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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).

Le printemps de l’économie mondiale

Posté par mouradpreure le 24 mars 2017

Quelles que soient les inquiétudes, les signaux faibles de la reprise mondiale sont bien réels

printemps-economique

Les raisons de se lamenter sont toujours multiples : la montagne de dettes en Chine, les défauts dans la fondation de l’euro, les tendances protectionnistes de Donald Trump. Mais sous ces inquiétudes pointent de vraies jeunes pousses. Depuis six mois à peu près, on note des signes croissants d’activité. C’est dans les économies d’Asie, très orientées vers l’export, qu’ils sont les plus visibles. Mais ils se constatent aussi en Europe, en Amérique, et même, mais très faiblement, dans des marchés émergents et durement éprouvés comme la Russie et le Brésil.

Les signaux les plus vigoureux se trouvent dans les secteurs les plus cycliques de l’économie, et particulièrement l’industrie. Les enquêtes auprès des responsables des achats en Amérique, dans la zone euro et en Asie montrent que les usines s’animent. Les plateformes mondiales du commerce que sont Taïwan et la Corée du Sud s’agitent. Le Conseil national du développement de Taïwan publie un indice composite qui résume l’état de l’économie de l’île. Sur cet indice, le bleu signifie morose, le vert stable et le rouge surchauffe. À Taïwan, l’économie en général brille de feux verts depuis sept mois et tend même vers la zone rouge.

“On note des signes croissants d’activité dans les économies d’Asie, en Europe, en Amérique, et même, mais très faiblement, dans des marchés émergents et durement éprouvés comme la Russie et le Brésil”

Ce qui signifie, entre autres choses, que la demande de semi-conducteurs repart dans le monde. En février, les exportations de Taïwan ont augmenté de 28 % comparées à celles de la même période en 2016. Taïwan est l’exemple le plus frappant mais les exportations sont en hausse dans toute l’Asie. En Corée du Sud, elles ont augmenté en février 2017 de 20 % sur un an. Le yuan, en Chine, cote 11 % de plus lors des deux premiers mois de l’année qu’en 2016.

Cette vigueur montre bien sûr à quel point les choses allaient mal il y a un an. Mais pas seulement. Les fournisseurs qui dramatisaient le marasme au début de l’année 2016 refont des stocks. En Asie, les chaînes – à flux toujours très tendu – doivent leur activité à des appareils électroniques à cycle de vie de deux à trois ans. Le 10 mars, LG Electronics a lancé son nouveau smartphone, le G6. Son grand rival, Samsung, doit dévoiler le Galaxy S8 à la fin du mois. Un nouvel iPhone va sortir d’ici à la fin de l’année.

Mais cette reprise s’enracine plus profondément que de simples bons chiffres sectoriels. Les investissements en machines-outil et équipements se redressent. Un outil de mesure conçu par les économistes de la banque JPMorgan Chase et basé sur les expéditions de fret donne pour les investissements en équipements une augmentation à un taux annualisé de 5,25 % pour le dernier trimestre 2016, dans le monde entier.

Les bonnes nouvelles dépassent le secteur de l’industrie. Les employeurs américains, à l’exception des exploitations agricoles, ont créé 235 000 emplois, un chiffre bien supérieur à la récente moyenne connue. L’indice du ressenti de la situation économique de la Commission européenne est revenu à son niveau de 2011. Il s’appuie sur des enquêtes dans le secteur des services, auprès des industriels, du BTP et des consommateurs. Après un bon quatrième trimestre 2016, la Banque du Japon a revu à la hausse ses prévisions de croissance pour l’année fiscale en cours, de 1 % à 1,4 %. Un tel optimisme soulève deux questions : que se passe-t-il derrière cette renaissance et durera-t-elle ?

Des lilas sur des terres brûlées

On peut repérer les germes du renouveau dans les premiers mois de 2016, quand ce qui aurait pu être une calamité a été évité. Fin 2015, les craintes que provoquait l’économie chinoise ont fait trébucher les marchés. Les prix sortie d’usine, en constant déclin depuis plusieurs années, ont plongé. On craignait que la Chine soit contrainte à dévaluer sa monnaie, et de beaucoup. Un yuan dévalué risquait de stimuler les exportations de la Chine, gorgée de stocks, de doper les bénéfices et de lui permettre de rembourser ses dettes.

Une décision aussi radicale aurait exporté la déflation industrielle de la Chine dans le reste du monde en obligeant ses concurrents à baisser leurs prix ou à dévaluer à leur tour. La crainte d’une baisse de régime de l’économie chinoise a fait baisser les prix des matières premières à leur cours le plus bas depuis 2009. Le prix du pétrole a brièvement plongé sous les 30 dollars le baril. Ce qui a aggravé les maux du Brésil et de la Russie, déjà englués dans de profondes récessions. Ces cours au plus bas ont fait diminuer les investissements pour le gaz de schiste en Amérique.

