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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).

L’ORIGINE DU PEUPLE BERBERE ET DE SA LANGUE

Posté par mouradpreure le 1 mars 2017

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Introduction

La langue berbère est l’une des plus anciennes langues de l’humanité. Elle est, actuellement, parlée par les autochtones de ‘Afrique du Nord. M. Henn thole, diplômé de l’institut d’Ethnologie et de l’Ecole d’Anthropologie de l’université de Paris, écrit dans Son livre Les Touaregs du Hoqgar:

Malgré les invasions puniques, romaines, vandales, byzantines (ajoutons arabes), la langue libyenne ne semble pas avoir été altérée par las influences étrangères et n’a fait que retenir de chacune quelques termes qu’elle a adoptés. Dans Sa forme moderne. c’est-à-dire berbère. elle est encore parlée dans les oasis égyptiennes de Siouah et d’Augilia. à Sokna dans le Djebel Nefouza, à Djerba, dans l’Aurès, en Petite Kabylie, aux environs de Lalla Marnia. dans de nombreuses tribus au Maroc, en particulier chez les Chleuhs, dans certaines villes sahariennes comme Ghadamès. Glot, Ouargla, au MZab, dans quelques oasis de la Saoura et, enfin, chez les Touaregs.

Les habitants de toutes ces contrées citées par M Henri Lhote, sont les descendants de ce peuple berbère qui, dès l’époque de la formation des premières sociétés humaines, occupa la partie du Nord de l’Afrique qui s’étend de la Mer Rouge aux îles Atlantiques et du Niger à la Méditerranée.

De récentes découvertes anthropologiques nous permettent maintenant de mieux expliquer l’origine et la provenance du peuple berbère. A la lumière de ces découvertes, il semble que ce peuple pourrait être considéré comme la souche d’où se seraient détachés les rameaux humains qui forment, actuellement, les diverses races blanches du Globe. Des anthropologistes éminents s’accordent, en effet, pour placer le berceau de humanité an Afrique. C’est ce qui ressort des travaux, notamment du Professeur Leakey au Kenya et au Tanganyika

M. Eugène Guernier, Professeur à l’institut d’Etude Politiques de l’université de Paris rapporte dans son livre L’apport de l’Afrique à la pensée humaine les renseignements, qu’il a recueillis du Professeur Leakey lui-même, sur les conditions dans lesquelles il fit la découverte qui l’amena à considérer que l’Afrique a été le continent de l’apparition des premiers hommes. C’est, écrit-il, dans l’île Kusimu, prés de la rive orientale du lac Victoria, non loin de la ville de Kisamu, au bord d’une fracture de mille mètres de hauteur, que le Professeur Leakey a découvert la mâchoire inférieure d’un hominien, remontant à vingt millions d’années. L ‘être reconstitué, en fonction de cette mâchoire, a reçu le nom de Proconsul Africanus. Ce fossile représenterait le passage le plus typique d’un être non hominien à l’homme.

Par ailleurs, Rober et Marianne Cornevin écrivent dans leur Histoire de l’Afrique: ….que les plus récentes et spectaculaires découvertes de fossiles humains aient eu lieu en Afrique, n’a donc rien d’étonnant. L’Afrique représente vraiment, dans l’histoire de l’humanité, l’ancien continent par excellence, celui où ont vécu et lentement évolué les plus lointains ancêtres de l’homme. Toujours dans le même livre ils déclarent : Si l’intérêt de l’étude du Pleistocéne africain dépasse de beaucoup le cadre du continent lui-même, la période appelée Holocêne, qui débute autour de dix mille ans avant Jésus-Christ, présente également une valeur universelle du fait qu’elle aboutit au développement d’une civilisation raffinée dans la région géographiquement privilégiée de la vallée du NiL.

L’Histoire Egyptienne, en continuité directe avec la préhistoire, débute aux environs de 3200. Cette date marque aussi le commencement de l’histoire du monde. Poursuivant leur étude de l’évolution humaine, Robert et Marianne Cornevin ajoutent: C’est seulement à la fin du troisième Pluvial Gamblien qu’apparaît de façon certaine l’homo sapiens ou néanthropien, dernier maillon de la longue chaîne qui a conduit des australopithécidès aux néanderthaliens, en passant par les pithécan-thropidés.

