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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).

Extraits du «Nouveau Modèle de croissance économique» Abstract

Posté par mouradpreure le 13 avril 2017

Extraits du «Nouveau Modèle de croissance économique» Abstract dans ALGERIE ECONOMIE

L’Algérie a adopté en 2016 un nouveau modèle de croissance économique. Ce document de référence a été examiné et approuvé en Conseil des ministres le 26 juillet 2016. Il s’appuie, d’une part, sur une approche rénovée de la politique budgétaire avec une trajectoire 2016-2019 et, d’autre part, une perspective de diversification et de transformation de l’économie à l’horizon 2030. Dans son volet budgétaire, le Nouveau modèle de croissance met en exergue les objectifs ci-après à l’horizon 2019 :

(i)- une amélioration des recettes de la fiscalité ordinaire de sorte qu’elle puisse couvrir l’essentiel des dépenses de fonctionnement ;
(ii)- une réduction sensible du déficit du Trésor à la même échéance ;
(iii)- et une mobilisation des ressources additionnelles nécessaires sur le marché financier interne.

CADRE MACROéCONOMIQUE ET BUDGéTAIRE A MOYEN TERME POUR LA PERIODE 2017-2019

Le cadrage macroéconomique et budgétaire à moyen terme pour la période 2017-2019 est élaboré dans une conjoncture difficile, caractérisée par l’amenuisement de nos ressources financières, ce qui impose l’adoption d’une mesure rigoureuse par le plafonnement des décaissements et l’élaboration d’un plan de trésorerie et d’un plan d’engagement, permettant de réguler le rythme des dépenses.

Pour le budget de fonctionnement, ce plafonnement devra préserver les dépenses incompressibles, tenir compte des spécificités de chaque secteur permettant de préserver le bon fonctionnement des services, la couverture en termes de transferts sociaux aux populations démunies, ainsi que les produits et services de base. La préservation de nos équilibres économiques et financiers nécessitera, dans ce cadre, une action proactive des pouvoirs publics pour la mise en œuvre d’une panoplie de mesures à caractère économique et social, dont une première série a été introduite par la loi de finances complémentaire pour 2015 et par la loi de finances pour 2016.

La consolidation de cet ensemble d’actions se poursuivra à travers la mise en œuvre de mesures budgétaires et fiscales concourant ainsi à l’approfondissement de la démarche visant l’optimisation des ressources financières et la rationalisation des dépenses à travers une meilleure maîtrise des dépenses de fonctionnement et une plus grande efficience de l’investissement public à caractère exceptionnel et non susceptible de report.

Pour l’optimisation des ressources, les pouvoirs publics adopteront certaines mesures en vue de réduire les déficits de ressources pour la période 2017-2019, en l’occurrence l’optimisation de la mobilisation des ressources financières sur le marché des valeurs du Trésor et la mobilisation optimale de l’épargne interne.

La maîtrise de la dépense pourrait, notamment, être concrétisée à travers la poursuite des efforts entamés depuis 2015 pour préserver les équilibres de trésorerie à court terme et la soutenabilité budgétaire à moyen terme. Ainsi, les mesures prises en 2015 et celles retenues pour 2016 seront davantage consolidées au cours des prochaines années. Sont maintenus, sur la période 2016-2019, les niveaux (i) du taux de change à 108 DA/1 dollar et (ii) de l’inflation à 4%.

Le scénario de stabilisation du cadre budgétaire prévoit, sur la période 2016-2019, (i) l’évolution des prix du baril de pétrole brut algérien à 50 dollars en 2017, 55 dollars en 2018 et 60 dollars en 2019, (ii) la progression des recettes fiscales de 11% par an en vue de couvrir progressivement les dépenses de fonctionnement à hauteur de 84% en 2019, contre 47% en 2014 et (iii) la stabilisation des dépenses budgétaires, aussi bien de fonctionnement que d’équipement à un montant global de 7000 milliards DA par an (en termes de décaissements).

