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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).

Jean Ziegler : « Il est de l’intérêt de l’Occident d’affaiblir l’Algérie »

Posté par mouradpreure le 11 février 2011

par Envoyés Spéciaux Algériens, lundi 24 janvier 2011,

-Selon vous, l’Algérie a échappé à la mainmise du capitalisme mondial. Comment ?

Je suis frappé de la permanence des principes en Algérie contenus dans la plateforme de la Soumam de 1956. Ces mêmes principes se retrouvent dans la politique étrangère algérienne : universalité, Etat solidaire, justice sociale, souveraineté, etc. L’Algérie est la principale puissance en Afrique du Nord. Lancer un plan de 240 milliards d’euros sur quatre ans en est un signe. Cette puissance est mise au service de la souveraineté. L’Algérie est pratiquement le seul pays d’Afrique qui maîtrise l’investissement étranger avec la règle du 51/49 contenu dans son code. Il y a également le contrôle strict sur le transfert des profits.

L’Algérie a trouvé là le moyen de négocier avec les multinationales, avec les maîtres du monde et les maîtriser. Ces firmes ne cherchent qu’à maximiser les profits. Nestlé n’est pas la Croix-Rouge ! Je vis dans le cœur du monstre à Genève au milieu de ces multinationales et je sais de quoi je parle. Au Nigeria, Esso et Texaco dictent leurs lois. L’Algérie est le onzième producteur de pétrole membre de l’OPEP. Le Nigeria produit plus. Prenez ces deux exemples. Le Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique et qui sort 2,2 millions de barils de pétrole par jour, est sous les ordres des multinationales.

En Algérie, Sonatrach dicte sa loi aux firmes pétrolières étrangères pour travailler. Donc, il y a une notion de souveraineté totale. Au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’Algérie joue un grand rôle en présidant le groupe afro-arabe. Les diplomates algériens donnent le ton au sein de ce groupe en défendant les intérêts des pays du Sud. Bouteflika, qui a été ministre des Affaires étrangères, est l’un des hommes d’Etat du tiers monde qui a une parfaite connaissance des mécanismes compliqués du système onusien. Driss Djazaïri, Mohamed Salah Dembri et Lakhdar Ibrahimi sont des diplomates connus

-Pour revenir sur les mesures sur l’investissement, des pays européens, tels que la France et l’Allemagne, ont critiqué ces dispositions…

Les multinationales veulent avoir le champ libre. Elles ne l’ont pas en Algérie. L’actuelle classe dirigeante française n’a jamais pardonné l’indépendance de l’Algérie. On ne se rend pas compte encore du traumatisme causé aux Européens. Il y avait la défaite de Diên Biên Phu, mais le Viêtnam est loin de leur monde. Le Maghreb est dans le même monde, et c’est là que ces Européens ont été radicalement contestés. La victoire de l’Algérie a ouvert la voie à la décolonisation en Afrique.

-L’instabilité au Sahel n’aide-t-elle pas les anciens empires à se réveiller ?

La situation au Sahel est dangereuse. L’Algérie est effectivement indépendante et montre l’exemple. L’Algérie ne fait pas partie de la francophonie. Souverain donc, ce pays doit être saboté. Je ne sais pas qui finance El Qaîda et qui est derrière. Mais il me semble évident qu’il est de l’intérêt de l’Occident d’affaiblir l’Algérie. Al Qaîda est au cœur du Sahel. Qui sait, demain ils iront attaquer les champs pétroliers de Hassi Messaoud…

-Ces groupes sont-ils manipulés ?

Je le pense oui. Sociologiquement, il existe un terreau avec l’appauvrissement des Touareg, le racisme noir contre les Touareg, etc. Les gouvernements n’ont pas tenu leurs promesses, la misère est toujours là. Ces groupes se financent par les rançons payées contre la libération des otages. Les Européens négocient et payent. Pour l’Algérie, cela crée des problèmes puisque ces groupes ont plus de possibilités de s’armer. Si vous payez 5 millions d’euros pour les otages, comme l’ont fait les Espagnols, cela devient un commerce alimenté par les Européens (…) La Suisse refuse d’extrader les islamistes recherchés par mandat international parce qu’elle ne veut pas provoquer ceux qui ont déposé des fonds dans les banques.

L’économie suisse dépend énormément des banques. La Suisse est le deuxième pays le plus riche de la planète avec le revenu par habitant. Ce pays, qui n’a pas de matière première, vit de l’argent d’autrui (…) Je n’ai pas les moyens de confirmer que l’Occident finance les groupes terroristes, mais je peux dire que certaines puissances occidentales ne seront pas mécontentes d’affaiblir l’Algérie. L’Algérie, dans tous les pays du Sud, est une épine, un pays qu’on ne peut pas mettre à genoux. C’est «le mauvais» exemple pour les autres. Imaginez que demain le Niger reprenne les gisements d’uranium au groupe nucléaire français Areva et crée une Sonatrach nigérienne. Cela va provoquer une explosion en France des prix de l’électricité, car pour l’instant, la France ne paye presque rien. Le président Tandja, qui voulait multiplier les investissements chinois et indiens, a été écarté.

-Le Maghreb uni en tant qu’entité économique n’est-il pas une menace pour l’Union européenne (UE) ?

Non. L’UE est constituée de 27 pays, de 400 millions de consommateurs et de 11 000 milliards de dollars de produit intérieur brut (PIB). L’UE est une grande puissance économique qui habilement a associé les pays du Maghreb avec des accords et a créé un marché élargi. Avec le problème du Sahara occidental, le Maghreb uni, une idée merveilleuse, n’est pas possible. La Libye et l’Egypte posent aussi problème. Comme pour l’UE, les pays doivent créer un minimum commun, avoir des buts politiques et structures économiques communs…

-En Algérie, il y un dossier de corruption lié à Sonatrach. Pourquoi la corruption est fort présente dans les pays pétroliers ?

Pourquoi les Algériens seraient des anges !? A Genève, il existe une corruption incroyable, pourtant c’est une démocratie. Il s’agit de spéculations immobilières et les fausses factures. Partout où il y a de l’argent, il y a beaucoup de tentations. Les banquiers suisses ont pour la plupart des banques off shore aux îles Caïman pour échapper au fisc

-Des experts parlent de «malédiction du pétrole». Le Nigeria en est le parfait exemple…

Je mets l’Algérie à part. Il est faut dire qu’il n’existe pas de développement dans ce pays. Il y a des logements et des infrastructures qui sont en construction. Certes, il y a des problèmes sociaux, mais il y a un investissement public, pas spéculatif privé, qui est impressionnant. Je ne suis pas venu depuis huit ans en Algérie et je constate qu’il y a un développement infrastructurel remarquable. Au Nigeria, des dictatures militaires se succèdent. Dans l’index du développement humain du PNUD, le Nigeria est en bas du tableau, alors que c’est le huitième producteur mondial du pétrole. Il faut peut-être renforcer le contrôle sur les dépenses publiques, mais on m’a dit que le président Bouteflika auditionne chaque année les ministres sur les projets. Cela n’existe pas au Nigeria ou au Soudan. Aux Algériens de savoir si de telles méthodes sont efficaces ou pas.

-L’absence de démocratie et de libertés n’aide-t-il pas le maintien des systèmes comme au Nigeria ?

Mis à part l’Egypte, l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Nigeria et l’Ethiopie, la majorité des 53 pays en Afrique vivent la misère sur le plan économique, surendettés et dirigés par des élites faibles. Dans ces pays, la construction nationale, durant les 50 dernières années, a été déficiente. Selon le FAO, 81 millions d’Africains étaient sous-alimentés en 1975. En 2005, ils étaient 202 millions d’Africains à être dans cette situation. La faim explose en Afrique. L’hypocrisie des Européens est totale. Ils pratiquent le dumping agricole en Afrique. Les surplus sont déversés sur les marchés de Niamey, Bamako, Dakar et d’ailleurs, et plus loin, le paysan africain s’épuise au travail et n’a aucune chance d’avoir un revenu normal parce qu’au marché, la ménagère peut acheter des légumes ou du poulet espagnols, grecs ou français à moitié prix des produits locaux. Les règles de l’OMC fonctionnent selon les intérêts des multinationales. L’OMC est une entreprise de désarmement économique des pays du tiers monde. Ce dumping empêche les pays agricoles africains, qui constituent les deux tiers du continent, d’acquérir le minimum vital qui permet ensuite le développement de la démocratie. Brecht a dit : «L’affamé ne peut pas manger un bulletin de vote.» De l’autre côté, les Occidentaux se plaignent de l’absence de démocratie et des atteintes aux droits de l’homme en Afrique noire, alors que absence de démocratique est le résultat de la surexploitation économique pratiquée par ce même Occident. ..

-Quelles leçons peut-on retenir de la dernière crise financière internationale ?

Le 22 octobre 2008, les 15 chefs d’Etat des pays de la zone euro se sont réunis à Paris et ont décidé de libérer 1700 milliards d’euros pour remobiliser le crédit interbancaire et pour augmenter de 3 à 5% le plancher d’auto- financement des banques. C’est une somme énorme utilisée pour sauver les bandits de la finance ! Des bandits qui ont engagé des spéculations de plus en plus risquées afin d’augmenter leurs bonus. Ce banditisme a été donc honoré par les gouvernements. En Suisse, l’UBS est devenue tellement puissante qu’il était impossible pour le gouvernement de la laisser tomber en faillite.

Le contribuable a donc payé pour ces opérations de sauvetage. Et ça continue, comme avant. Aujourd’hui, ils continuent à spéculer avec l’argent du contribuable. En Europe et aux Etats-Unis, les gouvernements ont été incapables d’exproprier les banques et d’abolir les bonus. On attend la prochaine crise ! Le Programme alimentaire mondiale (PAM) a perdu la moitié de son budget parce que les pays industriels ont arrêté leurs cotisations pour donner l’argent aux banquiers. Les repas scolaires ont été supprimés dans plusieurs pays par le PAM. Au Bangladesh, c’est une véritable catastrophe.

Les spéculateurs de Wall Street sont des assassins. Ils font mourir des gens dans le tiers monde. «Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent», a dit un écrivain français. Selon la banque mondiale, 162 millions de personnes dans le monde se sont ajoutées à celles qui souffrent de la faim en raison de la crise financière mondiale. Il faut créer un tribunal de Nuremberg (crime contre l’humanité, ndlr) pour les bandits bancaires.

-Existe-t-il un lien entre cette crise financière et la multiplication des conflits actuellement ?

L’Amérique est la première puissance économique. Presque 25% des biens industriels fabriqués dans le monde sont l’œuvre des Américains, alors qu’ils ne sont que 300 millions. La matière première de cette formidable machine industrielle est le pétrole. Elle utilise 20 millions de barils de pétrole par jour, alors que la production mondiale est de 85 millions de barils par jour. Huit de ces 20 millions de barils sont produits entre l’Alaska et le Texas, le resté est importé de régions dangereuses, telles que le Delta du Niger, l’Asie centrale, le Moyen-Orient. Cela force les Américains à maintenir la plus gigantesque armada que le monde n’a jamais connue. Donald Rumesfeld (ancien secrétaire à la Défense, ndlr) avait dit que les Etats-Unis doivent être capables de mener quatre guerres en même temps.

Les Etats-Unis soutiennent Israël pour contrôler le monde arabe et l’Iran. Si l’Arabie Saoudite, principal fournisseur des Etats-Unis en hydrocarbures, change de stratégie, il sera ciblé par Israël. La guerre D’Irak est une guerre du pétrole. L’Irak a les deuxièmes réserves de pétrole au monde avec 13 milliards de barils avec une faible teneur en souffre. Les pipes lines entre la mer Noire et l’océan Indien passent par l’Afghanistan. La guerre d’Afghanistan a également une motivation économique directe. Marx disait que «le capitalisme porte en lui la guerre, comme le nuage porte l’orage». Il y a une logique contraignante, si vous dépendez du pétrole étranger, vous devriez assurer et contrôler les sources d’approvisionnement.

-Avez-vous des projets d’écriture ?

