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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).
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Les Etats-Unis sont fatigués du monde – De Barack Obama à Donald Trump, l’interventionnisme ne fait plus recette

Posté par mouradpreure le 7 janvier 2019

Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine de novembre 2016 sera vraisemblablement moins favorable aux interventions militaires que son adversaire démocrate — une situation inédite depuis la seconde guerre mondiale. Mais la tentation du repli, qui hante la politique étrangère de M. Barack Obama depuis 2009, concerne désormais les deux grands partis.

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«Faible », « confus », « indécis », « traître », « lâche », « naïf », « incohérent », « sans vision », « inexpérimenté »  : pendant huit ans, les républicains n’ont pas eu de mots assez durs pour qualifier M. Barack Obama et sa politique étrangère. Le président aurait sapé la grandeur et le crédit des Etats-Unis en refusant de recourir plus souvent à la force.

S’ils ne manquent jamais de souligner combien M. Obama aurait humilié les Etats-Unis, les deux principaux candidats en lice dans la primaire républicaine ont largement remisé ces discours jusqu’au-boutistes. En décembre 2015, M. Ted Cruz a critiqué les « néoconservateurs fous qui veulent envahir tous les pays de la planète et envoyer nos enfants mourir au Proche-Orient (1) ». Le même mois, lors d’un discours devant la très conservatrice Heritage Foundation, il a souligné le caractère néfaste des interventions américaines en s’appuyant sur l’exemple libyen, puis a ajouté : « Nous n’avons pas de camp à soutenir dans la guerre civile syrienne. » Des propos qui entraient quelque peu en résonance avec une phrase de M. Obama : le 10 septembre 2013, le président avait considéré que le conflit syrien était « la guerre civile de quelqu’un d’autre ».

M. Donald Trump n’entend pas davantage se lancer dans une expédition au Proche-Orient. « Nous y dépensons des milliers de milliards de dollars, alors que l’infrastructure de notre pays est en train de se désintégrer », a-t-il déploré le 3 mars. Là encore, on aurait cru entendre l’actuel occupant de la Maison Blanche : « Durant la dernière décennie, la guerre nous a coûté 1 000 milliards de dollars, à un moment où notre dette explosait et en des temps économiques difficiles (…). Il est temps de nous concentrer sur la construction de notre nation », estimait M. Obama en 2011, tandis qu’il promettait le retrait prochain des soldats encore présents en Afghanistan.

« Se faire examiner le cerveau »

Côté démocrate, il est souvent arrivé que des candidats critiques de l’interventionnisme militaire soient bien placés dans la course à l’investiture. Ce fut le cas de l’opposant à la guerre du Vietnam George McGovern en 1972, du pasteur noir Jesse Jackson en 1984 et en 1988 — il avait par exemple dénoncé les manœuvres des Etats-Unis pour renverser le gouvernement nicaraguayen — ou même de M. Obama, pourfendeur de la guerre d’Irak en 2008. Il faut en revanche remonter à 1952 et à la candidature de Robert Taft pour trouver un républicain hostile aux expéditions militaires et bien placé pour être investi par son parti. Le sénateur de l’Ohio était opposé au plan Marshall et à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), jugés inefficaces et trop coûteux, et estimait que l’Amérique ne devait recourir à la force que si la « liberté de son peuple » était directement menacée. Il perdit de justesse face à Dwight Eisenhower. Depuis, la clé du succès aux primaires républicaines est d’affirmer la vocation des Etats-Unis à guider le monde. C’était encore le thème central des programmes de politique étrangère de M. John McCain en 2008 et de M. Willard Mitt Romney en 2012. L’actuel revirement au sein du Parti républicain est d’autant plus surprenant que le camp conservateur s’est indigné pendant huit ans de la « faiblesse » de M. Obama, au prétexte qu’il était parfois réticent à bombarder des pays étrangers.

