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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).
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L’EXPERT PÉTROLIER MOURAD PREURE AU SOIR D’ALGÉRIE : «L’Algérie doit changer de modèle énergétique»

Posté par mouradpreure le 6 mars 2017

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Dans un entretien au Soir d’Algérie, Dr Mourad Preure, expert pétrolier international et président du cabinet Emergy, a répondu à de très nombreuses questions que se sont posées et se posent encore beaucoup de citoyens sur la solidité ou non, la pérennité ou non des dernières décisions de l’Opep. S’il ne parle pas de rééquilibrage du marché par l’Accord de Vienne, il pense néanmoins que cet accord en dessine «une tendance lourde» même si «les incertitudes demeurent fortes», les intérêts des membres de l’Opep étant «irrémédiablement divergents et ses décisions imprégnées fortement de la géopolitique du moment». Toutefois, tempère-t-il, «même si son influence s’est réduite (l’Opep) elle reste un marqueur économique et géopolitique majeur du marché». Lorsque nous lui demandons si le gaz de schiste produit par les USA, non-membres et non partie de l’Accord ne va pas perturber la donne et agir sur la baisse des prix, l’expert est catégorique : cela peut se faire sur le très court terme mais pas au-delà. Et c’est la réflexion sur le long terme à laquelle appelle notre interlocuteur. «Il nous faut impérativement réétalonner nos compteurs. Notre excessive exposition aux cycles du marché pétrolier, par essence convulsif et instable, est une grave vulnérabilité pour notre économie.» Alors que nous lui exposions notre scepticisme quant au colossal programme algérien du solaire qui devrait – selon nos responsables – nous extraire de la dépendance du pétrole, non seulement il approuve, pour ce qui le concerne, le programme algérien dans ce domaine qu’il trouve d’ailleurs peu ambitieux, mais il appelle à le lier au positionnement stratégique que devrait occuper notre pays dans la géopolitique de l’énergie. Mieux encore, il évoque et argumente pour nos lecteurs, le rôle que devrait tenir Sonatrach dans ce nouveau positionnement mondial. Et ce rôle est très loin d’être négligeable.

Le Soir d’Algérie : Un prix qui avoisine les 58 dollars le baril. Est-ce le résultat de l’Accord de Vienne le 30 novembre dernier portant sur la réduction de la production des pays producteurs membres de l’Opep et d’autres extérieurs à l’organisation ?

Mourad Preure : Le marché pétrolier a une évolution très contrastée en ce début d’année 2017, des prix dépassant enfin les 50 dollars le baril et testant le seuil des 60 dollars, avec un jeu d’acteurs moins heurté, je pourrais dire plus consensuel, mais non moins violent, ne vous laissez pas abuser par les apparences. Mais ne comptez pas sur moi pour célébrer l’unité retrouvée des pays producteurs, particulièrement membres de l’Opec. Les incertitudes demeurent fortes et les risques de corrections violentes sont toujours à craindre. L’Accord de Vienne vient de consacrer surtout la prise de conscience, d’une part, de la grande souffrance que vit l’industrie pétrolière, pays producteurs mais aussi et surtout compagnies pétrolières internationales (IOC) qui ont ralenti brutalement leurs investissements et dont certaines sont à l’agonie. Il consacre, je l’avais déjà mentionné, une tendance lourde au rééquilibrage du marché. Quoi qu’il en soit, toutes les guerres des prix que l’Arabie Saoudite a menées et où elle a entraîné l’Opec ont mené à des désastres, celle-ci n’y échappe pas. L’Arabie Saoudite, malgré ses intentions cachées, et j’y reviendrai, en prend acte. Mais l’Opec a-t-elle encore le pouvoir de réguler le marché ? J’en doute, du moins à court terme. Pour répondre à votre question, le niveau actuel des prix me semble dans la logique du marché et des réalités de l’industrie pétrolière. Il reste insuffisant pour en assurer un développement harmonieux, largement insuffisant.

Si le résultat de la rencontre de septembre à Alger suivie par celle de Vienne en novembre a été qualifié d’historique et d’inespéré, aujourd’hui, certaines interrogations se font jour, notamment vis-à-vis des trois pays exempts des accords de réduction de la production : la Libye, le Nigeria, et l’Iran notamment. Forts de cette exemption, ces pays ont repris en hausse leur production. Cette situation ne va-t-elle pas nuire à la tendance haussière actuelle ? Quel avenir aussi pour l’Opep dans ce contexte ?