EVOLUTION DES ESPECES: L’AFRICAIN CONFIRME DARWIN

Il faut souligner le trait que l’Afrique est le seul continent où tous les fossiles, correspondant aux divers stades d’évolution de l’humanité, ont été découverts et où la doctrine transformiste de Darwin, demeurée très longtemps très théorique pour l’espèce humaine, a pu être démontrée « sur pièces ». Elle occupe donc une situation privilégiée dans la connaissance des premiers âges du monde, Partant de ces données, il est permis de penser que la diversité raciale s’est produite au cours des siècles de la période Glaciaire. Au cours de leurs migrations à travers le monde, certains groupements humains, influencés par les conditions climatiques, par les modes de nutrition et d’activité, par l’angle de rayonnement solaire, se sont différenciés en race noire au coeur de l’Afrique, en race rouge dans les Amériques, en race jaune en Extrême-Orient et en race blanche dans l’hémisphère australe et en Afrique du Nord, régions assez tempérées pour ne pas avoir influencé la pigmentation de la peau. Les rameaux de race blanche de ces contrées semblent être à l’origine des diverses lignées blanches du Globe. Ceux de l’Hémisphère australe se seraient dispersés dans les contrées de l’Océan Indien et de l’Australie, alors que ceux du Nord de l’Afrique se seraient dirigés, les uns vers le Nord-Est jusqu’au Népal, les autres au Nord-Ouest jusqu’aux pays scandinaves. Au cours des millénaires, des brassages se seraient produits entre ces tronçons primaires les métissages entre Noirs et Blancs auraient produit la famille sémitique. Le rameau du Nord-Est, Indo-Iranien, par métissage avec la race jaune, aurait été à l’origine de la famille mongolique.

Il est donc possible d’affirmer que l’Afrique fut non seulement le centre de l’apparition de l’homme, mais aussi son centre d’évolution et de dispersion. Citons à ce sujet une communication que le Professeur Sud-Africain C.Van Riet Lowe, directeur de l’Archeological Survey à (‘Université du Witwatersrand à Johannesburg, a adressée, le 3 juillet 1950, à « l’Association Sud-Africaine pour l’Avancement des Sciences », tenant ce jour-là séance à Salisbury, Rhodésie du Sud M. Van Riet Lowe s’exprime en ces termes :

Comme préhistorien, je vois l’homme se développant lentement depuis son origine, un climat uniforme recouvrant l’Afrique, jusqu’à ce que, après un grand nombre de millénaires et beaucoup de vicissitudes, il gagne l’Europe du Nord, l’Asie à l’Est et le Cap au Sud, voici plus d’un million d’années. (..) Pendant des centaines de milliers d’années qui s’écoulaient entre l’apparition de l’homme en Afrique et son occupation d’une partie de l’Europe du Nord et de l’Asie de l’Est, l’Afrique se maintint comme le plus grand et le plus important théâtre sur lequel se jouait le drame de l’évolution humaine. J’avance cette prétention sans hésitation.

Précisons que cette communication du Professeur C, Van Riet Lawe a été rapportée par M. Eugêne Guernier dans son livre L’apport de l’Afrique à la pensée humaine, qui affirme lui-même dans ce même livre:

Les doutes ne sont plus permis. L ‘Afrique, en l’état actuel de la science, peut être considérée, non seulement comme le berceau de l’homme et de sa conscience, mais encore comme l’atelier où » l’homo Faber» a fait les premiers outils dont il a diffusé l’usage à travers l’Europe et l’Eurasie, C’est aussi en Afrique que devaient naître plus tard « l’homo artifex » et « l’homo sapiens’.

Ces affirmations de savants anthropologistes, dont on ne peut nier l’autorité en ce domaine, nous permettent de déduire, en toute logique, que les premières formations sociales se sont constituées au Nord de l’Afrique, ainsi que les premiers moyens d’expression.

LES BERBERES A L’ORIGINE DES RACES BLANCHES?

M. Eugène Guernier, toujours dans son livre L’apport de l’Afrique à la pensée humaine, parlant de cette expression de la pensée, écrit :

Peut étre l’Africain, ayant vécu pendant des millénaires dans la béatitude d’une conscience naissant au cœur d’une société encore dans l’enfance de son grégarisme, s’est-il contenté de formes d’expression plus archaïques, mais schématiques jusqu’au jour, beaucoup plus près de nous, où il utilisera, comme parfois en Afrique du Sud, des signes vocatifs, tandis que, plus tard, l’Egyptien usera de signes idéographiques comme les hiéroglyphes et que le Berbère inventera, lui aussi un certain nombre de signes vocatifs dits « Tifinar ».

Il apparaît donc, en s’appuyant sur toutes ces données, scientifiquement établies, que. le groupement humain, établi en priorité au Nord de l’Afrique, est bien le tronc, Si l’on peut s’exprimer ainsi, de la généalogie humaine, d’où se seraient détachées les lignées blanches de l’Europe et de l’Asie.

LA PREMIERE LANGUE: LE BERBERE ?

