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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).
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Le Dr MOURAD PREURE AU SOIR D’ALGERIE : «L’Algérie ne peut rester en marge sur le gaz de schiste»

Posté par mouradpreure le 13 octobre 2017

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Nouvelle révision de la loi sur les hydrocarbures et reprise de l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste : deux annonces-événements du gouvernement qui font beaucoup réagir politiques, scientifiques, techniciens du domaine et beaucoup de simples citoyens. Deux annonces qui n’ont encore rien dit sur leur contenu comme sur leur finalité ni qu’est-ce qui les justifierait précisément aujourd’hui. C’est autour de ces deux événements que nous avons interrogé le Dr Mourad Preure, expert pétrolier international, président du cabinet Emergy. Avant tout développement, l’expert replace ces deux mesures dans leur contexte énergétique national et international. Le problème, dit-il, c’est qu’aujourd’hui «il y a un désamour du partenariat international pour l’Algérie, que ça se répercute sur notre production et notre position concurrentielle, que l’image de notre pays est brouillée, paradoxalement plus qu’elle ne pouvait l’être durant la décennie du terrorisme». Aussi, pour ce qui le concerne, il recommande le retour à la loi 86/14 «en y incorporant des mécanismes d’écrémage des superprofits et de prise en compte de petits gisements, voire des hydrocarbures non conventionnels». Sa recommandation découle du contenu de cette ancienne loi dont il n’explique pas l’abandon comme il ne s’explique pas la série de nouvelles lois qui lui ont succédé et qui ont fait très fortement reculer notre positionnement sur le marché énergétique international. Quant on l’interroge sur la crainte quant à la perte de souveraineté nationale sur nos richesses, l’expert explique très largement pourquoi «aujourd’hui la souveraineté ne peut se limiter au 51/49 : elle est une position dynamique, sans cesse remise en cause , seulement garantie par le dynamisme, la compétitivité des acteurs nationaux, au premier rang desquels Sonarach, qui fondent ainsi la puissance de la nation». Et justement de proposer comme préalable le renforcement de Sonatrach, «propriété de l’Etat souverain sur les plans managérial et technologique». Se faisant plus précis, il décline quatre missions «convergentes» devant assurer ce renforcement. Quant au gaz de schiste et aux réactions nombreuses que l’annonce de sa reprise a engendrées, le Dr Preure considère qu’il s’agit là d’un faux débat. Non sans arguments, très largement détaillés, l’expert pétrolier commence par expliquer que la perspective de la production de ce gaz ne pouvant être effective qu’au terme de 5 à 10 ans, il serait, dit-il, « irresponsable de la part de Sonatrach de ne pas engager des travaux pour évaluer le potentiel national et se mettre en veille technologique pour être prête le moment venu. Là aussi, cela pourrait paraître réducteur, mais M. Preure offre au lecteur des arguments implacables pour s’engager dans la voie du gaz de schiste.

La loi sur les hydrocarbures va être révisée a annoncé dimanche dernier le premier ministre qui a du, face aux interrogations multiples et  aux inquiétudes exprimées  sur le devenir de cette ressource nationale, assurer, sans autre précision,   que «  cette révision ne portera sur aucune question de souveraineté nationale y compris la règle 51/49 sur les investissements étrangers » ». Mais alors qu’est-ce qui justifie cette révision maintenant alors que la loi actuelle ne date que de 2013 ?

