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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).
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L’entrepreneur, une espèce en voie de développement

Posté par mouradpreure le 9 juillet 2010

Le Nouvel Economiste 19-23 juin 2010 Par Camille Foucard 

Intra-preneur, auto-entrepreneur, micro-entrepreneur.Fantasmes de prédestination,recherche  de typologies… on a souvent recherché le profil idéal du créateur d’entreprise. Personne ne dispose a priori des compétences et connaissances suffisantes, inhérentes à toutes les disciplines, qu’il faudrait maîtriser dans l’aventure de la création d’entreprise. Il y aura toujours des lacunes à combler. Au-delà de tout savoir-faire, l’entrepreneuriat s’apprendrait donc sur le terrain. Bonne nouvelle pour les autodidactes. Doté, certes, de motivations et d’objectifs spécifiques, l’entrepreneur est en réalité en processus permanent d’acquisition de compétences.

“La création d’entreprise est aujourd’hui à la portée de tous, et de nombreux interlocuteurs sont là pour vous accompagner dans votre projet”, affirme le secrétaire d’Etat au commerce, Hervé Novelli, dans la préface du Guide du routard de la création d’entreprise, notant que la France a toutefois longtemps vécu avec un paradoxe déroutant. Le dernier rapport du Global entrepreneurship monitor montrait effectivement en 2008 que notre pays avait la particularité de combiner à la fois le plus fort taux “d’intentions entrepreneuriales” dans sa population et la plus forte peur de l’échec. La France était donc, selon Hervé Novelli, un pays d’entrepreneurs mais avait peur de l’entrepreneuriat, avant que la situation ne change en 2009 : “Avec l’auto-entrepreneur, nous avons réconcilié les intentions et l’action.” Certes, ce nouveau régime est une révolution culturelle, technologique et fiscale puisqu’il permet à toute personne – étudiant, chômeur, retraité, salarié ou fonctionnaire – de créer de chez elle, par Internet, son auto-entreprise en moins de dix minutes, avec des charges fiscales et sociales calculées en pourcentage du chiffre d’affaires et payées en un prélèvement unique. Cependant, réussir dans la création entreprise est-il pour autant à la portée de tous ? “La France croit aux intellectuels et aux études, constatait Georges Pompidou dans son testament politique (Le Nœud gordien). Le self-made man qui a conquis une situation de premier plan sans titre universitaire et sans prestige intellectuel est chez nous toléré, non respecté.”

Un entrepreneuriat “à la mode”

L’intérêt porté par l’opinion à la création d’entreprise s’est considérablement accru, notamment parce qu’elle apparaît comme un moyen de créer des emplois. Des dispositions ont par conséquent été prises par les pouvoirs publics, tant sur le plan financier, fiscal qu’humain, pour orienter et former ceux qui veulent créer une entreprise. Simultanément, les initiatives privées se sont multipliées pour aider le créateur à rompre son isolement et pour s’associer aux risques qu’il prend, le plus souvent intellectuellement, quelquefois financièrement. Bref, la création d’entreprise est à la mode. “Les possibilités de développement de la petite entreprise, qui n’existaient pas il y a trente ans, sont désormais nombreuses”, témoigne Bernard Brunhes, président du réseau de financement et d’accompagnement France Initiative qui a soutenu la création de 15 000 entreprises en 2009. “Le nombre de nos créateurs augmente, depuis 10 ans, de 10 % chaque année”, raconte ainsi Bernard Brunhes. Les optimistes soulignent que les réseaux qui accueillent les créateurs ont acquis de l’expérience et se réjouissent “de la maturité dont font preuve les acteurs de la création d’entreprise”. Les pessimistes constatent que les aides aux créateurs relèvent trop fortement de l’aide sociale pour que la création soit une affaire lucrative. Les statistiques, quant à elles, montrent qu’après un record de 267 000 créations en 1988, l’on est redescendu à 212 000 en 1998 pour remonter à 327 000 en 2008, et dépasser les 500 000 en 2009 grâce à la création du statut d’auto-entrepreneur. Si ce nouveau régime s’inscrit dans une démarche tendant à faciliter les créations par les entrepreneurs ayant peu ou pas de moyens financiers, le risque d’échec risque toutefois d’augmenter avec l’abaissement de la barrière d’entrée. Un constat demeure néanmoins : l’entrepreneur parvient à transcender les critères d’appartenance sociale, de sexe, de parcours ou d’origine ethnique. Il s’exprime aussi de différentes manières selon chaque personnalité, dans des domaines extrêmement variés.

Le fantasme éculé du héros

Longtemps, les entrepreneurs ont été perçus comme une espèce à part, dotée de pouvoirs exceptionnels et de capacités surhumaines. L’entrepreneuriat s’est progressivement démocratisé et, aujourd’hui, il n’est plus le privilège d’une élite. Parallèlement, une véritable réflexion est née autour de l’entrepreneur. Des questions se posent sur sa personnalité et ses qualités : existe-t-il une typologie de l’entrepreneur ? Y a-t-il des qualités à développer pour créer et gérer son entreprise avec succès ? Pour Miruna Radu, professeur en entrepreneuriat, les témoignages des entrepreneurs à succès prêtent parfois à confusion, on s’imagine que la réussite était inscrite dans leurs gènes. Entreprendre apparaît alors comme une affaire de vocation, voire de prédestination. “Et nous, public rêveur et avide de contes de fées, on aurait envie d’y croire, note-t-elle dans le magazine Dynamique Entrepreneuriale, croire qu’un héros est là, devant nous.” Un héros, talentueux par naissance et généreux par nature, sachant d’emblée comment manier au mieux le business-plan et la vision intuitive, à l’aise dans la négociation comme dans la réflexion, pragmatique et dynamique sur son marché comme auprès de ses partenaires. Mais cet entrepreneur idéal ne serait qu’une construction abstraite qui se nourrit de nos fantasmes partagés : “Un être composite et à vrai dire irréel, qui habite nos imaginaires et qu’on hésite trop souvent à questionner dans son épaisseur contradictoire, riche, paradoxale, d’être vivant, d’être en devenir, d’être en permanente réinvention de soi.” Or cette réinvention de soi se joue au sein d’une culture, dans un endroit particulier et un temps historique donné, dans un contexte socio-économique, politique et culturel dont l’impact est crucial aussi bien pour l’individu que pour sa création, l’entreprise. “La littérature académique consacrée aux entrepreneurs ne cesse d’apporter, depuis quelques décennies, des preuves consistantes en faveur de la thèse de l’entrepreneur comme individu intégré dans un processus ou un acte de création”, constate Miruna Radu. Un individu doté, certes, de motivations et d’objectifs spécifiques, mais aussi un individu en processus d’acquisition de compétences tout au long de sa vie. L’approche consistant à dresser une typologie stable des personnalités dites entrepreneuriales serait ainsi aujourd’hui abandonnée par la plupart des chercheurs de la discipline. “Certains ont depuis montré qu’entreprendre est une question de rencontre opportune entre un être humain et un projet de création, une question de dialogue où l’individu construit le projet qui construit l’individu qui construit le projet et ceci presque à l’infini ou, tout au moins, jusqu’à la fin d’une vie”, conclut-elle.