La langue de ce groupement de base, parlée depuis les premiers balbutiements de ces peuples primitifs et grégaires, encore en usage actuellement chez les habitants des oasis égyptiennes et sahariennes, chez les Kabyles de l’Algérie, chez les montagnards du Maroc et chez les insulaires des îles Canaries, est la langue berbère. Il est indéniable que les plus anciens documents d’expression du langage, retrouvés dans le Nord de l’Afrique, qu’ils soient idéographiques comme les hiéroglyphes, ou consonantiques comme les « Tifinar », expriment des mots berbères. Citons en exemple certains hiéroglyphes, exprimant des mots berbères. compris de nos jours:

Ce mot signifie boire : il se prononce «swi», du verbe berbère «swa » de même signification.

Ce mot signifie femme et se prononce « ta metouTe », mot berbêre actuel pour désigner la femme. <extraits de la Grammaire élémentaire de Moyenne Egypte, par le Dr A. Du Buck>.

LA PREMIERE ECRITURE: LE TIFINAR?

De même, les tifinar expriment des mots berbères. M. Henri Lhote, dans son livre Les Touaregs du Hoggar, pariant des inscriptions de ti-finar, s’exprime en ces termes: Les plus anciennes comprennent des signes qui ne sont plus en usage et sont incompréhensibles pour les Touaregs. Elles commencent ordinairement par trois ou quatre points en ligne, suivis d’un rond, lequel est suivi de trois traits parallèles tracés longitudinalement par rapport au sens de l’inscription :

Elles l’ont localisées au « Tassili; au Ahaggar. dans l’Adrar des Iforas…

Il poursuit un peu plus loin : Les inscriptions d’époque moyenne ou intermédiaires comprennent des signes initiaux qui sont ordinairement un trait suivi de trois points en triangle:

et dont la signification est encore comprise des Touaregs. Ils veulent dire: « nek » ou ‘ouannek’; c’est-dire ‘ moi’…, il ajoute un peu plus loin: Les plus récentes inscriptions sont matérialisées par le début: ; forme évoluée de:

et qui a la même signification, suivi ordinairement d’un nom propre et de caractères:

« tenet »‘ = ayant dit, la dis – et exprimant ultérieurement une pensée ou un vœu. Il paraît donc hors de doute que les ‘tifinar’ sont bien un des moyens d’expression de la langue berbère et qu’ils doivent être vraisemblablement les premiers caractères humains exprimant par écrit la pensée de l’homme. Ces caractères très rudimentaires, sont tellement élémentaires et archaïques qu’ils ne peuvent dériver d’aucune autre forme d’écriture. Ils sont représentés par des signes géométriques :

qui ne rappellent aucun alphabet connu. Ils accompagnent bien souvent les gravures rupestres des temps les plus reculés. Ils se retrouvent, de nos jours, dans les poteries berbères et dans les tatouages. (Soulignons que le tatouage est une pratique spécifiquement berbère). Ces ti-finar, formés au cours des premiers âges de l’humanité consciente, datent certainement des mêmes époques que celles de la formation des hiéroglyphes que nous pouvons considérer comme les moyens d’expression pictographiques et idéographiques antérieurs à tous les autres.

Les plus anciens hiéroglyphes semblent remonter à quatre mille ans avant l’ère chrétienne, alors que l’écriture chinoise n’apparaît que vers trois mille ans avant Jésus-Christ et que les écritures pictographiques des Amériques (Mayas et Aztèques) datent du VIII siècle avant Jésus-Christ.

Les ti-finar apparaissent, associés aux hiéroglyphes dans des inscriptions de monuments et de statues égyptiennes les plus anciennes. Le plus suggestif à ce sujet est un groupe statuaire en schiste, découvert à Gizeh, actuellement au Musée du Caire, présentant le Mycerinus (IV eme dynastie) entre la déesse Hathor et la personnification du 17 eme nome de Haute Egypte (photo Oropeza) parue dans l’Histoire de l’Egypte ancienne par Jacques Pirenne.

Le texte gravé à la partie inférieure de cette statuette est constitué de signes hiéroglyphiques et de caractères, ressemblant aux ti-linar :