Les faits sont là, les derniers appels d’offres ont été un échec qui se traduit par un retard dans le développement de l’amont pétrolier et gazier algérien et un déficit de volumes de pétrole et de gaz, surtout de gaz, pour couvrir en même temps la demande interne, boulimique, et les exportations qui risquent fort d’être compromises dès 2030, tant est forte la pression de la demande interne qui croit de 5% l’an. Mes contacts avec l’industrie pétrolière internationale m’ont fait comprendre que le cadre juridique, en Algérie, est un frein pour le développement du partenariat international dans l’amont, surtout lorsque j’ai suivi l’intervention du représentant iranien lors du dernier Sommet pétrolier de Paris et noté combien le cadre juridique proposé par ce pays, réputé jaloux de sa souveraineté, était attractif et semblait convaincant pour les compagnies présentes. Les investissements dans l’exploration-production dans le monde ont baissé de près de moitié depuis le choc pétrolier de 2014, ce qui ne peut pas ne pas impacter l’attractivité de notre pays. Le Premier ministre a assuré que le principe 51/49 n’était pas remis en cause et que la question de la souveraineté était un critère déterminant de décision en la matière. J’y reviendrai plus loin. Il reste que la loi actuelle n’a pas produit les résultats attendus. Ce qui apparait, c’est qu’au niveau de l’Etat la réflexion est ouverte car il est clair que le niveau de production actuel n’est pas à la hauteur du potentiel de notre pays, que la compétition entre producteurs pour attirer les investissements est très vive, et que notre cadre juridique, encore, compromet toute relance de l’exploration et développement des gisements dans un cadre partenarial, indispensable, dans notre pays. Il est tout aussi clair aussi que cette situation, en agissant négativement sur nos exportations fragilise la position de notre pays autant dans ses équilibres macroéconomiques que sur la scène énergétique internationale où il peine à défendre ses débouchés gaziers face à une concurrence agressive. Le gouvernement semble déterminé à y mettre un terme et à remettre le secteur des hydrocarbures dans un sentier d’expansion. Il faut pour autant qu’il fasse les choix les plus indiqués, car, en effet, il n’a pas le droit à l’erreur.

Assurer plus d’attractivité aux investisseurs étrangers semble être la motivation première de cette révision. Va-t-on alors vers plus de concessions aux éventuels investisseurs, sur quels domaines précisément et jusqu’à quelle limites ? La loi en cours   accorde à Sonatrach l’exclusivité de l’activité transport par canalisations des hydrocarbures et des produits pétroliers. Dans la nouvelle loi est-il envisagé que SH puisse partager cette activité avec des partenaires étrangers ?

D’abord une clarification de principe, si vous le voulez bien. Dans notre métier de pétrolier, on dit souvent que quatre fois vingt-cinq est toujours supérieur à cent. Nous raisonnons toujours en situation de rareté de ressources par rapport au risque qu’il nous est impératif de partager. Le risque, dans les opérations pétrolières, est géologique (on peut explorer sans découvrir), technologique, commercial (incertitude prix), financier, géopolitique, etc. Voilà pourquoi, même si on a tous les moyens financiers, on recourt au partenariat pour partager le risque, accéder à la technologie, aux marchés, etc. Le problème aujourd’hui est qu’il y a un désamour du partenariat international pour l’Algérie, que ça se répercute sur notre production et notre position concurrentielle, que l’image de notre pays est brouillée, paradoxalement plus qu’elle ne pouvait l’être durant la décennie de terrorisme. La réalité est que l’Algérie était réputée pour son domaine minier prospectif, largement inexploré ainsi que pour la stabilité du cadre réglementaire et juridique. Durant vingt ans, de 1986 à 2005 la loi des hydrocarbures n’a pas changé. Puis en une année, elle a changé deux fois de suite. Puis, faute de résultats, le gouvernement a été contraint à y apporter des changements en 2013. Pourtant la loi de 1986, la loi 86/14 était performante, attractive et a permis la relance de l’amont algérien. De plus, elle protège la souveraineté sans compromis aucun. Le cœur de cette loi, le « contrat de partage-production » ou « Production Sharing Agreement ou PSA », est largement connu des compagnies internationales et maitrisé par leurs juristes. Il est rassurant et les encourage à engager des investissements à risque, comme je l’ai dit plus haut. Je n’ai jamais compris qu’une loi si fiable, qui a donné de si bons résultats, qui protège les intérêts nationaux ait pu être remise en cause, avec les résultats que l’on sait. C’est aussi le sentiment dont me font part les pétroliers étrangers que je rencontre dans des congrès et think tanks internationaux. Pour ce qui me concerne, je recommande le retour à la loi 86/14 en y incorporant des mécanismes d’écrémage des superprofits et de prise en compte des petits gisements, voire des hydrocarbures non-conventionnels.