Cette inflexion se comprend mieux lorsqu’on analyse l’évolution générale de la politique étrangère américaine depuis 2009. Durant ses deux mandats à la Maison Blanche, l’ancien sénateur de l’Illinois a été accusé de mener une politique que nul grand principe ne guide. A la différence des présidents Harry Truman (« endiguement » de l’Union soviétique), Dwight Eisenhower (« refoulement » du communisme), Richard Nixon (« détente » musclée), James Carter (« droits de l’homme »), Ronald Reagan (confrontation avec l’« empire du Mal » soviétique) ou encore George W. Bush (« guerre contre la terreur »), il ne laissera pas derrière lui une doctrine qui porte son nom, mais un assemblage de choix parfois contradictoires. Il accompagne, en 2011, une coalition pour faire chuter Mouammar Kadhafi en Libye, puis se désintéresse de ce pays ; il s’adonne à des bombardements par drones discrétionnaires et totalement illégaux (au regard du droit international et américain), mais s’engage dans un effort diplomatique multilatéral pour signer un accord sur le programme nucléaire iranien et sait se montrer audacieux quand il décide le rétablissement des relations avec Cuba.

Le président doit naviguer entre des forces qui tentent toutes d’influer sur sa diplomatie : l’opinion publique, susceptible de basculer de l’isolationnisme à l’interventionnisme pour peu qu’un attentat soit commis ou un journaliste américain décapité ; les élus du parti adverse, toujours prompts à l’accuser de faiblesse ; ses conseillers, ministres et collaborateurs ; les alliés des Etats-Unis, qui attendent que Washington se comporte conformément à leurs intérêts ; les adversaires, qui guettent le moindre faux pas pour avancer leurs pions. Certains présidents prenaient leurs décisions en étroite collaboration avec leur secrétaire d’Etat : Truman et Dean Acheson, Eisenhower et John Foster Dulles, Reagan et George P. Shultz. D’autres s’en remettaient à leur conseiller à la sécurité nationale ou à leur secrétaire d’Etat : Nixon et M. Henry Kissinger, Carter et M. Zbigniew Brzeziński. M. Obama, lui, décide seul, ou avec sa garde rapprochée : MM. Benjamin Rhodes, Denis McDonough, Mark Lippert. Ces hommes de moins de 50 ans ont fait leurs armes non pas pendant la guerre froide mais après le 11 septembre 2001, et appartiennent au courant anti-interventionniste (2).

L’actuel président a certes nommé des personnes plus expérimentées aux postes-clés du dispositif diplomatique et militaire : MM. Robert Gates, Leon Panetta et Chuck Hagel au ministère de la défense, Mme Hillary Clinton et M. John Kerry au secrétariat d’Etat, etc. Ces voix ont parfois pesé, comme en 2009, quand Mme Clinton a convaincu M. Obama de soutenir le coup d’Etat contre M. Manuel Zelaya au Honduras. Mais dans les moments de crise, elles ne furent pas toujours écoutées. « Sa Maison Blanche aura été de loin la plus centralisée et la plus autoritaire en matière de sécurité nationale depuis Richard Nixon et Henry Kissinger », analyse M. Gates dans ses Mémoires (3).

Les premiers désaccords entre M. Obama et son entourage apparaissent en septembre 2009, au sujet de l’Afghanistan. Alors que le président a promis de mettre fin à cette guerre, le général Stanley McChrystal, chargé des opérations sur place, lui oppose que la victoire exige une augmentation de la présence militaire américaine ; il estime les besoins à quarante mille soldats. Durant trois mois, réunion après réunion, la secrétaire d’Etat, le ministre de la défense, le directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), le conseiller à la sécurité nationale et le directeur du renseignement national tentent de convaincre M. Obama de satisfaire cette demande. « Ce n’est pas dans l’intérêt national », ne cesse de répéter le président, qui ne veut pas « dépenser 1 000 milliards de dollars »et se lancer « dans un effort de reconstruction nationale à long terme » (4). Refusant de choisir entre le retrait et l’engagement militaire illimité réclamé par le général McChrystal, il opte pour une solution de compromis : un engagement de trente mille soldats supplémentaires pour une durée de dix-huit mois. « L’Amérique doit montrer sa force, de manière à mettre fin aux guerres et à prévenir les conflits », déclare-t-il le 1er décembre 2009 pour justifier son choix. La plupart des spécialistes des questions militaires ont jugé cet entre-deux particulièrement inefficace, car il suggérait aux talibans d’attendre que l’orage passe.