Il est donc permis de penser que ces premiers signes géométriques que sont les ti-finar ont servi de prototypes dans la formation ultérieure des alphabets qui se sont succédés (Egéens, Akkadien, Summérien, Phéniciens, Grec).
LE PREMIER ALPHABET:LE TIFINAR?
Le centre le plus ancien est celui de Crête où a régné le roi-prêtre Minos (d’où la dénomination « minoens »). Les villes datent d’avant -3000 d’après les données archéologiques. On y a retrouvé, gravés sur des blocs de pierre ou des vases en pierre, des sceaux, des écrits hiéroglyphiques qu’on date en deux stocks) l’un environ de -2900 à 2000, l’autre de -2000 à 1600. Parlant ensuite de l’alphabet consonantique des Sémites occidentaux, il déclare: Il est vraisemblable que l’origine du tracé des alphabets linéaires est pictographique ; des arguments sont donnés ci-après : pour le système, il apparaît partout alphabétique, c’est-à-dire que les caractères sont des lettres, représentant des sons simples et, par conséquence immédiate, étant en plus petit nombre (22 en phénicien) que les caractères égéens. Le stade phonographique intégral paraît avoir été réalisé sans passage par le stade idéographique ni par le stade syllabique du type décrit sous F (11 s’agit des écritures minoennes de Crête). Il faut indiquer que cette invention remarquable ne s’est produite qu’à une époque relativement tardive, où, du moins d’une manière générale, une progression intellectuelle notable s’était réalisée.

Elle se situe dans une région où l’on ne pouvait pas ignorer les éléments phonographiques des écritures incommodes égyptiennes et mésopotamienne et l’usage plus étendu de ces éléments dans les écritures égéennes.

A L’ORIGINE DU PIIENICIEN ET DU GREC : LE TIFINAR?

Cette innovation, qui a conduit à la formation des alphabets phénicien et grec, est tout simplement une évolution du prototype que sont les ti-finar. On ne peut s’empêcher, en examinant attentivement les lettres de ces deux alphabets, de constater qu’aussi bien les lettres phéniciennes que les lettres grecques ne sont que la transformation linéaire des ti-finar. Ces derniers, ainsi que les hiéroglyphes, s’ils formaient une écriture claire et détachée sur les monuments et inscriptions, donnaient dans l’usage courant une écriture compliquée de signes enchevêtrés les uns dans les autres au point de rendre le texte illisible. Cette écriture, dénommée démotique, fit place, dès le premier millénaire, dans les écrits sur papyrus, à une écriture en caractère grecs, permettant une lecture plus aisée.

LA PIERRE DE ROSETTE

Il n’est pas rare de rencontrer des inscriptions, portant les trois genres d’écri­ture. Ainsi, cette inscription faite sur la fameuse « Pierre de Rosette » dont parle Adolphe Erman, Professeur a l’université de Berlin, dans son livre L’Egypte des Pharaons: Cette pierre, écrit-il, porte une triple inscription en haut figurent quatorze lignes d’hiéroglyphes (et ti-finar), au milieu trente-deux lignes de signes curieux et en bas cinquante quatre lignes en langue grecque. Cette inscription grecque permet de reconnaître de quoi il s’agissait. En l’an 196 avant j-C, les prêtres de toute l’Egypte avaient tenu un concile a Memphis et avaient délibéré au sujet des honneurs que l’on devait porter au jeune roi Ptolémée Epiphane, en récompense de tout le bien qu’il avait fait au peuple aux temples, au clergé. On élèverait dans chaque temple une statue du roi à côté de laquelle serait placée une table, rapportant cette décision au clergé. Cette tablette, d’ailleurs, porterait le décret sous trois formes : la première en hiéroglyphes, comme il se devait pour les temples, une autre en langue vulgaire, appelée démotique, et la troisième dans la langue de la cour le grec.

ROSETTE

Rosette Rachid en arabe. Ville de Basse Egypte sur la branche occidentale du Nil. Elle fur fondée par les Arabes vers 870, prés de l’emplacement de l’ancienne Boblbitine.

Fragment de stète en basalte noir découvert

An 1799 pendant l’occupation française par le commandant d’artillerie Boussard, actuellement au Brtish Museum. Il est couvert de trois inscriptions : la première en caractères hiéroglyphiques, la seconde on caractères démotiques et la troisième en grec et datée de 193 av J-C. L’inscription hiéroglyphlque est tronquée. les deux autres

sont a peu prés intactes ; les trois ne sont que le texte, on trois écritures et en deux langues, d’un unique décret rendu par les pretres égyptiens en l’honneur de Ptolemée Epiphane. C’est grâce à la Pierre de Rosette que tes hiéroglyphes purent être déchiffres par Champollion (1831). L’inscription de Rosette a été publiée par Chabas (1867)

pour ta partie hiéroglyphique, et pour la partie demotique par Bruysch et par Révilloit. (Dictionnake laroussel

Cette évolution de l’écriture, depuis les hiéroglyphes, les ti-finar, jusqu’aux alphabets phénicien et grec, nous permet de constater que l’écriture berbère est une écriture antérieure aux autres. M. Eugêne Guernier, toujours dans son livre L’apport de l’Afrique à la pensée humaine, écrit: Nous nous trouvons en présence d’une telle continuité dans l’art dans l’espace et dans le temps, qu’on est on droit de se demander Si l’humanité ne possède pas là tous les éléments écrits, gravés, peints sur et dans la pierre d’une ou plusieurs civilisations artistiques, dont les effets se lisent dans l’art égyptien de l’Ancien Empire qui lui-même a évolué vers celui du Moyen et du Nouvel Empire, on donnant naissance à l’art grec, comme aussi dans l’art préhistorique des cavernes libyennes, espagnoles et françaises, dont on retrouve des traits dans notre propre Renaissance.