Dans la loi 86/14, Sonatrach propriété de l’Etat et son représentant, est le détenteur exclusif du titre minier. A ce titre, et pour réaliser des opérations de prospection (études de surface), exploration (études et forage), production, elle fait appel à un partenaire étranger. Elle le fait, comme je l’ai dit plus haut, pour partager le risque et accéder à la technologie. Mais, ce partenaire, si découverte il y a, n’est propriétaire des hydrocarbures qu’au point d’enlèvement à la frontière. Il ne détient pas de réserves qu’il porterait sur sa comptabilité et ferait valoir pour sa capitalisation boursière. Sonatrach signe avec ce partenaire un contrat qui relève non du droit minier mais du droit commercial, le contrat de partage production (le plus utilisé) ou le contrat de services à risques ou sans risques (L’Irak a choisi cette voie). Dans le contrat de partage production ou PSA, le partenaire étranger prend en charge tout l’investissement et tout le risque exploratoire. Si l’opération est un échec, il l’assume totalement. S’il y a découverte, il est payé en volumes (pétrole ou gaz depuis les amendements de 1991). Il bénéficie du Cost Oil qui couvre ses investissements et du Profit Oil qui est un fee, un bénéfice rétribuant la prise de risque qu’il a pris et la valorisation qui en a résulté. Sonatrach, détenteur du titre minier, crée avec lui une Association, chargée de mener le projet. Ainsi, Sonatrach ne participe pas à l’investissement ni au risque, alors qu’elle bénéficie de la production dont elle est propriétaire. Cost Oil et Profit Oil figurent dans les réserves de Sonatrach et sont ainsi comptabilisés comme une dette fictive vis-à-vis de son partenaire étranger. Dans les lois depuis 2005 elle participe à l’investissement (ce qui pèse sur ses finances et donc sur son développement, contrairement au passé) et donc au risque. Dans tous les cas, hormis l’épisode de la loi de 2005, le transport par canalisations, secteur hautement stratégique et de souveraineté, est contrôlé à 100% par Sonatrach. Il ne saurait en être autrement, et je doute que le gouvernement ait envisagé une telle éventualité. En conclusion, je voudrais dire que les dispositifs juridiques mis en place en 2005 ont représenté un recul au sens où ils nous ramenaient indirectement à un régime qui s’apparente au système des concessions (quand bien même ALNAFT reste titulaire du titre minier), abandonné durant la décennie soixante-dix militante des pays producteurs. Les multiples amendements opérés par la suite dans le sens de la protection de la souveraineté nationale ont compliqué les dispositifs juridiques intrinsèques à la loi et découragé les partenaires étrangers. Il ne pouvait en être autrement. Faut-il, aujourd’hui, amender encore la loi avec des avantages fiscaux plus réalistes et attrayants ou la remettre en cause ? Je le souligne, le retour à la loi 86/14 me semble la solution la plus opératoire (la plus rapide et la moins complexe à mettre en œuvre) et la plus saine dans ce contexte hautement compétitif et où la pression sur Sonatrach est très forte.

Vous vouliez revenir sur la question si importante de la souveraineté tout comme vous évoquez souvent le rôle et les ambitions que nous devons donner à Sonatrach, pouvez-vous développer ce point ?