Les résultats de ce second scénario affichent, en 2019, des soldes du Trésor (-1,9% du PIB) et de la balance des paiements (+2,2 milliards de dollars) plus soutenables, écartant ainsi le risque d’une aggravation de l’endettement aussi bien interne qu’externe, tout en concourant à un confortement des réserves de change (27 mois d’importations BSNF).
Trajectoires budgétaires soutenables 2016-2019

L’évaluation succincte de la politique budgétaire a montré la nécessité d’un ajustement budgétaire qui doit inscrire dans ses objectifs la nécessaire stabilité du cadre macroéconomique sans laquelle le développement économique ne serait pas soutenable. Toutefois, la stabilité du cadre macroéconomique, si elle est une condition nécessaire à une relance de l’économie sur une base robuste, est loin d’être suffisante. Seule une vision stratégique de long terme avec une déclinaison des réformes multidimensionnelles à mener permettrait de sortir l’économie nationale de la dépendance des hydrocarbures. En effet, si aucune réforme n’est engagée, la contraction de la dépense et des revenus budgétaires aura nécessairement des répercussions négatives sur la croissance économique.

PROPOSITIONS DE RéFORME DU CADRE ET DE LA POLITIQUE BUDGéTAIRE

L’implémentation d’une trajectoire budgétaire soutenable requiert des ajustements importants, que ce soit dans les dépenses ou dans les recettes de l’Etat. A cet effet, il a été procédé à l’évaluation des ajustements requis sur des postes budgétaires bien déterminés. Dans ce cadre, des recommandations sont proposées, lesquelles vont au-delà de cette simple dimension comptable.
Il est envisagé une réforme profonde compatible avec la trajectoire soutenable identifiée ci-dessus, mais aussi en phase avec la nouvelle orientation de la politique économique du pays, notamment en adéquation avec le nouveau modèle de croissance.

UNE RéFORME DES RèGLES FISCALES

Pour pallier certaines insuffisances du système fiscal, il y a lieu de procéder à :
– une révision du mode de détermination du prix du baril de pétrole.
– Une réforme du mode de fonctionnement du FRR à l’effet de mieux réguler l’utilisation de ce Fonds.
– Une soutenabilité de la dette publique en vue d’encadrer son niveau dans un objectif de rigueur budgétaire.
– Une couverture progressive, à moyen terme, des dépenses courantes par les revenus de la fiscalité ordinaire.

UNE RéFORME DU CADRE INSTITUTIONNEL

Ces nouvelles règles devraient faire partie d’une réforme plus globale du cadre institutionnel, avec en particulier trois socles importants :
– l’accélération de la réforme budgétaire en vue de conforter la gestion pluriannuelle du budget instituée dans la loi de finances 2016.
– Une budgétisation fondée sur la performance dans le cadre de la nouvelle gouvernance économique en introduisant, au cœur du budget, des pratiques d’évaluation fondées sur des critères coût-bénéfice en vue de limiter les exemptions fiscales et autres mécanismes d’incitation qui grèvent le budget de l’Etat.
– La réallocation des dépenses budgétaires au bénéfice de la croissance économique à travers des plans d’investissements pluriannuels priorisant les équipements porteurs ou compatibles avec les technologies les plus avancées, et qui sont en mesure de booster la productivité des secteurs prioritaires de la nouvelle économie.
– La promulgation rapide d’une loi organique des lois de finances.

UNE RéFORME DE LA FISCALITE

La réforme du système fiscal pour corriger certaines carences, notamment en :
– accélérant la modernisation administrative par une formation des ressources humaines, l’instauration d’un numéro d’identifiant commun des entreprises, le passage aux transactions électroniques entre l’Etat et les individus et institutions imposées, qui peut d’ores et déjà concerner les agents économiques dans les secteurs marchands (distribution, services, industrie notamment).
– Améliorant le recouvrement de la TVA par, d’une part, l’augmentation de son taux sur certains produits, notamment les produits de luxe importés et, d’autre part, une revue des exemptions fiscales est indispensable.
– Développant la fiscalité locale dont le rendement est actuellement très en deçà de son potentiel en développant l’impôt foncier.