Pour stabiliser le yuan et éviter une fuite rapide des capitaux, la Chine a puisé 300 milliards de dollars de sa réserve de devises entre novembre 2015 et janvier 2016. Les contrôles sur l’évasion des capitaux à l’étranger ont été renforcés. Les banques ont stimulé l’économie intérieure par une expansion du crédit. La plus grande partie de capital mis sous clef a reflué vers l’immobilier chinois : le prix de l’immobilier a explosé, d’abord dans les grandes villes chinoises, puis au-delà. Les taxes sur les ventes de petites voitures ont été réduites de moitié. Mis bout à bout, ces contrôles et mesures de relance ont réussi cette prouesse.

“La crainte d’une baisse de régime de l’économie chinoise a fait baisser les prix des matières premières à leur cours le plus bas depuis 2009.”

Bientôt, les stocks de matières premières, qui avaient été réduits précipitamment, ont commencé à sembler trop bas. Les cours du minerai de fer ont bondi de 19 % en l’espace d’une journée seulement en mars dernier. Les restrictions sur la production de charbon en Chine ont provoqué un léger mieux pour les cours mondiaux. Le prix de l’acier a augmenté, stimulé simultanément par la demande du BTP et la fermeture de quelques aciéries chinoises à la production trop chère. Le pétrole est remonté au-dessus des 50 dollars le baril (même s’il a depuis baissé à nouveau).

À la fin de l’année, les prix-producteur en Chine et dans toute l’Asie étaient à nouveau positifs. Le PIB nominal de la Chine, qui ralentissait plus que le PIB réel, est remonté. La Banque centrale chinoise, qui avait mis en œuvre toutes ces mesures pour prévenir une déflation mondiale, est infiniment soulagée. Le 9 mars, Mario Draghi, le patron de la BCE, annonçait fièrement que le risque de déflation avait “largement disparu”.

Son soulagement confirme que même si une poussée d’inflation peut noyer le moteur économique, elle agit à petite dose comme un lubrifiant utile. Au niveau mondial, un peu plus d’inflation aux prix départ-usine fait augmenter les bénéfices puisque beaucoup de coûts industriels sont amplement amortis. Les bénéfices n’allègent pas seulement la dette des entreprises : ils libèrent aussi des liquidités pour les biens d’équipement, ce qui crée alors une demande auprès d’autres entreprises et dessine ainsi un cercle vertueux.

Depuis que la Chine inquiète moins, depuis que le risque de déflation a reculé, on voit réapparaître des dépenses qui témoignent d’une certaine foi dans de futurs revenus. Une hausse des prix-producteur, et donc des bénéfices attendus, encourage à investir dans le monde entier. Durant le dernier trimestre 2016, les dépenses des entreprises au Japon ont augmenté, au taux annualisé de 8 % selon les chiffres officiels. Gartner, un cabinet de consultants en technologie, prédisait en décembre que les consommateurs et les entreprises augmenteraient leurs dépenses de technologie de 2,7 % en 2017, contre 0,5 % en 2016. John Lovelock, analyste chez Gartner, précise que l’augmentation prévue se produira d’abord dans la région Asie-Pacifique.

Persistant comme les étoiles qui brillent ?

En Amérique, les importations de biens de consommation et d’équipement sont en hausse. On s’interroge sur l’“instinct animal” des milieux d’affaires, peut-être stimulés par l’élection de M. Trump en novembre, par les baisses d’impôts et l’allégement des réglementations promises dans son programme. Le retour au pays d’une montagne de dollars accumulés par les groupes américains à l’étranger peut devenir le carburant d’un boom des investissements dans les affaires.

Cependant, James Stettler, analyste de la branche biens d’équipement chez Barclays Capital, note que “personne n’a encore appuyé sur le bouton du ‘capex’ [dépense d’investissement, ndt]”. Par ailleurs, les entreprises concernées directement par un éventuel boom des investissements ne se laissent pas emporter par l’enthousiasme. À l’occasion du dernier communiqué sur ses résultats, Caterpillar, le fabricant de bulldozers et d’excavatrices, a déclaré que les réformes fiscales et les investissements en infrastructures en Amérique étaient de bonnes nouvelles, mais qu’il ne s’attendait pas à de grands bénéfices avant au moins 2018. Jusqu’ici, la reprise des dépenses d’investissement à l’international est en ligne avec les bénéfices attendus au niveau mondial, selon Joseph Lupton de JPMorgan Chase.