Merci de me donner l’occasion d’y revenir. En effet, l’industrie pétrolière et gazière internationale devient plus complexe, le changement s’accélère, devient de plus chaotique, imprévisible, avec des recompositions nouvelles des rapports de force, une restructuration profonde qui modèle la géopolitique de l’énergie en général et des hydrocarbures en particulier. Les jeux d’acteurs sont excessivement agressifs, le progrès technique remet sans cesse en cause les positions acquises. Le meilleur exemple est l’irruption des hydrocarbures non conventionnels sur la scène pétrolière et gazière dont ils ont bouleversé totalement les règles et les bouleverseront davantage encore à l’avenir. De fait, aujourd’hui, la souveraineté, la puissance des Etats producteurs repose sur la compétitivité, le pouvoir innovant, l’excellence managériale et technologique de leurs compagnies pétrolières nationales. Il nous faut impérativement, et dans l’urgence absolue, réétalonner nos compteurs, nos référentiels. Le principe 51/49 ne garantit nullement la souveraineté et le contrôle national des ressources. Je peux choquer, mais là est la vérité. Sans une compagnie pétrolière nationale évoluant aux standards internationaux d’excellence managériaux et technologique, il ne peut plus y avoir de souveraineté sur les ressources, ni de destin énergétique. De plus, la transition énergétique imprègne profondément les stratégies des acteurs. Les compagnies pétrolières tendent à devenir des compagnies énergétiques, fournissant indifféremment au client final carburant, molécules de gaz et kilowattheures, de plus en plus d’origine renouvelable. Les compagnies pétrolières s’engagent dans l’électricité verte car elles sont concurrencées, de plus, sur leur marché captif, soit les transports par l’électricité. Ce nouveau paradigme de la mobilité mettra une trentaine d’années à s’imposer, mais il affectera profondément l’industrie pétrolière. Donc, la priorité première est de renforcer Sonatrach, propriété de l’Etat souverain, sur le plan managérial et technologique et lui assigner quatre missions convergentes : (i) participer activement à la relance de l’économie nationale, tant par les ressources financières qu’elle procure, par la valorisation interne des hydrocarbures, que par son effet de rayonnement sur l’industrie, l’université et la recherche, (ii) sécuriser les approvisionnements énergétiques nationaux sur le long terme, en valorisant le domaine minier national notamment, (iii) se renforcer sur son cœur de métier, soit l’amont et viser à devenir un grand découvreur d’hydrocarbures, détenir des réserves à l’étranger et rentrer dans le top ten des compagnies pétrolières internationales, (iv) s’engager activement dans les renouvelables et être le moteur de la transition énergétique dans notre pays. Les pays producteurs les plus visionnaires s’engagent dans cette voie. Les Etats soutiennent activement leurs compagnies nationales dans leur développement national et international et les intègrent même dans leurs chaines diplomatiques, les faisant ainsi bénéficier de toute la force de frappe de leurs Etats. La crise pétrolière que nous vivons est la manifestation des changements profonds en gestation dans l’industrie énergétique mondiale. Et ce n’est pas un hasard si les deux pôles qui la portent, d’une part le progrès technique (les schistes en sont un exemple), d’autre part la géopolitique nouvelle d’un monde multipolaire en formation, sont eux même le cadre et l’objet d’une accélération du changement. Un monde nouveau est en train de naitre sous nos yeux, nous devons y viser une insertion active, par nos acteurs énergétiques, nos universités, et non une insertion passive comme seul exportateur d’une ressource demain contestée par les effets encore imprévisibles du changement. Voilà pourquoi aujourd’hui, la souveraineté ne peut se limiter au 51/49, elle est une position dynamique, sans cesse remise en cause, seulement garantie par le dynamisme, la compétitivité des acteurs nationaux au premier rang desquels Sonatrach qui fondent ainsi la puissance de la Nation.

Pour en revenir aux changements attendus dans la loi sur les hydrocarbures, comment les situez-vous par rapport à l’argumentaire que vous venez de développer ?