UNE RATIONALISATION DES DéPENSES PUBLIQUES

Une part non négligeable des dépenses publiques concerne les différentes subventions et exemptions fiscales, explicites et implicites, dont bénéficient les agents économiques (entreprises et ménages). L’ampleur de ces subventions et exemptions fiscales milite pour leur encadrement en :
– procédant à l’évaluation de l’efficacité des différentes politiques d’incitation en direction des entreprises afin de réduire, le cas échéant, le volume des exemptions fiscales, sauf si cette activité génère des externalités positives pour l’économie ou la société, sinon elles se transforment en rente pour les bénéficiaires et inefficaces pour l’économie.
– N’adoptant aucun projet de texte législatif ou règlementaire instituant une politique sollicitant le budget de l’Etat explicitement ou implicitement si celui-ci n’est pas adossé à des mécanismes de suivi et d’évaluation de cette politique.
– Etablissant un agenda fixant le phasage dans le temps d’un réajustement progressif de la politique de redistribution en faveur des populations démunies pour plus de justice sociale.

LE CAS DES GRANDES ENTREPRISES DE RéSEAUX

Dans tous les secteurs spécialisés dans le service public (électricité-gaz, eau, transport ferroviaire, télécommunications), les tarifs sont maintenus à des niveaux inférieurs aux coûts des opérations, et ce, depuis plus d’une décennie pour des considérations sociales.
Au plan budgétaire, ce soutien financier n’est plus soutenable pour l’Etat, et dès lors il est recommandé de :

- revoir à la baisse les plans d’investissement des opérateurs pour les adapter aux besoins réels ou trouver des alternatives pour le financement, hors budget, de maintenance de leur investissement.

- Augmenter les tarifs pour couvrir, graduellement, les coûts de fourniture des services selon un programme de rééquilibrage tarifaire sur plusieurs années pour une rationalité économique en vue d’améliorer les décisions d’investissements.

- Refondre la gouvernance des secteurs en refondant les missions des opérateurs qui doivent être maîtres de leurs opérations économiques (choix d’investissements, propositions tarifaires, dimensionnement de réseau, rémunération salariale, choix des fournisseurs et négociation) et des plans de financement (financement bancaire, obligataire, appel à l’actionnariat) afin d’améliorer l’efficacité économique et concurrentielle de leur société, mais aussi la responsabilisation des managers.

- Clarifier les relations entre l’Etat actionnaire à travers le conseil d’administration) et les opérateurs à travers des contrats de plan fixant clairement les objectifs à atteindre pour l’opérateur, notamment en matière de satisfaction des besoins de la population et de niveau de qualité du service et les contreparties accordées par l’Etat (augmentations de capital, garanties du Trésor, compensation du coût des obligations du service universel).

NOUVEAU MODèLE DE CROISSANCE éCONOMIQUE

A travers l’option pour une vision à long terme, notre pays affirme son ambition de devenir une puissance émergente à l’issue d’une transformation structurelle au cours de la prochaine décennie. Pour cela, trois phases de croissance sont retenues :

1. La phase de décollage (2016-2019) qui sera marquée par une évolution de la part des différents secteurs dans la valeur ajoutée vers leur niveau cible.

2. La phase de transition (2020-2025) qui permettra la réalisation du potentiel de rattrapage de l’économie.

3. La phase dite de stabilisation ou de convergence (2026-2030), à la fin de laquelle l’économie nationale épuise son potentiel de rattrapage et les différentes variables de l’économie convergeront vers leur valeur d’équilibre.