Une question de volonté au départ

Pour le président fondateur de l’association jeunesse et entreprise Yvon Gattaz, “la création d’entreprise est un acte spontané d’espoir, d’enthousiasme, de non-conformisme, qui est l’inverse de l’intellectualisme”. Le véritable entrepreneur ne se pose même pas la question de savoir si oui ou non il est entrepreneur, il le sait de manière spontanée. “Génétiquement, il existe des gens qui ne sont pas “programmés” pour créer eux-mêmes. Ils ne réussiraient pas ou alors ils se donneraient un mal fou et ils seraient malheureux”, avance-t-il dans une interview du magazine Dynamique Entrepreneuriale. Il remarque par ailleurs qu’en ayant à l’état latent ou de manière suffisante les qualités propres aux entrepreneurs, celles-ci peuvent être développées par proximité. L’engouement collectif et les vertus de l’exemplarité peuvent effectivement jouer. Mais posséder des qualités d’entrepreneur ne garantit pas pour autant la pérennité de l’entreprise. “Selon les statistiques officielles, quand 10 sociétés se créent aujourd’hui, il en restera une ou deux dans dix ans”, rappelle Claude Rameau, vice-président de France Angels, la fédération des réseaux de business angels qui vise à faciliter le financement de la création d’entreprises. “C’est une question de personnalité. Certains ont besoin d’équilibre structurant dans leur vie professionnelle, quand d’autres cherchent l’ouverture et le combat”, insiste le président de France Initiative. La volonté, le travail, la persévérance auront un impact significatif sur l’entreprise, sans oublier le facteur “chance”… Pour lui, “le problème n’est pas d’avoir des diplômes, mais d’avoir envie d’avoir envie !”. L’entrepreneur doit être fondamentalement quelqu’un de passionné, car il devra affronter des montagnes de difficultés et les surmonter les unes après les autres. Plus grandes elles seront, plus il goûtera le plaisir des victoires. Il doit être a priori quelqu’un de tenace qui, tout en restant à l’écoute des autres, saura conserver ses propres convictions. Pour cela, même s’il est un amoureux de la liberté, il devra savoir bien s’entourer.

Un décideur en dernier ressort

La réussite d’une entreprise apporte à son fondateur des satisfactions matérielles certaines et elle lui apporte aussi non pas la liberté de faire ce qui lui plaît mais le sentiment d’être son propre maître. La majorité de ceux qui ont la volonté d’entreprendre finissent par un renoncement ou un échec. Cependant, si la création d’entreprise est un jeu ardu et laborieux, ce n’est pas un jeu de hasard. “L’entrepreneur doit avoir une réelle capacité de réaction. Souvent seul, il doit être capable de décider, de réagir à son environnement”, rappelle Frédéric Caméo-Ponz, président du Réseau des boutiques de Gestion. “D’autant qu’il est extrêmement rare que les choses se passent comme elles ont été envisagées et anticipées dans le business-plan”, renchérit Claude Rameau de France Angels, qui au travers de ses 82 réseaux accompagne aujourd’hui 4 000 personnes, soit dix fois plus qu’il y a dix ans ! La conviction d’avoir un excellent projet et de hautes ambitions aident à combattre le découragement dans les moments difficiles, mais une entreprise en création supporte toujours des charges et fait rarement des recettes. Il est donc essentiel de connaître les coûts à supporter, apprendre aussi à distinguer entre les vraies et les fausses économies. Il est rare qu’un créateur d’entreprise soit tout à la fois un gestionnaire, un financier, un technicien et un commerçant, bien qu’il faille pourtant qu’il soit tout cela. Si l’entrepreneur ne peut être à la fois un expert en management, un rompu du droit commercial et un professionnel de la gestion financière, il demeure néanmoins important qu’il perçoive la nature des choix qu’il aura à faire et les conséquences qu’ils impliquent. Car même si l’entrepreneur peut être guidé et conseillé, c’est à lui qu’il appartient de décider en dernier ressort.

La pêche à la connaissance et aux compétences

Bien des difficultés pourraient être surmontées si les entrepreneurs savaient à qui s’adresser et quand il convient de le faire. Car il y a des informations qu’il est nécessaire de connaître. Comment réaliser un business-plan efficace ? Comment ne pas se tromper dans sa comptabilité ? A quelle structure s’adresser et dans quel cas ?… Lorsqu’un porteur de projet se lance dans l’aventure de la création, de nombreuses questions s’imposent à lui. A moins qu’il ne soit docteur en création d’entreprise, le porteur de projet ne connaît pas forcément toutes les subtilités de l’art entrepreneurial, pour déjouer les pièges qui jalonnent le parcours de création et savoir détecter les chances de développement d’un business. Les chances de créer une entreprise pérenne sont actuellement plus importantes. Cependant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : seulement une entreprise sur deux passera le cap des cinq années de vie. L’entrepreneur en herbe gagne donc beaucoup à aller à la pêche aux informations. Par ailleurs, un entrepreneur qui fait la démarche d’aller rechercher de l’information prouve aux financeurs sa motivation et son sérieux dans le projet. Pour Thierry Colin, Associé chez Mazars, partenaire des “Victoires des autodidactes”, l’esprit d’initiative, le travail et la volonté sont bien plus importants que n’importe quel diplôme pour bâtir une entreprise : “La réussite correspond en fait à une alchimie complexe entre la volonté et la compétence qui se traduit généralement par les diplômes, analyse-t-il. Les autodidactes ont su s’entourer de gens de haut niveau pour retrouver ces compétences qu’ils n’ont pas au départ.” Si les formations à la création constituent une bonne arme pour donner à son entreprise toutes les chances d’être pérenne, cela témoigne en tout cas d’une volonté de mettre toutes les chances de son côté pour la réussite de son projet. Cela prouve que l’entrepreneur a les pieds sur terre et qu’il sait que pour pérenniser son entreprise, il doit prendre conseil auprès des spécialistes du domaine. Faire une formation ne garantit pas que les financeurs suivront, mais cette démarche constitue un argument favorable.