Les signes de reprise sont encourageants. Mais peut-on s’y fier ? Les dernières rares manifestations d’optimisme pour l’économie mondiale se sont toutes fanées. En 2010, un rebond après la profonde récession des pays riches a été écrasé par la crise de la dette souveraine dans la zone euro. Dès que l’Europe a émergé de sa récession, à la mi-2013, la Réserve fédérale américaine a annoncé que son programme de rachat d’obligations s’achèverait bientôt, ce qui a provoqué la panique et la fuite hors des marchés émergents. Cette crise, surnommée “taper tantrum”, s’est calmée dans les mois suivants, mais elle a eu des répercussions. Alors que ce n’était qu’une inquiétude pour le futur, la perspective d’un durcissement de la politique monétaire américaine a fait diminuer l’accès au crédit pour les marchés émergents. Le “rétrécissement” a empiré avec la chute des cours du pétrole en 2014 : le prix du baril est passé de plus de 100 dollars à la moitié en quelques mois seulement. Les cours d’autres produits bruts industriels, qui s’étaient stabilisés en plateau après un pic en 2011, ont décliné d’autant. La diminution des investissements a suffi à faire entrer en récession les grands exportateurs de matières premières comme le Brésil et la Russie.

“Les signes de reprise sont encourageants. Mais peut-on s’y fier ? Les dernières rares manifestations d’optimisme pour l’économie mondiale se sont toutes fanées.”

Même ainsi, fin 2015, la Fed a eu suffisamment confiance pour relever son taux d’intérêt de référence d’un quart de point de pourcentage, la première hausse de ce type en une décennie. D’autres augmentations étaient attendues en succession relativement rapide. Mais l’inquiétude inspirée par la situation de la Chine, puis par le Brexit, a repoussé d’une année pleine la suivante, qui a été suivie d’une autre dans un intervalle beaucoup plus court.

Il fallait peut-être s’attendre à ces aubes trompeuses : les sorties de crises de la dette sont longues et douloureuses. Les dépenses se rétractent, les débiteurs étant handicapés par leurs dettes. Les banques répugnent à effacer de vieux prêts toxiques et sont donc dans l’incapacité d’en engager de nouveaux. Et le monde a dû encaisser non pas une crise de la dette mais trois : la crise des subprimes en Amérique : celle des dettes souveraines en Europe ; et la restriction sur le crédit aux entreprises des marchés émergents.

Les phases initiales de l’ajustement économique – les plus douloureuses – touchent à leur fin dans les marchés en développement. Les déficits des comptes courants se sont résorbés, la plupart des pays sont moins dépendants des emprunts souscrits à l’étranger. Les taux d’intérêt sont élevés, il y a donc de l’espace pour détendre la politique monétaire afin de stimuler la demande. Conséquence : les dépenses des entreprises sont reparties.

L’amélioration concerne l’Asie, l’Europe et l’Amérique, ce qui soutient une confiance plus grande dans la confirmation d’une reprise. “Une tendance mondiale est une bonne indication d’une tendance confirmée”, rappelle Manoj Pradhan, du bureau d’études Talking Heads Macro.

Certains pays sont cependant en meilleure forme que d’autres. L’Inde et l’Indonésie ont récupéré rapidement du “taper tantrum”. La croissance de leur PIB est assez forte et régulière. À l’autre bout du spectre, la Turquie, et dans une moindre mesure l’Afrique du Sud, ne semblent pas prêtes de connaître bientôt une reprise forte.

Au milieu du tableau, on repère des signes que les récessions brutales de deux des plus grands marchés émergents, la Russie et le Brésil, touchent lentement à leur fin.

L’inflation dans ces deux pays baisse, ce qui redonne du pouvoir d’achat aux consommateurs. En Russie, elle a diminué, tombant à 4,6 % en février, depuis le pic de 16,9 % d’il y a deux ans. Dans le trimestre qui s’est achevé en septembre 2016, le PIB est probablement sorti du rouge selon la Banque centrale russe, qui a baissé son taux d’intérêt de 17 % en janvier 2015 à 10 % aujourd’hui. D’autres baisses sont attendues. L’activité industrielle a augmenté chaque mois durant sept mois consécutifs, jusqu’en février, selon une étude auprès des directeurs des achats publiée par Markit, un fournisseur de données.

L’économie brésilienne s’est tassée à nouveau durant les derniers mois de 2016, mais avec le recul de l’inflation vers la cible de 4,5 %, sa banque centrale a réduit son taux de référence de deux points de pourcentage, à 12,25 %, depuis octobre. Des réductions supplémentaires sont probables. D’autres producteurs de matières premières d’Amérique latine adoucissent aussi leur politique monétaire (à l’exception du Mexique où le peso a faibli depuis l’élection de M. Trump).