Tout ce dont je vous parle ici fait l’objet d’un livre que j’ai écrit, La Franceidentitaire, pour lequel je cherche un éditeur. Pour la première fois en 25 ans de publication, j’éprouve des difficultés à publier pareil ouvrage sur la montée de l’islamophobie en France. Je ne sais pas pourquoi. Il paraît que c’est la crise…

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Choc des civilisations. Emmanuel Todd contredit Samuel Huntington

Posté par mouradpreure le 16 décembre 2010

http://algerie-focus.com – nov 29th, 2010

Huntington a cru pouvoir démontrer que l’opposition entre l’occident chrétien et l’islam était irréductible. Emmanuel Todd et Youssef Courbage nous livrent une étude, particulièrement élaborée celle-là, qui permet d’affirmer que les sociétés musulmanes ont entamé depuis plusieurs décennies un mouvement de déconfessionnalisation, lequel entraîne une résurgence provisoire des pratiques religieuses, avant l’apparition d’une autre identité. Mieux vaudrait donc laisser cette tendance historique naturelle se dérouler d’elle-même plutôt que d’en troubler le cours.

Choc des civilisations. Emmanuel Todd contredit Samuel Huntington dans GEOPOLITIQUE yu-150x150

Dans « Le choc des civilisations », Samuel Huntington a cru pouvoir démontrer en 1996, que l’opposition entre l’occident chrétien et l’islam était irréductible, et qu’il fallait donc s’attendre à une nouvelle guerre froide entre ces deux camps, guerre qu’il faudrait peut-être anticiper un jour. Sous-jacente à cette thèse perçait l’idée de la nécessité d’une hégémonie permanente des États-Unis pour garantir la sécurité du monde occidental.

Pendant quelque temps, cette thèse a réussi à bouleverser les milieux intellectuels et politiques des pays occidentaux, en pleine crise de l’immigration musulmane en Europe. Il n’y a rien d’étonnant à cela, lorsqu’on sait que Zbigniew Brzezinski a dit de ce livre : « Un tour de force intellectuel : une œuvre fondatrice qui va révolutionner notre vision des affaires internationales. », et puisque ce dernier a lui-même écrit en-tête de la conclusion de son propre livre paru en 2004, « Le vrai choix » : « L’hégémonie mondiale américaine est désormais une réalité établie. Nul ne peut la nier,… ». Il concède cependant quelques lignes plus bas que cette hégémonie ne sera pas éternelle.

Pourtant l’analyse de Huntington était superficielle et partiale. Dans ce court article, il est impossible de le citer longuement. Je me contenterai de rappeler une seule phrase, située à la page 310 de son édition de poche : « Tant que l’islam restera l’islam (ce qui est certain) et que l’Occident restera l’Occident (ce qui l’est moins), ce conflit fondamental entre deux grandes civilisations et deux modes de vie continuera à influencer leurs relations à venir, tout comme il les a définies depuis quatorze siècles. ».

L’opposition entre les textes des parenthèses de ce passage montre l’absence d’un réel esprit scientifique chez Huntington. Il sous-entend clairement que seul l’occident est susceptible d’évolution, alors que l’Islam ne l’est pas. Il ne tente même pas de démontrer ces deux assertions, et de nombreuses affirmations non argumentées de ce genre jalonnent son essai. En définitive, tout concourt dans ce livre à faire penser que cette prétendue étude n’avait pour but que de convaincre le lecteur de préjugés présents dans l’esprit de son auteur, et que ce dernier se préoccupait seulement de les emballer de manière convaincante. L’œuvre ne montre en effet aucun souci d’une quelconque objectivité historique, qui aurait pu se fonder sur une analyse comparée des religions au cours de l’histoire et sur celle de l’évolution géopolitique du monde.

En 2008, la déconfiture économique et militaire des É-U est cependant patente. Ce pays devra sans doute laisser bientôt la place du dollar à l’euro en tant que principale monnaie d’échange dans le monde, et a échoué dans sa tentative militaire de régner sur le Moyen-Orient. Quelle confiance peut-on accorder à un auteur qui se prétend expert en géostratégie, et qui s’est si lourdement trompé sur la situation de son propre pays ?

Emmanuel Todd et Youssef Courbage s’inscrivent en faux contre les thèses de Huntington, dans « Le rendez-vous des civilisations (Seuil – 2007) », en qualifiant « Le choc des civilisations » d’« exégèse faussement savante des textes sacrés ». Mais leur livre ne vise pas principalement à démentir Huntington. Ils préfèrent présenter une étude, particulièrement élaborée celle-là, des évolutions anthropologiques de l’ensemble des sociétés dites occidentales et musulmanes, reposant sur des statistiques parfaitement établies de trois critères principaux qui sont : l’évolution des taux d’alphabétisation masculin et féminin des groupes étudiés, celle des taux de fécondité et celle de la pratique des religions. Ils montrent enfin de façon tout à fait indubitable l’existence d’une corrélation entre la baisse de la pratique religieuse dans le monde avec celle de la fécondité, et celle de la baisse de la fécondité avec l’augmentation de l’alphabétisation des femmes après que celle-ci ait atteint le taux de 50% de la population étudiée.

Les variations de ces lois de corrélation sont soigneusement étudiées et expliquées. L’ensemble de l’étude permet d’affirmer que les sociétés musulmanes ont entamé depuis plusieurs décennies un mouvement de déconfessionnalisation, et que c’est précisément ce mouvement qui entraîne une résurgence des pratiques religieuses dans une certaine partie de la population, celle qui se trouve en mal d’identité, avant d’en retrouver une autre.

Todd et Courbage rappellent à ce propos que la même résurgence s’est manifestée dans le monde chrétien au moment de la réforme protestante, à l’époque des Lumières et à celle de la révolution scientifique. « L’intégrisme n’est qu’un aspect transitoire de l’ébranlement de la croyance religieuse, dont la fragilité nouvelle induit des comportements de réaffirmation. »

À titre personnel, j’ajouterai à cette brillante étude le commentaire suivant : actuellement l’Occident, mais plus spécifiquement les É-U, administre aux pays musulmans une pression indue qui tente de troubler la vitesse naturelle du cours de l’histoire pour accélérer l’évolution de leurs populations. C’est une tentative illusoire et inefficace dont le résultat a pour seul résultat de prolonger dangereusement la période de transition historique de ces pays. Or les travaux de Todd et Courbage montrent que cette période est toujours caractérisée par des troubles et des violences provoqués par une grande tension entre la naissance d’une nouvelle mentalité et la résistance de l’ancienne. Sous l’agression, leur tendance naturelle est de surcompenser leur stress par un retour à la pratique religieuse. C’est ce que je montre moi-même dans un article récent en trois parties : Extrémisme : terrorisme ou résistance.

Mieux vaudrait au contraire laisser cette tendance historique naturelle se dérouler d’elle-même, sans pressions extérieures. Elle est déjà engagée dans beaucoup de pays, nous assurent Todd et Courbage en nous mettant sous les yeux les preuves de la déritualisation de la chrétienté. Après tout, celle-ci s’est effectuée naturellement sans pression extérieure. Elle n’est même pas encore achevée aujourd’hui. D’ailleurs, en ce qui concerne les États-Unis eux-mêmes, ce reflux de la croyance religieuse est à peine commencé. C’est sans doute pour cela qu’ils montrent une hargne beaucoup plus impatiente que les autres pays occidentaux, largement plus en avance dans cette évolution que ce prétendu empire en voie de disparition.
Agora Vox

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11 DÉCEMBRE 1960 – LARBI ALILAT, MEMBRE DU RÉSEAU D’ALGER – «Une date déterminante pour l’Indépendance»

Posté par mouradpreure le 11 décembre 2010

www.lexpressiondz.com – 11 Décembre 2010

Ces manifestations étaient censées accueillir le général de Gaulle, arrivé en Algérie deux jours avant, pour promouvoir son projet d’autodétermination.

Les manifestations du 11 décembre 1960 ont été, après 6 ans de guerre, la proclamation «solennelle» de l’Indépendance de l’Algérie, a relevé Larbi Alilat, membre du réseau d’Alger lors de ces manifestations à Belcourt, actuellement Mohamed-Belouizdad. «Si le 1er Novembre 1954 a été le déclenchement de la guerre de Libération, le 11 décembre 1960 la proclamation solennelle de l’indépendance de l’Algérie», a souligné dans un entretien à l’APS, Larbi Alilat, un des membres du réseau «El Malik» qui avait infiltré les manifestations après une réunion tenue à Belcourt la nuit du 11 décembre 1960. «Le monde entier a su, ce jour du 11 décembre 1960, qu’il n’y aura plus de concessions. Le peuple algérien n’acceptait plus aucune autre solution que l’indépendance totale», a-t-il dit.

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Les sociétés musulmanes face aux défis de la science : une crise systémique de créativité

Posté par mouradpreure le 11 décembre 2010

L’UNESCO vient de rendre public, dans sa version 2010, le rapport sur la science qu’elle publie tous les cinq ans. Par la diversité et la densité des informations qu’il contient, ce rapport est extrêmement instructif, non seulement sur le domaine même de la science, mais également, en filigrane, sur les grandes évolutions de notre monde, particulièrement dominé par « le rôle croissant de la connaissance dans l’économie globale » pour reprendre le titre du premier chapitre du rapport de l’UNESCO. En effet, de toute évidence, de plus en plus, la maîtrise de la science et de la technologie apparaît comme étant au cœur des ressorts les plus essentiels de toute croissance économique réelle et c’est donc bien pourquoi l’ensemble des questions qui s’articulent autour d’elle sont très révélatrices des problèmes structurels que vivent les sociétés contemporaines. Si l’on examine, de ce point de vue, les données fournies par le rapport sur la science 2010 de l’UNESCO concernant les pays musulmans, elles sont très intéressantes à analyser.

Pour aller à l’essentiel, je prendrai en considération celles relatives à la production scientifique – il s’agit des sciences naturelles et physiques ainsi que des mathématiques – telles que saisies par les grandes bases de données spécialisées dans le domaine et traitées pour les besoins du rapport. En termes de part relative, pour l’année 2008, la répartition globale est la suivante : pays de l’OCDE (76,4%), Chine (10,6%), Inde (3,7%), Russie (2,7%) et Brésil (2,7%). Soit au total, 96,1% de la production qui est concentrée au niveau de ces grands acteurs de l’économie mondiale ; le « reste » ne représentant que 3,9%.

En ce qui concerne les pays musulmans, correspondant à l’espace de l’Organisation de la Conférence Islamique, les données disponibles permettent d’avoir le tableau d’ensemble suivant : Turquie – par ailleurs, membre de l’OCDE – (1,8%), Monde Arabe (1,4%), Iran (1,1%), un ensemble Pakistan/Afghanistan/Bangladesh/Indonésie/Malaisie (0,7%), soit au total 5,0% de la production scientifique mondiale. Deux autres ensembles appartenant partiellement à l’aire culturelle de l’Islam ne contribuent de leur côté que très faiblement à la production scientifique mondiale : l’Afrique subsaharienne, hors Afrique du sud, pour 0,6% et les pays de la Communauté des Etats Indépendants d’Asie centrale pour 0,2%. En partant de l’hypothèse qu’une partie de la production scientifique de ces deux derniers ensembles est générée dans le contexte de pays musulmans, je retiendrai sur les 0,8% concernés, 0,3%. Ce qui permet de formuler l’hypothèse raisonnable qu’au final, en 2008, sensiblement 5,3% de la production scientifique mondiale (986 099 publications recensées) est assurée dans des pays musulmans, soit environ 52 300 publications ; 1,4% du total des publications, soit 13 574 publications, l’étant dans les pays arabes, saisis comme tels dans le rapport.
Ces données n’ayant que peu de sens en elles-mêmes doivent, bien sûr, être rapportées à la population des ensembles concernés. Pour ce qui concerne les pays musulmans, la part relative de 5,3% de la production scientifique mondiale doit être rapportée, toujours en considérant les mêmes espaces – qui ne prennent pas, bien sûr, en considération les minorités musulmanes vivant d’autres pays, y compris l’importante minorité d’environ 160 millions de musulmans vivant en Inde – à une population d’environ 1,350 milliards, soit de l’ordre de 20 % de la population mondiale, telle qu’estimée dans le rapport à un total de 6,670 milliards pour 2007. Il est entendu que ces données ne concernent pas l’ensemble des musulmans dans le monde dont la population estimée à 1,600 milliards, représentait, à la même période de l’ordre de 24% de la population mondiale. En tout état de cause, l’information la plus significative à retenir est celle des contributions relatives : en ce qui concerne les pays musulmans, 20% de la population mondiale ne contribue qu’à hauteur de 5,3% de la production scientifique mondiale ; soit 3,77 fois moins eu égard à la population. En ce qui concerne les pays arabes : 4,9% de la population mondiale (329,2 millions, d’après le rapport) ne contribue qu’à hauteur de 1,4% de la production scientifique mondiale ; soit 3,50 fois moins eu égard à la population et correspondant à un « décalage » très proche de celui enregistré pour l’ensemble des pays musulmans.