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Le Cabinet EMERGY organise le 16 juin à Alger un diner débat animé par les Dr Jean-Louis Levet et Mourad Preure

Posté par mouradpreure le 13 juin 2010

Le Cabinet EMERGY a le plaisir de vous inviter au dîner – débat qu’il organise le mercredi 16 juin à partir de 19 heures au restaurant « La Maison du Couscous » Alger, (escaliers qui mènent de l’avenue Debussy au Sacré-cœur) autour de deux experts de renommée internationale, les Docteurs Mourad Preure et Jean-Louis Levet sur le thème : « L’entreprise à l’épreuve du changement. Quels challenges, quels défis dans le contexte actuel de crise ? L’importance de l’intelligence économique. »

Le Dr Mourad Preure est expert pétrolier international, spécialiste et professeur de stratégie. A été à la tête de la stratégie de Sonatrach, les années quatre-vingt-dix, il a été l’animateur du processus de modernisation de Sonatrach. Concepteur d’un système innovant de knowledge management pour Sonatrach, il a été le père du projet de la première corporate university dans cette entreprise. Il a été aussi le concepteur d’un système d’intelligence économique qui avait connu un début d’application à Sonatrach. Le Dr Preure est président du Cabinet EMERGY. Nombreux travaux récents du Dr Preure sont disponibles sur son blog : http://mouradpreure.unblog.fr

Le Dr Jean-Louis Levet, natif de Sétif est un économiste spécialiste de l’industrie, un expert reconnu et une référence dans le domaine de l’intelligence économique. Il a été rédacteur du rapport Martre sur l’intelligence économique et président fondateur de l’Association Française pour le Développement de l’Intelligence Economique (AFDIE). Le Dr Levet est Directeur Général de l’Institut des Recherches Economiques et Sociales (IRES). Il est l’auteur de nombreux ouvrages de référence.

Lors de ce dîner-débat, les deux experts vont débattre de la crise économique internationale et des perspectives qu’ils anticipent pour le court/moyen terme. Ils évoqueront les problèmes sous un angle particulier, l’entreprise, ses manœuvres possibles dans un contexte de fortes turbulences et l’importance pour elle de disposer d’outils et de procédures pour anticiper les changements chaotiques de son environnement et choisir les meilleures parades pour renforcer la position concurrentielle.

Frais de participation : 1 500 Da /personne.

Merci de réserver, nombre de places limité

Informations, Réservations appeler : 0552 59 33 08

 

Le Cabinet EMERGY organise le 16 juin à Alger un diner débat animé par les Dr Jean-Louis Levet et Mourad Preure dans ECONOMIE MONDIALE pdf Invitation diner debat

pdf dans STRATEGIE, INTELLIGENCE ECONOMIQUE Notice biographique Jean-Louis Levet

doc dans Travaux et Interviews du Dr PREURE Présentation Wikipédia Jean-Louis Levet

pdf Dernière interview Jean-Louis Levet sur sortie de crise

pdf Dernière interview Mourad Preure à La Tribune mai 2010

 

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Vu d’en haut par Olivier Buquen, délégué à l’Intelligence économique

Posté par mouradpreure le 5 juin 2010

“Le vrai point faible français, la protection de l’information”

Par Julien Tarby Mardi, 1 juin, 2010 www.lenouveleconomiste.fr

Organiser la remontée et la protection d’informations des sociétés et administrations françaises, n’est pas une sinécure. Comment traiter d’un sujet aussi transversal et flou que l’intelligence économique (IE), quand on est le politique en charge de ce domaine ? Un nœud gordien que tente de trancher Olivier Buquen, qui succède à Alain Juillet, dans un style qui tient plus du chef d’entreprise – voire de start-up -, que de l’espion 007. La nomination de cet homme au double cursus d’élu et de directeur d’entreprise, au passé qui n’à rien à voir avec la DGSE, pour un nouveau poste à la fois proche de l’Elysée et de Bercy, est des plus singulières. Elle démontre la volonté des hautes sphères politiques d’abroger les distances avec le monde des entreprises. Le président de la République ne veut pas réitérer la mauvaise surprise du divorce Siemens Areva, qui l’avait totalement pris de court. Ainsi, celui qui a la lourde tâche d’inciter les sociétés et administrations hexagonales à se préoccuper plus systématiquement d’IE tisse patiemment sa toile, appliquant de façon pragmatique les recettes apprises dans ses vies antérieures.

« Il n’y avait rien avant Alain Juillet. Le rapport d’Henri Martre en 1994 a alerté sur les nouveaux risques, mais n’a pas donné lieu à des suites. Puis le rapport du député du Tarn, Bernard Carayon, en 2003, a fait ressortir qu’on ne pouvait plus continuer de la sorte, que l’Etat devait mener une vraie politique cohérente d’intelligence économique. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, a décidé, en réponse, de créer cette fonction de haut responsable à l’IE. Mais le dispositif institutionnel n’était pas très judicieux car basé au secrétariat général de la Défense nationale (SGDN), entité trop connotée défense et sécurité. Alain Juillet a défriché le terrain. Aujourd’hui le président de la République, qui comme Claude Guéant s’intéresse depuis très longtemps à l’IE, a voulu lancer un nouveau dispositif. Nouveau parce que d’une part c’est une délégation interministérielle, une structure d’Etat davantage visible. D’autre part il ne s’agit pas seulement d’un homme seul comme l’a été juridiquement Alain Juillet, mais d’une équipe. Cette délégation est directement rattachée à l’Elysée, ce qui est nouveau sur le plan institutionnel. Je rends compte au président de la République, qui voulait avoir sous son contrôle direct le bras armé de l’Etat en matière d’IE. Ce schéma nous permet une ligne politique claire, et une capacité d’entraînement des administrations. En outre il souhaitait que le dispositif soit le plus proche possible des entreprises. Il lui fallait sortir des sentiers battus avec une personne connaissant le monde de l’entreprise de l’intérieur. Il m’a donc nommé à sa tête, sachant que je cultive depuis longtemps cette double casquette du public et du privé. J’ai eu une vie d’élu local et me suis beaucoup intéressé au développement économique tout en étant banquier (BNP), puis industriel automobile (Plastic Omnium).

L’administration

Nous sommes gérés administrativement par Bercy, ce qui nous permet d’être à proximité de décideurs économiques de l’Etat. Mais nos orientations sont déterminées par un “comité directeur de l’IE”, placé auprès de la présidence de la République. En quelque sorte mon conseil d’administration, présidé par Claude Guéant, composé des directeurs de cabinet, du Premier ministre et des 7 ministres les plus impliqués : l’Economie, le Budget, les Affaires étrangères, la Défense, l’Intérieur, l’Environnement et la Recherche. Finalement une double dépendance Bercy/Elysée. Nos clients principaux sont les dirigeants de l’Etat. Mais lorsque nous détenons une information très utile pour une entreprise, il peut arriver de lui en faire part directement. A condition qu’elle soit la seule entreprise française concernée. Il importe d’éviter la distorsion de concurrence. Nous ne rentrerons jamais dans le petit jeu consistant à favoriser un tel plutôt qu’un tel. Ou alors, nous diffusons l’information à tous les acteurs du secteur.