La réunion d’Alger a été, de mon point de vue, un grand pas. La diplomatie économique algérienne revient enfin à la vie. Elle a manifestement anticipé les tendances à l’œuvre et agi pour en accélérer la conclusion des accords nécessaires, correspondant à la réalité de l’industrie pétrolière. Il fallait rapprocher les points de vue, souvent divergents pour des raisons qui échappent à la logique pétrolière. L’Algérie en avait la capacité. Elle l’a fait avec le succès que l’on sait. L’Accord d’Alger a créé les bases pour ce qui s’est décidé à Vienne. Il reste que la discipline au sein de l’Opec n’est jamais autant difficile que lorsqu’il faut partager les sacrifices. La vérité est que l’Opec peine à se définir sinon comme un cartel ou sinon un oligopole non coopératif. Les intérêts de ses membres sont irrémédiablement divergents, la géopolitique imprègne fortement les décisions, tout ceci, alors que le rôle de swing producer n’est plus, notoirement, assuré par l’Opec. Il lui a été confisqué, du moins sur le court terme, par les pétroles de schiste américains dont la production plus flexible est en mesure de revenir sur le marché dès lors que les prix remontent et occuper la part de marché cédée par l’Opec dans ses efforts pour défendre les prix. Ce qui ne va pas manquer de se passer cette année, d’ailleurs. Ajoutons à cela toutes les exceptions que l’Opec a concédées, comme vous le mentionnez, pour parvenir à cet accord et qui se traduiront sans aucun doute par l’arrivée de volumes sur le marché qui perturberont les efforts faits pour stabiliser les prix.

Ceci dit, je maintiens que, sur le long terme, les prix sont orientés à la hausse, cela car ils sont portés par une anticipation d’épuisement. Le pétrole du futur sera plus coûteux, plus technologique, plus difficile à découvrir et à produire. Je pense que le niveau de 100 dollars le baril, en dollars 2017, est structurel. Cette tendance haussière est contrariée par des tendances et facteurs de court terme comme le jeu des fondamentaux (offre, demande, stocks), la géopolitique, le progrès technique. La spéculation joue un rôle amplificateur sur la convergence ou le conflit entre tendances qui peuvent être, comme aujourd’hui, opposées. Voilà pourquoi il y a une forte volatilité et une grande imprévisibilité. Si le présent lui échappe, l’avenir appartient néanmoins à l’Opec, cela ne fait aucun doute. L’Arabie Saoudite l’intègre d’ailleurs bien lorsqu’elle veut échanger un «short term pain» contre un «long term gain», une douleur à court terme contre un gain à long terme. L’Opec détient 71.5% des réserves contre 41% de la production. Même si son influence s’est réduite, elle reste un marqueur économique et géopolitique majeur du marché. Depuis sa création, elle a été prise dans le dilemme défense des prix ou défense des parts de marché. Sa part de marché, qui était de 56% en 1973, s’est réduite à 29% en 1986. Elle a alors déclenché, sous l’impulsion de l’Arabie Saoudite, une guerre des prix. Celle-ci s’est terminée en queue de poisson. Aujourd’hui, elle en fait de même. Mais la différence avec 1986 est qu’elle a affaire non plus aux pétroles conventionnels de la mer du Nord et des zones hors Opec (dont le développement a été financé par les pétrodollars déposés par les pays producteurs dans les banques occidentales, ne l’oublions-pas) mais à des pétroles non-conventionnels dont la triple caractéristique est qu’ils sont coûteux (malgré tous les efforts du progrès technique) et surtout dont la production est, comme on l’a vu, flexible. Cependant, troisième caractéristique, les réserves, ici, ne sont pas si importantes (55 milliards de barils pour les Etats-Unis, contre 267 pour l’Arabie Saoudite, 157 pour l’Iran, 150 pour l’Irak et 110 pour le Koweït). Le déclin de la production américaine est proche, plus proche que l’horizon 2030 avancé par certains experts. Donc, il s’agit bien d’une douleur de court terme. Et notre pays est largement en mesure de passer ce cap, il faut en être sûr. Pour peu, bien sûr, qu’il sorte du Dutsch disease et diversifie son économie. En effet, celui-ci, ou Syndrome hollandais, caractérise les pays producteurs où le niveau des exportations pétrolières et la prospérité qu’il procure développent les importations qui concurrencent les produits locaux et finissent par inhiber et détruire le tissu productif, principalement industriel local. Nous vivons dangereusement cette situation.