La comparaison avec les performances d’autres régions du monde est très édifiante. Ainsi, l’impact total de l’ensemble des pays musulmans (52 300 publications) se situe entre celui des deux pays de la péninsule ibérique réunis, Espagne et Portugal, avec 42 845 publications ou bien celui de l’Italie avec 45 273 et celui de la France avec 57 133. Celui de tous les pays arabes (13 574) est pratiquement équivalent à celui de la Belgique (13 773), légèrement supérieur à celui d’Israël (10 069) et nettement inférieur à celui de la Suède (16 068) ou de la Suisse (18 156). En termes de nombre de publications par million d’habitant, les pays musulmans se situent à 38,74 et les pays arabes à 41,23 ; la moyenne mondiale étant à 147,82. A titre indicatif, la performance de la Suisse est de 2388,95, d’Israël de 1459,28, du Canada de 1 323,37, des Etats-Unis de 1 022,75, de la Corée du sud de 682,94, du Japon de 585,70 et du Brésil de 139,31. La Turquie avec 243,66 publications par million d’habitants et l’Iran avec 150,47 se situent au-dessus de la moyenne mondiale de 147,82. Ce qui est également le cas pour les pays arabes suivants : Emirats Arabes Unis (147,2), Qatar (152,2), Jordanie (157,1), Tunisie (196,2) et Koweït (222,5). Ceci dit, les seuils les plus élevés atteints par les pays musulmans indiquent clairement qu’ils demeurent modestes et encore très éloignés de ceux réalisés par les pays les plus avancés dans le monde.

Conscient de cette situation qui dure depuis longtemps déjà, un document de la Banque Islamique de Développement établissait, en 2008, le lucide constat suivant : « Les 57 pays à population majoritairement musulmane ont sensiblement 23% de la population mondiale, mais moins d’1% des scientifiques qui produisent moins de 5% de la science et font à peine 0,1% des découvertes originales mondiales liées à la recherche chaque année. Les pays musulmans ont un pourcentage négligeable des dépôts de brevets aux Etats-Unis, en Europe et au Japon. Il est encore plus préoccupant que la main-d’œuvre consacrée à la recherche et développement dans les pays musulmans constitue seulement 1,18% de l’ensemble de la main-d’œuvre en charge de science et technologie. ». Dans un autre document de la même institution – « Dans les pays musulmans, transformer les économies en économies basées sur la connaissance » – la première phrase est la suivante : « Les deux problèmes les plus importants auxquels doivent, à l’heure actuelle, faire face les pays musulmans sont : la mondialisation et l’émergence de l’économie basée sur la connaissance ».

Il est donc clair que les véritables défis auxquels doivent urgemment faire face l’ensemble des pays musulmans, y compris donc les pays arabes, s’articulent autour de l’incontournable maîtrise de la science et de la technologie qui constitue absolument le seul levier en mesure de leur ouvrir les perspectives d’une croissance économique durable, basée sur une production endogène de connaissances, biens et services, conforme aux conditions de la rude compétition mondiale en cours.

Mais, par delà la seule dimension économique, certes, importante en elle-même, le défi pour toutes les sociétés musulmanes – en dernière analyse, de nature ontologique – est bien celui de démontrer leurs capacités effectives à se transformer en des espaces favorables à l’épanouissement de la créativité humaine, comme condition indispensable de toute production scientifique significative. Car, en effet, tout autant l’importance considérable des écarts qui les séparent des pays avancés que la durée de la longue période historique qui les a vus se constituer – objectivement mesurable en termes de siècles – conduisent à penser que leurs déficits actuels prennent un caractère de grave crise systémique de créativité dont la prise en charge sera très difficile. Dans cette perspective, il est clair que, désormais, toutes les solutions envisageables ne sauraient relever de simples processus techniques, consistant à jouer de temps à autre, çà et là, sur telle ou telle variable d’ajustement, comme il est d’usage de le faire dans des approches que résume bien l’expression « business as usual ».

Tout au contraire, les sociétés musulmanes devront nécessairement mener un immense et courageux effort collectif d’introspection afin, d’une part, de clairement établir les raisons, nécessairement internes – excluant donc les éternelles recherches de boucs émissaires – qui les ont conduites aux impasses actuelles et, d’autre part, tout aussi clairement, de définir les nouvelles politiques qui leur permettront de participer activement à la production de connaissances, biens et services s’inscrivant dans le cadre des logiques de créativité qui, chaque jour un peu plus, bouleversent notre monde. De ce point de vue, une reformulation complète des problématiques culturelles actuellement dominantes apparaît comme un passage obligé dans lequel le problème majeur qui se posera est incontestablement celui d’un effort totalement renouvelé de (re)lecture de tout le patrimoine intellectuel islamique. L’effort à conduire devra aller dans le sens d’un dépassement des approches réductrices qui aujourd’hui prévalent et qui, fondamentalement, reposent sur deux postulats de base, profondément liés entre eux et procédant de dichotomies simplificatrices. Pour le premier, c’est l’opposition du patrimoine de la civilisation islamique à celui du « reste du monde », plus précisément encore à celui de « l’Occident » et pour le second la distinction entre aspects matériels et intellectuels du patrimoine.

La première dichotomie, « nous et les autres », procède d’une lecture essentialiste du patrimoine intellectuel de la civilisation islamique, posant que l’on est en présence, face à celui de « l’Occident », de deux réalités bien distinctes et cloisonnées, correspondant à deux logiques d’accumulation intellectuelle parallèles, n’ayant entretenu aucun lien, l’une avec l’autre. Or, ce n’est pas du tout le cas, tant les échanges, tout au long de l’histoire, ont été importants, notamment avec « l’Occident » lorsque des philosophes musulmans, sans complexe aucun, ont commenté et se sont inspiré de l’œuvre de philosophes « étrangers », tels que Platon pour Al-Farabi et Aristote pour Ibn Rochd. En sens inverse, l’œuvre de ces deux philosophes – notamment celle d’Ibn Rochd, au point qu’on parlera « d’averroïsme latin – irriguera toute la philosophie européenne du Moyen Age, alimentant directement les fondements intellectuels de la Renaissance européenne, alors en pleine gestation.

La seconde, « aspects matériels et aspects intellectuels » procède fondamentalement de la même vision que la précédente et postule que l’échange avec la culture « occidentale » doit être conçu comme obéissant au principe de base suivant : sous l’empire de la nécessité, bénéficier de tous ses biens matériels, en tant que produits « neutres » de la science et de la technologie et ce, tout en rejetant systématiquement sa production intellectuelle, considérée comme « non-neutre », au motif qu’elle procède de logiques intellectuelles « étrangères » et, en tant que telles, condamnables. Or, les liens entre les logiques intellectuelles ayant généré les deux types de produit, matériel et intellectuel, sont extrêmement étroits car l’extraordinaire développement de la science et de la technologie en « Occident » – fournisseur de la matérialité aujourd’hui si recherchée – n’aurait jamais été possible sans une longue et riche accumulation intellectuelle. A laquelle l’aire culturelle de l’Islam a contribué par l’intermédiaire de deux filières, aussi décisive l’une que l’autre : l’une philosophique et l’autre scientifique, toutes deux porteuses de logiques fondamentales de rationalité. C’est bien pourquoi, aujourd’hui, rejeter purement et simplement tout apport « occidental » c’est d’abord nous amputer d’une partie de nous-mêmes.

L’analyse de l’expérience historique d’autres aires culturelles non-européennes – essentiellement asiatiques : japonaise, indienne, chinoise, coréenne – aujourd’hui à la pointe des processus mondiaux de créativité, à commencer par ceux de la science, montre bien que, partout, les voies de la Renaissance ont impliqué – grâce à une (re)lecture du patrimoine intellectuel, seule garante de l’endogénéité de la démarche menée – une profonde remise en cause de soi, nécessairement accompagnée d’une réelle ouverture sur le reste du monde. Dans cette perspective, les analyses de deux grands philosophes maghrébins – malheureusement décédés cette année – Mohamed Abed Al Jabiri et Mohammed Arkoun, sont absolument essentielles et nous fournissent un éclairage très précieux pour la compréhension des enjeux et défis qui structurent l’œuvre de rénovation nécessaire.

Les sociétés musulmanes ne doivent oublier ni que le tout premier mot de la révélation coranique – « Lis » – a été une injonction claire en faveur du savoir, ni que le Prophète Mohamed, dans ses « hadiths », à plusieurs reprises, a fortement encouragé la recherche de ce même savoir ; « jusqu’en Chine », dans l’un des plus célèbres. Alors que demeure encore vivace dans la conscience collective – souvent sur le mode mythique d’un âge d’or à retrouver – le souvenir d’une très longue tradition d’ouverture intellectuelle et de production scientifique qui a marqué des siècles de contribution au savoir universel, il est permis d’espérer que l’aire culturelle de l’Islam – autant par l’évaluation critique de sa propre expérience que par son ouverture sur les autres cultures – saura se ressaisir afin d’emprunter l’unique voie aujourd’hui possible : apporter sa propre contribution à la créativité contemporaine. Seule en mesure de lui éviter une autre trajectoire possible, celle du déclin.

Nadji SAFIR, sociologue algérien (nadji.safir@gmail.com)
Source : Le Monde du 18.11.2010

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Vente de terres africaines à des pays étrangers – Second partage de l’Afrique après cinquante ans d’indépendance !

Posté par mouradpreure le 7 novembre 2010

Jeudi 28 Octobre 2010 – Djamel Bouatta – http://www.liberte-algerie.com/edit.php?id=144947

 

Vente de terres africaines à des pays étrangers - Second partage de l’Afrique après cinquante ans d’indépendance !  dans GEOPOLITIQUE Afrique1914

Cinquante années après les indépendances, le continent africain vend ses bijoux, ce que pourquoi des générations ont lutté. Au XXIe siècle, des régimes africains vendent des terres, oui des terres, à des États et multinationales… Bonjour la recolonisation de l’Afrique.