OBJECTIFS CIBLES

Sur le plan de la transformation structurelle de l’économie, plusieurs objectifs sont ciblés :
– Une trajectoire soutenue de croissance du PIB hors hydrocarbures de 6,5% par an sur la période 2020-2030.
– Une élévation sensible du revenu du PIB par habitant qui devrait être multiplié par 2,3 fois.
– Un doublement de la part de l’industrie manufacturière en termes de valeur ajoutée (de 5,3% en 2015 à 10% du PIB à l’horizon 2030).
– Une modernisation du secteur agricole permettant d’atteindre l’objectif de sécurité alimentaire et de réaliser son potentiel de diversification des exportations.
– Une transition énergétique permettant notamment de diviser par deux le taux de croissance annuel de la consommation interne d’énergie (de +6% par an en 2015 à +3% par an à l’horizon 2030), en donnant un juste prix à l’énergie (consommer moins et mieux) et en n’extrayant du sous-sol que ce qui est strictement nécessaire au développement.
– Une diversification des exportations permettant de soutenir le financement de la croissance économique accélérée.
Pour atteindre ces objectifs, trois principes d’action, qui constituent autant d’axes stratégiques, doivent guider cette nouvelle politique de croissance.

1- LA DYNAMIQUE DES SECTEURS REQUISE

Au niveau sectoriel, l’objectif de diversification par le développement de nouvelles branches porteuses d’externalités, pour prendre le relais des hydrocarbures et du BTP, impose des épisodes de forte accélération de la croissance.
L’objectif pour l’industrie hors hydrocarbures visera à atteindre 10% dans la valeur ajoutée totale à l’horizon 2030. L’atteinte de cette cible nécessitera une croissance de la valeur ajoutée industrielle à un taux soutenu.

Les autres secteurs devront, également, connaître une croissance moyenne soutenue de 6,5% par an pour l’agriculture et de 7,4% pour les services marchands. La part des BTP dans le PIB devant progressivement décliner en faveur des services de connaissances, la croissance de ce secteur sera de 1,7% en moyenne sur la période.

La profondeur de cette transformation structurelle de l’activité productive et la rapidité avec laquelle le secteur industriel doit émerger constituent une première difficulté à laquelle notre économie sera confrontée au cours de son processus de diversification. Celle-ci peut être négociée à travers la mise en œuvre de politiques industrielles soutenues et une plus grande libéralisation des initiatives pour atteindre les taux de croissance sectoriels requis.

2- L’EVOLUTION REQUISE DU RéGIME D’INVESTISSEMENT

L’évolution de l’investissement requis pour réaliser cet ensemble de transformations structurelles devra relier l’investissement hors hydrocarbures à l’évolution de la productivité du capital investi. Dans ce cadre, il est simulé un niveau de croissance de la productivité globale des facteurs qui permet pour un même taux d’investissement global dans l’économie de réaliser des croissances plus élevées. Cet effort d’amélioration de la productivité globale des facteurs devra cibler non seulement l’investissement privé, mais également l’investissement des administrations publiques.

C’est pourquoi une seconde consolidation budgétaire devra graduellement intervenir dès 2025 visant à réduire les dépenses d’équipement inscrites directement dans le budget de l’Etat, sous la condition de la mise en place d’un système national de l’investissement dans les équipements publics qui font appel de manière beaucoup plus importante aux Partenariats publics privés (PPP).
Cette plus grande efficience dans l’utilisation du capital sera obtenue dans le cadre de ce nouveau modèle de croissance économique également par :

-―une libération de l’investissement privé à travers l’initiation de transformations structurelles génératrices de croissance ;
-―une politique résolue de transferts technologiques et de densification des relations entre l’université et les entreprises.

