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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).

HOMMAGE / TAHAR DJAOUT : « La famille qui avance et la famille qui recule » par Lazhari Labter

Posté par mouradpreure le 5 décembre 2018

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Dans l’appartement sombre et mal éclairé à la lumière électrique qui sert de siège à l’hebdomadaire Ruptures, situé au 6, rue du 19-Mai, à deux pas de la faculté centrale d’Alger et à quelques centaines de mètres du lieu où la déclaration des soixante-dix journalistes avait été adoptée, il y a près de cinq ans, derrière son bureau, concentré sur le moindre mot, Tahar Djaout, écrivain connu et directeur de la rédaction,relit pour la dernière fois sa chronique où, avec une pointe d’ironie, il dit à propos du dialogue que le pouvoir s’apprête à mener avec les partis de l’opposition :

 « C’est à n’y rien comprendre. Alors que le président du HCE s’est adressé il y a peu à la nation dans une intervention censée, entre autres, faire le point sur le dialogue avec les partis et les associations, voici qu’une prolongation inattendue s’engage. Y a-t-il donc eu un match nul durant le temps réglementaire imparti au dialogue ? Sans nul doute. Et comment pouvait-il en être autrement lorsqu’on continue à croire que des projets de société séparés par dix siècles de distance peuvent coexister,lorsqu’on continue à prendre au sérieux un responsable de parti qui clame quel’Algérie n’a besoin d’aucune loi étant donné que le Coran les contient toutes ?

 Vu la situation de crise profonde que vit l’Algérie et qui brouille toute perspective d’avenir, le salut ne résiderait-il pas plutôt dans un choix résolu, quitte à faire des mécontents, le choix qui arrachera l’Algérie aux serres des ténèbres pour la propulser vers le jour ?Ce choix tarde à se préciser, à tel point que nous commençons à nous demander avec angoisse si c’est vraiment vers la lumière du jour que ceux qui ont en charge la destinée du pays veulent nous mener.

 L’originalité de la seconde mi-temps de ce dialogue politique est qu’il réunira les formations groupées en “familles” d’idées. Et là on retombe à pieds joints dans la grande problématique de l’Algérie car, si on évacue quelques points de détail, il n’y a en fait que deux familles : la famille qui avance et la famille qui recule. Parmi les cinq formations politiques reçues par le HCE, on dénombre : deux partis intégristes, deux partis qui soutiennent l’intégrisme et un seul parti qui œuvre pour une Algérie républicaine et moderne.

 Quelle loi appliquer dans ce cas : celle d u nombre ou celle de la qualité ? Quel parti écouter : celui qui plaide pour une société démocratique, épanouie et moderne ou les quatre qui veulent ramener l’Algérie à une ère pire que celle où elle se débat aujourd’hui ?Espérons que le pouvoir, qui a admis en janvier 1992 que la loi du nombre n’est pas toujours omnipotente, tende la bonne oreille et fasse le bon choix.Ou alors, le pouvoir, qui, depuis 1962, se succède à lui-même, n’aurait-il interrompu l’absurde processus électoral d’il y a un an et demi que pour préserver cette continuité dans la succession et non, comme beaucoup le croient, pour sauver l’Algérie.

 La démarche adoptée et les choix arrêtés prochainement permettront de répondre à cette question. Car le pays est à l’heure des choix décisifs, étant donné qu’en trente ans il n’a pas réellement tranché.

 Continuera-t-il à naviguer à vue vers un horizon où s’accumulent les mirages, ou se décidera-t-il à prendre le gouvernail, en le brusquant quelque peu, afin de lui imprimer la rotation nécessaire ?

