une des personnes l’ayant initiée en Algérie : ce n’est autre que le général Rovigo

En écho à la déclaration de Sa Sainteté le Pape qui, en 1830, avait qualifié la prise d’Alger par la France d’effet civilisateur, celui-ci, le général, a donné le feu vert à ses soldats, les ordres qui devaient aller en le sens de cette intention civilisatrice :

« Comme on ne les civilisera pas (il s’agit des Algériens), il faut les refouler au loin. Comme des bêtes féroces qui abandonnent les lieux habités, il faut qu’ils reculent jusqu’au désert devant la marche progressive de nos établissements et qu’ils soient rejetés, pour toujours, dans les sables du désert»

Le pays auréolé «des principes des droits de l’Homme «ne pourrait s’accommoder d’un passé colonial aussi sombre..

La France doit se réconcilier, d’abord, avec elle-même et les valeurs dont elle entend demeurer dépositaire.

Mais comment la France le pourrait-elle? Quand, à côté des va- t-en guerre, il existait, parmi ses plus grands esprits : écrivains, humanistes et savants, certains qui ont appuyé, applaudi, encouragé des crimes insupportables, allant aux antipodes des valeurs mêmes de la révolution de 1789, dont l’un des grands leaders : Maximilien de Robespierre, les ayant prédécès, avait dit en 1792. « La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique est de croire qu’il suffisse à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et constitution. Personne n’aime les missionnaires armés ».

Commençons par M. Tocqueville «l’humaniste » le libéral, le démocrate, celui qui aurait selon ses défenseurs, lu et interpréter Le Coran, celui qui a écrit de « la démocratie en Amérique » , n’a-t-il pas légitimé, approuvé, défendu et encouragé les boucheries et les destructions de l’armée coloniale ?

Qualifiant, lui, cette guerre d’Afrique et ses méthodes (abjectes, injustes et inhumaines) de science, il la justifiait par le besoin de grandeur de la France, déclarant :
« Ne nous décourageons point sur l’avenir, dit-il, ne nous laissons pas arrêter par des sacrifices passagers lorsqu’un immense objet se découvre et que de persévérants efforts peuvent l’atteindre. »

Victor Hugo, le visionnaire, l’auteur des ‘Misérables’, n’a-t-il pas applaudi la conquête de l’Algérie ?

Maupassant révélait, déjà, l’ambiguïté dans laquelle de nombreux Français emprunts de patriotisme et d’universalisme, restaient solidaires des colons européens. Camus, plus proche de nous, par Sa non-réponse, se situait dans la même position. C’est M. Cuvier ce grand savant qui demandera à Polignac d’encourager les officiers de l’armée d’Afrique « à s’intéresser aux productions naturelles du pays et de procurer au jardin du roi, les animaux vivants qui lui font défaut. » C’est lui qui donna le coup d’envoi à la collecte des vestiges humains pour les Muséums français. C’est lui qui présida à l’ouverture de la chasse aux têtes algériennes dont on découvre, aujourd’hui, les crânes d’une bonne trentaine au MNHN. Parmi ceux-ci les têtes de grands résistants algériens renommés. Telle que celle, numérotée 5939, momifiée, d’Alhamadi lieutenant de Boubaghla. Celui-ci nous regarde toujours de son œil gauche qui resté ouvert, nous regarde faire l’histoire

7. Cette «France qui dit bien la voie Droite et chemine par les sentiers obliques»

Cette formule de Léopold Sédar Senghor, membre de l’Académie Française, ministre du gouvernement Debré, plus tard président du Sénégal, produit poli par la France qui ne pouvait mieux et autrement résumer le comportement de la France vis-à-vis de ses colonies et colonisés.

Donnons-nous, pour cette petite formule, une petite illustration développée par un ex-président de la république française. Celui-ci ayant fait passer sa loi sur le génocide arménien, et prétendant continuer de tendre la main à de l’amitié avec le peuple turc, déclarait, à ce sujet que la Turquie, l’auteur du génocide, ne sortira que plus grandi quand il aura reconnu son acte passé. Pourquoi Sarkozy n’a pas fait de même pour la France vis-à-vis des Algériens. Parce qu’il continue à voir les Algériens à travers les yeux du psychiatre français Dr Antoine Porot, dont les thèses racistes ont fait autorité jusqu’en 1970 et qui légiférait en la matière ainsi » les indigènes nord africains, dont le cortex cérébral est peu évolué est un être primitif dont la vie essentiellement végétative et instinctive, est surtout réglée par le diencéphale ….» (*). Parce qu’il est convaincu que c’est la France qui fait et fera l’histoire pour ses anciennes colonies et ses hâbleurs.