L’acquisition de terres par des États et sociétés étrangères soulève des inquiétudes. Les chiffres globaux de cette mainmise sont encore imprécis, mais la Banque mondiale indique que les données officielles fournies par certains pays font état de larges transferts : 3,9 millions d’hectares au Soudan et 1,2 million en éthiopie entre 2004 et 2009. Rien que cela ! Qui achète ? Des États ou leurs sociétés, privées, publiques et des fonds souverains qui disent souhaiter garantir leurs approvisionnements en biens alimentaires et agroalimentaires, et ne plus dépendre de marchés hiératiques, trop instables. Ces pays, en général, souffrent de pénuries d’eau, de plus en plus récurrentes, et dont les surfaces agricoles utiles sont insignifiantes au vue de leur croissance démographique. En tête de ces acheteurs de terres extraterritoriales, l’Arabie saoudite et les autres monarchies du Golfe qui manquent totalement d’eau et de potentiel agricole. Le peloton est rejoint par la Libye. Et ce n’est certainement pas l’argent qui manque à ces producteurs d’hydrocarbures, de surcroît peu peuplés. D’autres pays arabes sont également dans la course aux pillages de terres africaines, notamment l’Égypte ou la Jordanie qui ne peuvent répondre aux besoins croissants de leurs populations en perpétuel augmentation. La démographie, c’est aussi l’argument de la Chine, de l’Inde, de la Malaisie, de la Corée du Sud et du Japon, qui importent déjà 60% de leur alimentation. Dans le lot asiatique, qui a dépassé les Arabes du Golfe, Pékin est le champion en la matière, avec une centaine d’accords agricoles avec des pays africains, portant sur le riz, le soja, le maïs et des cultures énergétiques comme la canne à sucre, le mil et le sorgho. Les fermes chinoises font partie du paysage dans l’Afrique subsaharienne. Le commerçant et le trader minéralier sont complétés par le manager agricole. Des entreprises chinoises seraient en train de négocier des contrats portant sur 2,8 millions d’hectares en République démocratique du Congo (RDC), surfaces qu’elles destinent à des plantations de palmiers à huile, et sur 2 millions d’ha en Zambie destinés à la culture du jatropha, pour la production de biocarburant. Le Soudan a pour sa part accepté d’affermer 690 000 ha à la Corée du Sud pour cultiver des céréales. Ce qui remet en cause l’assertion selon laquelle l’Afrique était condamnée à importer sa bouffe. Avec ce rush sur des terres arables, il ne fait pas de doute que le continent noir deviendra, à terme, un des greniers du monde. Des experts occidentaux nous apprennent aujourd’hui que le secteur agricole alimentaire africain offre des perspectives insoupçonnées. Et ces révélations sont faites au moment où l’évolution du climat, l’écologie et la crise de l’énergie ont mis à la mode les biocarburants, qui exigent de nouveaux et vastes espaces cultivables pour remplacer le pétrole. Les taux de rendement annuels sont élevés en Afrique (+400%), à la spéculation de battre son plein. On retrouve dans ce nouveau dépècement de l’Afrique les grands acteurs traditionnels de l’agroalimentaire qui y avaient mainmise sur les plantations avant leur nationalisation : le suédois Blach Earth Farming, le britannique Lonrho en Angola ou le conglomérat sud-africain, Agri SA, qui règne sur 10 millions d’hectares en RDC, mais aussi de manière plus surprenante des industriels, Hyundai et Daewoo, et des poids lourds de la finance internationale. Les fonds de pension, des fonds d’investissement et les grandes banques ont trouvé de nouvelles valeurs refuges dans les bijoux de famille de populations africaines. Rush sur l’Afrique, jusqu’à la caricature : l’Ethiopie reçoit d’une main l’aide du Programme alimentaire mondial (PAM) et permet, d’un autre côté, à l’Arabie saoudite de cultiver sur son sol blé, riz et orge… Idem au Soudan, au Mali, en RDC, au Mozambique, ces pays en tête de la braderie de terres agricoles. La fièvre s’est propagée, même de plus petits pays comme le Sénégal, la Tanzanie, le Malawi, l’Ouganda, la Zambie, le Zimbabwe s’y sont mis aussi à vendre leurs terres.

Et dire que le pays de Mugabe avait chassé, il y a à peine deux années, ses exploitants d’origine britannique ! Les objectifs sont quasiment toujours les mêmes : riz, maïs, sésame, huile de palme et agro-carburants. À la décharge de l’Afrique, le mouvement est mondial. Après l’Amérique latine, terre d’élection traditionnelle pour ces investissements, l’Asie constitue également un nouvel horizon : Indonésie, Pakistan, Birmanie, Philippines, Laos, Thaïlande, Vietnam, Mongolie, Kazakhstan, Sibérie et même la petite Papouasie, en passe de devenir un grenier à céréales pour l’Arabie saoudite. Sans oublier la grande Europe continentale, riche en blé et en colza, avec l’Ukraine et la Roumanie. Et ce vaste mouvement de rachat de terres agricole est, comme par hasard, encouragé par la SFI, la filiale de la Banque mondiale pour le secteur privé, qui prêche que les ventes de pans entiers de terres à des pays et transnationales ferait du bien à l’Afrique ! Mais ces ventes suscitent désapprobations et colères au sein des habitants des terres mises en concessions pour au minimum un demi-siècle. Le projet d’affermer 1,3 million d’hectares à la société sud-coréenne Daewoo a été un facteur-clé dans la mobilisation qui a abouti à l’éviction du président malgache Marc Ravalomanana, au mois de mars.

Au Kenya, le gouvernement peine à surmonter l’opposition locale à la proposition de donner au Qatar le droit d’exploiter 40 000 hectares de terres dans la vallée de la rivière Tana en échange de la construction d’un port en eau profonde. Dans la plupart des cas, elles portent atteinte aux droits fonciers des exploitants locaux qui sont chassés par les nouveaux maîtres et compromettent la sécurité alimentaire en Afrique, dès lors que les nouveaux propriétaires se destinent les productions. On parle de “deuxième partage de l’Afrique”. On est loin des logorrhées de l’Union africaine et de ses membres sur l’impérative recherche de la sécurité alimentaire. Pourtant, l’histoire du continent où, jusqu’au siècle dernier, les puissances coloniales et les colons étrangers s’emparaient arbitrairement des terres africaines et déplaçaient les populations qui y vivaient, est toujours présente dans les mémoires. Le néocolonialisme n’est pas une abstraction.

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L’Occident a-t-il vraiment peur de la Chine ?

Posté par mouradpreure le 17 octobre 2010

par Barthélémy Courmont (Global Brief, 12 octobre 2010)

http://www.iris-france.org/informez-vous/tribune.php?numero=43

La réaction chinoise à l’attribution du Prix Nobel de la Paix à Liu Xiaobo a été d’une rare violence, et tranche avec le désintérêt qu’avait manifesté Pékin quand le Dalaï Lama fut décoré du même prix. Censure de la nouvelle ; assignation à résidence de l’épouse du dissident ; menaces à l’encontre de la Norvège avec, deux jours après l’annonce du prix l’annulation d’une rencontre prévue de longue date entre ministres de la pêche norvégien et chinois ; et enfin critiques très fortes énoncées par les officiels à l’égard d’un Occident suspecté de craindre la Chine, et de manifester par ce prix sa peur de voir l’Empire du milieu monter en puissance trop vite : la liste ne cesse de s’élargir. Particulièrement vindicatif, le Global Times, quotidien chinois, a même noté que « l’attribution du Prix Nobel de la Paix au ‘dissident’ Liu Xiaobo n’est rien d’autre qu’une expression supplémentaire de ces préjugés, derrière lesquels se cache la crainte extraordinaire que leur [les Occidentaux] inspire l’essor de la Chine et du modèle chinois ».

Autrefois sourde, et surtout muette, face aux critiques la concernant, la Chine n’hésite pas désormais à montrer les crocs à la moindre évocation de ses lacunes et du non respect de valeurs démocratiques dont les Occidentaux ne manquent pas de rappeler qu’elles sont universelles. La Chine de son côté condamne l’universalité d’un tel concept, se réfugiant derrière les différences culturelles. Notons cependant ici, et c’est un détail de poids, que Taiwan a non seulement félicité Liu Xiaobo le jour même de l’attribution de son prix (par la voie du président Ma Ying-jiou, et des deux grands partis politiques, pourtant généralement très divisés sur la question inter-détroit), mais a surtout insisté sur le caractère universel de la démocratie. Comme quoi le monde chinois n’est pas si « différent » qu’il en a l’air quand il s’agit de tels concepts, et que les différences culturelles ne sont pas si nettes quand la démocratie est en jeu. Mais on ne l’entend pas de cette oreille à Pékin. Parmi les multiples situations dans lesquelles une Chine plus sûre d’elle-même s’est fortement emportée contre les Occidentaux (et les autres) depuis quelques années, notons la rencontre entre Barack Obama et le Dalaï Lama, la non-rencontre entre Nicolas Sarkozy et le même Dalaï Lama, la visite du premier ministre canadien Stephen Harper à Pékin (un moment d’anthologie à voir et revoir sur Youtube !), et bien entendu les innombrables piques lancées contre le Japon, que ce soit dans l’affaire des manuels scolaires ou dans le contentieux maritime qui oppose actuellement les deux pays. Bref, la Chine, hier si discrète car dans l’incapacité de faire autrement, a désormais les moyens de se donner de la voix, et ne s’en prive pas !

Toujours est-il qu’il y a un fond de vérité dans le texte au vitriol du Global Times : l’Occident a effectivement peur de la Chine. Reste cependant à savoir comment caractériser cette peur, comment elle se manifeste, mais aussi et peut-être surtout si elle s’applique de manière égale pour l’ensemble de cet immense « machin » qu’est l’Occident, et qui ne semble plus depuis bien longtemps se résumer à des critères purement géographiques. Une peur expliquée par un manque de connaissance sur la Chine, sans aucun doute. Les Occidentaux sont bourrés de clichés sur ce pays, berçant tantôt dans une béatitude désolante, et tantôt dans une condamnation aveugle et mal informée. Comme s’il fallait avoir une idée tranchée sur la Chine, pourtant si souvent étudiée par les sinologues au travers de sa voie du milieu ! On pourrait donc, en caricaturant à peine, opposer ceux qui craignent la Chine parce qu’ils refusent de la connaître, et ceux qui ne la craignent pas parce qu’ils croient trop bien la connaître. Et globalement, reconnaissons-le : il est souvent plus facile de craindre que de connaître. Mais le problème d’une peur de la Chine reste entier, et il n’est pas près de disparaître.

La peur de la Chine se manifeste le plus souvent par des critiques émises à son encontre, plus que par des mesures concrètes. Il faut bien dire qu’on peut difficilement se permettre de rompre facilement des liens, économiques et commerciaux en particulier, avec ce qui sera d’ici moins d’une génération la première puissance économique mondiale. Elle se manifeste aussi, devant la montée en puissance effrayante de la Chine, par une attitude de plus en plus ambiguë à son égard. Les puissances occidentales continuent ainsi d’émettre des critiques, mais dans le même temps se gardent bien de franchir une ligne rouge, qui les mettrait en difficulté dans leur relation avec Pékin. Pragmatisme oblige, il est bien entendu beaucoup plus facile, et moins risqué, de critiquer le Myanmar que la Chine !

Risque, c’est bien de cela dont il s’agit justement. Si l’Occident a de plus en plus peur de la Chine, c’est surtout parce qu’il a peur des éventuelles représailles en cas de détérioration des liens qui l’unissent à l’Empire du milieu. Ce n’est pas la peur d’un « péril jaune » ressuscité dont il s’agirait donc ici, mais plutôt des craintes face à un géant aussi fort que soit, et peut-être même plus fort encore. Face à la Chine, peu de pays sont capables de résister sans s’exposer, et cette évaluation du risque suscite fatalement une peur. Toujours est-il que le risque n’est pas évalué par tous de la même manière. L’exemple de la Norvège est à cet égard intéressant. Voilà un pays qui ne peut évidemment pas rivaliser avec la Chine, mais qui dans le même temps n’est pas dans une situation de dépendance, notamment économique, à l’égard de Pékin. Après avoir rappelé, non sans raison, que le comité qui choisit les lauréats du Nobel agissent en toute indépendance, le gouvernement norvégien a répondu sans crainte aux menaces chinoises, balayant d’un trait toute peur qu’on aurait immédiatement ressentie dans d’autres situations. La Chine fait peur à l’Occident, sans aucun doute, mais il serait exagéré de considérer qu’elle fait peur à tous les Occidentaux.

Reste une question sensible, qui concerne les positionnements de Pékin eux-mêmes. On peut en effet s’interroger de savoir si la Chine ne chercherait pas à amplifier cette peur. Et si oui, dans quel but ? Celui qui inspire la peur s’efforce généralement de se montrer rassurant, afin de ne pas se mettre à dos les autres acteurs. Mais l’attitude de la Chine semble être exactement l’inverse, au point qu’on peut s’interroger s’il ne s’agit pas d’une attitude délibérée de la part de Pékin. Avec sans doute en tête l’idée qu’il vaut mieux faire peur que d’avoir peur soi-même, les dirigeants chinois ont totalement renversée l’attitude qui fut celle de la Chine pendant plusieurs décennies, à une époque où son implication dans les affaires du monde se limitait à des messages idéologiques. Cette attitude, qui laisse transparaitre une arrogance de plus en plus visible, confirme la confiance que les dirigeants chinois ont en leur pays, et en la capacité de Pékin à imposer de plus en plus facilement ses vues, sans devoir passer par de longues négociations. Le « modèle chinois » auquel fait référence le Global Times serait ainsi, et il convient de s’en inquiéter (et peut-être d’en avoir peur), l’émergence d’une Chine moins conciliante, plus dominatrice, et surtout plus vindicative et menaçante quand elle trouve en travers de son chemin des candidats à la critique de son développement.