Dans ce nouveau modèle de croissance économique, la stratégie d’investissement aura ainsi à relever les défis suivants :
– une réallocation de l’investissement en faveur du secteur hors énergie pour initier le processus de diversification économique.
– Une réallocation de l’investissement des administrations vers les entreprises afin de réduire la charge pesant sur le Trésor public et l’endettement subséquent.
– Une amélioration de la Productivité globale des facteurs (PGF) pour réduire l’effort d’accumulation de capital physique au profit de la production d’innovation et de l’investissement dans les facteurs-clés de succès.

3- LA SOLVABILITE EXTERNE

La soutenabilité externe pose un défi majeur dans le nouveau contexte économique portée par l’accélération de la croissance et la diversification hors hydrocarbures. En effet, les importations sont corrélées au PIB, qui croît à un taux de 6,5% par an, alors que les exportations sont essentiellement portées par les hydrocarbures dont la croissance ne dépasse pas 3% au cours des premières années de la transition, les exportations hors hydrocarbures ne prenant le relais que progressivement. La réduction du gap entre les importations et les exportations hors hydrocarbures passe par les deux dimensions essentielles du nouveau modèle de croissance économique :

- la mise en place d’une politique soutenue d’efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables qui permet de dégager un surplus conséquent de production d’hydrocarbures exportable.
– L’accélération du rythme des exportations hors hydrocarbures (agriculture, industrie, services). En effet, un scénario qui consiste à prolonger la tendance observée sur les dernières années de croissance des exportations de biens et services hors hydrocarbures, des importations et de la consommation énergétique aboutirait à une balance de paiements insoutenable, dès 2020. Les simulations montrent que sans un frein à l’explosion des importations observées au cours des dernières décennies, aucune croissance économique soutenable n’est possible.

Pour notre économie qui dépend excessivement des hydrocarbures, les exportations agricoles et manufacturières devront jouer un rôle essentiel en constituant la source alternative de devises au secteur des hydrocarbures nécessaires pour assurer le financement de la diversification économique. Ainsi, l’économie nationale doit négocier au cours de sa transition vers la vision 2030 quatre contraintes majeures :

(i)- l’ampleur des transformations de sa structure productive ;
(ii) l’évolution de l’endettement interne ;
(iii)- la solvabilité externe ;
(iv)- la transition énergétique qui permettra d’augmenter les exportations d’hydrocarbures et de s’arrimer au train du nouvel ordre énergétique mondial.

Ce sont ces défis que notre économie doit relever en empruntant le chemin de la diversification, qui appelle des politiques résolues et un engagement rapide des réformes nécessaires, car l’accentuation de notre dépendance aux hydrocarbures réduit le domaine des réalisables et la faisabilité de la diversification et d’une croissance économique accélérée.

LES RECOMMANDATIONS

Les éléments d’une nouvelle politique économique à même de concrétiser la vision sont regroupés selon six (6) axes stratégiques :

1- LA STIMULATION DE LA CREATION D’ENTREPRISE EN ALGERIE

a)- Institutionnaliser le changement en révisant le statut et la composition du comité Doing Business, en intégrant en son sein non seulement des représentants concernés du gouvernement et du secteur privé, mais aussi des chercheurs et consultants dont la présence apportera rigueur scientifique et vision plus large en matière de développement économique.

b)- Poursuivre la suppression des procédures à faible valeur ajoutée pour accélérer la création d’entreprise en simplifiant la charge administrative conjuguée à la modernisation informatique pour réduire au maximum les coûts de transaction.

c)- Le développement des start-ups, aussi bien dans le secteur des services que dans le secteur industriel. Il est donc crucial pour notre pays d’exploiter au maximum cette source inépuisable en mettant en œuvre des mesures relatives à la création d’incubateurs selon les exigences particulières de ce type d’infrastructure, notamment en termes de flexibilité de fonctionnement, à la levée de certaines entraves procédurales auxquelles font face les porteurs de projets créateurs de start-ups (notamment dans la domiciliation des entreprises), en encourageant les institutions publiques telles que les agences sous tutelle des ministères à nouer des partenariats publics-privés et les agences de soutien de la PME de développer leurs programmes d’incubation respectifs.

