• Catégories

  • Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

  • Articles récents

  • Visiteurs

    Il y a 3 visiteurs en ligne
  • mars 2017
    D L Ma Me J V S
    « fév   avr »
     1234
    567891011
    12131415161718
    19202122232425
    262728293031  
  • ARCHIVES

  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
      <b>img08.jpg</b> <br />
  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).
  • Accueil
  • > ALGERIE ECONOMIE
  • > MOHAMED SEGHIR BABÈS Un homme d’Etat qui allie l’élégance à la compétence – Par Pr Chems Eddine CHITOUR

MOHAMED SEGHIR BABÈS Un homme d’Etat qui allie l’élégance à la compétence – Par Pr Chems Eddine CHITOUR

Posté par mouradpreure le 11 mars 2017

MOHAMED SEGHIR BABÈS Un homme d'Etat qui allie l'élégance à la compétence - Par Pr Chems Eddine CHITOUR  dans ALGERIE ECONOMIE

«Le chêne qui s’écroule fait beaucoup plus de bruit que la forêt qui pousse.» Proverbe chinois

Mohamed Seghir Babès a été ravi à l’affection des siens et à la haute considération que la société porte à ce haut fonctionnaire au long cours. Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a rendu hommage au président du Conseil national économique et social (Cnes) Mohamed Seghir Babès, dans un message de condoléances où il a salué sa compétence et son dévouement au service de la nation et de ses institutions. Ces mots bien pesés mesurent plus que cent discours le sacerdoce de Mohamed Seghir Babès. «Après une vie vouée au service de la nation et riche en apport et en contributions, fort d’une compétence avérée», «le défunt s’est employé toute sa vie durant à accomplir au mieux et avec dévouement ses devoirs à travers toutes les fonctions et responsabilités qu’il a assumées, donnant le meilleur exemple à ses compagnons et toute une génération de cadres qui s’appliquent avec sérieux, discrétion et sincérité».

Qui est Mohamed Seghir Babès?

Dans une contribution originale toute en finesse, Madjid Berkane, du journal L’Expression nous dit tout ou presque sur l’homme et son apport à la construction de la nation algérienne: «Rien que pour la coupe originale de ses cheveux inspirant l’intellectualité et la sagesse, le visage du défunt sera longtemps retenu dans la mémoire de ses concitoyens. Né le 10 mars 1943, Babès a fait partie après avoir terminé ses études avec brio parmi les premiers administrateurs que l’Algérie indépendante a eu à la tête de son Administration. Haut fonctionnaire au niveau de plusieurs secrétariats de départements ministériels (intérieur, hydraulique et santé), Mohamed Seghir Babès, politologue et économiste de formation, a pu se faire distinguer facilement dans son travail par ses qualités professionnelles et humaines. Apprécié pour ses qualités, le défunt s’est vu nommé à deux reprises en tant que membre du gouvernement, la première fois en tant que ministre de la Santé, et la seconde fois en tant que conseiller auprès du président de la République Abdelaziz Bouteflika. Cela avant qu’il ne se voit chargé de la présidence du Cnes en 2005 par le président de la République. Confiant en ses capacités de bel orateur et en sa force de convaincre, le chef de l’Etat l’a chargé de sillonner le pays et de rencontrer la société civile, pour à la fois l’écouter et enregistrer ses propositions s’agissant de l’amélioration du service public et la lutte contre la corruption. Une mission que Mohamed Seghir Babès a pu accomplir avec perfection. En témoigne la forte assistance des citoyens, des associations et des responsables locaux aux assises qu’il a organisées à travers tout le territoire national. Parallèlement à cette mission, le directeur du Cnes s’entretenait régulièrement avec de nombreuses personnalités nationales et internationales dans le but d’écouter leurs points de vue et de débattre des questions d’actualité.» (1)

Trois idées forces structurent son parcours d’une dizaine d’années au Cnes: son obsession pour une économie de la connaissance, sa soif d’égalité des citoyens qui lui a fait sillonner l’Algérie profonde qui a le plus souffert de la décennie noire, mais aussi la nécessité de traduire dans les faits la Réconciliation nationale par une écoute permanente où chacun des orateurs dans ces grands rassemblements de la société civile se sentait important car le président Babès avait le don de mettre les gens à l’aise et d’être en phase en face de doléances qui pouvaient paraître oiseuses à d’autres, mais que le président Babès bonifiait pour en tirer la substantifique moelle. Il était aussi à l’aise en présence des universitaires que nous étions, mais aussi avec les hautes personnalités scientifiques, des institutions internationales du Pnud, des Cnes des pays occidentaux, et africains.