Avec l’Accord de Vienne, peut-on parler d’équilibre du marché pétrolier ? Sinon, à quelle échéance peut-on arriver à cet équilibre et en réunissant quelles conditions ? Vous aviez très justement prévu (le 3 mai 2016 dans une interview au Soir d’Algérie) que le pétrole finira l’année entre 50 et 60 dollars le baril. Quels sont aujourd’hui vos pronostics pour l’année en cours ?

L’Accord de Vienne est un signal fort émis en direction du marché. Des questions restent néanmoins prégnantes. La discipline des pays de l’Opec sera-t-elle respectée ? Jusqu’à quand ? Les pays Nopec associés à l’accord vont-ils jouer le jeu ? On sait que le pétrole est le monde des mystères, du mensonge et des dissimulations, de l’intérêt dans son expression souvent la plus immorale. Il ne faut jamais se fier ni aux statistiques, ni aux déclarations et engagements solennels. En clair, c’est une industrie capitalistique, à risque et fortement imprégnée par la géopolitique. Aujourd’hui, elle est de surcroît enchâssée dans les logiques, encore moins transparentes ni morales, des marchés financiers. En toute logique, le marché est en train de s’équilibrer, l’hiver froid qui s’annonce, nous l’espérons, y donnera un coup de pouce. Les prix devraient fluctuer en 2017 autour d’un pivot de 60 dollars le baril et devraient s’orienter les années suivantes franchement à la hausse.

Comment a été perçu l’accord par les pays producteurs non membres de l’Opep et non signataires de l’accord, notamment les USA ? Le gaz de schiste produit par ce pays ne va-t-il pas constituer une entrave à la stabilité des prix ; et ce pays et d’autres, ne vont-ils pas adopter de nouvelles stratégies d’affaiblissement de l’Opep ?

Les fluctuations devraient être atténuées ou amplifiées par tous les facteurs exogènes que nous avons évoqués tout à l’heure. Cependant, une chose est sûre, absolument sûre, la hausse des prix sera contrariée par le retour des schistes américains. Dans quelle mesure ? Nul ne peut le savoir. Ils ajusteront le marché à la baisse et pourraient affaiblir la discipline au sein de l’Opec. Or, autant le marché que les Nopec associés à l’Accord de Vienne ont les yeux rivés sur l’Opec. Mais encore une fois, l’année 2017 sera une année de transition. Les schistes américains ne pourront pas agir longtemps sur le marché. Leur déclin s’amorce, alors que les compagnies pétrolières s’impatientent d’un niveau de prix qui ralentit gravement autant leur croissance dans le pétrole que leur engagement dans la transition énergétique.

Entre 2009 et 2013, les Etats-Unis ont augmenté leur production de 3 Mbj. Ils ont apporté au marché l’équivalent d’un nouvel Irak. Qui plus est, la production américaine se caractérise par des coûts marginaux opératoires très forts et des Capex (investissements) très faibles comparativement aux pétroles conventionnels. Cela lui donne une grande flexibilité. Les producteurs ferment leurs puits lorsque les prix baissent et les rouvrent dans le cas inverse. Il s’agit réellement d’un nouveau modèle économique, un nouveau paradigme imposé à l’industrie pétrolière.S’étant imposés ainsi comme swing producer (producteur résiduel qui ajuste le marché), ils ont rendu impossible tout effort de l’Opec pour cartelliser le marché. La baisse des prix, dans la mesure où les coûts de production baissent avec le progrès technique (20 à 25 dollars le baril dans le Dakota du Sud), a pour effet de réduire la production américaine (8.6 Mbj en 2016 contre 9.5 en 2015) mais, par le fait de la corrélation inverse entre cours du dollar et prix du pétrole, ils y trouvent leur compte. D’autre part, les convulsions induites au Moyen-Orient, convoité par la Chine, son premier client, faciliteront sa reprise en main. Les Etats-Unis tolèrent la puissance chinoise mais n’accepteront jamais que ce pays devienne puissance globale, ce qui ne saurait tarder au train où vont les choses.