2- LE FINANCEMENT DE L’INVESTISSEMENT

a)- Le développement d’un système national d’investissement dans les équipements publics doit reposer sur :
(i)- l’amélioration de l’efficience de l’investissement public et la qualité des infrastructures par le confortement de la CNED.
(ii)- La diversification des sources de financement des équipements en privilégiant le PPP tout en mettant en place un dispositif règlementaire pour son encadrement à travers par exemple la promulgation d’une loi.
(iii)- Le développement, parallèlement aux PPP, d’un marché obligataire pour financer les infrastructures des opérateurs privés ou publics. Un tel marché est conçu pour émettre et échanger des titres dits obligations d’infrastructure (project bonds), un instrument de dette maintenant populaire pour financer les infrastructures.
(iv)- Le confortement de l’action du Fonds national d’investissement (FNI) qui gère aujourd’hui les crédits d’équipement de l’Etat afin de lui permettre de se financer sur le marché à travers l’émission d’obligations d’infrastructures.
(v)- Le développement des partenariats innovants ambitieux avec des pays comme la Chine, qui ont pour vocation d’investir durablement dans le pays, permettant un fort effet d’accélération de notre transition vers l’émergence. Il convient naturellement d’encadrer ces partenariats avec l’expertise la plus rigoureuse.

b)- La réforme du système bancaire doit être reprise, car elle est rendue nécessaire par le retour à une situation de manque structurel de liquidités au sein du secteur. L’élimination des anomalies requiert l’intervention de l’Etat et de la Banque d’Algérie pour qu’une réelle compétition s’installe entre les banques nationales au bénéfice de l’investissement des entreprises à travers :

(i)- l’instauration d’une réelle concurrence ;
(ii)- la création d’une Banque postale sur la base du réseau étendu de la Poste et de l’expérience de cette dernière en matière de collecte et de gestion d’épargne populaire ;
(iii)- la modernisation des produits et services proposés par les banques – corollaire d’une plus grande concurrence, d’une contraction de la disponibilité et d’une élévation du coût des ressources – qui devrait permettre d’absorber l’abondante épargne cantonnée dans les circuits informels (produits innovants à marge permettront d’encourager l’investissement productif tout en répondant aux impératifs de toutes les catégories de porteurs de projets)  ;
(iv)- le renforcement des capacités de gouvernance et de gestion des risques des banques, notamment en matière de risques de crédit et de change, à travers la mise en place par la Banque d’Algérie d’un système de rating des entreprises, la réforme du droit et des procédures de mobilisation des sûretés personnelles et réelles et la réforme du droit des faillites et des procédures de recouvrement en cas de défaillances.

c)- Le développement des marchés de capitaux en mettant en œuvre toutes les mesures nécessaires pour assurer le développement des marchés de capitaux dans notre pays.

3- LA POLITIQUE INDUSTRIELLE ET DE DIVERSIFICATION

L’objectif de diversification décliné dans la Vision 2030 impose des épisodes de forte accélération de la croissance des secteurs.
En ce qui concerne la stratégie industrielle, les politiques industrielles sectorielles de l’Algérie seront réorganisées selon quatre axes :

1)- Un soutien aux secteurs où l’Algérie dispose d’avantages comparatifs naturels par une intégration en aval allant de la production de la ressource naturelle (agriculture, élevage, mines, hydrocarbures) vers les segments à forte valeur ajoutée :
– les industries agro-alimentaires par la valorisation des ressources agricoles de notre pays (les agrumes, les dattes, la viande ovine, caprine ou cameline) ;