Dans une contribution remarquable le professeur d’économie Ammar Belhimer a fait d’une façon beaucoup plus élégante l’éloge mérité du sacerdoce de Mohamed Seghir Babès, au vu de sa vision du futur pour le pays. Extraits: «L’homme n’a pas d’ego surdimensionné, comme nombre de nos responsables. Il est le chef magistral d’un orchestre qu’il aime composer sur la base de la compétence, hors de toute considération régionaliste, clientéliste ou partisane. C’est un rassembleur hors pair qui tient en horreur l’exclusion et les anathèmes. Il était de toutes les manifestations scientifiques, d’où qu’elles émanent, et de tous les échanges d’excellence. (…) Il disait creuser les sillons d’où écloront, à plus ou moins brève échéance, les oasis du savoir et de l’innovation. Le défi est d’aller vers un nouveau régime de croissance tiré par le savoir-faire et l’innovation (…)» (2)

Les multiples chantiers du Cnes

Le Cnes a été de toutes les batailles, l’obsession du président Babès était la réussite du pays qui devait sortir par le haut de la malédiction du pétrole en investissant à marche forcée dans l’Homme. Dans une contribution que j’avais appelée Le brainstorming du Cnes, à l’occasion de l’organisation du forum économique et social. Je suis de ceux qui croient peut-être naïvement en tous les sauveurs de l’Algérie. A ce titre, sous la présidence de Mohamed Seghir Babès le Cnes propose une démarche cohérente à même de participer à l’avènement d’une économie durable. «Si l’indépendance du pays, lit-on dans le préambule, a été le point de départ du lancement des grands projets de développement, il n’en demeure pas moins que l’indépendance économique censée hisser la société algérienne à un niveau de développement auquel elle a aspiré depuis plusieurs décennies, n’est pas tout à fait acquise malgré les gros budgets attribués aux secteurs socioéconomiques et que la dépendance de l’extérieur représente une menace pour le pays si les dispositions pour éliminer «l’État providence» soutenu par une recette des hydrocarbures faramineuse, ne sont pas prises immédiatement. N’ayons pas honte, poursuit le Cnes, ou peur de présenter le «tableau noir» de l’actualité du pays et du malaise du citoyen algérien. La véritable appréhension réside dans la stagnation du pays à plusieurs niveaux marquant une incompréhension (jusqu’à quand?) de la société qui peine à trouver son équilibre et d’une administration «absente» entachée de tous les maux liés notamment à une corruption interminable et donc une médiocrité inqualifiable. Sommes-nous capables s’interroge le Cnes, de construire notre pays sur des bases saines et durables?» (2)

Les constats faits par le Cnes sont durs et courageux. Ils sont à la hauteur des défis à lancer. Les dysfonctionnements sont pointés du doigt: «Aujourd’hui, elle se doit de relever les défis les plus stratégiques allant de la sécurité territoriale à la sécurité alimentaire en passant par l’éducation nationale et la santé. Des défis qui permettront de rendre la société plus stable et plus équilibrée (…) Dans ce contexte mondial où l’anarchie règne en passant outre les instructions onusiennes, il serait intéressant de prendre le mot d’ordre sécurité » comme ligne de conduite dans les travaux du forum.» Capital humain et économie du savoir comme garants de l’avenir martelait Mohamed Seghir Babès, sont les clés de l’avenir L’initiative du Cnes est à bien des égards, une dernière tentative de repartir du bon pied.» (3)

Le Développement local pierre angulaire du Développement durable

A sa façon, Mohamed Seghir Babès a été un précurseur du Développement humain durable par le Développement local. Pour cela il a sillonné le pays de long en large portant çà et là la bonne parole, mobilisant la société civile et lui donnant une utopie. Il fut l’un des stabilisateurs par le verbe de la société en invitant tous les acteurs locaux la société civile dans son ensemble. Pour lui, la gouvernance locale est la seule garante de la durabilité. Une illustration par les pays vient étayer l’analyse en démontrant que les principes fondateurs d’interdépendance et d’éthique du Développement durable sont partiellement appliqués. Toutefois, le caractère durable des pays est limité par nombre de difficultés.