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Héroïne de la révolution algérienne au 19ème siècle – Un ouvrage sur Lalla Fatma N’Soumer édité à Médéa

Posté par mouradpreure le 15 octobre 2010

http://www.lemaghrebdz.com – 13/10/2010 

Héroïne de la révolution algérienne au 19ème siècle - Un ouvrage sur Lalla Fatma N'Soumer édité à Médéa    dans GEOPOLITIQUE Portrait-Fatma_N%27Soumer 

Qui ne connaît pas l’une des icônes de la Révolution algérienne, la belliqueuse Lalla Fatma N’Soumer qui a tenu tête à plusieurs régiments français en tant que chef d’une petite armée qui se réfugiait dans les montagnes ? Pour bien s’approcher du portait de cette battante mythique et mystique, faut sans doute lire  le nouvel ouvrage qui lui a été consacré et qui vient tout juste d’être paraphé par la direction de la culture de Médéa. Cet ouvrage qui s’intitule sobrement  » Lalla Fatma N’Soumer, entre résistance et soufisme  » regroupe des fragments d’histoire sur la vie et le parcours de l’héroïne de la résistance populaire à l’occupation française, de son vrai nom Fatma Sid-Ahmed. Le livre de 160 pages sera mis prochainement à la disposition des  universitaires, chercheurs, mais également du grand public qui pourra découvrir,  au niveau des espaces de lecture existants dans la wilaya, quelques facettes  de cette grande personnalité nationale.

L’ouvrage est une compilation des communications présentées lors du  premier colloque national sur le parcours de cette grande figure de la résistance  populaire, organisé en mai 2009 à Médéa. Scindé en neuf chapitres, l’ouvrage met en relief, à travers le travail  documenté réalisé par des universitaires, issus pour une majorité du département  d’histoire de l’université d’Alger, le contexte sociopolitique, sur fond de  résistance populaire, ayant conduit à l’émergence de cette grande figure de  l’histoire contemporaine de l’Algérie et les raisons à l’origine de sa déportation  vers les Monts d’El-Aissaouia, au Nord-Est de Médéa. L’ouvrage retrace, en outre, le cheminement chronologique du parcours  de militant de l’héroïne populaire, depuis sa naissance, vers 1830, coïncidant  avec le début de la colonisation, dans le petit village de Ouerdja, sur les  hauteurs de Aïn-El-Hammam, en Kabylie, puis son engagement dans la résistance  armée, alors âgée de 25 ans, aux côtés de Chérif Boubaghla, jusqu’à sa défaite,  le 11 juillet 1857. Les six années de captivité qu’elle passera à la Zaouia d’El-Aissaouia,  jusqu’à sa mort en septembre 1863 à l’âge de 33 ans, est l’autre grand axe de  la vie de l’héroïne que les auteurs ont tenté de reconstituer historiquement  pour mieux cerner ce personnage hors du commun, notamment l’influence qu’elle  aura sur la population locale et sa mobilisation autour de la résistance. Outre cette rétrospective historique, le lecteur découvrira des  données essentielles sur la vie socio-économique, politique et culturelle des  populations de cette région incrustée à l’intérieur du massif forestier de l’Atlas  Blidéen.

Ce n’est pas la première fois qu’on s’intéresse à cette figure de la révolution car déjà dans le théâtre une intéressante œuvre signée Mesouad Guembour a été proposée au public au début des années 2000, en plus de rares téléfilms qui lui ont été consacrés.

La Jeanne d’Arc du Djurdjura  

Il faut savoir que le terme « Lalla » très usité chez les marabouts d’ailleurs, est un titre honorifique ou une marque de respect féminin. « N’Soumer  » vient du kabyle  » de Soumer « , nom du village dans lequel son père tenait une Zaouia.

Née en 1830 en Haute Kabylie, région nord-est de l’Algérie, dans un village du nom de Ouerdja, proche de Ain El Hammam – (ex-Michelet). Fille du cheikh Ali Ben Aissi et de Lalla Khdidja, son père est le chef d’une école coranique liée à la zaouïa Rahmania de sidi Mohamed ibn Abderahmane Abu Qabrein. Fatma mémorise le Coran très jeune en écoutant son père psalmodier les versets. Elle est de souche maraboutique, d’une grande beauté, d’après la tradition orale et les icônes qui lui sont consacrées. Comme il est de coutume dans ces régions et à cette époque, on veut la marier. Malgré la multitude de prétendants, elle refuse. Ses parents déclarent qu’elle est possédée et l’enferment dans un réduit. Elle en sort transformée : Dieu lui a révélé sa foi. Sa famille insiste pour la marier refusant de voir que leur fille est déjà ailleurs. Elle est mariée de force à son cousin, refuse de consommer le mariage et se retrouve rapidement répudiée. Effet fatal, elle est mise en quarantaine ainsi que sa famille. A cette période de sa vie. Fatma est prise pour folle. Elle passe des journées à marcher, elle arpente entre le lever et le coucher du soleil les montagnes de son village. Elle demande à quitter son village pour rejoindre son frère, cheikh du village de Soumer. Sous sa protection, elle se met à apprendre le Coran et l’astrologie. Après la mort de son père, elle dirige avec son frère l’école coranique. Elle enseigne le Coran aux enfants et s’occupe des pauvres.

Rebouh. H 

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HISTOIRE – Un livre dévoile le rôle de l’ex-président français François Mitterrand pendant la guerre d’Algérie

Posté par mouradpreure le 15 octobre 2010

Tout Sur l’Algérie d’après AFP – 14/10/2010  

Quand le garde des Sceaux François Mitterrand quitte son ministère en mai 1957, en pleine guerre d’Algérie, 45 nationalistes ont été guillotinés: François Malye et Benjamin Stora dévoilent dans un livre choc un pan obscur de la vie du président qui abolira la peine capitale en 1981. Cet ouvrage, « François Mitterrand et la guerre d’Algérie » (Calmann-Lévy) est l’aboutissement d’une enquête de deux ans. « Nous avons épluché minutieusement de très nombreuses archives, ont quelque 400 pages de comptes rendus des séances du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) de l’époque, celles du ministère de la Justice ou encore de l’Office universitaire de recherches socialistes et découvert des documents inédits », explique à l’AFP l’historien Benjamin Stora, spécialiste de l’Algérie.

Révélation de ce livre, co-écrit avec François Malye, grand reporter au Point : pendant seize mois le ministre de la Justice du gouvernement socialiste de Guy Mollet a laissé sans broncher couper les têtes des nationalistes algériens, qu’ils aient ou non du sang sur les mains. Les dossiers sont préparés à la Chancellerie. Et le garde des Sceaux, vice-président du CSM, s’oppose à 80% des recours en grâce. Pendant ces longs mois, François Mitterrand ne fait pas mystère de sa volonté d’abattre la rébellion. La tendance de son vote au CSM ? « C’était véritablement très répressif, c’est incontestable. Mais c’était la vision qu’il avait de l’Algérie, il pensait que c’était la meilleure solution », se souvient Jean-Claude Périer, seul survivant du CSM de l’époque.

Fin politique et ambitieux, Mitterrand, qui avait alors 40 ans, devait aussi pour durer donner des gages aux durs du  gouvernement, notent les auteurs. A ce moment très particulier de l’Histoire, ce qu’on peut lui reprocher, « c’est d’avoir accompagné, sans jamais le transgresser, un mouvement général d’acceptation du système colonial et de ses méthodes répressives », soulignent-ils. « L’historien Jean-Luc Einaudi, poursuit M. Stora, avait déjà ouvert une brèche dans ce passé et dressé en 1986 une première liste des exécutions pendant la guerre d’Algérie ». « Mais personne n’avait encore pris à bras le corps le sujet Mitterrand », assure-t-il. « Pourquoi lui ? Parce qu’il est devenu président de la République. C’était un passage obligé », répond Benjamin Stora.

Les auteurs ont aussi recueilli, en France et en Algérie, les témoignages inédits d’acteurs de cette période, comme l’historienne Georgette Elgey qui fut témoin des événements en tant que journaliste puis conseillère à l’Elysée à partir de 1982, et de personnalités comme Robert Badinter, Roland Dumas, Michel Rocard ou Jean Daniel. Pour la première fois, ils ont accepté d’aborder cet aspect méconnu de la vie politique de Mitterrand, qu’il refusera de renier. Il fera néanmoins et aveu plusieurs décennies plus tard: « J’ai commis au moins une faute dans ma vie, celle-là ». « Ce que je voulais aussi, c’était entendre les voix des Algériens et cela a été la source de révélations extraordinaires. Ainsi, le frère d’un des guillotinés ou encore un ancien responsable du PC algérien se sont confiés. Ils n’avaient jamais parlé », assure l’historien. « Ce livre est aussi le croisement des paroles et des sources des deux côtés » de la Méditerranée.

Sous le même titre, un documentaire des mêmes auteurs sera diffusé sur France 2 le 4 novembre.

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L’identité nationale est un problème du passé, du présent et du futur

Posté par mouradpreure le 13 octobre 2010

www.elwatan.com – 12.10.10  

Dans une interview accordée à la revue scientifique japonaise, The journal of Sophia Asian Studies, rapportée par votre journal, l’ancien président de la République Chadli Bendjedid a déclaré : «Il n’y a pas d’identité algérienne spécifique à l’Algérie, à part l’identité arabe et musulmane.» 

Il rejoint le bureau politique du PPA-MTLD qui a adressé, fin 1948, à l’ONU, un mémorandum où il était écrit : «L’Algérie est une nation arabe et musulmane depuis le VIIe siècle». Le mémorandum demandé par Messali Hadj, qui devait se rendre à l’ONU, refuse de donner à l’existence de l’Algérie une origine plus lointaine que l’occupation arabe qui remonte au VIIe siècle de l’ère chrétienne. Les signes avant-coureurs de cette déclaration, qui n’était pas un incident de parcours, mais une suite logique de la politique suivie par Messali, après ses séjours au Moyen-Orient, particulièrement en Egypte, n’a pas été examinée à la lumière des réalités nationales, mais a intégré mécaniquement un modèle extérieur dicté par Azzam Pacha, secrétaire général de la Ligue arabe, et Chekib Arslan, qui revendiquaient un empire arabe allant de l’océan Pacifique à l’océan Atlantique. Cette falsification de l’histoire a déclenché la crise dite «berbériste» de 1949 qui est en réalité une crise contre les Berbères, une crise identitaire qui a privé les Algériens de leur algérianité. Toute volonté ou force, visant à intégrer et à assimiler les Berbères à une identité importée, à éliminer leur culture et leur langue, à les réduire à une minorité, déclenche la résistance. Chadli Bendjedid a le droit d’exprimer son choix, sa conception de l’identité nationale, qui n’est pas celle des spécialistes les plus chevronnés ni celle des amateurs éclairés. L’identité d’une nation, c’est ce qui fonde une âme, une philosophie, une culture, un vivre ensemble.  Le président de la République, secrétaire général du FLN, parti unique, parfois parti-Etat donc colonisateur, souvent parti-godillots, un parti colonisé. Chadli Bendjedid s’est entouré, le 20 avril 1980, d’une carapace féroce pour éliminer les militants qu’il n’a pu ni intégrer ni assimiler à l’arabisme. Il a appliqué une répression collective, en allant plus loin que le fabuliste qui disait : «Si ce n’est pas toi, c’est donc ton frère.» Il a dit : «Si c’est ton frère, c’est toi aussi.» Le 20 avril 1980 a été le retour à la source du peuple algérien et la revanche des racines.» Chadli Bendjedid a déclaré, en 1983, au Congrès du FLN : «Au Maghreb, tout musulman est arabe.» Je suis musulman, avait-il dit, donc je suis Arabe. Où a-t-il conduit l’Algérie, car ce qui guide peut égarer. Une blessure qui s’est cicatrisée et qui s’ouvre à nouveau fait plus de mal que la première fois. Les plaies les plus graves sont celles qui atteignent la personne humaine dans sa dignité. Pour Chadli Bendjedid, qui regarde l’amazighité comme si elle lui était extérieure, les Amazighs doivent abandonner leur culture et leur langue profondément enracinées dans le peuple, s’intégrer à l’arabité, devenir Arabe. L’affirmation de l’arabité ne peut aller de pair avec l’exclusion de l’amazighité. Les Amazighs ne peuvent ni renier leurs ancêtres, ni rougir de leurs parents, ni avoir honte d’eux-mêmes. C’est une erreur historique, une faute politique qu’il est urgent de réparer, une épine enfoncée dans le corps qu’il est salutaire d’extraire. Il faut siffler à temps la faute et faire en sorte qu’elle ne puisse se perpétuer. Le pire n’est pas toujours certain, disait Calderon, encore faut-il se mettre en condition de l’éviter. Chadli Bendjedid a suivi le courant assimilationniste qui a programmé la disparition des Amazighs au sein de l’arabité, oubliant que la décadence de Rome a relevé de son impuissance à assimiler les Berbères. Une langue maternelle ne s’élimine pas, pas plus que le peuple qui la parle, car elle n’est pas seulement un mode de communication privilégié, mais, plus important encore, elle est un creuset où s’élaborent la façon de raisonner, la manière particulière d’être, de vivre, de manifester et de créer. La nation algérienne n’est pas à créer, elle existe depuis des millénaires. L’Algérie est algérienne et ne peut devenir une colonie culturelle et linguistique du Moyen-Orient, de l’Egypte en particulier, où le concept de l’Etat est fragile et où la politique s’apparente au clientélisme, à la tribu et au religieux. L’Islam est tolérant, ouvert, n’obéit pas au nationalisme des Etats ou des peuples qui l’adoptent ou le propagent, car il est universel et ne peut être limité à une appartenance ethnique ou linguistique.