Le retard culturel français

Nous sommes indéniablement moins préparés à l’IE en France. La comparaison avec les Anglo-Saxons est signifiante. Dès leur plus jeune âge – j’exagère à peine -, ils sont sensibilisés à l’importance de l’information et du renseignement. Ils savent que l’information est importante et doit être recherchée mais aussi protégée. Les comportements d’IE sont donc assez naturels chez eux. Ils le sont moins chez nous. En outre, les entreprises hexagonales sont bien souvent comme monsieur Jourdain, faisant de l’IE sans vraiment le savoir. Elles possèdent des services de marketing, de stratégie ou autres réalisant de la veille, des études de marché approfondies pour toujours mieux suivre les évolutions et attentes du marché. Finalement, en raisonnant de manière large, l’IE offensive d’une entreprise est tout ce qui lui permet de récupérer les informations servant à acquérir ou à conserver un avantage compétitif sur son marché. Beaucoup s’acquittent de cette tâche avec succès ; pas obligatoirement des grands groupes. Les différences se situent plus entre secteurs qu’entre tailles d’entreprises. La prise de conscience s’opère petit à petit à travers les chambres de commerce, les fédérations professionnelles, la CGPME. Mais dans tous les cas, ces méthodes peuvent être améliorées, et la vigilance peut se relâcher, à l’exemple des vols d’ordinateurs à répétition chez EADS. Aujourd’hui, ces bonnes pratiques ne sont sans doute pas assez apprises dans les cursus universitaires. Ce retard peut être rattrapé. Nous devons identifier tout ce qui se fait déjà dans le domaine de l’IE au niveau des administrations et services de l’Etat. Puis en assurer la coordination et amener progressivement l’ensemble des entreprises françaises à découvrir le concept, à le pratiquer, et à se l’approprier. Le vrai point faible reste l’aspect protection de l’information. De nombreux chefs d’entreprise n’ont par exemple pas totalement intégré les risques d’attaque et de pénétration de leurs systèmes d’information par des opérateurs mal intentionnés, de plus en plus offensifs. En dépit du nombre croissant d’incidents, beaucoup pensent que ces derniers ne peuvent arriver qu’aux autres. Il y a une véritable prise de conscience à favoriser.

La formation

Il existe de plus en plus d’établissements spécialisés, qui forment totalement à l’IE. Je suis d’ailleurs parrain de la promotion 2010 de l’Ecole européenne d’intelligence économique (EEIE). En outre il existe au sein d’université ou de grandes écoles des petits modules ou des masters dévolus à l’IE. Mon objectif est de les généraliser. Nous travaillons avec le ministère de l’Enseignement supérieur pour que tout diplômé de l’enseignement supérieur français ait suivi au cours de son cursus universitaire un module de formation à l’IE, sur l’aspect veille, recherche, collecte et protection structurée de l’information importante pour une entreprise ou un organisme.

Benchmarking

Evidemment nous le pratiquons ; c’est d’ailleurs ce que j’ai toujours fait dans mes différents jobs. Inutile de réinventer la poudre, mais nous n’allons pas non plus dupliquer un modèle tel quel. Nous essayons de “pêcher”  les bonnes idées que nous pouvons adapter au plan français, à notre situation, à notre culture, à notre façon de voir les choses. Cependant je pense que la France, en termes de mobilisation de l’Etat, est très bien placée, mieux que l’Allemagne. Néanmoins outre-Rhin l’IE se pratique davantage au niveau des Länder, et même des entreprises plus organisées que leurs consœurs hexagonales. Nous suivons donc notre propre route. L’économie est mondiale et la collaboration avec les services de nos voisins européens est inexistante. Les alliances sont très ponctuelles – par exemple dans le cadre d’EADS -, mais toute entreprise française a des concurrents anglais, allemands, espagnols… La discipline reste nationale.

Raison d’être

Nous avons commencé, en version start-up, le 15 octobre. J’avais une secrétaire, le téléphone et l’ordinateur n’étaient pas branchés. Tout était à créer. Dans un vieux réflexe de business, avant de bâtir un plan d’action et d’embaucher une équipe, j’ai fait ce que font classiquement les gens d’entreprise : je suis allé voir mes clients, j’ai réalisé une sorte d’étude de marchés. D’une part les hautes autorités de l’Etat et les grandes administrations, d’autre part les entreprises et les organismes de recherche, afin de comprendre leurs besoins en matière d’IE. De là est né le plan d’action 2010 que nous avons soumis au comité directeur. Nous sommes une quinzaine à interagir avec les administrations pour démultiplier nos décisions. Notre finalité est la création et/ou la préservation de l’emploi sur le territoire français ; puis la compétitivité de nos entreprises en France et à l’international. Nous avons donc mené un audit d’organisation, regardant comment l’Etat est organisé en matière d’IE, aussi bien au central que dans les régions ou dans les ambassades. Puis nous avons mis au point un dispositif de veille pour pallier les déficiences et aller chercher l’information manquante sur source ouverte – nous ne sommes pas un service de renseignement -, ce qui ne signifie pas qu’elle est facilement accessible. Nous alertons ensuite les autorités de l’Etat sur les sujets en question, concernant un événement, une entreprise, un secteur, une tendance. Parfois nous faisons la recherche sur commande des ministres ou du Président.

Méthodologie

A côté de cette veille, nous menons plusieurs actions prioritaires pour 2010 : la première est d’élaborer une grille d’évaluation – avec notation de 1 à 10 -, de la protection des entreprises ou des organismes de recherche, pour les alerter sur l’étendue de leur marge de progression. Cela peut être protection contre les intrusions physiques ou informatiques, contre tout ce qui peut porter atteinte à leur patrimoine d’information. La deuxième vient du fait que les entreprises ne peuvent pas tout protéger par les brevets, à commencer par les services. Mais il existe aussi un tas d’informations qui ne disposent pas de protection juridique particulière, comme par exemple le plan stratégique d’une entreprise, une note sur un futur partenariat, une étude sur un grand client, une étude de marché… Nous allons donc conseiller les entreprises pour protéger ces documents et informations (tampons d’identification, liste de personnes habilitées à les consulter). Troisièmement nous allons mettre en place un dispositif répressif contre les personnes qui y accèdent de manière frauduleuse. Il existe déjà quelques dispositions dans le Code, mais elles sont complètement disséminées. Les sanctions seront civiles avec le droit du travail, voire pénales. Les Etats-Unis ont voté en 1996 le Cohen Act qui définit le secret des entreprises et qui prévoit des sanctions contre les contrevenants. Il est grand temps d’avoir le nôtre.