Dans le même ordre, un symposium international sur le thème «Développement humain et société du bien-être à l’aune de l’agenda post-2015» a eu lieu le 8 juin 2014 à Alger, Le symposium était organisé par le Conseil national économique et social (Cnes) en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Outre les délégations du Cnes, des représentants des experts du Bureau du rapport sur le développement humain (Hdro) et des diverses institutions du Système des Nations unies ayant vocation à intervenir dans l’élaboration des indices du développement humain, ont pris part au symposium qui a eu pour objectif de «susciter une plus grande synergie entre les parties prenantes dans l’évaluation du développement humain, tant au niveau national qu’au niveau international, dans une perspective de parachèvement des OMD et de leur transmutation en Objectifs du développement durable (ODD) dans l’agenda post-2015.»

Sa dernière prouesse de génie est d’avoir «arraché» avec tout le savoir-faire dont il était pétri la mise en place en Algérie d’un Institut du développement durable du Pnud. Institut qui gagnerait à être conforté tant il est vrai que le futur sera structuré par la nécessité d’aller vers le Développement humain durable.

Le souci de la paix sociale par la justice sociale

Dans un mémorandum en date du 9/2012 le Cnes et l’Ugta soucieux de la préservation du pouvoir d’achat ont signé ensemble un mémorandum où ils appellent notamment, à la sauvegarde du pouvoir d’achat des citoyens, la relance de la production nationale. Ils proposent de tendre vers un impôt équitable grâce à une fiscalité directe plus équilibrée pour tous les acteurs contribuant à la croissance économique, de lutter contre l’inflation en développant des mécanismes de contrôle effectif du respect des règles de la concurrence et des prix du marché et aussi en développant la concurrence là où elle fait défaut par l’accroissement de l’offre issue de la production nationale et la sauvegarde du pouvoir d’achat qui peut être obtenue par la mise en place d’un système de crédit à la consommation réservé exclusivement aux produits fabriqués localement dont le taux d’intégration nationale dépasse les 30%. Les deux institutions pointeront du doigt la formation défaillante, et la fuite des compétences. Ils proposent de réserver une partie des disponibilités foncières aux jeunes entreprises porteuses de projets innovants pour accélérer l’émergence de la nouvelle économie. Enfin, les deux institutions proposent des Mesures exceptionnelles pour les wilayas du Sud.

La visibilité de l’Algérie à l’extérieur

Infatigable défenseur de l’Algérie, le président Babès donnait une visibilité au pays. Ainsi, un symposium de haut niveau devant traiter de la réforme de l’Aicesis (Association internationale des Conseils économiques et sociaux et institutions similaires) s’est tenu à Alger en 2012. Cette décision a été prise lors de l’Assemblée générale de l’Aicesis qui vient de se tenir à Rome (Italie) au cours de laquelle l’Algérie a été élue à la présidence de cette institution. ´´C’est un grand honneur pour l’Algérie de présider cette institution durant ce mandat qui sera mis à profit pour faire entendre avec force la voix des sociétés civiles organisées au sein des Conseils économiques et sociaux´´, soulignera Mohamed Seghir Babès. L’Algérie continuera à plaider comme elle l’a fait depuis trois ans pour un rôle accru de l’Aicesis qui doit par conséquent avoir le format adéquat qui permette aux sociétés civiles d’avoir leur mot à dire dans la prise de décision dans le contexte des mutations en cours dans le monde, notamment à la lumière des événements en Afrique du Nord, en Afrique et au Moyen-Orient. La société civile revendique sa place dans le système de gouvernance. C’est une réalité aussi bien à l’échelle internationale qu’au niveau national. Les Etats généraux de la société civile ont été explicités sur ce point, a relevé Mohamed Seghir Babès, précisant que les cinq ateliers sont dans le comité de suivi des recommandations qu’il s’agit de concrétiser. L’objectif, soulignera le président du Cnes, est de faire en sorte que la société civile ait un ancrage constitutionnel. Nous voulons avoir notre mot à dire dans la démocratie participative a-t-il précisé.» (4).