L’Algérie est un vieux peuple qui n’a pas changé d’ethnie avec l’arrivée de l’Islam. Il n’y a en Algérie que des Berbères berbérophones et des Berbères arabophones appelés Arabes. On ne peut pas dire le peuple arabe d’Algérie, ou l’Algérie arabe, mais le peuple algérien tout court. Il faut appeler ce pays par son nom l’Algérie, sans suffixe ni préfixe, et tous ses habitants par le leur, Algériens et fiers de l’être. On naît Algérien, mais on le devient aussi. Le parti Baâth syrien, qui est en rupture avec son frère irakien, a retenu que tous ceux qui parlent la langue arabe sont des Arabes. De par le monde, un musulman sur cinq est arabe, et tous les Arabes ne sont pas musulmans. Les Baâthistes algériens et assimilés considèrent les Algériens francophones non seulement comme des Français mais intégrés au parti de la France, (hizb frança). Etre Algérien c’est aimer l’Algérie, patrie vivante et vibrante en chacun de nous, c’est assumer ses racines, car les renier ou les oublier, c’est trahir. Tout peuple qui n’a pas perdu ses racines garde son identité. Le peuple algérien, comme une rivière fidèle à sa source, suit son cours, s’élargit, grossit, s’enrichit de nouveaux affluents qu’elle intègre et fait siens. Les apports nouveaux ont joué dans le sens d’un enrichissement malgré les heurts de l’histoire.

L’histoire se met au service de la politique 

Avant de restituer l’histoire aux historiens comme le recommande Mohammed Harbi, il faut la revisiter, car elle est faite du flux et du reflux des cultures. Il faut porter un regard sur l’histoire de la Numidie qui est devenue l’Algérie, comme la Gaule est devenue la France. Il est difficile d’interroger le passé, et surtout de bien l’interroger. Pour Jean Claude Vatin : «Des confédérations tribales élargies donnèrent naissance à de véritables royaumes plus de deux siècles avant l’ère chrétienne. La dynastie Massyle, dont Massinissa, Jugurtha et Juba II furent sans doute les plus brillants représentants, fonda un empire la Numidie, ancêtre lointain de l’Algérie actuelle.» La Numidie, qui dessine à l’avance l’espace où l’Algérie allait grandir, possédait les trois éléments requis pour constituer un Etat, à savoir : un territoire délimité, une population regroupée, des structures administratives. Elle a été une terre d’invasions et de conquêtes, à cause de sa situation géographique. L’Algérie est occupée par les Phéniciens, puis les Carthaginois, les Romains, les Vandales, les Byzantins, les Arabes, les Turcs et les Français. Sous l’ère ottomane, après la chute de Grenade, l’Espagne s’empara de Mers El Kebir, puis d’Oran en 1509. Les deux royaumes berbères furent unifiés un temps par Massinissa (203-148 avant l’ère chrétienne), plus tard, par son neveu Jugurtha qui résista à l’empire de Carthage, puis de Rome. Jugurtha est inscrit dans l’histoire et au premier rang. Il apparaît à travers la légende, avec son renom, son prestige, sa stature grandie et démultipliée à travers les siècles, son patriotisme, son style, son expérience, sa capacité à faire face aux dures épreuves, comme le visionnaire politique qui s’est identifié à cette terre rebelle à toute occupation, dont il fut un de ses plus illustres fils. Comment expliquer un pouvoir porté à son apogée, dans une nation unie, à une époque où partout ailleurs dans le monde, les nations et les Etats n’existaient pas encore. Le XVIIIe siècle européen a été celui de la nationalité. Il n’est pas inutile de garder en mémoire que le peuple allemand n’a réalisé sa première unification nationale qu’en 1871. Juba 1er, roi de Numidie, et Tacfarinas ont défié l’empereur romain. Vercingétorix, vaincu à Alésia en 52 avant l’ère chrétienne, s’est rendu devant Jules César empereur romain. Juba 1er a lui préféré le suicide à la capitulation et au déshonneur. C’est depuis cette époque que les jeunes Berbères chantent «Anerrez ouala aneknou» (plutôt se casser que de s’incliner.)

L’évéque Donat des Nememchas, père du Donatisme qui a déstabilisé l’Eglise de Rome durant trois siècles jusqu’à l’arrivée des Byzantins, a attiré à son Eglise un mouvement nationaliste révolutionnaire, rassemblement des paysans berbères appelés les Circoncellions qui virent dans cette dissidence religieuse non pas une simple crise religieuse, mais une résistance à l’égard de l’occupation romaine de cinq siècles, liée au refus ancestral de la population berbère d’être dominée par les envahisseurs. Les Berbères, adeptes du Donatisme, ont été exploités, opprimés, humiliés par l’empire romain et par les catholiques à leur tête Saint Augustin qui les qualifia d’hérétiques, de schismatiques, de bandits sans foi. Trois figures de proue, Koceila, Kahina et Youghoumrassène ont résisté aux premières expéditions arabes. Jugurtha et la Kahina étaient le symbole de la lutte multimillénaire pour la défense de l’indépendance du pays et la sauvegarde de la liberté. La Kahina a assumé avec acharnement sa mission historique à une époque symbolisant courage, audace, héroïsme, clairvoyance, lucidité, dévouement pour la patrie. Elle a été un des plus grands hommes de cette époque. L’absence de sensibilité, pour ne pas dire de compréhension, si ce n’est d’adhésion à l’égard de la Kahina, est un défi à l’histoire, alors qu’elle a mis en exergue un des épisodes les plus glorieux de notre histoire nationale, comme toujours la résistance du peuple algérien à l’envahisseur. La vérité est que la conquête arabe, par les armes et dans le sang, a trouvé en face d’elle comme en face de tous les envahisseurs des Berbères qui ont dignement et au prix de leur vie défendu leur patrie. La conquête arabe n’a été qu’une conquête parmi les autres, qu’une invasion parmi les autres. Pour Ibn Khaldoun : «Les invasions arabes furent violentes et destructrices, comme toutes les conquêtes militaires, avant d’apporter dans plusieurs contrées, paix et sécurité.» Roger Garaudy écrit dans ses promesses de l’Islam : «Les grandes invasions et les grandes dominations furent toujours de grandes régressions.» L’apport arabe n’a pas été important en termes de population, pour modifier l’assise sociale de la population. Il faut remonter à la source et aux racines du peuple algérien pour ne pas s’égarer dans les mythes et comprendre que ce peuple ne peut être ni intégrable ni assimilable, qu’il a été plusieurs fois occupé, mais jamais conquis, qu’il n’a accepté aucune colonisation et que les colonisateurs ont été colonisés ou rejetés à leur tour.

C’est cette constante détermination du peuple algérien à être artisan à part entière de son destin, qui l’a poussé à lutter contre tous les envahisseurs, des Carthaginois aux Français, malgré les défaites subies, à ne pas abdiquer ni courber l’échine, comme en témoignent ses combats, ses insurrections, ses soulèvements, ses révoltes. Il a réussi à se libérer de toutes les tyrannies, à chasser ses colonisateurs ou à les intégrer pour son enrichissement. Embarek El Mili «défendit avec passion l’indépendance des Berbères, qui se sont emparés partiellement de la langue et des mœurs des différents peuples qui les envahirent, mais seulement après les avoir empreints du caractère berbère». Chaque envahisseur, chaque occupant, simplifie le passé du pays pour justifier sa conquête, et dire qu’avant lui n’existait ni patrie, ni peuple. Chacun a dit à sa manière : avant moi rien n’existait, avec moi tout commence. Le colonialisme français a nié 132,  ans durant, l’existence de la nation et du peuple algériens. «L’Algérie n’a jamais existé en tant que nation-Etat et peuple, n’a pas d’histoire et son nom même est une création française. Le nationalisme algérien n’exprime rien d’autre que le fanatisme religieux». Pour Fanon : «Par une sorte de perversion, le colonialisme s’oriente vers le passé du peuple opprimé, le distord, le défigure, l’anéantit». L’Algérie est colonisée parce qu’elle est colonisable, comme l’avait soutenu Stéphane Gselle, n’est qu’un slogan creux. Dans sa déclaration du 16 septembre 1959, où il a reconnu, au nom de la France, le droit du peuple algérien à l’autodétermination, à disposer librement de son destin, le général de Gaulle a nié l’existence d’une nation et d’un Etat algérien dans le passé et dans le présent, mais a reconnu que la France n’a jamais réussi à pacifier, à plus forte raison, à intégrer et à assimiler l’Algérie. Le parti communiste français (PCF) a longtemps soutenu que la nation algérienne n’existait pas, du fait que les cinq définitions de Staline relatives à la formation de la nation ne s’appliquent pas à son cas. Pour Staline, les cinq critères qui servent à définir une nation sont : l’histoire, la langue, le territoire, l’économie et la communauté spirituelle. Pour Maurice Thorez, secrétaire général du PCF : «La nation algérienne n’a pas existé, mais avait pris corps étant en formation. Il y a une nation algérienne qui se constitue, elle aussi, dans le mélange de 20 races». Le colonialisme, qui a prouvé son total mépris de l’humain en l’asservissant, est l’enfer sur terre. Il a régné par le fer et le sang, a spolié, humilié les Algériens, a fait la promotion du racisme, de la xénophobie et de l’intolérance. La pensée ethniciste et raciale forme l’armature de son idéologie. On ne peut revêtir le colonialisme qui n’est que violence, actes de barbarie, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, du nom de civilisation. Le colonialisme français avait joué les tensions ethniques pour en faire le facteur dominant de la vie politique afin d’empêcher la culture tamazight et arabe, élément de base de la question nationale, de se solidariser. Ce fut un échec total. Les langues tamazight et arabe étaient méprisées par le colonialisme qui les considérait comme des langues d’incultes et incapables de modernisation et d’internationalisation.

Après l’indépendance, la langue arabe s’est trouvée dans la position de langue dominante, méprisant et opprimant tamazight. C’est en examinant le passé qui nous tient et nous guide, que le présent saute aux yeux, du fait que les images se croisent, s’acheminent dans l’espace et dans le temps, font fusionner le formalisme et l’insolite, l’humain, la réflexion et l’action. Il demeure un lieu de mémoire de l’identité nationale. Le passé n’est jamais dépassé, continue d’exister sans cesse sur le point de ressurgir, pour s’ouvrir sur l’avenir. Le présent, on n’en parle pas, on le fait, il est chaud et vivant, mérite d’être approfondi, pourvu qu’on soit attentif à ce qu’il peut donner. Que de cris entendus ou sourds pour la défense de l’amazighité, dont je voudrais me faire l’écho, avec objectivité, impartialité et honnêteté intellectuelle. L’amazighité qui a son sens, son originalité et sa nécessité dégage une grande leçon de philosophie politique : que dois je savoir ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? A l’éternelle question : Qui je suis ? D’où je viens ? Où je vais ? Je réponds sans hésiter : je suis moi, je viens de chez moi, et j’y retourne. Mais qui est moi ? «J’existe, je pense donc je suis», disait Descartes. Socrate ajoutait : «Connais-toi, toi-même». Le devoir qui est le principe même de la vie sociale ne se fait pas à moitié, mais en entier. La vérité a son caractère tonique, s’exprime avec une simplicité d’où est bannie la langue de bois. L’identité nationale doit être longuement réfléchie, mûrie, concertée, soigneusement préparée, largement expliquée, valorisée. Elle doit être étudiée dans le temps et dans l’espace, en raison des luttes qui l’ont transformée dans le passé et qui doivent l’élargir dans l’avenir. Elle n’est pas à dépasser ou à compléter, mais à reprendre de fond en comble. La prise en considération de l’amazighité dans l’identité nationale sera l’aboutissement du déroulement de l’histoire, qui peut être accéléré ou freiné, selon le degré de conscience et de combativité des Algériens. C’est une cause nationale. Nous sommes un seul peuple. L’identité nationale est le produit de la volonté des Algériens de vivre ensemble, de partager la vie commune

Ali Yahia Abdenour 

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« La Chine entend détrôner la puissance militaire navale du Japon »

Posté par mouradpreure le 24 septembre 2010

Le Monde.fr – 23.09.10 

 

REUTERS/PICHI CHUANG

Manifestations antijaponaises à Taïwan, le 14 septembre 2010, après l’arrestation par Tokyo du capitaine du chalutier qui a heurté un navire des garde-côtes nippons.