Missions offensives

Viennent ensuite des actions plus offensives : participation aux différents comités de l’Etat qui soutiennent les contrats stratégiques à l’export des grandes entreprises. Nous apportons notre vision IE pour les grands contrats. Nous œuvrons aussi auprès des grands organismes de recherche, type CNRS ou CEA, afin de les aider à remonter l’information stratégique, à protéger, mais aussi à valoriser leurs recherches auprès des industries françaises, pour un meilleur retour sur investissement. Selon la chargée de mission Marie-Pierre Van Hoecke, les Allemands ou Américains réfléchissent plus que leurs confrères français à la possibilité de déposer des brevets avant de publier. La notion de brevetabilité progresse, mais n’est pas encore totalement passée dans les mœurs des chercheurs.

Le management

J’ai recruté 6 adjoints ayant des réseaux dans l’administration, et passé du temps à l’étranger et dans le privé. Le but est de disposer d’une équipe très transversale, qui peut actionner des relais au sein de différentes administrations pour aller chercher l’information là où elle se trouve, puis pour mettre en œuvre nos actions : un sous-préfet, un ancien de la DCRI, une diplomate du Quai d’Orsay et de Bruxelles qui a passé 25 ans à l’étranger, une ingénieure de recherche du CNRS qui a passé des années en Chine, un ingénieur de la direction générale de l’Armement et un expert de la direction du Trésor passé par le secteur banques/assurances. Viennent ensuite les chargés de mission, qui sont des analystes, des veilleurs arabisant(s) ou sinisant(s)… j’ai finalement appliqué ce que j’ai appris dans mes différents jobs : un bon manager est celui qui sait s’entourer de personnes qui, chacune dans leur domaine, sont meilleures que lui. Lui incombe ensuite la tâche de chef d’orchestre, ce qui n’est pas évident lorsque les profils sont très variés. Chacun d’entre eux a au moins une des actions précitées à mener, plus son travail quotidien d’information des autorités de l’Etat. Je les manage comme mon comité de direction, chacun ayant des objectifs qui ne sont pas forcément chiffrés ; il n’y a pas de compte de résultat. Mais ils peuvent être qualitatifs, avec des échéances.

La motivation

J’ai été pendant longtemps élu, le fait d’apporter ma pierre à la collectivité ne me laisse pas insensible. En outre, la religion m’aide à avancer dans ce sens. Enfin, le fait de me retrouver à un poste à la croisée des services de l’Etat, d’aborder des problématiques variées avec des personnes de qualité est très excitant. Je n’aurais pas sinon abandonné le poste intéressant que j’occupais depuis 8 ans chez Plastic Omnium pour venir ici en “CDD”. Ceci me laisse peu de temps libre, que je consacre à mes enfants et à ma femme, et à quelques retours à Carnac dans l’année. »

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Le CRM de demain s’invente avec les technologies d’aujourd’hui.

Posté par mouradpreure le 5 juin 2010

Par Valérie Auribault Mardi, 1 juin, 2010 www.lenouveleconomiste.fr

Chats, forums, agents virtuels, mails, vidéos, etc. Autant d’outils qui permettent d’être à l’écoute des consommateurs. Pour retenir le client volatil et de plus en plus exigeant, les nouvelles technologies offrent des solutions multicanals permettant d’échanger plus efficacement sur le long terme. Un côté pratique qui ne doit pas pour autant occulter la valeur ajoutée d’une relation humaine, permettant le rebond commercial et la réponse personnalisée. Juste milieu et complémentarité sont à rechercher entre les deux types de relations.

La crise a obligé les entreprises à revenir aux fondamentaux : transparence et écoute du client. Ce dernier, plus volatil et bien mieux informé qu’auparavant, fait désormais jouer la concurrence grâce à Internet. Le cas échéant, il fait part de son mécontentement envers une entreprise sur les forums et autres réseaux sociaux s’il n’est pas satisfait du produit et du service après-vente. Gare à la marque qui ne soigne pas son “consumer relashionship management” (CRM). D’autant que les études montrent que les consommateurs font davantage confiance aux autres internautes qu’aux marques et à la publicité, où le taux de défiance atteint 80 %. Les entreprises semblent l’avoir compris puisque le CRM revient sur le devant de la scène au sein des grands groupes mais aussi parmi les PME. “Créer des liens entre la marque et la cible au-delà du produit est capital, insiste Erwan Huhardeaux, directeur conseil et planning stratégique chez Quamediagroup. Car la différenciation entre les articles est de plus en plus faible.” Les marques se tournent donc vers les nouvelles technologies comme le Web 2.0. Internet est devenu le lieu d’échange par excellence pour communiquer avec ses clients. “La modification la plus radicale ces dernières années, selon Frédéric Hougard, président et fondateur de Testntrust. La situation s’est inversée et une attitude professionnelle et plus humble permet d’entretenir un dialogue plus soutenu.” L’heure du retour aux basiques et à la remise en question a sonné. “Il est capital d’échanger avec son client pour mieux le connaître , estime Jean Reignier, président du cabinet Comearth. Ses attentes concernant les produits et les services de la marque peuvent ainsi être toujours plus devancées.” Et plus les canaux sont diversifiés, plus le dialogue a des chances d’aboutir.

Rester en contact

Serveurs vocaux, SMS, e-mails, chats, autant de moyens technologiques qui permettent de rester en contact. Ainsi Neocom Multimédia, opérateur de télécommunications, a lancé une solution innovante de marketing direct sur mobile : le Voice Message Service (VMS). Un outil qui permet de diffuser un message directement sur le répondeur mobile d’une sélection de contacts, sans que le téléphone ne sonne. Un dispositif moins intrusif qu’un appel et plus percutant qu’un SMS. Les nouvelles technologies sont toujours plus utilisées pour rendre le contact plus rapide et efficace, aussi bien en terme de prospection que de fidélisation. Les serveurs vocaux sont de plus en plus automatisés, pour une utilisation de chaque instant par le client. La RATP réfléchit actuellement à la réorganisation de son CRM pour le rendre plus “transversal”. “L’automatisation pour le paiement d’une contravention est par exemple pertinente, explique Eric Arbillot, responsable du service client à distance de la RATP. Pas besoin d’un interlocuteur.” L’entreprise de transports publics a largement diversifié sa gamme de contacts “pour satisfaire le client où qu’il soit” : un site Internet (Ratp.fr), une application iPhone, le SMS, une présence sur Twitter, des contacts via le mail et un numéro, le 3246. “Nous allons nous lancer sur Facebook”, ajoute Eric Arbillot qui explique que le CRM “est le nerf de la guerre pour faire face à ses concurrents”.