La crise de 2014, malgré les apparences, a été déclenchée et entretenue par une rupture de la dynamique de demande (les 2 Mbj supplémentaires qui pesaient sur le marché ont seulement été l’étincelle), conséquence de la crise de 2008 et d’un ralentissement des émergents, au premier rang desquels la Chine. A présent, elle prend la forme d’une crise d’offre réellement avec ce rôle déstabilisant des schistes américains et le retour de producteurs auparavant exclus du marché. Elle est amplifiée par la financiarisation qui s’est fortement développée cette décennie avec une forte interconnexion des marchés financiers avec les marchés de commodities, dont le pétrole, et un rôle accru des spéculateurs. Cette crise durera néanmoins ce que dureront les 55 milliards de barils de réserves américaines comparativement aux 1 700 milliards de barils de réserves mondiales. Mais encore une fois, il faut relativiser tout cela, c’est pour cela que je dis que cette crise est passagère et qu’il faut garder son sang froid. Les sept plus grandes compagnies pétrolières internationales (IOC) ne détiennent que 9% des réserves mondiales tout en assurant 14% de la production. Les compagnies pétrolières nationales (NOC) détiennent 85% des réserves mondiales et assurent 70% de la production. D’autre part, par rapport aux dépressions passées, l’industrie pétrolière connaît aujourd’hui une hausse exceptionnelle des coûts, une complexité plus grande des projets et des contraintes réglementaires environnementales très fortes. Elle n’est pas en mesure, par ce fait, de supporter longtemps une dépression. De même, les IOC vivent difficilement l’arrivée de NOC de pays émergents (Arabie Saoudite, Chine, Brésil, Malaisie, etc.) agressives et qui accélèrent en même temps leur développement technologique et leur internationalisation. J’y reviendrai.

Il est clair que l’on ne peut continuer à nous satisfaire de cet accord pour notre politique énergétique. Au-delà, quelle transition énergétique et avons-nous aujourd’hui les moyens financiers et technologiques pour nous engager, par exemple, comme on nous l’annonce, sur les énergies renouvelables avec 22.000 mW à l’horizon 2030 ? Que veut précisément dire «nous allons construire la plus grande centrale solaire d’Afrique» ? Un simple effet d’annonce ? Une alternative plausible qui pourrait permettre d’économiser le gaz naturel ? Et dans cette hypothèse, comment pourrions-nous produire un kilowatt/heure compétitif pour l’exportation ?