Jean-Pierre Cabestan, directeur de recherche au CNRS et auteur de « La Politique internationale de la Chine », sorti en 2010 aux éditions des Presses de Sciences-Po, dirige le département de science politique et d’études.

Les Chinois – ainsi que Taïwan – revendiquent la souveraineté des îles Diaoyu (Senkaku en japonais), qui sont sous administration japonaise et que les Japonais considèrent comme partie de leur territoire. Sur quelles bases s’appuient leurs revendications ?

Jean-Pierre Cabestan : Les Chinois avancent de nombreux arguments historiques : leur inclusion dans le système de défense côtière de l’Empire, leur mention sur des cartes et, surtout, le don de trois de ces îles par l’impératrice Cixi à l’un de ses herboristes, Sheng Xuanhuai en 1893, c’est-à-dire deux ans avant la prise de possession physique des îlots par les Japonais.

Mais le problème est que les Chinois n’ont jamais occupé les îles Diaoyu. L’édit de Cixi ne constituait qu’une simple « prétention de souveraineté ». Ces îles étaient donc, au regard du droit international, une terra nullius ["territoire sans maître"]. Les Japonais, qui étaient très au fait du droit occidental à la fin de l’ère Meiji, l’ont très bien compris. En pleine guerre sino-japonaise, et quelques mois avant le traité de Shimoneseki (1895), ils ont annexé ces îles à la demande. La position chinoise sur les îles Diaoyu est donc assez faible. Les Japonais les occupent physiquement depuis plus de cent ans. En 1945, les Chinois, quand ils reprirent possession de Taïwan après la défaite nippone, n’ont pas demandé le retour dans leur giron des îles Senkaku, qui seront placées avec Okinawa sous administration américaine jusqu’en 1972. Les Américains les utilisent alors comme champ de tir. Il faudra attendre la fin des années 1960 pour qu’une revendication chinoise – et taïwanaise – prenne forme.

Lors de la rétrocession de l’administration d’Okinawa au Japon en 1972, les Américains adopteront une position de neutralité sur la question de la souveraineté. Mais il était inimaginable que les Etats-Unis séparent les îles Senkaku des Rykyu et honorent la revendication chinoise, ou plutôt taiwanaise, Washington ayant encore des liens officiels avec Taipei. A l’époque, comme aujourd’hui, la priorité pour les Etats-Unis était l’allié japonais. Et, de fait, les îles Senkaku sont incluses dans le périmètre du traité de sécurité nippo-américain. Toute attaque de ces îles de la part de la Chine contraindrait en théorie les Américains à intervenir.

Par conséquent, même si depuis 1972 les revendications de la Chine ont pris de l’ampleur, il n’y a jamais eu de sa part tentative de récupération par la force, mais juste quelques actions symboliques de la part d’activistes de Taïwan, de Hongkong et, plus récemment, de la République populaire de Chine, qui tentent d’y accoster pour y planter le drapeau chinois auquel ils s’identifient, et se font immanquablement arrêter par les garde-côtes japonais.

Comment peut-on décrypter la crise diplomatique entre la Chine et le Japon autour de ces îles, provoquée par la détention par les autorités japonaises d’un capitaine de chalutier chinois qui aurait percuté intentionnellement un navire des garde-côtes nippons ?

L’impression qui prédomine, c’est que, à travers ce conflit, la Chine cherche à réactiver sa revendication sur les îles Diaoyu, et plus généralement à affirmer sa puissance. Peut-être aussi tenter, de manière indirecte, d’intégrer ces îles dans ce qu’elle appelle « ses intérêts fondamentaux ». Car il est avéré que le chalutier chinois ne se trouvait pas dans la zone de pêche agréée par les deux pays en 1997, distante de plus de 50 milles des îles Senkaku, mais a tenté de pénétrer dans la limite des 12 milles de cet archipel, et donc dans des eaux considérées comme territoriales par le Japon. Le chalutier a refusé d’obtempérer aux injonctions des garde-côtes japonais et a percuté l’un d’entre eux. En outre, d’après des sources japonaises, le capitaine du bateau chinois était ivre lors de son arrestation.

Quant aux Japonais, on peut dire que, s’ils sont intervenus de manière aussi déterminée cette fois, c’est parce qu’ils considèrent qu’il y a une augmentation très nette du nombre de bateaux de pêche chinois dans les eaux poissonneuses proches des îles Senkaku depuis le début de l’année. Ils auraient donc voulu mettre un coup d’arrêt à cette tendance, si on en croit un rapport présenté récemment à la Diète japonaise qui signale une recrudescence d’incidents entre garde-côtes nippons et pêcheurs chinois. On constate toutefois que les Japonais gèrent l’affaire de manière assez flegmatique et ont évité d’envenimer les choses. Leur ambassadeur à Pékin s’est rendu sans délai aux six convocations du ministère chinois des affaires étrangères. Ils jouent la force tranquille. Mais la force quand même, puisque le capitaine du bateau chinois a été arrêté et fait l’objet de poursuites judiciaires.

Quels sont les enjeux de ces îles pour la Chine, en plus de leurs réserves potentielles en hydrocarbures ?

Ils sont stratégiques et économiques. D’un côté, la marine chinoise est de plus en plus active à l’intérieur de ce qu’on appelle la première chaîne d’îles, car elle veut pouvoir accéder plus facilement à la haute mer, pour satisfaire ses nouvelles ambitions océaniques. Le problème est que la Chine est enclavée par de nombreux archipels : pour accéder à l’espace océanique, elle doit passer notamment par la zone d’Okinawa ou le détroit de Malacca.

C’est la raison pour laquelle les Chinois cherchent à imposer aux Japonais un droit de passage innocent » dans leur zone économique exclusive (ZEE) située autour d’Okinawa, en s’appuyant sur une interprétation du droit de la mer qu’ils ne respectent pas pour eux-mêmes. En effet, ils refusent d’accorder ce droit aux navires de la 7e flotte américaine en mer de Chine méridionale. D’un autre côté, la Chine et le Japon sont en conflit sur la délimitation de la ZEE en mer de Chine orientale dans une zone censée posséder d’importantes réserves en hydrocarbures, appelée par Pékin « Chunxiao », et par Tokyo « Shirakaba ».

Les deux pays sont parvenus à un accord de principe sur l’exploitation en commun de cette zone contestée en 2008, mais, concrètement, il n’a jamais été mis en application et les négociations n’avancent pas. Au contraire, au printemps 2010, un hélicoptère chinois s‘est approché à moins de 100 mètres d’un bateau de guerre japonais qui s’était aventuré dans cette zone. On assiste donc à une intensification des gesticulations stratégiques de part et d‘autre.

Quels sont ces nouvelles ambitions de la marine chinoise ?

La Chine entend se doter d’une marine moderne, océanique, dotée d’une capacité de défense et de projection sans précédent. Le symbole en sera un premier porte-avions aujourd’hui en construction, dont la mise en service est prévue pour 2014-2015. Son grand rival est la marine japonaise, essentiellement défensive certes, mais dotée de bateaux extrêmement modernes et de systèmes anti-missiles très sophistiqués (Aegis). Les Japonais ont aujourd’hui la meilleure marine d’Asie, et la Chine a évidemment l’ambition de les détrôner. Certaines de ces démonstrations de la nouvelle puissance maritime chinoise sont bien accueillies, comme sa participation aux opérations anti-piraterie dans le golfe d’Aden.

On note aussi une présence croissante et remarquée de la marine chinoise dans l’océan Indien. Tout cela correspond aussi à une volonté de mieux protéger les intérêts chinois à l’extérieur. Mais il y a des limites à cette montée en puissance : la marine chinoise n’a pas pour objectif d’atteindre une quelconque parité avec la marine américaine, et d’ailleurs elle ne le pourrait pas. Celle-ci continue de contrôler de fait un certain nombre de détroits, comme celui de Malacca.

La Chine a montré son ambition de se doter d’armes « tueuses de porte-avions », c’est-à-dire capables de neutraliser un groupe aéronaval américain, mais une telle capacité n’est développée que pour faire face à la 7e flotte dans le cadre d’un conflit autour de Taïwan. En outre, cette stratégie de défense asymétrique est loin d’avoir fait ses preuves. Le futur porte-avion chinois sera avant tout un symbole de puissance. La Chine est encore loin de posséder un groupe aéronaval véritablement opérationnel, comprenant bateaux de ravitaillement, destroyers et sous-marins.

Quelle stratégie la Chine poursuit-elle vis-àvis des pays d’Asie du Sud-Est ?

Les Chinois sont très sourcilleux quant à la défense de leurs zones. Ils sont très actifs et il y a des conflits réguliers avec ces pays, notamment dans le domaine de la pêche. Petit à petit, les Chinois veulent étendre et faire accepter par leurs voisins ce qu’ils estiment constituer leur ZEE en mer de Chine du Sud. Ils ont ainsi récemment soumis un certain nombre de cartes délimitant cette zone à l’ONU. Afin d’étendre sa ZEE, la Chine a été tentée de multiplier les implantations permanentes. En 1995, elle a construit des installations sur l’archipel des Mischief, revendiqué également par les Philippines.

Néanmoins, en 2002, à Phnom Penh (Cambodge), le gouvernement chinois a accepté avec les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) de mettre de côté les questions de souveraineté, de respecter le statu quo des occupations respectives et d’exploiter en commun la mer de Chine méridionale. Une initiative qui n’a pas été suivie d’effets : aucun projet conjoint de développement ou même d’exploration n’a été mis sur pied. Les Chinois s’efforcent de diviser pour régner, et privilégient systématiquement les accords bilatéraux qui les placent en position de force.

Comment les pays du Sud-Est asiatique voient-ils la montée en puissance chinoise ?

Ils sont très ambivalents : d’abord parce qu’ils font beaucoup de commerce avec la Chine. Certes, non sans problèmes : certains ont des doutes sur la zone de libre-échange entre la Chine et l’ASEAN [entrée en vigueur en 2010], car celle-ci contribue à accroître leurs déficits et leur dépendance vis-à-vis de la Chine. Ensuite, nombre de ces pays ont aussi d’importantes communautés chinoises, ce qui les oblige à la retenue, du moins de façade. Car on peut dire qu’ils font tout pour que les Américains restent ! De plus, cet ensemble de pays est loin d’être homogène, certains sont plus pro-Chinois que d’autres, à l’instar de la Birmanie. Mais cette dernière s’applique aussi à cultiver ses relations avec l’Inde afin de faire contrepoids à la Chine. D’autres pays sont directement liés aux Américains, telles les  Philippines et la Thaïlande, par des accords de sécurité. Les pays musulmans ont des relations plus compliquées avec la Chine, notamment la Malaisie et, surtout, l’Indonésie.

En juillet, à Hanoï, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a déclaré que les Etats-Unis concevaient comme leur « intérêt national, la liberté de navigation, l’accès aux parties maritimes communes asiatiques, ainsi que le respect de la loi internationale en mer de Chine méridionale ». Que signifie cette prise de position ?