Un scénario comparable se déroule en 2011, au début des « printemps arabes ». Faut-il intervenir militairement pour faire tomber Kadhafi, au prétexte qu’il menace de massacrer les insurgés de Benghazi ? Cette fois, à l’exception de Mme Clinton, l’entourage de M. Obama est plus circonspect. M. Gates estime même publiquement que quiconque envisage une nouvelle expédition au Proche-Orient devrait « se faire examiner le cerveau (5) ». Mais les pressions viennent des médias, de l’étranger — en particulier de la France et du Royaume-Uni, bien décidés à en découdre — et du Congrès, où le sénateur démocrate Kerry et son collègue républicain McCain réclament ensemble l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne. A nouveau, le président fait un choix « centriste » : il accepte d’intervenir, mais dans le cadre d’une coalition large, avec un mandat des Nations unies — lequel prévoit uniquement la création d’une zone d’exclusion aérienne et sera rapidement outrepassé — et sans mener les opérations.

Peut-on détecter là une « doctrine Obama » ? Les Etats-Unis entendraient « diriger de l’arrière » (lead from behind) pour défendre leurs intérêts sans trop s’exposer : en bombardant avec des drones, en privilégiant l’usage ponctuel de forces spéciales ou en laissant d’autres intervenir à leur place. « Diriger de l’arrière, ce n’est pas diriger. C’est abdiquer », tempête alors le journaliste néoconservateur Charles Krauthammer dans le Washington Post (6). La guerre en Syrie a démontré qu’il ne s’agissait pas d’une doctrine pour le président américain, mais, comme dans le cas afghan, d’un choix de circonstance : M. Obama a cherché à ménager les partisans et les détracteurs du recours à la force, sans en satisfaire aucun.

Sept pays bombardés depuis 2009

Le précédent libyen n’a fait que renforcer ses réticences à l’égard des interventions militaires. Pendant deux ans, entre 2011 et 2013, dans le prolongement de son discours du Caire en juin 2009, il appelle au départ du président Bachar Al-Assad, proclame son soutien aux rebelles. Mais n’envisage jamais d’utiliser son armée. La Syrie n’est pas la Libye, un Etat sans véritables alliés. La situation change en août 2013, quand le pouvoir de M. Al-Assad est accusé d’avoir utilisé des armes chimiques dans la banlieue de Damas, franchissant ainsi la ligne rouge tracée un an plus tôt par M. Obama. Les Etats-Unis peuvent-ils rester inactifs alors que leur crédit est en jeu ? A la Maison Blanche, un consensus se dessine autour de la nécessité de « punir » M. Al-Assad. « Les grandes nations ne bluffent pas », prévient le vice-président Joe Biden, habituellement peu favorable aux expéditions militaires (7). M. Obama semble lui aussi convaincu, et demande même au Pentagone de proposer les cibles des bombardements.

Mais au dernier moment, après une discussion avec M. McDonough, son conseiller le plus anti-interventionniste, le président fait volte-face et demande à son équipe de lui trouver une porte de sortie. Cette décision déclenche une pluie de récriminations, en France, en Arabie saoudite, en Israël et dans les pays du Golfe. Elle vaut à M. Obama d’être taxé de « couardise »par les républicains en même temps qu’elle exaspère de nombreux démocrates, M. Kerry considérant notamment qu’il s’est « fait entuber (8) ». M. Obama a « envoyé un mauvais message au monde », estime l’ancien ministre de la défense Panetta dans ses Mémoires : « Cet épisode a souligné sa faiblesse la plus évidente (…). Trop souvent, selon moi, le président privilégie la logique d’un professeur de droit sur la passion d’un leader (9).  »