Et là se situe le vrai enjeu pour nous aujourd’hui. Il est explicité par l’écrivain Jean DRESCH , dans une préface faite à l’Algérie dans: « Passé et présent « ainsi :
« L’histoire coloniale est presque toujours à sens unique car c’est le propre d’un peuple colonisé de n’avoir plus d’histoire ou du moins d’historiens, hormis celle et ceux du colonisateur. Or le colonisateur ignore communément le colonisé, et volontiers le considère comme mineur, primitif, incapable, digne seulement d’une sollicitude bienveillante et paternaliste ».
(*) Extraits du manuel alphabétique de psychiatrie Dr Porot de l’élite de l’Université française dont les théories ont fait autorité jusqu’en 1970, remplacé à la tète de l’hôpital Joinville de Blida par le Dr Frantz Fanon

8. Toute la période coloniale et post-indépendance nous enseigne que ce qui compte, c’est ce que, nous faisons, nous Et non ce que les autres font ou feront pour nous ou contre nous

Toute la France colonialiste, en ce qu’elle avait de force et d’intelligence, n’est pas venu à bout du projet national des fils de La Toussaint – « des Nord- africains « qui ont montré qu’ils n’étaient ni hâbleurs, ni menteurs, ni voleurs, ni fainéants, ni débiles hystériques, ni sujets de surcroît, à des impulsions homicides imprévisibles – « (*). Ceux-ci ont su conduire le pays jusqu’à son indépendance. Ces tares: vol, violence, mensonge, homicides ( à grande échelle ), inventées par le Dr Porot ont été la panacée du colonialiste et de ses hordes , qui y ont mis toute leurs énergies et politiques pour perpétuer leur domination sur les colonies qu’ils ne voulaient voir ni évoluer ni s’émanciper ni se libérer de l’esclavagisme dans lequel elles ont été placées et maintenues .

Cette histoire dont on nous apprête les prémisses d’écriture ne nous imposera-t-elle pas de déboulonner les statues de nos héros? Nous imposer d’y placer en leurs lieu et place des Bugeaud et sa cohorte, ceux-la mêmes qui avaient, de leurs propres propos et écrits, reconnu avoir exterminé plus de la moitié de la population de ce pays, détruit et incendié ses villes et ses villages. Et avoir Inventé, très tôt, pour les Algériens les Guantánamo de la nouvelle Calédonie.

En effet si la colonisation était acceptée comme un bien fait pour l’Algérie «comme une œuvre civilisatrice », le « fellaga » n’aurait été qu’un terroriste qui se dressait contre les bienfaits que venait (par le feu, le fer et le sang) lui prodiguer l’humaniste colonisateur français. Et du coup, et cela va de soi, de combattant, de libérateur, le moudjahid se retrouve voué aux gémonies, à l’enfer, et à l’oubli.

Et pas à pas, et méthodiquement elle entreprendra, par là, d’effacer et gommer, par touches successives, les traces de notre Révolution, de nos résistances passées et insurrections récurrentes qui nous ont permis de survivre à la décimation et à l’effacement.

La Mondialisation, légitimant le droit du plus fort, une telle histoire transfigurée, comme on s’apprête à nous l’écrire , argumentera – devant des instances de justice et institutions de droit de l’Homme, fabriquées par l’Occident à sa mesure – en faveur de la réclamation que ne manqueraient de venir faire les colons, pour que leur soient restituées leurs terres et biens qu’ils auraient laissés, en Algérie en 1962 .

Aventuriers européens de tout acabit, ils réclameraient alors des terres qu’ils ont spoliées, volées, arrachées à nos populations, à coup d’ordonnance, de lois et de Sénatus-consulte : (respectivement de 1845, de 1865, de 1873).

Aussi, on ne peut pas, et on ne doit pas s’attendre à ce que les historiens français écrivent une Histoire qui nous conviendrait; cette tâche incombe à nous-mêmes. Et c’est à nous, d’honorer les nôtres et d’en raviver la mémoire. Car, la leur décrétera notre propre négation, comme celle des devanciers, dans le combat pour libérer leur pays et dont, pour certains, les crânes se trouvent, toujours, exposés dans les musées parisiens.

En attendant les politiques français peuvent, toujours, continuer à nous susurrer de cesser de regarder dans le rétroviseur (on nous conseille de ne pas regarder notre passé, notre histoire), ou pour affirmer avec suffisance et certitude que les relations entre nos deux pays s’amélioreront quand disparaîtront les anciens du FLN /ALN, Tant que ceux-ci, ces empêcheurs de tourner en rond, sont encore de ce monde, ces relations resteront au niveau « d’anormalité » où elles sont, ajouteront-ils alors.

par Djaffar Lamani  – Ex-officier de l’ALN, wilaya II

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5235383

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