L’Algérie doit changer absolument de paradigme énergétique. Il est impensable qu’un pays doté d’un ensoleillement exceptionnel tel que le nôtre soit totalement absent de la transition énergétique, ne l’intègre pas dans sa stratégie comme fondement des équilibres énergétiques de demain, et surtout de sa stratégie industrielle et technologique. Bien entendu, je n’ai jamais cessé et ne cesserai d’insister sur ceci. Il doit être clair que la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables doivent être perçus comme un axe fondamental de notre stratégie industrielle scientifique et technologique. Il doivent être portés par nos entreprises et nos universités. Ainsi nous donnerons naissance à des champions industriels dans ce domaine qui peut parfaitement être investi massivement par le privé, ce peut être même sa chance historique ! Il n’est pas question que nous nous retrouvions encore importateurs d’installations solaires. Je crois aussi qu’il faut aller au-delà des coquetteries sémantiques. L’Algérie est une véritable pile électrique à ciel ouvert, et nous sommes les derniers à le savoir. Et nous nous épuisons à déprimer de ce que nos réserves en hydrocarbures baissent et n’assureront pas, si nous continuons dans cette voie, un équilibre énergétique à long terme pour notre économie. Nos enfants et petits-enfants, et les Algériens qui naîtront en 2030 et plus loin encore, sont-ils voués à retourner au nafekh pour se chauffer et à la traction animale pour assurer leur mobilité ? L’énergie est le domaine par excellence du long terme, voire du très long terme, j’allais dire aussi de l’ambition, du rêve, de la projection dans le futur, de la puissance par ce fait. Toutes les cartes sont à présent entre nos mains. Sommes-nous voués à être maudits par nos descendants car nous avons abusé de ressources non renouvelables et n’avons pas anticipé assez l’avenir ? La prospective, en l’espèce, est un acte élémentaire de citoyenneté. Nous avons toutes les clés pour nous imposer dans la transition énergétique et rentrer dans le cercle des leaders, pas moins que ça ! Nous avons des ressources en gaz conséquentes, nous avons un ensoleillement exceptionnel. Nous avons surtout un réservoir immense d’intelligence. Je persiste à penser que l’intelligence (qu’elle opère en Algérie où elle est le plus souvent marginalisée, ou à l’étranger, et elle est prête à se mobiliser) est la grande ressource de l’Algérie qui tarde à en être consciente, à en tirer avantage pour s’imposer comme une puissance majeure en Méditerranée et dans le monde. Nous pouvons, en conjuguant ensoleillement et gaz, devenir un leader dans les centrales hybrides solaire-gaz, où le coût du kilowattheure est optimum. Nous avons des ressources en silice et pouvons développer une filière silicium pour produire des cellules photovoltaïques mais aussi entrer dans les semi-conducteurs avec leurs innombrables applications. Nous avons des ressources en lithium. Nous savons que les problèmes posés par la mobilité dans le monde trouveront leur solution dans la convergence entre moteurs à combustion (jusqu’à la mi-siècle vraisemblablement) et moteurs électriques avec une période de transition où l’hybridation combustion/électrique va s’imposer. Or, le problème en l’espèce se pose quant au stockage de l’électricité. Les batteries lithium-ion sont une révolution technologique qui bouleversera le paradigme de la mobilité dans l’avenir. Nous devons enclencher un cercle vertueux entraînant universités, PME privées et groupes publics et partenariat international. Car dans le contexte de crise des renouvelables dans le monde, du fait de la guerre des prix engagée par la Chine notamment, nous avons un pouvoir de négociation réel pour construire des partenariats stratégiques internationaux, avec des liens de capital comme il s’entend, bien naturellement. L’industrie européenne des renouvelables est en grande souffrance. Les incantations de la COP 21 révèlent au minimum un grand désarroi au niveau mondial quant à la chaîne qui lie solidement consommation énergétique et désordres climatiques. Une chaîne dont on n’a pas encore trouvé les voies pour la briser. Comme toute phase de grands changements structurels, la transition énergétique a besoin de leaders. Ceux en place souffrent de leur inertie, et surtout aussi des conditions naturelles favorables au bond technologique nécessaire, de la taille du marché et des effets d’échelle nécessaires aussi. Les pays du Golfe, en particulier l’Arabie Saoudite, en ont pris conscience et s’y engagent puissamment. Et ce n’est pas faute d’un avenir énergétique assuré par les fossiles ! Nous devons aller au-delà de la substitution des hydrocarbures par les renouvelables. Cela a l’avantage, certes, à court terme de contenir notre boulimie énergétique et libérer des volumes d’hydrocarbures à l’exportation. Il faut le faire. Mais il faut résolument aller plus loin et nous donner les ambitions d’un leader. A ce prix, nous garantirons la puissance de notre pays pour un futur qui sera plus complexe, plus compétitif, et, en définitive, car plus agressif, qui pourrait mettre en jeu jusqu’à la survie de notre Nation. Pour répondre à votre question, ce que fait l’Etat en matière de renouvelables est très bien, mais il faut aller plus loin. Oui, se fixer des objectifs visionnaires, plus grande centrale solaire du monde, basculer le mix énergétique vers les renouvelables, c’est très positif. Tout le problème est dans le modus operandi. Si les PME privées et publiques, les groupes publics, les universités nationales ne sont pas du voyage, on risque de douloureuses déceptions. Je soutiens l’objectif de 22 000 mW, je trouve même qu’il faut aller plus loin, que nous avons les moyens de le faire. Je pense aussi que nous devons regarder en profondeur notre modèle de consommation énergétique. Notre efficacité énergétique est deux fois moindre que celle de l’OCDE. Il faut retravailler nos approches en matière d’urbanisme et de construction, revenir vers le génie traditionnel avec les matériaux de construction en terre crue (galeb ou toub, selon les régions) qui ont un coefficient d’isolation thermique visé par les laboratoires les plus pointus de la planète. Il faut intégrer des concepts basiques comme des bâtiments ou villes à énergie positive, il faut combiner grandes installations solaires et systèmes distribués en impliquant le citoyen (comme il s’est impliqué, il fut un temps, pour les paraboles sur les immeubles, rappelez-vous !). Il faut combiner approches par le haut et approches par le bas en suscitant l’émergence de microentreprises et PME dans les matériaux de construction, dans les renouvelables. Après cela, avec la convergence d’internet et des renouvelables, nous pourrions aller vers des systèmes de type smart grid où les habitations, reliées par internet, pourront fournir au réseau leur surplus de production d’électricité solaire. Il faut impliquer les universités et les territoires. Ce doit être un projet national, suivi au plus haut niveau de l’Etat. Les grandes annonces ne suffisent pas, ne mobilisent pas.