M. Marcel Cohen, Directeur d’Etudes à l’école des Hautes Etudes, dans son livre L’écriture, parlant de l’écriture idéographique et syllabique en Mésopotamie, écrit: Il n’est pas sûr que cette écriture soit née sur place ; elle a pu être apportée d’ailleurs, soit dans une migration, soit par emprunt à une civilisation encore antérieure et externe à la Mésopotamie. Cet apport extérieur ne pouvait être que berbère, car il ajoute un peu plus loin: On a retrouvé à Syblos plusieurs stèles et plaques de métal avec des inscriptions on caractères hiéroglyphiques rangés on lignes horizontales d’après les données archéologiques, elles pourraient remonter au moins au deuxième millénaire avant Jésus-Christ.

Le même auteur, dans le même livre, parlant de l’écriture hiéroglyphique et syllabique du bassin oriental de la Méditerranée et régions voisines, écrit: Dans le bassin oriental de la Méditerranée se sont développés des centres de civilisation restreinte. sensiblement contemporaine des centres égyptiens et mésopotamiens et au moins aussi avancés. La navigation et le commerce maritime ont dû y développer tôt les besoins d’écriture pour les messages, comptes et contrats.

DES RACINES BERBERES DANS LE GREC, LE LATIN ET LES LANGUES SEMITIQUES

Tous ces documents, dont l’authenticité est vérifiée, nous incitent à penser que la langue berbère, par son antériorité, est une langue mère. Ceci est confirmé par la présence simultanée de nombreux vocables de base berbère, dans des langues aussi diverses que les langues grecques, sémitiques et latines. Ainsi, sans citer des mots aussi répandus que: «ma»: mère – ou «mouTe » : mort , nous trouvons des vocables comme: 1-semme ce mot signifie en langue berbère le nom. Nous le trouvons avec le même sens dans la langue grecque sous le mot « semma » (qui a donné le mot sémantique en français) et, sous le vocable de «A-semmou » ou « achemou », dans les langues sémitiques. Louya : ce mot signifie en berbère paroles, discours. Il se retrouve avec le même sens dans le mot grec « logos » et dans le terme arabe « lougha ».

A-seguemme signifie en berbère le nombre, ou partie de…, ou fraction de… Ce mot se retrouve, dans la langue latine, sous le vocable « segma », signifiant segment et, en langue arabe, sous le mot « mesegueme » qui veut dire ‘ordonné’.

Ces quelques exemples, qu’il est possible de multiplier, suffisent à démontrer que la langue berbère n’est pas étrangère à la formation des langues du Moyen-Orient, et du Bassin Méditerranéen d’où sont issues les plus belles civilisations humaines.

Cette langue-mère se serait diluée peu à peu, au cours des siècles, jusqu’à disparaître des langues modernes. Elle est restée à peu près intacte chez les divers peuples berbères du Nord de l’Afrique, dont elle constitue l’ethnie.

REPARTITION DES BERBERES SELON HERODOTE

Les groupements berbères se sont diversifiés, dès les premiers temps, et ont pris la forme de vie, imposée par la nature des régions qu’ils ont occupées. Le grand historien grec Hérodote (qui a vécu entre 480 et 423 avant Jésus-Christ, c’est-à-dire mille ans avant la naissance du Prophète Mohammed) parlant des Berbères, qu’il appelle Libyens, écrit : La Libye renferme beaucoup de nations différentes… Voici l’ordre dans lequel on trouve les peuples de la Libye:

A commencer depuis l’Egypte : les premiers qu’on rencontre sont les Adyrma­chides… Les Giligames touchent aux Adyrmachides… Immédiatement après Les Giligames, on trouve les Asbytes, du côté du couchant ; ils habitent le pays au dessus de Cyrène, mais ils ne s’etendent pas jusqu’à la mer… Les côtes maritimes sont occupées par les Cyrénéens… Les Auschises sont à l’occident des Asbytes, auxquels ils confinent ; ils habitent au dessus de Barce et s’étendent jusqu’à la mer près des Evesperides. Les Cabales (d’où vient le mot Kabyles) demeurent vers le milieu du pays des Auschises. Le pays des Auschises est borné à l’ouest par celui des Nasamons. Au-dessus de ces peuples, vers le midi, dans un pays rempli de bêtes féroces, sont les Garamantes. Ils ont pour voisins les Macés… Ceux-ci sont à l’ouest et le long de la mer … Les Gindanes touchent aux Macés… Les Lotophages habitent le rivage de la mer qui est devant le pays des Gindames… ; ils confinent le long de la mer aux Machyles… Immédiatement après les Machyles, on trouve les Auséens…. ; au-dessus, en avançant dans le milieu des terres, on rencontre la Libye sauvage au-delà de laquelle est une élévation sablonneuse qui s’étend, depuis Thèbes en Egypte, jusqu’aux Colonnes d’Hercule (Gibraltar). On trouve dans ce pays sablonneux… les Ammoniens… , après les Ammoniens… on rencontre une colline de sel avec de l’eau et des habitants aux environs… Le mont Atlas touche à cette colline… Les habitants de ce pays… se nomment Atlantes… à l’est du fleuve Triton. Les Libyens laboureurs touchent aux Auséens, ils ont des maisons et se nomment Maxyes3 . Les Libyens maxyes touchent aux Libyens Zauèces4 – les Gyzantes habitent immédiatement après les Zauèces… Tels sont les peuples de Libye.

Toutes ces nations berbères seront appelées plus tard, par les Romains, Numides et Mauritaniciens. Leurs descendants actuels sont les Kabyles de l’Algérie et les Berbères marocains.

Seuls de tous ces peuples berbères, les Egyptiens, favorisés par la vallée du Nil, ont pu former une unité nationale. Les autres groupements ont conservé jalousement leur liberté et sont restés indépendants les uns des autres. Ce manque de cohésion sera plus tard la cause de leur perte et de leur ruine.

EMPRUNTS GRECS AUX BERBERES

Quoi qu’il en soit, ces premiers groupements berbères ont vécu en société bien organisée et policée, suivant de près l’évolution égyptienne. Il ne reste aucun vestige de ces temps anciens. Un jour, peut-être, des fouilles très profondes ramèneront des documents qui nous éclaireront sur la vie de ces groupements. Il est pourtant des faits qui peuvent nous fixer sur l’état d’esprit et le mode de vie de ces populations. Hérodote, parlant de la société grecque, écrit :

Les Grecs ont emprunté des Libyennes l’habillement et l’égide <bouclier> des statues de Minerve, excepté que l’habit des Libyennes est de peau et que les franges de leurs égides ne sont pas des serpents, mais des bandes de cuir. Le reste de l’habillement est le même. Le nom de ce vêtement prouve que l’habit des statues de Minerve vient de Libye. Les femmes de ce pays portent, en effet, par dessus leurs habits, des peaux de chèvre, sans poils, garnies de franges et teintes en rouge. Les Grecs ont pris leurs égides de ces vêtements de peau de chèvre. Je crois aussi que les cris perçants qu’on entend dans les temples de cette déesse tirent leur origine de ce pays. C’est, en effet, un usage constant parmi les Libyennes et elles sont acquittent avec grâce. C ‘est aussi des Libyens que les Grecs ont appris à atteler quatre chevaux à leurs chars.

Dans un autre chapitre, parlant des Libyens nomades, il déclare :

Tout le pays, qui s’étend depuis l’Egypte jusqu’au lac Tritones, est habité par des Libyens nomades qui vivent de chair et de lait. Ils ne mangent point de vache, pas plus que les Egyptiens et ne se nourrissent point de porc. Les femmes de Cyrène ne se croient pas permises non plus de manger de la vache, par respect pour la déesse Isis, qu’on adore en Egypte. Elles jeûnent même et célèbrent des fêtes solennelles on son honneur. Les femmes de Barcé, non seulement ne mangent point de vache, mais elles s’abstiennent encore de manger de la chair de porc.

Ces groupements berbères étaient organisés en petits états, parfois des Cités-états ou des petits-royaumes indépendants. Il est à peu près certain que les royaumes maritimes berbères ont eu une civilisation et une activité sociale, économique et politique très grandes, contemporaines des civilisations « minoenne » et « mycénienne ». Plus tard, ils entretinrent des contacts et des relations commerciales suivis avec les Phéniciens (auxquels ils ont concédé des comptoirs pour favoriser leurs échanges : Lixus, Utique, Carthage), de même avec les Grecs et les Romains.

LES ROMAINS DETRUISENT LES BERRERES

Les malheurs de ces peuples berbères commencèrent après la destruction de Carthage par les Romains. Ces derniers, par la suite occupèrent l’Egypte, puis, après la prise du roi Jugurtha (ils eurent ce roi berbère par trahison) s’emparèrent de l’Afrique du Nord. Les Romains incendièrent, pillèrent, détruisirent et rasèrent les villes des Berbères. En Egypte, ils brûlèrent la bibliothèque d’Alexandrie qui renfermait des trésors intellectuels.