“Self care”

Internet est le canal qui aujourd’hui prend le pas sur tous les autres, car le plus utilisé par les conso-acteurs. “Le Web est un outil plus réactif, souligne Erwan Huhardeaux. Ce canal a obligé les marques à réagir rapidement.” Parmi la gamme des technologies du Web, le “self care”. L’internaute surfe seul sur le site de la marque. En cas de questions ou réclamations, ce dernier peut être renseigné par un avatar, personnage virtuel programmé avec une reconnaissance sémantique. “Ce procédé monte en puissance, remarque Jean-Denis Mariani, de Powéo et président de l’Agora des directeurs de la relation client. Et la technologie s’avère de plus en plus pointue, avec l’expérience et la multiplication du nombre d’appels.” L’intelligence artificielle n’en est encore qu’à ses balbutiements mais la formule risque de faire des émules car elle permet de réduire les coûts d’une entreprise. “C’est une technologie qui nécessite un certain investissement au départ, reconnaît Jean-Denis Mariani, mais le R.O.I au final est évident et les entreprises ont tout intérêt à investir dans ce domaine.” La foire aux questions – de l’anglais “Frequent Asks Questions(FAQ) – est aussi un procédé en self-service qui permet au client d’avoir accès à son compte en ligne, notamment pour les tâches administratives (changement d’adresse, réactualisation de sa fiche client). Là encore, un moindre coût pour l’entreprise et une totale liberté pour le consommateur. Les banques utilisent largement ce type de procédé. Les clients des établissements bancaires peuvent faire des virements à tout moment d’un compte à l’autre sans pour autant attendre les heures d’ouverture pour s’adresser à un conseiller. Le vidéo call center peut humaniser la relation sur le Net. “Cette technologie permet au client de voir le conseiller qui lui répond sur le site de la marque, explique Jean-Denis Mariani qui s’interroge malgré tout sur le côté “gadget” du procédé. Je ne pense pas que cette méthode fera recette. Ce dispositif est plus prégnant concernant la formation à distance. Mais la demande du client n’est pas à ce niveau.” La demande ne se situe pas non plus au niveau de la disponibilité 24H/24 de l’entreprise. “Dès lors où l’entreprise connaît l’attente de ses clients, pas besoin d’être disponible en permanence, souligne Thomas Renaudin, président de SoNear qui oeuvre dans l’ergonomie des portails vocaux. Il suffit de décrypter les besoins au préalable.” Erwan Huhardeaux en convient : “Les clients veulent qu’on leur dise que leur demande a bien été prise en compte, que leur problème va être traité et dans combien de temps. Et que l’entreprise tienne ses engagements. Il ne faut pas laisser les clients sans réponse. C’est la porte ouverte à toutes les critiques.”

Le revers de la médaille

Bien évidemment le revers de la médaille existe. Et principalement sur les réseaux sociaux, chats et autres forums, endroits où les consommateurs communiquent très largement. “Ces échanges peuvent prendre des proportions délirantes, note Jean-Denis Mariani. Le client a le pouvoir de faire la pluie et le beau temps. C’est à surveiller.” Certes, mais comment une entreprise peut-elle intervenir sur un canal qui lui échappe totalement ? Le Web 2.0 a complètement changé la relation client. “Ce client est devenu expert et caméléon, souligne Alexandre Bocris, directeur du cabinet Vertone. Il compare les offres en trois clics et ce dans tous les domaines, assurances, high tech…” Et les critiques les plus virulentes peuvent s’avérer désastreuses pour la réputation d’une entreprise. “Les critiques négatives sur les blogs et les forums obligent les entreprises à plus de réaction, rappelle Laure Hennequin, directrice du site de la Moselle chez DataBase Factory. Car une critique, positive ou négative, fait le tour du monde rapidement.”

La gestion des critiques, la canalisation des échanges

L’heure n’est donc plus à la politique de l’autruche. L’entreprise Testntrust, comparateur de satisfaction client sur le Web, adresse les remarques des internautes aux entreprises concernées. “Elles peuvent ainsi répondre à leurs clients, explique Frédéric Hougard. A ce titre, nous avons été agréablement surpris par la réaction du groupe Coca-Cola qui, lorsque nous l’avons prévenu d’une remarque d’un consommateur, a pris immédiatement contact avec nous.” Les plus grands groupes ont compris qu’eux-mêmes devaient réagir sans tarder malgré leur succès. Pour autant, Testntrust revendique le droit à l’oubli sur Internet. “Nous tenons compte du cycle de renouvellement d’un produit, souligne Frédéric Hougard. Un restaurateur mal noté peut très bien changer sa carte tous les six mois et faire mieux la prochaine fois. Les avis des internautes concernant le secteur de l’automobile ont une durée plus longue, même si la marque peut intervenir sur les problèmes découverts sur certains modèles.” D’autres solutions existent pourtant pour pallier les critiques sur la Toile. “Mieux vaut organiser un forum sur le site de la marque, estime François Laxalt, responsable Marchés et Innovations chez Neolane. Ce qui permet de mieux réagir face aux mécontentements des clients et d’orchestrer autant que faire se peut les critiques.” Faire participer les clients à l’amélioration des produits permet de fidéliser davantage les consommateurs. “L’implication du client est essentielle à la fidélisation”, estime Laure Hennequin. Des entreprises comme Bouygues Telecom l’ont compris. “L’entreprise demande l’avis des clients sur les derniers modèles, remarque Alexandre Bocris. Les bonnes idées des internautes sont classées. Ces derniers se sentent de plus en plus investis et concernés par la marque.” François Laxalt constate que “certains clients peuvent devenir de véritables ambassadeurs de la marque. C’est le cas pour Apple. On constate un attachement certain pour l’entreprise. La marque parvient à développer un côté affectif avec le client”. “Le Web 2.0 est un moyen de veille pour savoir ce que les clients attendent de l’entreprise, bien plus qu’un moyen de communication, souligne Laure Hennequin. Si une entreprise repère un client mécontent sur un forum et qu’elle parvient finalement à répondre à l’attente de ce consommateur, elle doit inviter ce dernier à faire savoir qu’au final il a obtenu satisfaction.” Une solution gagnant-gagnant. Certaines entreprises développent des plates-formes citoyennes afin d’y nourrir un débat citoyen. C’est le cas des entreprises du secteur de l’énergie. “C’est bon pour l’image de l’entreprise”, souligne Jean-Denis Mariani. D’autres développent un réseau d’utilisateurs. C’est le cas de Nike qui anime une communauté de consommateurs. Le groupe organise ainsi des courses entre joggeurs qui testent les produits de la marque. Un lieu de partage. Bank of America a lancé une communauté d’entraide qui a permis aux PME d’échanger entre elles. “Ces solutions permettent aux entreprises de canaliser les échanges entre internautes tout en les laissant s’exprimer”, note Jean-Denis Mariani. Un bon point d’observation.