De nombreux conservateurs ont vu dans la décision de M. Obama un point de bascule, un « nouveau Munich », auquel ils imputent une longue série de malheurs : si les Etats-Unis avaient puni Damas en 2013, affirment-ils, l’Organisation de l’Etat islamique (OEI) n’aurait pas pris son essor ; l’Iran n’occuperait pas une place aussi considérable sur la scène syrienne ; Moscou n’aurait pas eu l’audace d’annexer la Crimée, etc. M. Obama a rétorqué que la Russie ne s’était pas inquiétée des intonations martiales de M. George W. Bush ni de la présence de cent mille soldats américains en Irak quand elle est intervenue dans le conflit géorgien en 2008. Pour lui, voir dans les agissements de M. Vladimir Poutine la marque d’un retour en force de la Russie revient à « méconnaître la nature du pouvoir en matière de politique étrangère. Le vrai pouvoir signifie que vous pouvez obtenir ce que vous voulez sans devoir recourir à la violence. La Russie était beaucoup plus puissante quand l’Ukraine ressemblait à un pays indépendant mais était en réalité une kleptocratie où Moscou pouvait tirer les ficelles (10) ». En outre, Washington est loin d’être resté inactif pendant la crise ukrainienne : M. Obama, en plus d’avoir réactivé l’OTAN en Europe centrale, a fait pression sur l’Union européenne pour qu’elle impose des sanctions diplomatiques et économiques à la Russie.

La décision syrienne d’août 2013 représente malgré tout un tournant pour la diplomatie américaine. Pour la première fois depuis 2009, M. Obama n’a pas choisi un entre-deux militaire : en négociant avec la Russie un accord sur le démantèlement de l’arsenal chimique de Damas, il a mis fin au réflexe qui fait suivre d’une riposte militaire toute « provocation » à l’encontre des Etats-Unis. Cette rupture a confirmé le choix par Washington d’une stratégie de « retranchement » (11). Du retrait des troupes d’Irak et d’Afghanistan à la baisse des budgets de l’armée en passant par le refus de lancer de nouvelles expéditions militaires, M. Obama a cherché à réduire la présence américaine dans le monde afin de pouvoir se concentrer sur les problèmes intérieurs et de remédier à l’activisme déstabilisateur des années Bush. L’idée du retranchement est d’ailleurs clairement formulée par le « Guide stratégique » publié en 2012 par le ministère de la défense : « Pour atteindre nos objectifs de sécurité, nous développerons des tactiques à l’empreinte légère et peu coûteuses. (…) Les forces américaines ne seront plus en mesure de mener des opérations prolongées à grande échelle. »

Ce positionnement n’a pas grand-chose à voir avec l’isolationnisme : les Etats-Unis conservent des dizaines de bases militaires sur la planète, la plus grande armée du monde, des services de renseignement tentaculaires ; ils ont bombardé sept pays (Irak, Syrie, Afghanistan, Libye, Yémen, Pakistan et Somalie) en autant d’années ; ils continuent d’intervenir dans les affaires des autres Etats et d’œuvrer pour déstabiliser des gouvernements, notamment en Amérique latine (12).

Ce repli ne relève pas non plus de l’idéalisme, au sens où il viserait une redistribution des pouvoirs au niveau mondial, ni du pacifisme. Comme il le répète, M. Obama n’est pas contre la guerre, mais contre les « guerres imbéciles », celles qui ne servent pas les intérêts américains, qui entraînent un rapport coûts-bénéfices négatif. Aujourd’hui, les réfugiés prennent le chemin de l’Europe, de la Turquie ou du Liban ; les prix du pétrole restent bas ; les attentats frappent Ankara, Bruxelles, Tunis et Bamako : pourquoi Washington se lancerait-il dans une expédition au Proche-Orient ? Mais une attaque de grande ampleur sur le sol américain — plus grande que la fusillade du 2 décembre 2015 à San Bernardino, en Californie, qui a fait quatorze morts — peut à tout moment changer la donne. « Si nous sommes arrogants, [les autres pays] éprouveront du ressentiment à notre égard ; si nous sommes une nation humble mais forte, ils nous apprécieront », déclarait M. George W. Bush en octobre 2000, ajoutant même : « Je ne pense pas que nos troupes doivent être utilisées pour faire ce qu’on appelle de la “construction nationale”. » Et puis il y eut le 11-Septembre…