Une partie du peuple berbère se retira dans les montagnes, se replia sur elle-même, s’enkysta. C’est ainsi que disparut leur écriture et que, jusqu’à nos jours, elle est demeurée inexistante. Ceux qui ont succédé aux Romains n’ont rien fait pour le restaurer.

Les Vandales, qui remplacèrent les Romains au Ve siècle après J-C, n’ont pas favorisé la culture berbère. Bien au contraire, comme l’écrit le général Bremond dans son livre Berbères et Arabes : Les Vandales condamnaient à mort tout indigène convaincu de savoir lire et écrire, fût-ce simplement de savoir signer de son nom.
DES BERBERES DE GENIE…

Ce peuple dont les ancêtres ont bâti les pyramides et qui, tout au long des siècles, à travers toutes les civilisations qui se sont manifestées au Nord de l’Afrique. a donné à l’humanité des chefs militaires de génie, comme Hannibal, Juqurtha, Tarik ; des philosophes éminents comme Tertullien, Plotin, Saint Augustin, Iben Khaldoun, et, de nos jours, des techniciens de la valeur de Bou-Akouir des poètes comme Mohand O’Mehind ; des écrivains tels que Jean Amrouche, Ferahoun, Sahili, Amar Naroun, Lamek, Boussaoub ; des compositeurs comme Taweus Amrouche, Azzam, Mouloudji ; ce peuple ne peut demeurer un peuple mineur. Il faut qu’il reprenne ses destinées culturelles, développe sa civilisation et reconstitue sa grammaire. Pour cela, il doit sortir de sa stagnation, retrouver son écriture moyen d’expression indispensable, car, comme l’écrit M. Eugêne Guernier :

Tout peuple qui ne possède pas de langue écrite ne peut participer que de très loin à la course universelle de l’esprit humain.

GRAMMAIRES BERBERES

De nombreuses publications et essais grammaticaux ont été élaborés par des berbèrologues éminents. Ils ont accompli un travail considérable, de recherche et de synthèse, qui force l’admiration. Ces diverses grammaires se sont avérées trop compliquées, très difficilement intelligibles et manquent de clarté. Ces travaux ont abouti à donner le visage d’une langue berbère faussement apparentée à la langue arabe.

RACINES COMMUNES AU GREC ET AU BERBERE

La langue berbère est une langue originale : elle ne peut s’apparenter qu’à la langue grecque. Elles sont de même souche. Ce sont les deux seules langues possédant des articles analogues: O – A – To – Ta – communes. Ainsi « lumière », en langue grecque se dit « phaus » ; en berbère : « phate » (ta). De même, le mot « thalasso », en langue grecque, signifie « océan » en langue berbère, le mot « tala » signifie « source ». Le mot « amokrane », qui signifie « long », « grand », a la même racine que « makros » En grec de même signification. Nous pouvons ainsi multiplier les exemples.

Il n’est tout de même pas inutile de rappeler que la négation (ne… pas) est la même dans les deux langues (ou … ara). Pour toutes ces raisons, la grammaire que nous présentons est différente de toutes celles qui ont paru à ce jour.

Il était possible d’utiliser, comme caractère d’écriture, les lettres de l’alphabet grec ou de prendre un alphabet en « ti finar » que M. Khelifati, ce savant berbériste, a constitué d’une façon complète. Cependant, il nous a semblé que, tenant compte de l’époque où nous vivons, il nous fallait une écriture simple, pratique et moderne.

UN CHOIX : LA TRANSCRIPTION LATINE

Nous avons donc choisi les lettres de l’alphabet latin. En effet, actuellement, les langues (les sémitiques et les chinoises exceptées) de tous les peuples évolués du globe s’écrivent an caractères latins. Nous avons tout de même ajouté certaines lettres grecques pour exprimer certains phonèmes inexistants dans la langue latine. Nous avons également modifié la phonétique de certaines lettres latines.

Dans un but de simplification, nous n’avons pas cru nécessaire d’utiliser des signes d’accentuation. Dans le cas où les voyelles doivent être prononcées sur un ton particulier, nous le précisons par l’emploi d’une diphtongue. Ainsi : euleine pour eulène. Nous n’avons pas voulu attacher d’importance à la différence de prononciation d’une lettre par les Berbères de régions diverses. Ainsi, prononcer le mot porte : ta pourte ou : ta bourte ou : ta gourte ou : ta wourte, ne sont que des différences d’accentuation qui ne modifient nullement le sens du mot.

Enfin, dans un but de compréhension et de divulgation, chaque page écrite en berbère est traduite simultanément en langue française sur la page concomitante.