Je n’ai pas grand-chose à ajouter pour ce qui concerne la loi. Seulement peut-être, en effet, ceci. Dès lors qu’est engagé et traité comme priorité nationale le renforcement de Sonatrach, compagnie pétrolière, propriété de l’Etat, il convient de considérer les logiques partenariales de manière froide et réaliste, avec comme seul critère l’intérêt national. Je rappelle que Sonatrach a engagé un ambitieux et très prometteur projet stratégique, le projet SH 2030, qui va dans le sens évoqué plus haut et qu’il est impératif pour elle, pour le pays, de réussir. J’ajouterai encore ceci, concernant le partenariat international. Si notre domaine minier reste inexploré et prospectif, autant en conventionnels qu’en non conventionnels, si la loi demande à être revue, il faut aussi, je dirais même surtout, que le climat des affaires marche au même pas, que les entraves bureaucratiques soient levées qui brouillent encore plus l’image de notre pays et découragent tout projet partenarial. Dans le même sens, il faut faire confiance aux managers nationaux, tout en mettant en place des systèmes d’audit et de contrôle modernes et efficaces. Le recours aux appels d’offres pour l’exploration me semble une aberration, s’agissant d’entreprises qui sont appelées à prendre de gros risques ensemble, à collaborer. Comme disait Hassen El Badri, ancien Secrétaire général de l’OPEC, « on ne choisit pas sa femme par appel d’offres ». Il faut engager des consultations restreintes avec des leaders, ces consultations doivent viser à construire des partenariats stratégiques où Sonatrach apporte le potentiel du domaine minier national (y compris sur des gisements en activité dans des projets de récupération assistée) tout en se voyant ouvrir par son partenaire étranger des perspectives dans l’amont international, dans l’aval et la génération électrique, dans les renouvelables. Nos partenaires doivent être rassurés et encouragés à implanter dans notre pays des activités intenses en technologie, sociétés d’ingénierie, centres de recherche. Il faut que nos universités, notamment les universités des zones productrices, Ouargla, Laghouat, Oran, Skikda, Alger et Boumerdes, mais aussi Adrar pour le solaire, soient parties prenantes dans ces partenariats. Il faut que la sous-traitance nationale s’articule à ce puissant tissu industriel et technologique pour soutenir la position concurrentielle de Sonatrach et s’ouvrir de réelles perspectives stratégiques autant dans les hydrocarbures que dans les renouvelables.

Vous insistez beaucoup sur la transition énergétique. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Notre pays a un ensoleillement exceptionnel et il figure parmi les bons derniers dans la transition énergétique. Ne trouvez-vous pas cela étrange ? 3 500 heures d’ensoleillement dans le Sud, soit 86% de notre territoire, 2 650 heures au Nord. L’Algérie est une pile électrique à ciel ouvert, et elle est la dernière à le savoir. Il nous faut nous investir puissamment dans les renouvelables, le solaire en particulier et viser à rentrer dans le cercle des leaders industriels et technologiques de la transition énergétique. Notre modèle de consommation énergétique doit puissamment basculer vers les renouvelables. Ceci est un impératif stratégique. Sous la direction de nos énergéticiens nationaux, Sonatrach et Sonelgaz, les entreprises privées et publiques, les universités doivent être mis en ordre de bataille pour remporter ce challenge. Il nous faut profiter de la crise que traverse l’industrie des renouvelables dans le monde, particulièrement en Europe, du fait de la guerre des prix menée par les Chinois. Beaucoup de pépites, des sociétés de haute technologie dans le domaine sont en difficulté en Europe. Elles sont disposées à construire des partenariats industriels et technologiques avec nos entreprises. Ces partenariats, pour réussir, doivent se prolonger dans des liens de capital, car, contrairement à une vieille illusion, la technologie ne se transfère jamais, au grand jamais. On la produit, on l’arrache, on la vole, on construit des alliances stratégiques pour y accéder. Notre engagement dans la transition énergétique doit être une ambition industrielle qui ne se limite pas à la réalisation d’installations. Nous devons investir l’amont de la chaine et rentrer dans la filière du silicium pour fabriquer les cellules photovoltaïques et qui nous mènera aussi vers les semi-conducteurs, nous devons investir les nanotechnologies et nous mettre en veille dans la filière des couches minces. Nous avons des ressources considérables en silice et pouvons produire du silicium. Nous avons des ressources en lithium et pouvons nous engager dans la filière des batteries lithium – ion qui fonde le nouveau paradigme de la mobilité. Nous devons nous engager dans les systèmes distribués où chaque foyer produirait une part de son électricité. Ainsi, la transition énergétique prendrait la forme d’un mouvement citoyen et pourrait, avec la convergence entre internet et renouvelables nous placer dans la filière d’avenir des « Smart Grid ». Car s’il est deux domaine industriels et technologiques où nous pouvons sans honte postuler à rentrer dans le cercle des leaders, c’est l’énergie et le numérique. Là aussi, nous avons les ressources tant naturelles qu’humaines (je n’oublie pas notre diaspora qui peut être d’un apport déterminant), il nous manque la vision, l’ambition.