Nous allons, selon vous, vers une géopolitique de l’énergie plus complexe. Comment voyez-vous, alors, le positionnement stratégique de notre pays dans le futur, et quelles sont les actions immédiates à engager ? Quel rôle et quelles perspectives pour Sonatrach ?

La Chine, devenue premier importateur mondial, est un paramètre essentiel de la géopolitique pétrolière de demain. Ses besoins pétroliers iront croissants, ainsi que ceux de l’Inde. Aujourd’hui seulement 27 Chinois et 11 Indiens sur 1 000 ont une automobile contre 721 Américains sur 1 000 et en moyenne 500 Européens. Le taux d’équipement automobile dans les pays émergents est de 9% contre 57% dans les pays OCDE. La demande pétrolière de l’OCDE est en déclin. Mais celle des pays émergents en croissance tirera la demande à hauteur de 80% les 30 prochaines années. C’est vous dire que la dynamique de demande sera dominante dans le moyen-long terme. Le modèle de consommation occidental n’est pas soutenable ni sur le plan des ressources, ni sur le plan environnemental. Beaucoup d’acteurs convoiteront demain des ressources de plus en plus rares. Wood MacKenzie note un record de faiblesse des découvertes depuis 1947, soit 2.7 milliards de barils. Les acteurs pétroliers n’ont remplacé que 6% de leurs réserves, alors que le taux de déclin des gisements est estimé par l’IFPEN entre 5 et 7% par an. Selon nos prévisions, la demande devrait se situer entre 115 et 120 Mbj en 2030. Il faudrait deux Arabies Saoudites pour la satisfaire. Les arbitrages seront encore plus violents à l’avenir entre intérêts de ces acteurs. Il faut s’y préparer. La crise pointe à l’horizon. La baisse des investissements, réduits de moitié depuis 2014, se ressentira sur l’offre à un horizon proche. Je pense que nous aurons des corrections violentes, voire même, très probablement un choc haussier entre 2020 et 2025. La dramatisation excessive de la crise actuelle sert aussi à des recompositions géopolitiques profondes et agit sur le pouvoir de négociation des acteurs. Il ne faut pas se laisser abuser.