Cette grammaire n’est évidemment pas parfaite, mais il faut espérer qu’elle sera un point de départ et qu’elle contribuera à l’épanouissement de la culture berbère. C’est mon vœu le plus cher

LE ROYAUME BERBERE DE DJEDAR

En 534 après J-C. les Byzantins chassèrent les Vandales et les remplacèrent. Les Berbères étaient sur le point de reprendre leur culture. Rober et Marianne Cornevin, dans leur Histoire de l’Afrique nous apprennent : à la même époque (V et VII siècles), les Berbères de l’actuelle Oranie avaient fondé un royaume, malheureusement très mal connu, appelé « royaume des Djedar », du nom de la région de la Haute Mina au sud-ouest de Tiaret, où se dressent treize monuments funéraires en forme de pyramides dont l’un atteint quarante cinq mètres de haut. La dynastie des Djedar était berbère et chrétienne, et étendait, semble t-il, sa souveraineté depuis la Moulouya jusqu’ à l’Aurès.

Malheureusement, cela ne durera pas, car en 840 après J-C, les Arabes déferlèrent sur l’Afrique pour imposer leur religion. A ce sujet, ouvrons une parenthèse pour parler des religions en Afrique du Nord.

LES RELIGIONS BERBERES

Depuis les temps les plus reculés, les peuples berbères vouaient un culte aux forces de la nature. Ils avaient divinisé le ciel, le soleil, la lune, les plantes et les animaux. Cette croyance en plusieurs dieux (polythéiste) était soutenue par une morale, d’une extrême sagesse, dite « Doctrine de Ptahotep ».

Vers 2700 avant J-C et 370 avant Mohammed, apparut, pour la première fois, une croyance en un Dieu unique, fondée par l’Hébreu Abraham. Cette religion fut adoptée en Egypte par les familles juives qui étaient groupées en tribus, Au moment de « l’Exode », certaines de ces tribus, au lieu de se rendre en Palestine, allèrent vers la partie occidentale de l’Afrique du Nord et gagnèrent à leur croyance de nombreuses populations berbères.

L’avènement de Jésus-Christ (Aissa) fit connaître une nouvelle croyance en un Dieu unique. Cette religion fit de nombreux adeptes parmi les populations berbères du Nord Occidental de l’Afrique. (De nombreux martyrs chrétiens berbères périrent dans les arènes de Rome). Le Christianisme se développa rapidement parmi les populations berbères, prit un grand essor et dura jusqu’à l’arrivée des Arabes en 640 après J-C.

Les Arabes, après s’être emparés facilement de l’Egypte, déferlèrent vers l’ouest. Mais là, ils se heurtèrent à une opposition farouche. La résistance de Koceilah et celle de la Kahena restent célèbres et dignes d’admiration.

Le pays aux mains des Arabes, les Berbères durent s’islamiser et adopter la langue des envahisseurs. La culture berbère disparut et fut complètement oubliée par les générations qui suivirent, même quand elles formèrent des dynasties : les Almoravides et les Almahades.

LA LANGUE ARABO-BERBERE

De nos jours, les Egyptiens, les Cyrénéens et les Tunisiens sont presque complètement arabisés. Il n’en est pas de même pour les Algériens et les Marocains. En Algérie et au Maroc, la population musulmane est composée de Berbères purs et d’Arabo-Berbères. Ces derniers habitent généralement les villes. Ils parlent une langue, « l’arabe parlé », constituée par un mélange de mots arabes berbérisés et de mots berbères arabisés. Un très petit nombre de ces Arabo-Berbères comprennent et écrivent la véritable langue arabe.

La langue berbère est encore bien vivante. Elle est le langage de ce vieux peuple berbère qui s’est cantonné dans ses montagnes, en conservant sa langue, ses coutumes millénaires et son folklore.

http://www.chleuhs.com/forum/histoire/287-lorigine-du-peuple-berbere-et-de-sa-langue.html

2 Réponses à “L’ORIGINE DU PEUPLE BERBERE ET DE SA LANGUE”

  1. Conrad dit :

    Vous ne développez pas l’influence énorme des conquêtes et de la langue arabe sur l’ensemble des populations berbères. C’est très dommage, car les berbères ont opposé une résistance farouche et parfois victorieuse aux invasions arabes. J’ai même lu qu’une femme de caractère a conduit puissamment une de ces rébellions…
    L’hypothèse selon laquelle l’Humanité tout entière proviendrait de la région de la fissure du Grand Rif n’est qu’une hypothèse. Il suffirait pour qu’elle soit invalidée, qu’une autre souche humanoïde soit clairement identifiée en Chine ou en Amérique du Sud par exemple. Vérité aujourd’hui, erreur demain…Vous ne citez même pas Yves Copens qui a été à l’origine de la théorie en vigueur.

  2. rachid khaldoun dit :

    A lire

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