L’irremplaçable facteur humain

Cependant, malgré les performances des nouvelles technologies, le facteur humain n’est pas à bannir du CRM. Car derrière ces plates-formes se cache l’humain. “Nous travaillons avec Ikea, qui offre une première étape de conseils avec un avatar, un conseiller virtuel, explique Fabrice Bérose, Sales Manager chez NTR Global, qui offre des solutions d’assistance à distance. La seconde étape permet d’avoir directement accès à un conseiller client pour les questions les plus pointues. Un agent artificiel ne peut être aussi perspicace qu’un être humain.” Même si Internet s’avère utile pour certaines opérations, rien ne vaut le contact pour d’autres. La RATP, qui prévoit une automatisation pour le paiement des contraventions, estime que lors d’une contestation, un agent doit intervenir et répondre aux usagers. Même les entreprises du e-commerce se laissent tenter. “Nous constatons que les entreprises du Web réinstaurent du face-à-face avec le client et ouvrent des espaces physiques”, explique Alexandre Bocris. Monabanq, elle, a choisi de développer un service de vidéo permettant le tête-à-tête avec un conseiller. “Ces procédés facilitent la performance pour des ventes optimisées”, souligne Alexandre Bocris. Le client obtient un conseil et se sent bien plus en confiance que face à un ordinateur froid. Le face-à-face permet la rencontre à chaud, lorsque le client exprime son choix de résilier un contrat et d’aller à la concurrence. Les centres d’appels peuvent être une solution car les entreprises peuvent perdre des clients s’il n’y a pas de possibilité d’entrer en contact avec une personne qui personnifiera la marque. “Un centre d’appels s’avère indispensable, indique Thomas Renaudin. L’avènement du Web n’a pas diminué le nombre d’appels. Ces derniers sont plus précis, plus divers et complexes. Les motifs d’appels explosent.” Autre point fort des call centers : “Le Web reste un canal froid. Le téléphone permet de faire du rebond commercial. Les deux sont complémentaires”, insiste Thomas Renaudin. Le facteur humain apporte aujourd’hui de la valeur ajoutée. “Le téléphone a un taux de succès supérieur à l’e-mail, souligne Jean Reignier. La proximité est nécessaire entre l’entreprise et son client. Le client doit être rassuré.” Et il est crucial d’entamer une vraie relation. “Nous sommes à la préhistoire du Web, estime Alexandre Bocris. Et nous ne pouvons nous passer du face-à-face. Les choses peuvent évoluer. Mais à quel moment le phénomène “web” va-t-il plafonner ?” Frédéric Hougard estime pour sa part que “nous sommes dans une période charnière en terme d’évolution, qui fera ressortir les entreprises qui ont une éthique et celles qui n’en n’ont pas”.

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Intelligence Economique – Tour à tour, copié et copieur

Posté par mouradpreure le 5 juin 2010

Offensive ou défensive, l’innovation se manage aussi pour les PME.

Par Silvia Nogueira Pereira Mardi, 1 juin, 2010 www.lenouveleconomiste.fr

Knowledge management, benchmarking, veille stratégique. Dans un climat de concurrence féroce, même les TPE/PME ne peuvent plus s’accorder le luxe d’éluder une stratégie de protection de leurs innovations et de gestion de l’information. Tout ce qui est publié ou mis en ligne sur la société, que cela vienne de source interne ou externe, doit être scrupuleusement surveillé et limité. Sachant que les brevets peuvent protéger mais aussi aiguiller les concurrents, le dirigeant doit à chaque nouveau produit, à chaque nouvelle innovation, se poser les bonnes questions. L’ouverture du marché mondial et le Web ont sans conteste contribué a créer ce qu’il convient désormais d’appeler une guerre économique. Le conflit oppose les Etats qui utilisent leur puissance économique comme une arme géopolitique, mais aussi les entreprises de tous bords et de toutes tailles. L’intelligence économique (IE), est la dénomination choisie pour regrouper des outils qui vont permettre aux sociétés à la fois de se défendre et d’attaquer. Knowledge management, benchmarking, veille stratégique ou technologique sont autant d’armes à la portée des grandes entreprises, et de plus en plus des PME. Mais le dépôt de brevet, la gestion de la propriété intellectuelle sont aussi à prendre en compte, aussi élevé leur coût soit-il.

A la portée des PME

Pour aider les PME à intégrer la nouvelle donne stratégique, de nombreuses institutions de promotion de l’IE ont vu le jour. C’est le cas de la division PME, créée en 2000, au sein de l’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle). Marina Sauzet et Lien Verbauwhede Koglin sont des consultantes de ce département. “Les entreprises sont souvent focalisées sur leurs parts de marché, confie Marina Sauzet, et très souvent elles ne sont pas sensibilisées à la nécessité de protéger leurs biens intellectuels.” La question du coût et du personnel est aussi un frein pour le développement de l’IE au sein des PME. “L’IE n’est pas une affaire de taille mais d’état d’esprit”, résume Lien Verbauwhede Koglin. Pour ces deux spécialistes, il est possible d’adopter une démarche pro-active avec un minimum de moyens. Développer une culture d’échange d’information au sein de l’entreprise via un intranet ou un réseau social interne. Utiliser les outils gratuits de veille. Consulter les bases de données publiques. Se regrouper en cluster ou grappe avec d’autres PME. Benoît Maille est chargé de la coordination des activités d’IE à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Pour lui ces pratiques doivent être initiées par le chef d’entreprise. “Les sociétés de l’export sont plus sensibilisées à cet état d’esprit, constate-t-il, mais de plus en plus émerge une prise de conscience de l’environnement concurrentiel. Un marché local n’est plus synonyme de sécurité.” Du logiciel gratuit, à l’expertise des cabinets spécialisés, en passant par l’aide de nombreuses institutions, souvent associatives, le chef d’entreprise n’a que l’embarras du choix pour adopter une stratégie de défense et de développement adaptée à ses capacités financières et de ressources humaines. Avec l’avantage de la souplesse et de la réactivité propres aux PME-PMI.

Brevets et marques la pierre angulaire

La pierre angulaire d’une politique d’IE reste l’enregistrement des brevets et marques. Une démarche coûteuse : de 5 à 6 000 euros jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros, sans compter les frais de redevance, bien que des dispositifs récents allouent des réductions de 25 % à 50 % pour certaines PME et organismes à but non lucratif. La pratique est également complexe (recherche d’antériorité, caractère obligatoirement novateur pour le brevet), et longue (délai de 2 à 3 ans en moyenne). Elle reste néanmoins indispensable et utile, pour garantir des droits, et à condition d’avoir une vision stratégique à l’instar des grands groupes. Bruno Labadas est le responsable de la propriété intellectuelle d’Areva. “Nous avons mis au point un système de sélection pour choisir instantanément le meilleur type de protection pour chaque produit, confie-t-il. Il faut protéger et défendre avec l’objectif de participer à la croissance du groupe.” L’utilisation du brevet pour protéger une invention majeure ne doit pas être un automatisme mais le fruit d’une réflexion. “Le brevet fait l’objet d’une publication donc vous donnez une recette de cuisine. Il faut détecter si le concurrent est en mesure de trouver la recette par lui-même. Si ce n’est pas le cas il n’y a pas d’obligation de déposer un brevet”, commente Bruno Labadas.