 Car on commence à perdre pied et à avoir un début de vertige avec la valse-hésitation et le jeu de balançoire dans lesquels on nous entraîne. Un exemple : d’un côté on introduit l’adhan à la télé (ce dont on s’est passé pendant trente ans sans que notre islamité en soit diminuée) et d’un autre on exige que les hauts fonctionnaires viennent travailler avec une tenue neutre où l’étalage de leur dévotion ne serait pas imposé aux citoyens. Ne nous attardons pas sur le premier point, mais disons que le second point est tout à l’honneur du gouvernement. Il dénote quel’Exécutif est préoccupé de remettre de l’ordre et de redonner un peu d’autorité à un Etat longtemps piétiné. Il nous est donc agréable de penser qu’à l’avenir nous ne serons plus accueillis par des préposés en djelbab,en claquettes, en gandoura, ou dont les joues n’ont pas éprouvé le rasoir durant vingt jours.

 Mais, attendez, pour une fois que le gouvernement prend une très bonne initiative, la réaction viendra très probablement de ceux qu’on ne devrait pas attendre, mais qu’on attend en fait,parce qu’ils nous ont maintenant habitués : gageons que ces affamés des droits de l’homme qui cherchent la moindre cause à se mettre sous la dent ne tarderont pas à crier à la violation de je-ne-sais-quoi. La culture populiste n’appartient, hélas ! pas à un seul camp, et des hommes, dont l’apparence ne les y prédispose aucunement, ont souvent apporté de l’eau à un moulin dont la farine est empoisonnée.

 Quitte, après cela, à se transformer en pleureuses devant ceux qui se contorsionnent sous les affres d’une mortelle intoxication. »

 Satisfait, il réfléchit quelques instants,écrit sur le haut de la première feuille “La famille qui avance et la famille qui recule” et remet son “papier” à la composition. Il ne pouvait pas se douter que c’était le dernier.

 Le 25 mai, comme tous les mardis,l’hebdomadaire Ruptures est dans les kiosques. Dans ce numéro 20 et avant dernier, la chronique de Tahar Djaout, dans la rubrique « Relais »en page 15, est bien présentée. En page 5, sous le titre « Solidarité avec Omar Belhouchet », le collectif écrit : « C’est avec une profonde stupeur que la rédaction de Ruptures a pris connaissance du lâche attentat auquel a miraculeusement échappé notre confrère Omar Belhouchet,directeur du quotidien El Watan. Si cet acte de violence mérite d’être radicalement condamné, il ne peut que nous rappeler qu’en ces douloureuses épreuves que traverse l’Algérie, l’ensemble du corps journalistique, épris de démocratie, de justice et de progrès, est ici interpellé dans le sens d’une plus grande solidarité et lucidité face aux véritables ennemis de notre pays. »

 En effet, huit jours avant la parution du journal, le lundi 17 mai, le directeur d’El Watan avait miraculeusement échappé à un attentat, condamné avec vigueur en Algérie et à l’étranger.

 Dans la cité populaire de Baïnem où habite Tahar Djaout, une cité adossée à la forêt des hauteurs de Bouzaréah et qui fait face à la mer, distante de quelques centaines de mètres, dans une voiture arrêtée au parking, trois jeunes, sur le qui-vive, l’œil bien ouvert, aux aguets, attendent depuis une heure ou deux. Bien que nerveux, ils sont sûrs de leur coup. Ils sont bien renseignés sur les habitudes du journaliste pour l’avoir surveillé pendant des jours. Ils connaissent sa voiture, son nom, ses horaires à la minute près.

 Son petit-déjeuner pris, comme à l’accoutumée,Tahar Djaout embrasse ses trois filles, dit au revoir à sa femme et sort de chez lui. Il n’y a que quelques minutes de la maison, située au quatrième étage, à la voiture dans le parking. Alors que sa femme l’observe par la fenêtre, il s’installe sur le siège et baisse les vitres pour chasser l’air confiné dans l’habitacle et laisser rentrer un peu de fraîcheur.

 L’un des trois occupants de la voiture en stationnement descend et se dirige lentement vers lui.

 Absorbé par ses pensées, le journaliste ne prête guère attention à ce jeune, comme il y en a partout, qui se dirige vers lui. Il devait penser certainement au prochain numéro du journal qu’il faut préparer.

Lorsque,face à l’arme pointée sur lui, il comprend de quoi il s’agit, il est déjà trop tard.