M. Obama est arrivé à la Maison Blanche déterminé à tourner la page de cet événement et de ses suites afin de pouvoir fixer son attention sur l’Asie, dont le développement l’impressionne. C’était le sens du « pivot » évoqué en 2010. « Le “rééquilibrage” vers l’Asie a joué le même rôle dans la stratégie de retranchement de l’administration Obama que l’ouverture à la Chine dans le retranchement américain à la fin de la guerre du Vietnam, écrit Stephen Sestanovich, professeur à l’université Columbia. Il prouve que les Etats-Unis ne sont pas, comme l’a dit Nixon, en train de “disparaître en tant que grande puissance” (13).  » Bien qu’elle ait engendré plusieurs actions symboliques (visites d’Etat, ouverture d’une base militaire en Australie, renforcement de la flotte américaine dans le Pacifique…) et permis la signature, le 4 février 2016, de l’accord de partenariat transpacifique (Trans-Pacific Partnership, TPP), cette réorientation n’a pu être menée à son terme.

Les « printemps arabes » ont en effet rappelé les Etats-Unis au Proche-Orient dès 2011. Dans ses entretiens avec Jeffrey Goldberg, M. Obama laisse apparaître une lassitude, sinon un désintérêt, vis-à-vis de cette région, qu’il semble considérer comme un cas désespéré. Il affirme sa préférence pour les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, qui « ne se demandent pas comment tuer des Américains, mais comment avoir une meilleure éducation, comment créer quelque chose qui ait de la valeur ». Les Etats-Unis ont dépensé plus d’argent pour « reconstruire » l’Afghanistan que pour les seize pays européens ciblés par le plan Marshall après la seconde guerre mondiale (14), sans parvenir à y créer un quelconque ordre. La guerre et l’occupation de l’Irak, l’intervention en Libye n’ont pas donné plus de résultats. Ces échecs successifs ont achevé de convaincre M. Obama du caractère limité de la puissance américaine : elle ne peut pas tout, et, en particulier, elle ne peut pas modeler le Proche-Orient à sa convenance.

Depuis la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis alternent les périodes d’assurance et de doute quant à leur capacité à régenter le monde. L’euphorie qui suit la fin du conflit cède le pas dans les années 1950 à des interrogations sur leur suprématie : sont-ils assez puissants pour contenir la progression du communisme, qui vient de connaître de sérieuses avancées avec la révolution chinoise et l’obtention de la bombe atomique par l’URSS « Notre incapacité à conserver nos ressources, le poids croissant de nos engagements budgétaires, l’augmentation vertigineuse de notre dette publique »conduisent le pays sur la pente d’un « déclin relatif », s’alarme, dès 1952, l’ancien commandant suprême des forces alliées Douglas MacArthur, qui voulait bombarder la Corée avec l’arme nucléaire. La décennie suivante marque le retour de la tentation hégémonique. Dans son discours d’investiture, le 20 janvier 1961, John F. Kennedy proclame : « Nous supporterons n’importe quel fardeau, accepterons n’importe quelle épreuve, soutiendrons n’importe quel ami. Nous nous opposerons à n’importe quel adversaire pour garantir le triomphe ou la survie de la liberté. »

Les phases d’assurance correspondent souvent à des périodes où les inégalités économiques se réduisent, où l’avenir semble dégagé pour la classe moyenne. Sitôt que l’horizon s’assombrit, la puissance redevient un fardeau. Dans les années 1970, tandis que les taux d’intérêt et l’endettement des ménages augmentent et que les deux chocs pétroliers affaiblissent l’économie du pays, le désastre vietnamien et la progression soviétique en Asie et en Afrique dévoilent les failles de la domination militaire américaine. En 1976, d’après une étude du Council on Foreign Relations, 43 % des Américains considéraient que les Etats-Unis devaient « s’occuper d’abord de leurs propres affaires », un record depuis le lancement de cette enquête en 1964 (20 %).