- les secteurs en aval des hydrocarbures, en premier lieu la pétrochimie et les engrais ;
– les secteurs en aval des ressources minières abondantes sur le territoire national (fer, phosphate, terres rares) qui, combinés à une énergie à bas prix, (gaz principalement) procure un avantage majeur pour bâtir un potentiel de production compétitif dans les industries mécaniques, la sidérurgie et la métallurgie, les cimenteries, mais aussi des secteurs à plus forte valeur ajoutée comme l’automobile et, demain, l’aéronautique, la construction navale ou la métallurgie fine.
Pour l’ensemble de ces secteurs, l’objectif à atteindre à un horizon de 5 à 7 ans consiste à ne plus exporter de matières premières non transformées et de capter une part de plus en plus importante de valeur ajoutée en Algérie. Un Schéma directeur de valorisation des hydrocarbures et des ressources minières sera mis en place avec, en particulier, un plan de relance de la
pétrochimie et un plan de valorisation des phosphates.

2)- Un soutien aux secteurs où l’Algérie dispose déjà d’avantages comparatifs construits (électronique), ou décidera de bâtir ces avantages du fait de leur effet d’entraînement et de leurs externalités sur l’ensemble de l’économie (l’économie numérique notamment) :

Quatre grands types de secteurs sont identifiés :
– les secteurs où notre pays dispose déjà d’une base industrielle (électronique, construction de satellites, production d’équipements de télécommunications) ;
– les secteurs à développer du fait de leur effet d’entraînement sur le reste de l’économie (économie numérique notamment) ;
– les services de connaissancs dont le faible développement constitue un frein à l’upgrading technologique de l’économie nationale. Dès lors, il s’agit de mettre en place un dispositif de soutien à la production de services de connaissances. Les services susceptibles d’être ciblés par ce dispositif seront ceux liés au développement des exportations (logistique du commerce extérieur) ; à la modernisation de l’économie nationale (notamment les services liés à l’industrie) à la compétitivité industrielle (notamment les services liés aux NTIC) ;
– les industries touristiques et culturelles où l’Algérie peut valoriser son patrimoine géographique et surtout culturel (patrimoine architectural, cuisine, artisanat, musique).

3)- Une stratégie de substitution ciblée sur les importations en remplaçant, partiellement ou totalement, l’importation de semi-produits ou de produits finis importés aujourd’hui par une production industrielle locale. Cette stratégie s’appuie sur l’existence d’une demande intérieure solvable pour substituer une production industrielle locale sur tout ou partie de la chaîne de valeur aux importations actuelles.

Outre l’automobile, l’acier, la cimenterie ou l’agro-alimentaire, le secteur prioritaire est également celui des industries pharmaceutiques. Dans ce cadre, l’accélération de la mise en place de clusters industriels sur le territoire national peut permettre d’augmenter rapidement la production dans les secteurs concernés, notamment via les entreprises privées nationales.

Ce mouvement doit être principalement le fait du secteur privé qui, encouragé par un environnement des affaires plus favorable et des incitations à investir dans la production, doit trouver un intérêt économique à remplacer les activités de trading actuelles par un investissement à long terme seul ou avec leurs partenaires commerciaux internationaux. La règlementation peut également appuyer le redéploiement de la production nationale. Pour l’ensemble de ces trois axes, l’Algérie a l’avantage de disposer déjà d’une base industrielle, publique ou privée, qu’il s’agit de restructurer et de développer rapidement pour servir ces trois approches.

4)- Un soutien au développement d’activités industrielles dans des secteurs où l’élasticité du revenu à l’exportation à long terme est importante afin de positionner l’appareil de production algérien sur des segments cruciaux où se joue la compétition internationale actuelle et à venir.

Les exportations hors hydrocarbures doivent, dans la Vision 2030, être soutenues par, notamment, les mesures suivantes :
– favoriser la création de nouvelles entreprises exportatrices en subventionnant les exportations naissantes.
– Appuyer les entreprises exportatrices pour un développement intensif de leurs exportations.
– Créer des zones spéciales d’exportation en revenant à l’ordonnance 03-02 abrogée en 2006.