 Couvertes par le cri horrifié de sa femme qui observe la scène du balcon, trois détonations éclatent dans le matin de cette journée du mercredi 26 mai 1993. Atteint de trois balles, dont une dans la tête, tirées à bout portant, Tahar Djaout s’effondre et entre dans un coma profond.

 Comme une traînée de poudre, la nouvelle se répand très vite dans les salles de rédaction, les sièges des partis politique set des associations, dans les administrations. C’est le choc. L’attentat suscite de nombreuses réactions d’indignation et de réprobation dans tout le pays et à l’étranger où il est connu comme écrivain.

 Le lendemain de l’attentat, deux de ses assassins sont abattus du côté de Notre-Dame d’Afrique, sur les hauteurs d’Alger. Le troisième sera arrêté le surlendemain.

 Plongé dans un coma profond, Tahar Djaout restera suspendu entre la vie et la mort pendant huit jours. Il décédera le mercredi 2 juin. La famille de la presse est en deuil.

 Tous les journaux annoncent le lendemain sa mort avec des titres en réserve sur fond noir.

 Sous le titre « Djaout est mort »,le quotidien Le Matin écrit : « (…) On s’y attendait, mais en chacun de nous il y avait quelque part un espoir. (…) Pour nous, qui sommes encore vivants et qui avons choisi de rester dans ce pays en dépit de tout, nous continuerons la lutte (…). »

 Quelques jours plus tard, dans Rupturesn° 21 du mardi 8 juin, le directeur du journal note dans son éditorial : « (…) Avec la mort de Tahar, l’intolérable et l’insoutenable sont atteints. Ils n’ont pas tué seulement l’ami tendre mais aussi un intellectuel brillant, un journaliste talentueux et un écrivain de renommée mondiale (…). Mais pour notre part, journalistes de Ruptures, nous continuerons le combat que nous avons engagé avec notre ami Tahar (…). »

 De son côté, l’assistant de Tahar Djaout à la direction de la rédaction, sous le titre « Frère lumineux », s’insurge :« (…) Non ! Il ne faut pas que Tahar parte comme ça, il ne faut pas qu’il se dissipe dans la banalisation d’un chaos où les plus démunis,les plus humbles et ceux qui incarnent le courage et l’intelligence d’un pays balafré soient enfermés, impuissants, sacrifiés dans les statistiques de la haine, les statistiques de la barbarie. Non ! il ne faut pas que Tahar parte comme ça… »

 L’Association des journalistes algériens, dans une déclaration datée du 27 mai 1993 note : « Les journalistes et la liberté d’expression viennent, une nouvelle fois, d’être lâchement agressés dans notre pays à travers l’odieux attentat dont a été victime mercredi matin Tahar Djaout, journaliste et écrivain, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Ruptures, quelques jours après la tentative d’assassinat de Omar Belhouchet, journaliste et directeur d‘El Watan. Les journalistes algériens, profondément meurtris par la barbarie de ces actes visant à faire taire toute opinion divergente par les armes, appellent les opinions publiques nationale et internationale à condamner sans rémission les commanditaires et les exécutants de ces actes. L’AJA réaffirme solennellement,en ces douloureuses circonstances, que quel que soit le prix à payer, les journalistes algériens – victimes de longue date de persécutions et de l’arbitraire – sont déterminés à poursuivre leur combat pour une presse libreau service de la démocratie. »

 Le vendredi 4 juin à 13 heures à Oulkhou, village natal du poète, dans ces montagnes aux « chemins qui montent » si bien décrites par Mouloud Feraoun, Tahar Djaout, accompagné par des dizaines de milliers de citoyens de tous les coins du pays, est mis enterre.

 Comme des dizaines d’autres collègues,confrères et amis de Djaout, je m’étais rendu à l’hôpital de Baïnem où il avait été transféré après l’attentat pour m’enquérir de l’évolution de son état. « Stationnaire »,m’avait répondu ses collègues, effondrés. Malgré la gravité de ses blessures,personne n’osait croire que la mort pouvait l’emporter et chacun s’accrochait àl’espoir, ténu mais fou, de le voir revenir à la vie.