Pendant son mandat, le président Babès avait souvent appelé à la constitutionnalisation du Cnes en vue de mener à bien ses missions. «Nous sommes, pour un certain nombre de choses, aux avant-postes, mais du point de vue statut, le Cnes n’est pas constitutionalisé» pour mener ses missions, a déclaré Mohamed Seghir Babès. Pour Mohamed Seghir Babès, l’Algérie dispose des capacités pour améliorer la gouvernance, récusant l’option de la «rupture cataclysmique» entreprise par certains pays arabes pour réformer leur modèle de gouvernance. «Nous avons largement les moyens de mener les réformes de l’intérieur du système avec les moyens de l’Etat», en indiquant que le montage d’un système de gouvernance démocratique «doit nécessairement permettre la pleine expression de la société civile».

C’est dire si en définitive sous la direction éclairée de Mohamed Seghir Babès le Cnes a essayé dans le rôle consultatif qui lui a été imparti d’apporter sa pierre à l’édifice d’une Algérie qu’il voulait prospère, qui a vaincu ses démons de la corruption, du régionalisme, du népotisme pour faire émerger l’Algérien féru de savoir à même de prendre en charge le destin de ce pays. Je l’ai personnellement constaté par sa présence aux multiples journées sur l’énergie, où il prenait le temps malgré ses multiples tâches de venir le 16 avril de chaque année discuter avec les élèves ingénieurs et les féliciter pour leurs visions généreuses du futur en les encourageant toujours à aller plus loin dans la quête de la science.

Je veux témoigner à titre personnel de la stature de Mohamed Seghir, homme éclectique, pétri de cultures -qui dit-on a fait ses humanités- avec toujours le souci élégant du consensus. Le président Babès avait l’habitude de miser sur les hommes et souvent en dépit de nos multiples tâches par ailleurs, nous ne rechignions pas à donner un coup de main tant nous étions convaincus que sa vision du futur nous paraissait juste. Nous avons souvent eu des conversations et j’en ressortais grandi et reconnaissant et confiant dans l’avenir qu’il y ait encore en Algérie des hommes capables de ce type de réflexion globale sur le monde. Notamment sur la nécessité du vivre ensemble qui faisait partie de ses préoccupations. Il restera pour beaucoup d’entre nous le modèle d’homme d’Etat dont le nombre est limité en ce sens que -contrairement aux nombreux hommes politiques qui ne pensent qu’aux prochaines élections, pense aux générations futures. A ce titre Mohamed Seghir Babès a servi la patrie et comme l’écrit si bien Victor Hugo: «Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie, Ont droit qu’à leur cercueil, la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau. Toute gloire près d’eux passe et tombe éphémère; Et, comme ferait une mère, La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau!» Rien à ajouter. Reposez en paix cher ami. Vous avez bien mérité de la nation

1.http://www.lexpressiondz.com/actualite/262194-il-a-accompli-sans-faute-ses-missions.html
2.Ammar Belhimer http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/03/09/article. php?sid=210480&cid=2
3.http://chemseddine.over-blog.com/article-une-algerie-fascinee-par-l-avenir-le-brainstorming-du-cnes-118644269.html
4. M.Brahim http://www.elmoudjahid.com /fr/mobile/detail-article/id/14722 http://www.elmoudjahid.com/fr/mobile/detail-article/id/14722

Laisser un commentaire

 

JE VOUS DIS TOUT |
forever |
Maud in Mumbai ! |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | LA FRANCE LIBRE
| ELEVAGE AMATEUR DE BOULEDOGUES
| You're on my official's WEB...