Le gouvernement a annoncé la relance du projet d’exploitation du gaz de schiste « au regard des capacités dont dispose le pays » et, précise le 1èr ministre : « il ne s’agit pas d’une démarche aventurière mais d’une option visant à garantir l’avenir en matière énergétique ».  Qu’est-ce qui fait que l’on reprenne l’investissement dans cette énergie fossile alors que les énergies  nouvelles et notamment le solaire en Algérie semblait être une option eu égard au fort ensoleillement de notre territoire et à l’absence de dégâts écologiques ? Qu’est –ce qui a conforté le gouvernement dans la reprise de  l’option gaz  de schiste après son  abandon en 2015 ? Une baisse du cout de production réputé alors « plus important que sa valeur commerciale » ; une technologie plus maitrisable ? Ou plus prosaïquement des réserves de  gaz naturel en forte baisse et la nécessité évidente d’utiliser  toutes nos ressources?   

Je pense qu’il nous faut aborder cette question avec mesure et pondération. Je lis beaucoup d’articles dont les auteurs, usant d’un langage ésotérique, technique à l’excès, inaccessible au lecteur lambda, s’improvisent faiseurs d’opinions et créent en fait une ambiance anxiogène dommageable, proche de la panique. L’intelligence de ces questions est rendue encore plus aléatoire dans le contexte de crise financière que traverse notre pays. Il ne faut pas oublier que Sonatrach a passé une crise fortement traumatisante qui a gravement affecté son encadrement (des structures centrales jusqu’aux unités opérationnelles et aux gisements). N’était-ce le patriotisme et la compétence de toutes ces femmes et ces hommes, cette société se serait effondrée, sans conteste. Je ne connais aucune compagnie pétrolière qui a subi un tel ouragan si longtemps et qui soit encore de ce monde. Aujourd’hui encore, à la faveur de ce débat, ces cadres et ces techniciens sont à nouveau exposés. Un faux débat, j’insiste pour le dire. Car la perspective de produire est de l’ordre de cinq à dix ans. L’Algérie est créditée des troisièmes réserves mondiales en gaz non conventionnels. Il serait irresponsable de la part de Sonatrach de ne pas engager des travaux pour évaluer le potentiel national et se mettre en veille technologique pour être prête lorsque des technologies respectant l’environnement viendront à jour qui bouleverseront totalement, et de manière durable, les rapports de force où nous sommes déjà fragilisés. Les enjeux économiques sont énormes, et le progrès technique est fortement sollicité. Déjà aujourd’hui les durées de forage ainsi que les coûts ont été divisés par deux. De nouvelles techniques de forage comme le forage horizontal sur des longueurs de 3 000 mètres sont déjà opérationnelles qui sont en mesure de se substituer à la fracturation hydraulique. De nouveaux progrès sont à l’horizon, autant dans les techniques de fracturation (pneumatique, par arc électrique, etc.) que dans la mise au point d’additifs chimiques biodégradables et la gestion des eaux utilisées dans la fracturation. Il s’agit véritablement d’un bouillonnement technologique où d’importants capitaux sont investis. Sonatrach, l’Algérie ne peut rester en marge. Cela, d’autant que le dynamisme de la demande interne de gaz, qui progresse de 5% l’an, qui menace de doubler d’ici 2030, neutralise tout avenir de l’Algérie en tant qu’exportateur, la vouant à terme à la position peu enviable d’importateur de gaz… mais aussi de pétrole car la demande d’essence augmente, elle, vaillamment au rythme de 9% l’an ! Je pense qu’il faut dépassionner ce débat inutile et faire confiance aux femmes et aux hommes qui font la puissance de Sonatrach comme nous leur faisons confiance lorsqu’ils assurent l’essentiel des recettes d’exportation de notre pays. Ceci dit, un contrôle citoyen de la politique énergétique nationale doit être de rigueur. Autant les élus du peuple, la société civile, la presse doivent être tenus informés et contribuer au débat sur les grands enjeux et challenges énergétiques qui se posent à notre pays. Le Conseil Supérieur de l’Energie est plus que jamais d’actualité. Notre pays gagnerait à le voir réactivé comme il gagnerait à ce que le débat sur l’énergie soit empreint de sérénité, soit constructif, objectif et ouvert sur l’avenir.