 Je me trouvais à quatre cents kilomètres d’Alger, dans le sud du pays, quand la nouvelle de sa mort tomba, tranchante,brutale, comme un couperet : « Tahar Djaout est mort ! »

 Le vendredi, au moment même de l’enterrement,je trouvais un numéro de la revue littéraire Promesses, disparue depuis longtemps, datée de juin 1973. En page 83, un poème de jeunesse de Djaout intitulé Guerre où l’on sent, mêlées, les influences des parnassiens, de Baudelaire et de Rimbaud. Sur la couverture, le prénom de Djaout, mal orthographié, au lieu de Tahar est devenu Zahar, ce qui, en arabe,veut dire chance.

Traversant tout un Léthé

De souffrances et d’horreurs

J’ai vu de sombres étés

Nous refuser leur chaleur

 

J’ai vu de funestes obus

Mutiler des chairs humaines

J’ai vu toute une tribu

Traîner ses lourdes chaînes

J’ai vécu dans un enfer

De douleurs et de peines

Où seul triomphe le fer

Et mugissent les sirènes

 

J’ai contemplé des hommes

Les membres amputés

Dans une lugubre Sodome

Aux murs ensanglantés

 

Mes yeux se sont posés

Sur des femmes des grisons

Qui mangent un noir quignon

Par leurs larmes arrosé

 

Des mares de sang noirâtre

Embourbaient nos chemins

Une atmosphère grisâtre

Voilait tous nos matins

 

Nos nuits sont éclairées

Par des astres moribonds

Et nos rêves s’engouffraient

Dans un bourbier sans fond

 «Des mares de sang noirâtre/embourbaient nos chemins/et nos rêves s’engouffraient/dans un bourbier sans fond. »

Qu a dit que les poètes ne sont pas des visionnaires ?

 Zahar ? Et qu’ils ont de la chance ?

 Dimanche 30 mai 1993. Au journal télévisé de 20 heures : « Tahar Djaout a été ciblé parce qu’il était communiste et avait une plume redoutable qui influe sur les milieux islamistes », déclarera l’un des assassins arrêté le surlendemain de l’attentat. Il ajoutera qu’ils avaient agi sur instruction de Abdelhak Layada surnommé « le tôlier de Baraki », l’un des chefs terroristes des dangereux Groupes islamiques armés (GIA), se considérant comme un des « fléaux de Dieu » dont la mission est de « purifier » l’Algérie.

 Tahar Djaout n’a jamais appartenu à un parti politique. Excepté celui de l’humanisme.

Lazhari Labter

 

Extrait de JOURNALISTES ALGÉRIENS 1988-1998 - Chronique des années d’espoir et de terreur

Chihab édition, Alger, 2005

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LA HAINE DEVANT SOI

Par Tahar Djaout

 Du dur métier d’être Algérien. Cela pourrait être un constat, une épitaphe ou le refrain d’une litanie. Sous le ciel (climatiquement) clément de l’Algérie, il ne fait plus bon vivre. À la bourse des valeurs et de l’orgueil nationaux, l’algérianité est déclassée ; sa cote, d’abord en chute libre, s’est immobilisée à un indice qui indique, à peu de chose près, la nullité.

 Finie la période à la fois bénie et illusoire où l’on pensait que la nationalité algérienne n’était pas un simple fait juridique, mais une valeur et un privilège qui n’étaient pas à la portée du premier venu ! Que n’a-t-on pas glosé sur les vertus des « vrais Algériens » ! Révolu le temps du nombrilisme et des mirages où, le pétrole montant à la tête, le « million et demi de martyrs » venant à la rescousse, on affichait des allures de surhommes, affirmant qu’il n’est pas donné à n’importe qui d’être Algérien.