Les bourgeons éclosent et se multiplient

Voilà pour la tendance haussière. Et les risques ? L’un d’eux est qu’un marché des matières premières plus compétitif pèse sur les achats des consommateurs dans le monde riche en faisant augmenter les prix. Mais les mesures de base de l’inflation, qui ne prennent pas en compte des denrées volatiles comme la nourriture et l’énergie, restent basses. Nulle part dans le monde riche elles n’atteignent le taux de 2 %, qui est la cible des banques centrales et le pourcentage considéré comme nécessaire pour une reprise cyclique “normale”. L’Amérique est la plus proche de cette cible. L’indice utilisé par la Réserve fédérale évalue l’inflation en Amérique à 1,7 %. En Europe, le taux de base s’est maintenu en dessous de 1,3 % l’an dernier. Mais le prix du pétrole a à nouveau poussé l’inflation à 2 %.

Il y a aussi le risque de s’attendre à beaucoup trop. Une augmentation de la demande agrégée mondiale est une bonne nouvelle. Mais les taux de croissance seront toujours liés à la marge de progression possible de la main-d’œuvre et à l’augmentation de production qui peut être “optimisée” pour chaque travailleur. Dans nombre de pays, il y a de la marge pour des créations d’emplois, mais en Amérique, au Japon, en Allemagne et en Grande-Bretagne, le marché du travail est déjà saturé. L’Amérique étant proche du plein-emploi, l’augmentation des salaires a suivi, à 2,8 %, ce qui correspond aux 2 % d’inflation sous-jacente si la croissance de la productivité se maintient autour de 1 %. Les salaires augmentent plus rapidement dans les secteurs moins bien rémunérés comme le BTP, le commerce de détail, l’hôtellerie et le transport, selon la banque Morgan Stanley.

“Il y a aussi le risque de s’attendre à beaucoup trop. Dans nombre de pays, il y a de la marge pour des créations d’emplois, mais en Amérique, au Japon, en Allemagne et en Grande-Bretagne, le marché du travail est déjà saturé”

Les salaires peuvent augmenter encore si la productivité s’améliore. Mais le marasme d’après-crise, qui a affecté tout autant les pays riches que les pays en développement, ne donne pas de signe de disparition. En Amérique, la production horaire a augmenté de 1,3 % par rapport à l’année précédente. L’Europe n’a pas pu s’aligner sur cette progression pourtant dérisoire. Il faudrait un bond ahurissant de productivité pour que l’Amérique parvienne aux 4 % de croissance du PIB promis par M. Trump. Une prévision moins fantaisiste est une progression du PIB américain de 2 % cette année, faisant un peu mieux que l’Europe. Un investissement soutenu et la possibilité d’une déréglementation pourraient améliorer la productivité, mais sans entraîner un changement radical. Dans ce cadre, les taux d’intérêt dans les pays riches devraient se maintenir bien en dessous des niveaux considérés comme normaux avant 2007.

Il n’est pas difficile d’imaginer ce qui pourrait faire dérailler une reprise. Pour la Chine, le consensus est en acier massif : rien de mal n’arrivera avant le grand Congrès du parti communiste à l’automne prochain. Néanmoins, sa montagne de dettes peut toujours provoquer l’effondrement des marchés. Les victoires de populistes lors des différentes élections en Europe pourraient provoquer une crise de l’euro. Outre ce risque, la fin du programme de rachat d’obligations de la BCE, qui a maintenu à un niveau tolérable le coût des emprunts souverains et a même offert un peu d’air pour soutenir l’économie, va remettre à nu les problèmes structurels et toujours d’actualité de l’euro.

La Fed pourrait durcir sa politique trop vite. L’appréciation du dollar laminerait alors les capitaux – et donc l’élan – de la reprise observée dans les marchés émergents. Ou encore, M. Trump pourrait concrétiser ses menaces réitérées d’imposer des barrières douanières aux pays qu’il considère coupables de commerce déloyal. Ce serait une sortie décisive du chemin de la mondialisation, alors que les principaux blocs économiques du monde commencent enfin à marcher du même pas.

Ces risques ne sont ni nouveaux ni surprenants. Que la reprise cyclique ait réussi à les surmonter amène un peu de fraîcheur. Pendant un temps, il pourra y avoir des boutons de roses à récolter.

The Economist

© 2017 The Economist Newspaper Limited. All rights reserved. Source The Economist, traduction Le nouvel Economiste, publié sous licence. L’article en version originale : www.economist.com.

http://www.lenouveleconomiste.fr/le-printemps-de-leconomie-mondiale-34358/

 

Publié le 21/03/2017

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