Alors que toutes les opinions confondues – pro pouvoir ou opposition-  convergeaient vers la nécessité de sortir de la dépendance des hydrocarbures, avec ce projet de nouvelle loi sur les hydrocarbures l’on semble, dénoncent beaucoup,    nous éloigner de cette sortie. Quel est votre sentiment ?

  Sortant ici de mon domaine de compétence spécifique, je vous répondrai succinctement, si vous le permettez. Oui le pays doit sortir de la dépendance aux hydrocarbures. Comme le disait le philosophe Abou Al Hamid Al Ghazali au XIIème siècle : « Ton ennemi est ton ami sur le chemin de la vérité ». La crise pétrolière, pour traumatisante qu’elle est, nous ouvre enfin les yeux. Il nous importe de sortir au plus vite du Dutsch disease dans lequel nous nous sommes enfoncés où la prospérité pétrolière en arrive à inhiber et détruire tout le tissu industriel et l’appareil productif national par le niveau et la variété d’importations qu’elle permet et qui concurrence et exclut du marché les produits nationaux, détruisant capacités productives et emplois. La diversification de notre économie est le challenge de l’heure, et il nous faut le remporter impérativement. Nous en avons les moyens, humains, en ressources naturelles, moyens financiers aussi. Cette crise est passagère, j’y ai suffisamment insisté. Les réserves américaines (55 milliards de barils par rapport aux 1 700 milliards de barils que représentent les réserves mondiales), à peine supérieures aux réserves libyennes, ne sont pas en mesure de peser sur le marché durablement. Dès 2018, le marché prendra une orientation franchement haussière. La chute des investissements depuis 2014 induira un déficit d’offre dès la fin de la décennie, et je ne suis pas le seul (Fatih Birol, Directeur de l’Agence Internationale de l’Energie pense de même) à anticiper un choc haussier entre 2020 et 2025. Nous avons les moyens de tenir, même si l’année 2018 restera problématique car le point d’équilibre pour le budget de l’Etat algérien serait autour de 100 dollars le baril alors que le prix moyen pour 2018 devrait fluctuer autour d’un pivot de 60 dollars le baril dans le meilleur des cas. Il faut, de manière ambitieuse et réaliste, nous projeter puissamment dans le futur. En libérant les énergies, en encourageant l’innovation et l’initiative et veillant à la justice sociale. Là résident les bases de la puissance à renforcer de notre chère Algérie.

 Interview réalisée par Khedidja Baba-ahmed

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/10/12/

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