L’avènement des compagnies pétrolières nationales, fortement soutenues par leurs Etats et totalement insérées dans la chaîne diplomatique de ceux-ci, est un paradigme nouveau qui remet en cause toutes les logiques structurantes de l’industrie pétrolière. Aujourd’hui, les NOC chinoises CNPC et Sinopec se hissent aux 3e et 4e rangs du classement Fortune des 500 entreprises mondiales ! Pendant ce temps, Sonatrach est traînée dans la boue, notamment par la presse, depuis maintenant six ans, avec à la clé humiliations, démotivation et hémorragie de ses meilleurs cadres et experts. Du jamais vu pour une compagnie pétrolière ! Encore heureux qu’elle ait résisté et ne s’est pas effondrée. Il faut se féliciter du patriotisme et de la compétence des techniciens et cadres, depuis les installations de production au Sud et au Nord jusqu’aux structures centrales, qui l’ont maintenue en surface. Le management actuel travaille à reprendre la main et remettre la compagnie dans un sentier d’expansion robuste. Il a fort à faire pour cela. Les compagnies nationales sont et ne cesseront d’être le nouveau moteur de l’industrie pétrolière qui est portée par une tendance lourde : la transnationalisation des compagnies pétrolières nationales fortement articulée avec leur développement technologique. Ajoutons à cela que tous les émergents ont placé l’énergie au centre de leur stratégie internationale. Deng Xiaoping a créé la compagnie pétrolière Cnooc et transformé le ministère du Pétrole et de la pétrochimie en deux compagnies : la Sinopec et CNPC. Ce sont désormais trois géants mondiaux dont la mission est de décupler la puissance chinoise et garantir en même temps la satisfaction des besoins nationaux à long terme. Force est cependant de constater que nous ne suivons pas le rythme. Nous sommes focalisés sur les prix pétroliers (certains, sans doute inquiets de ne plus pouvoir importer de kiwis, voitures de luxe et autres fanfreluches !), tétanisés, alors que cette crise, je n’ai cessé de le dire, est passagère. Qu’il faut surtout en profiter, que nous n’avons pas su le faire au moment optimum, qu’il est encore temps de se ressaisir. Car lorsque le prix du pétrole a été divisé par trois, la bonne logique c’eût été d’acheter des réserves à l’étranger au lieu de se focaliser sur le FRR et la balance commerciale. Repsol a acheté Talisman Energy pour 13 milliards de dollars. Elle a augmenté ses réserves de 55% et sa production de 75%. L’avenir pétrolier algérien aurait pu (et peut toujours) être dans des réserves détenues par Sonatrach à l’étranger. D’autre part, n’oublions jamais le fort dynamisme de l’industrie gazière et le rôle moteur que joue et jouera encore plus à l’avenir le GNL dans le décloisonnement des marchés et la globalisation de cette industrie. Nous sommes qualifiés pour devenir un leader mondial dans la chaîne de valeur gazière, particulièrement le GNL. A ce prix, nous défendrons efficacement nos marchés, fortement concurrentiels à l’avenir et nous ouvrirons de réelles perspectives stratégiques. Mais pas seulement. L’Etat doit assigner à Sonatrach la mission d’accélérer son développement technologique et managérial, entraîner derrière elle entreprises nationales et universités, se déployer de manière volontariste sur les renouvelables, et demain sur le nucléaire, devenir un leader de la transition énergétique. Sonatrach doit se donner les moyens de devenir un grand découvreur d’hydrocarbures aussi et surtout, et viser à élargir sa base de réserves en international. Ainsi, elle pourra et devra entrer dans le top ten des compagnies pétrolières internationales. Elle en a les moyens. Son histoire est née d’un challenge patriotique, le 24 février, elle est elle-même un challenge. Voilà pourquoi elle a survécu à toutes les crises qu’on lui a infligées. Plus que tout, dans une économie mondiale globalisée, sans frontières, où la puissance des Etats repose sur celle de leurs entreprises et de leurs universités, on ne doit jamais oublier qu’elle est et restera le socle de toute souveraineté nationale et, à l’instar des autres NOC pour leurs pays, un vecteur majeur de puissance. Pour ce qui nous concerne, il nous faut impérativement réétalonner nos compteurs. Notre excessive exposition aux cycles du marché pétrolier, par essence convulsif et instable, est une grave vulnérabilité pour notre économie. Comment se fait-il que nous soyons en matière de diversification et de vision post-pétrole en retard sur des pays riches en réserves comme l’Arabie Saoudite qui a lancé son plan «Vision 2030» ou les Emirats arabes unis et leur plan «Vision 2021» ? Je ne parle pas du dynamisme impulsé de manière volontariste par l’Etat saoudien à l’Aramco dans ses efforts d’internationalisation et de développement technologique.

Entretien réalisé par Khedidja Baba-Ahmed

Bio express

Mourad Preure a été à la tête de la stratégie de Sonatrach. Il enseigne la stratégie et la prospective. Il préside le cabinet Emergy International Strategic Consulting, spécialisé dans le conseil en stratégie et études énergétiques.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/01/15/article.php?sid=207757&cid=50

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