Les deux formes d’un même nationalisme

En 2013, ils étaient 52 %, un nouveau record. Selon un sondage de mars 2014, seuls 30 % des Américains voudraient que leur pays défende la Pologne si elle était attaquée par la Russie ; le chiffre tombe à 21 % pour la Lettonie, et même le Royaume-Uni peine à atteindre les 56 %. Sondage après sondage, seuls les attaques par drones et les bombardements contre l’OEI décidés après la prise de Mossoul et la décapitation du journaliste James Foley en août 2014 obtiennent un large soutien.

Certes, « l’opinion, ça se travaille », et il est possible de rendre populaire une guerre (15). M. Obama n’y est pas disposé, pas davantage que M. Trump — lequel a même proposé de retirer son pays de l’OTAN, au motif que l’organisation était « obsolète » et coûtait trop cher. Comme l’a montré l’historien britannique Perry Anderson, l’interventionnisme et l’isolationnisme constituent deux formes d’un même nationalisme. L’un légitime la domination de l’Amérique en valorisant son universalisme (lequel justifie l’activisme messianique de Washington, qui guiderait la planète sur le bon chemin), l’autre son exceptionnalisme (qui encourage à préserver le caractère unique d’une société à part dans le monde) (16).

Dominant avant la seconde guerre mondiale, l’isolationnisme disparaît presque entièrement du camp conservateur pendant la guerre froide, avant de réémerger après l’effondrement de l’URSS. Il prend alors deux formes : celle d’un repli strict, représenté par le libertarien Ron Paul, et celle d’un anti-interventionnisme conservateur, promu par M. Patrick Buchanan, ancien collaborateur de Nixon et de Reagan : « Si nous n’arrêtons pas de nous comporter comme l’Empire britannique, nous finirons comme l’Empire britannique (17) », assénait ce dernier en 2006. Ce courant, très minoritaire dans les années 1990 et 2000, connaît une nouvelle vigueur sous la présidence Obama. Regroupé autour du Cato Institute et de la revue The American Conservative (fondée en 2002 par M. Buchanan pour s’opposer à la guerre en Irak), il met en avant les désastres afghan et irakien, mais aussi le contexte de crise économique et sociale. La dette publique conduit certains républicains à préférer une réduction des dépenses au maintien des budgets militaires. En août 2011, le Congrès a ainsi voté un plan d’austérité (dit de « séquestration ») prévoyant 1 000 milliards de dollars de coupes dans les budgets de l’armée sur dix ans. Les « faucons budgétaires » l’ont alors emporté sur les « faucons militaires ».

Le succès des candidatures de MM. Trump et Cruz dans le camp républicain confirme cette nouvelle tendance et révèle le décalage croissant entre l’establishment de la politique étrangère et des électeurs tentés par le repli. Aujourd’hui encore, les think tanks les plus influents, les hauts fonctionnaires du Pentagone et du secrétariat d’Etat, les éditorialistes du Wall Street Journal, du Washington Post, de Fox News ou de Cable News Network (CNN) demeurent largement acquis à l’interventionnisme, et leur voix est toujours aussi forte. « L’establishment de la politique étrangère est presque entièrement composé de néoconservateurs à droite et d’interventionnistes libéraux à gauche », constate Benjamin Friedman (18). La plupart de ces observateurs avisés ont déclaré qu’ils s’abstiendraient si MM. Cruz ou Trump devaient représenter le Parti républicain à la présidentielle. Certains voteraient même pour Mme Clinton. La prétendante démocrate a soutenu la guerre en Irak, les bombardements en Syrie et en Libye ; elle trouve que l’accord nucléaire signé avec l’Iran manque de fermeté et n’a pas hésité à critiquer M. Obama depuis qu’elle a quitté le secrétariat d’Etat. Même si elle a récemment édulcoré ses propos pour contrer les attaques de son concurrent Bernie Sanders — qui appartient depuis toujours à la frange antiguerre des démocrates —, elle est la candidate la plus interventionniste, et la plus rassurante pour l’élite américaine de la politique étrangère. « Les réalistes et les autres chercheurs sceptiques quant aux interventions sont surtout confinés à l’université », estime Friedman.