4- LA TERRITORIALISATION DU DEVELOPPEMENT INDUSTRIEL PAR LA REORGANISATION DE LA GESTION DU FONCIER INDUSTRIEL ET SON INTéGRATION

La diversification passe nécessairement par la définition de plans de localisation des activités industrielles sur le territoire national dans le cadre du Schéma d’aménagement du territoire national (SNAT), en accord avec les besoins de l’économie locale, nationale et la politique industrielle du pays. A cet effet, il est important de procéder à :

5- ASSURER LA SECURITE ET LA DIVERSIFICATION DES RESSOURCES ENERGETIQUES

La réussite de la transition énergétique contribuera non seulement à assurer notre sécurité énergétique, mais constituera également un puissant vecteur de diversification de notre industrie.
Celle-ci devra s’articuler autour de deux axes complémentaires suivants :

i)- un programme d’efficacité énergétique couplé à (ii) un programme industriel et technologique de développement des énergies renouvelables et de sécurité énergétique.

a)- Concernant l’efficacité énergétique, elle conférera un caractère opérationnel à ce programme, (i) en développant un audit énergétique et d’un programme d’économie de l’énergie, (ii) en instituant des normes d’efficacité énergétique et des règlements thermiques pour les bâtiments neufs dans le cadre de la promotion immobilière, (iii) en imposant un Diagnostic de performance énergétique avant la mise en vente des logements, (iv) en appuyant la création d’Entreprises de services énergétiques (ces entreprises bénéficieront ainsi des dispositions de l’article 75 de la loi de finances pour 2015) et (v) en créant une Agence de l’efficacité et de l’innovation énergétiques qui gérera tous les programmes relevant de l’économie de l’énergie ainsi que les subventions et autres programmes de facilités accordées dans ce cadre.

b)- Concernant le développement des énergies renouvelables, il y a lieu de développer :
– une connaissance précise de la dotation du pays en ressources énergétique renouvelables, notamment le potentiel éolien et le potentiel solaire.
– Un suivi permanent et une anticipation de l’évolution des coûts dans les différentes filières (panneaux solaires, technologies de l’éolien, géothermie, biomasse,…) et celle des évolutions technologiques extrêmement rapides.
-  La connaissance et l’anticipation de l’évolution de nos marchés potentiels d’exportation.

6- LA GOUVERNANCE DU NOUVEAU MODELE DE CROISSANCE

Une nouvelle vision doit accompagner la nouvelle politique de croissance, une vision dans laquelle la politique économique n’est pas seulement l’identification des secteurs économiques prioritaires et l’énoncé des mesures d’accompagnement, mais aussi et surtout :

a)- un processus dynamique de concertation entre les pouvoirs publics et les entreprises à travers des institutions dédiées et visant à réduire les incertitudes inhérentes aux arbitrages et aux choix économiques opérés et à encourager les innovations technologique, nouveau marché d’exportation.

b)- un nouveau Système national d’investissement dans les équipements publics. L’investissement public ne peut plus être vu comme une compilation de projets sectoriels dans le cadre d’un «programme d’équipement» quel que soit son horizon temporel mais comme la déclinaison d’une stratégie globale. Par ailleurs, l’implémentation du programme d’investissement doit s’inscrire dans un nouveau cadre – un nouveau système national d’investissement public – qui doit assurer :

- La minimisation du coût des projets d’investissement qui sont actuellement généralement plus élevés qu’ils ne devraient l’être, comme l’atteste le recours fréquent aux réévaluations.
– L’optimisation des délais d’exécution qui sont aujourd’hui plus longs qu’ils ne devraient l’être du fait d’une faible capacité d’absorption.
– La maximisation de l’impact de l’investissement public sur la croissance économique et le développement social.

le 12.04.17 – http://www.elwatan.com/economie/extraits-du-nouveau-modele-de-croissance-economique-12-04-2017-343145_111.php

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