 Aujourd’hui, une jeunesse désabusée qui crie sa désaffection ne rêve que de larguer les voiles vers des cieux où sa vigueur et ses désirs peuvent acquérir un sens. Elle déploie des trésors d’ingéniosité pour brader tout ce qui peut trouver acheteur hors de nos frontières : ona vendu les médicaments subventionnés par l’État, on a écoulé le lait en poudre, on a vendu les moutons et même les peaux des moutons consommés intra-muros pour que des sacs, des portefeuilles et des chaussures sortent des fabriques des pays heureux ; ceux qui ont vendu les matières premières réintroduiront ensuite chez eux, par le biais de la contrebande, les produits manufacturés. El bi’oua chra. Vendeurs-acheteurs à grande échelle,vendeurs-acheteurs dont la vision et la soif ne connaissent pas les frontières.Tidjara halal, le commerce est licite : voilà une bonne couverture morale pour les chercheurs de prétextes, pour ceux qui veulent amasser des millions et garder la conscience tranquille. À économie de bazar, moralité de bazar !

 Où sont donc passés les rêves de générosité, de modernité et de progrès des années 1960 ? Comment une jeunesse qui avait pour emblèmes Che Guevara, Angéla Davis, Kateb Yacine, Frantz Fanon, les peuples luttant pour leur liberté et pour un surcroît de beauté et de lumière, a-t-elle pu avoir pour héritière une jeunesse prenant pour idoles des prêcheurs illuminés éructant la vindicte et la haine, des idéologues de l’exclusion et de la mort ?

 Naufrage d’une société où la raison et l’intelligence ont abdiqué. Naufrage d’une société à laquelle on a inculqué la négation d’elle-même et la négation du monde, à laquelle on a confectionné une identité en forme de mirage et un idéal qui prend l’histoire à reculons.

 Durant deux décennies, des institutions comme le système éducatif et la télévision ont travaillé de façon méthodique à la transition de la société algérienne vers une société intégriste. Et, un jour,le processus arrivant à terme, une part insoupçonnée de la société appelle de tous ses vœux et de toute sa violence l’avènement d’un fascisme théocratique.La passivité des uns, l’expectative des autres ont fait le lit des adeptes de l’extrémisme le plus déterminé. Comme le rappelait dernièrement le président de l’Allemagne réunifiée à propos des néonazis, si le fascisme avait triomphé en Allemagne à la fin des années trente, ce n’était pas parce qu’il y avait beaucoup de fascistes, c’était parce qu’il n’y avait pas assez de démocrates.

 Au lendemain de l’indépendance, décrétant les oulémas seuls légataires d’une révolution à laquelle ils n’ont jamais pris part, le pouvoir en place (qui a fait, quoi qu’on en dise, preuve d’une continuité exemplaire de Ben Bella à Boumediene et de celui-ci à Chadli) a circonscrit les horizons de l’Algérie à l’intérieur d’une équation linguistique et religieuse édictée par ces oulémas.Tandis qu’une tendance ânonnait timidement les valeurs républicaines, une autre tendance, plus entreprenante et plus efficace parce que relayée par l’école et par certains médias, glorifiait une identité mythique, dénigrait l’humanisme et les valeurs universelles, ridiculisait l’intelligence, plaidait pour un projet théocratique.

 Cette tendance, qui a fini par prendre de l’ampleur, s’est attaquée, le moment venu, aux fondements de l’État algérien.L’un des leitmotivs de son discours est en effet : « Non à l’Algérie algérienne ». Cette formule niant l’Algérie est aujourd’hui encore la devise de tout un courant idéologique et de la presse qui le soutient(notamment Es-Salem que finance l’État algérien).

 L’Algérien, qui a vécu une très courte lune de miel avec lui-même, arrivera-t-il un jour à vaincre ce rejet, voire cette haine de soi qui l’habite ? Il faudra sans doute pour cela qu’il assume certaines évidences : que son devenir est en Méditerranée et non dans une contrée utopique, que son horizon immédiat est au vingt-et-unième siècle et non au Moyen âge. Il faudra aussi que ceux qui le gouvernent cessent de penser que deux projets de société antinomiques peuvent se marier harmonieusement, quel’archaïsme et l’anachronisme doivent être les indispensables ingrédients de chaque regard sur le futur.

 

T.D.

 

Ruptures n° 1, du 13 au 19 janvier 1993

 

 

27 mai 2014, 12:40

 

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