Secret de fabrique

Une autre possibilité consiste à préserver le secret de fabrique ou secret d’affaires. “Les PME ignorent souvent cette possibilité car elle offre moins de garanties d’un point de vue juridique”, explique Lien Verbauwhede Koglin. Il existe pourtant des moyens simples pour s’assurer de la validité du processus : nommer un responsable du secret d’affaires, réaliser un audit des informations, signature de contrats de confidentialité, etc. Il existe une troisième possibilité qui comporte plus de risques. La publication libre consiste à communiquer très fortement sur une invention de façon à créer un mécanisme de leadership par association : lorsque le client pense au produit, il pense à cette entreprise. Cette technique interdit à qui que ce soit de déposer un brevet puisque le caractère innovant disparaît dès lors qu’il est public. Ainsi, personne ne peut empêcher la réalisation du produit. Pour Bruno Labadas, “c’est une stratégie qui peut tout à fait être adaptée à une PME-PMI, à condition qu’il ne s’agisse pas d’une innovation essentielle pour l’entreprise”. Enfin, il existe des dispositifs de protection simples (basés sur une date d’antériorité), très peu coûteux et accessibles à tous, plus particulièrement aux TPE. L’enveloppe Soleau (15 euros) permet d’enregistrer une invention auprès de l’INPI, garantissant ainsi le créateur contre la copie ou le plagiat. Elle présente l’inconvénient de ne pouvoir contenir qu’un faible volume de documents papier. Egalement recevable devant un tribunal, le simple courrier recommandé, à condition qu’il ait été dûment cacheté et ouvert uniquement devant un huissier de justice, en cas de litige.

Démarche proactive

Assurer la protection du savoir-faire, d’une invention ou d’une création ne suffit pas à prémunir les entreprises contre la copie ou la contrefaçon. Adopter une stratégie de gestion, c’est ce qui va transformer une démarche passive en activité pro-active. Le management de l’innovation, ou le “knowledge management” (management des connaissances), sont autant de ressources utiles. La première entrée dans cette logique d’IE est la veille (concurrentielle, technologique, environnementale). Une pratique qui n’a rien de passif. C’est à la fois un outil de protection, et de conquête de parts de marché. “Les premiers pas consistent à surveiller ce qui est dit sur le Web, dans les salons et les congrès, résume Benoît Maille, ça ne coûte rien et c’est facile à mettre en place.” Avec les bons mots-clés, les résultats sont rapides. D’autant que de plus en plus de bases de données sont consultables gratuitement (par exemple par l’organisation mondiale de la propriété intellectuelle). “L’apport de l’IE peut être immédiat, constate Bertrand Terreux, président d’IE Love PME. Avec des outils comme la veille ou la cartographie, on peut rapidement identifier ses concurrents, de futurs partenaires ou des fournisseurs.” La palette d’outils est vaste et en constante évolution, corrélée aux avancées des technologies de la communication et de l’information. De façon générale, la communication, traditionnellement axée sur la promotion d’un produit, est désormais utilisée comme un outil de lobbying. Une activité d’influence qui reste à développer en France. Ces dernières années la question de l’e-réputation est passée du statut anecdotique au primordial. Une surveillance active des contenus doit être mise en place avec deux objectifs : contrôler les flux d’informations et créer une démarche d’influence. Chez Areva, la veille est présente à tous les niveaux, y compris dans le cyber-espace. “C’est un travail de fond, interminable, mais nécessaire”, synthétise Martin Roulleaux-Dugage, knowledge manager Areva. “Nous avons une démarche de veille active dès que le nom du groupe est cité, ou dès qu’il s’agit d’un membre de la société. La limite est que l’action concrète n’est possible que lorsqu’il y a dénigrement, ce qui n’est pas toujours le cas.”

Dans le cadre de ses activités de promotion, l’association IE Love PME a recueilli divers témoignages d’entreprises qui ont été la cible d’attaques particulièrement violentes. La société Transvideo, leader de la fabrication de produits 3D, en est un bon exemple. Son directeur Jacques Delacoux lutte depuis plus de 20 ans contre la copie de ses produits. “Nous investissons des millions d’euros dans la R&D, mais une fois qu’un produit est sorti, il est facile de le copier malgré les brevets. Il y a un manque de respect total pour l’innovation.” Il dénonce particulièrement le cynisme de certains grands groupes pour qui tous les coups sont permis, et qui “visent la conquête d’un marché, uniquement par l’élimination des concurrents parce que c’est moins cher et plus rapide de les tuer”. Au Japon, Transvideo a perdu quelques distributeurs à la suite d’intimidations particulièrement violentes. En Inde, elle doit faire face à l’offensive de sociétés japonaises et coréennes qui utilisent l’argument de la solidarité raciale pour écarter un concurrent blanc. La désinformation aussi fait toujours recette. “Une petite phrase sur la santé de la société peut faire beaucoup de mal.” A côté de ces offensives sérieuses, ce chef d’entreprise a aussi connu quelques situations plus anecdotiques, comme ce concurrent sur un salon qui souhaitait savoir à quoi servait le produit Transvideo qu’il avait l’intention de copier. Pour Jacques Delacoux, il n’existe pas de parade absolue, mais un meilleur contrôle de la publication des informations est absolument nécessaire. “Des experts à l’autre bout du monde utilisent ces informations. Et on peut se retrouver en situation de faiblesse face à un client parce qu’il sait quelle pression il peut exercer sur les prix. Il faut faire attention à ce qu’on publie et à ce qu’on laisse publier par les autres.” Pour Dominique Bourra, directeur de NanoJV spécialisée en joint-ventures dans le domaine des nanotechnologies, les Etats doivent prendre conscience des enjeux technologiques, et montrer la voie d’une meilleure protection des informations. “La paranoïa et la limitation d’Internet ne sont pas des solutions. Il faut tout simplement faire appel à la responsabilité des entreprises et des chercheurs, notamment sur les transferts de technologie anarchiques.” Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de guerre économique, en appelle également à un changement de paradigme de la culture des affaires en France. “Le système français n’est pas compatible avec le système de compétition mondiale. Par exemple, on n’a pas encore compris que la transparence de la publication du bilan est une arme pour la concurrence étrangère.” De même, les clivages politiques en France ne facilitent pas la mise en place d’une stratégie économique nationale sur le long terme. Pour Christian Harbulot, il y a encore beaucoup de travail pédagogique à faire autour de l’intelligence économique. En temps de guerre, il est utile d’avoir un plan de bataille.

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