Se recentrer sur les Etats-Unis : l’argument revient souvent dans la bouche de MM. Cruz, Trump et Obama. Tous trois partagent l’idée que les alliés de Washington — de l’Arabie saoudite à la France en passant par les pays du Golfe, l’Allemagne et le Japon — devraient cesser de s’en remettre à lui et porter leur part du fardeau du système sécuritaire international. Enfin, s’ils affirment tous leur volonté de défendre coûte que coûte Israël et de mettre l’OEI hors d’état de nuire, M. Cruz proposant même de lui appliquer la méthode du « tapis de bombes », ils s’accordent paradoxalement pour considérer que le Proche-Orient n’est plus au centre des intérêts américains.

Sans doute juste sur le plan économique, cette idée interroge d’un point de vue moral et politique : les Etats-Unis peuvent-ils décréter du jour au lendemain qu’ils ne veulent plus d’un leadership qu’ils ont forgé à la force des canons pendant soixante ans ? Peuvent-ils se détourner, sans aucun état d’âme, sans aucune réparation (compensation financière, soutien diplomatique, mise en place d’une coopération fondée sur le juste échange, etc.), d’une région qu’ils ont patiemment déstabilisée ? L’important « n’est pas de savoir s’il y a la paix [au Proche-Orient], mais si les Etats-Unis sont impliqués dans l’absence de paix », a cyniquement résumé Jeremy Shapiro, chercheur à la Brookings Institution et conseiller au département d’Etat. On ne peut faire table rase de l’histoire : même quand ils ne maintiendront plus de soldats dans la région, les Etats-Unis resteront comptables du chaos qu’ils ont enfanté.

Benoît Bréville

(1) Tim Alberta et Eliana Johnson, « Many GOP foreign-policy leaders are suspicious of Ted Cruz », National Review, New York, 14 décembre 2015.

(2) Justin Vaïsse, Barack Obama et sa politique étrangère (2008-2012), Odile Jacob, Paris, 2012.

(3) Robert M. Gates, Duty : Memoirs of a Secretary at War, Knopf, New York, 2014.

(4) Bob Woodward, Obama’s War, Simon & Schuster, New York, 2010.

(5) Greg Jaffe, « In one of final addresses to army, Gates describes vision for military’s future », The Washington Post, 26 février 2011.

(6) Cité dans Owen Harries et Tom Switzer, « Leading from behind : Third time a charm ? », The American Interest, vol. III, no 5, Washington, DC, mai-juin 2013.

(7) Cité dans Jeffrey Goldberg, « The Obama doctrine », The Atlantic, Washington, DC, avril 2016.

(8) Cité dans Jeffrey Goldberg, art. cit.

(9) Leon Panetta, Worthy Fights : A Memoir of Leadership in War and Peace, Penguin, New York, 2014.

(10) Cité dans Jeffrey Goldberg, art. cit.

(11) Colin Dueck, The Obama Doctrine : American Grand Strategy Today, Oxford University Press, New York, 2015.

(12) Lire Maurice Lemoine, « En Amérique latine, l’ère des coups d’Etat en douce », Le Monde diplomatique, août 2014.

(13) Stephen Sestanovich, Maximalist. America in the World from Truman to Obama,Knopf, New York, 2014.

(14) Le calcul est corrigé en fonction de l’inflation. Cf. Ian Bremmer, Superpower. Three Choices for America’s Role in the World, Portfolio Penguin, 2015.

(15Cf. Serge Halimi, Dominique Vidal, Henri Maler et Mathias Reymond, « L’opinion, ça se travaille ». Les médias, les « guerres justes » et les « justes causes »,Agone, Marseille, 2014 (1re éd. : 2000).

(16) Perry Anderson, Comment les Etats-Unis ont fait le monde à leur image, Agone, 2015.

(17) Patrick J. Buchanan, « Why are we baiting Putin ? », antiwar.com, 9 mai 2006.

(18) Benjamin Friedman, « The state of the Union is wrong », Foreign Affairs, New York, 28 janvier 2014.

par Benoît Bréville   

 https://www.monde-diplomatique.fr/2016/05/BREVILLE/55468

 

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