Il s’agit d’une mise en garde adressée aux Chinois. Pour Washington, garantir la liberté de navigation dans une zone où passe une grande partie des approvisionnements pétroliers du Japon, de la Corée du Sud et de Taïwan est essentiel. Les Etas-Unis demandent aussi à la Chine de tenir compte des positions différentes des pays riverains en matière d’application du droit de la mer et notamment sur la question des ZEE. Cette connivence entre les Etats-Unis et l’ASEAN est évidemment mal accueillie par la Chine, qui y voit la constitution d’une ligue, voire d’un « complot » contre ses intérêts.

Propos recueillis par Brice Pedroletti 

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« Un homme moral dans un monde immoral » – Albert Camus, ou l’inconscient colonial

Posté par mouradpreure le 30 août 2010

Edward W. Saïd – Le Monde diplomatique - Novembre 2000 

Après L’Age des extrêmes, d’Eric Hobsbawm, Le Monde diplomatique publie – cette fois avec Fayard – Culture et impérialisme, d’Edward W. Said. Dans ce livre, également inédit en français, le grand intellectuel américano-palestinien démontre comment l’œuvre majeure de grands écrivains occidentaux n’échappe pas à la mentalité coloniale de leur temps. Exemple : Albert Camus.

Albert Camus est le seul auteur de l’Algérie française qui peut, avec quelque justification, être considéré comme d’envergure mondiale. Comme Jane Austen (1) un siècle plus tôt, c’est un romancier dont les œuvres ont laissé échapper les réalités impériales qui s’offraient si clairement à son attention. (…) 

Camus joue un rôle particulièrement important dans les sinistres sursauts colonialistes qui accompagnent l’enfantement douloureux de la décolonisation française du XXe siècle. C’est une figure impérialiste très tardive : non seulement il a survécu à l’apogée de l’empire, mais il survit comme auteur « universaliste », qui plonge ses racines dans un colonialisme à présent oublié. (…)  

Le parallèle frappant entre Camus et George Orwell (2), c’est qu’ils sont tous deux devenus dans leur culture respective des figures exemplaires dont l’importance découle de la puissance de leur contexte indigène immédiat qu’ils paraissent transcender. C’est dit à la perfection dans un jugement sur Camus qui survient presque à la fin de l’habile démystification du personnage à laquelle se livre Conor Cruise O’Brien, dans un livre qui ressemble beaucoup à l’étude de Raymond Williams sur Orwell (et paru dans la même collection, les « Modern Masters » (3). 

O’Brien écrit : « Il est probable qu’aucun auteur européen de son temps n’a si profondément marqué l’imaginaire et aussi la conscience morale et politique de sa propre génération et de la suivante. Il était intensément européen parce qu’il appartenait à la frontière de l’Europe et était conscient d’une menace. La menace lui faisait aussi les yeux doux. Il a refusé, mais non sans lutte. Aucun autre écrivain, pas même Conrad, n’est plus représentatif de l’attention et de la conscience occidentale à l’égard du monde non occidental. Le drame interne de son œuvre est le développement de cette relation, sous la montée de la pression et de l’angoisse. »

(…) De plus, Joseph Conrad et Camus ne sont pas les représentants d’une réalité aussi impondérable que la « conscience occidentale », mais bien de la domination occidentale sur le monde non européen. Conrad exprime cette abstraction avec une force qui ne trompe pas, dans son essai Geography and Some Explorers  (4). Il y célèbre l’exploration de l’Arctique par les Britanniques puis conclut sur un exemple de sa propre « géographie militante » : « J’ai posé le doigt au beau milieu de la tache, alors toute blanche, qu’était l’Afrique, et j’ai déclaré : “Un jour j’irai là-bas.” » Il y est allé, bien sûr, et il reprend le geste dans Au cœur des ténèbres.

Le colonialisme occidental, qu’O’Brien et Conrad se donnent tant de mal pour décrire, est, premièrement, une pénétration hors des frontières européennes et dans une autre entité géographique. Deuxièmement, il ne renvoie nullement à une « conscience occidentale » anhistorique « à l’égard du monde non occidental » : l’écrasante majorité des indigènes africains et indiens ne rapportaient pas leurs malheurs à la « conscience occidentale », mais à des pratiques coloniales très précises comme l’esclavage, l’expropriation, la violence des armes. C’est une relation laborieusement construite où la France et la Grande-Bretagne s’autoproclamaient l’« Occident » face aux peuples inférieurs et soumis du « non-Occident », pour l’essentiel inerte et sous-développé. (…) 

O’Brien use aussi d’un autre moyen pour tirer Camus de l’embarras où il l’a mis : il souligne que son expérience personnelle est privilégiée. Tactique propre à nous inspirer pour lui quelque sympathie, car, si regrettable qu’ait été le comportement collectif des colons français en Algérie, il n’y a aucune raison d’en accabler Camus. L’éducation entièrement française qu’il a reçue là-bas – bien décrite dans la biographie de Herbert Lottman (5) – ne l’a pas empêché de rédiger, avant-guerre, un célèbre rapport sur les malheurs locaux, dus pour la plupart au colonialisme français. Voici donc un homme moral dans un contexte immoral. Et le centre d’intérêt de Camus, c’est l’individu dans un cadre social : c’est aussi vrai de L’Etranger que de La Peste et de La Chute. Ses valeurs, ce sont la conscience de soi, la maturité sans illusion, la fermeté morale quand tout va mal. Mais, sur le plan méthodologique, trois opérations s’imposent.

La première, c’est d’interroger et de déconstruire le cadre géographique que retient Camus pour L’Etranger (1942), La Peste (1947) et son recueil de nouvelles (du plus haut intérêt) L’Exil et le Royaume (1957). Pourquoi l’Algérie, alors qu’on a toujours considéré que les deux premières œuvres citées renvoyaient surtout à la France, et plus particulièrement à son occupation par les nazis ?

Allant plus loin que la plupart des critiques, O’Brien observe que le choix n’est pas innocent : bien des éléments de ces récits (par exemple le procès de Meursault [dans L’Etranger]) constituent une justification furtive ou inconsciente de la domination française, ou une tentative idéologique de l’enjoliver. Mais chercher à établir une continuité entre l’auteur Camus, pris individuellement, et le colonialisme français en Algérie, c’est d’abord nous demander si ses textes sont liés à des récits français antérieurs ouvertement impérialistes. (…)

La seconde opération méthodologique porte sur le type de données nécessaires à cet élargissement de perspective, et sur une question voisine : qui interprète ?

Un critique européen intéressé par l’histoire dira probablement que Camus représente l’impuissance tragique de la conscience française face à la crise de l’Europe, à l’approche d’une de ses grandes fractures. Si Camus semble avoir considéré qu’on pouvait maintenir et développer les populations de colons au-delà de 1960 (l’année de sa mort), il avait tout simplement tort historiquement puisque les Français ont abandonné l’Algérie et toute revendication sur elle deux ans plus tard seulement.

Lorsque son œuvre évoque en clair l’Algérie contemporaine, Camus s’intéresse en général aux relations franco-algériennes telles qu’elles sont, et non aux vicissitudes historiques spectaculaires qui constituent leur destin dans la durée. Sauf exception, il ignore ou néglige l’histoire, ce qu’un Algérien, ressentant la présence française comme un abus de pouvoir quotidien, n’aurait pas fait. Pour un Algérien, 1962 représentera probablement la fin d’une longue et malheureuse époque inaugurée par l’arrivée des Français en 1830, et l’ouverture triomphale d’une ère nouvelle. Interpréter du même point de vue les romans de Camus, ce serait voir en eux, non des textes qui nous informent sur les états d’âme de l’auteur, mais des éléments de l’histoire de l’effort français pour rendre et garder l’Algérie française.

Il faut donc comparer les assertions et présupposés de Camus sur l’histoire algérienne avec les histoires écrites par des Algériens après l’indépendance, afin d’appréhender pleinement la controverse entre le nationalisme algérien et le colonialisme français. Et il serait juste de rattacher son œuvre à deux phénomènes historiques : l’aventure coloniale française (puisqu’il la postule immuable) et la lutte acharnée contre l’indépendance de l’Algérie. Cette perspective algérienne pourrait bien « débloquer » ce que l’œuvre de Camus dissimule, nie ou tient implicitement pour évident.

Enfin, étant donné l’extrême densité des textes de Camus, l’attention au détail, la patience, l’insistance sont méthodologiquement cruciales. Les lecteurs associent d’emblée ses romans aux romans français sur la France, non seulement en raison de leur langue et des formes qu’ils semblent hériter d’aussi illustres prédécesseurs qu’Adolphe et Trois contes  (6), mais aussi parce que leur cadre algérien paraît fortuit, sans rapport avec les graves problèmes moraux qu’ils posent. Près d’un demi-siècle après leur publication, ils sont lus comme des paraboles de la condition humaine.

C’est vrai, Meursault tue un Arabe, mais cet Arabe n’est pas nommé et paraît sans histoire, et bien sûr sans père ni mère. Certes, ce sont aussi des Arabes qui meurent de la peste à Oran, mais ils ne sont pas nommés non plus, tandis que Rieux et Tarrou sont mis en avant. Et l’on doit lire les textes pour la richesse de ce qui s’y trouve, non pour ce qui en a été éventuellement exclu. Mais justement. Je voudrais souligner qu’on trouve dans les romans de Camus ce qu’on en croyait autrefois évacué : des allusions à cette conquête impériale spécifiquement française, commencée en 1830, poursuivie de son vivant, et qui se projette dans la composition de ses textes.

Cette entreprise n’est pas inspirée par la vengeance. Je n’entends pas reprocher rétrospectivement à Camus d’avoir caché dans ses romans certaines choses sur l’Algérie qu’il s’efforce longuement d’expliquer, par exemple, dans les divers textes des Chroniques algériennes. Mon objectif est d’examiner son œuvre littéraire en tant qu’élément de la géographie politique de l’Algérie méthodiquement construite par la France sur plusieurs générations. Cela pour mieux y voir un reflet saisissant du conflit politique et théorique dont l’enjeu est de représenter, d’habiter et de posséder ce territoire – au moment précis où les Britanniques quittaient l’Inde. L’écriture de Camus est animée par une sensibilité coloniale extraordinairement tardive et en fait sans force, qui refait le geste impérial en usant d’un genre, le roman réaliste, dont la grande période en Europe est depuis longtemps passée. (…)

Souvenons-nous. La révolution algérienne a été officiellement annoncée et déclenchée le 1er novembre 1954. Le massacre de Sétif, grande tuerie de civils algériens par des soldats français, est de mai 1945. Et les années précédentes, celles où Camus écrivait L’Etranger, ont été riches en événements ponctuant la longue et sanglante histoire de la résistance algérienne. Même si, selon tous ses biographes, Camus a grandi en Algérie en jeune Français, il a toujours été environné des signes de la lutte franco-algérienne. Il semble en général les avoir esquivés, ou, dans les dernières années, traduits ouvertement dans la langue, l’imagerie et la vision géographique d’une volonté française singulière de disputer l’Algérie à ses habitants indigènes musulmans. En 1957, François Mitterrand déclarait sans ambages, dans son livre Présence française et abandon  (7) : « Sans Afrique, il n’y aura pas d’histoire de France au XXe siècle. »

Pour situer Camus en contrepoint sur l’essentiel (et non sur une petite partie) de son histoire réelle, il faut connaître ses vrais prédécesseurs français, ainsi que l’œuvre des romanciers, historiens, sociologues et politologues algériens d’après l’indépendance. Aujourd’hui, une tradition eurocentrique parfaitement déchiffrable et persistante refoule toujours dans l’interprétation ce qui, sur l’Algérie, était refoulé par Camus (et Mitterrand), et refoulé par les personnages de ses romans. Quand, dans les dernières années de sa vie, Camus s’oppose publiquement, et même violemment, à la revendication nationaliste d’indépendance algérienne, il le fait dans le droit-fil de la représentation qu’il a donnée de l’Algérie depuis le début de sa carrière littéraire, même si ses propos font alors tristement écho à la rhétorique officielle anglo-française de Suez.

Ses commentaires sur le « colonel Nasser », sur l’impérialisme arabe et musulman, nous sont familiers, mais le seul énoncé politique, d’une intransigeance totale, qu’il consacre à l’Algérie dans ce texte apparaît comme un résumé sans nuance de tout ce qu’il a écrit antérieurement : « En ce qui concerne l’Algérie, l’indépendance nationale est une formule purement passionnelle. Il n’y a jamais eu encore de nation algérienne. Les juifs, les Turcs, les Grecs, les Italiens, les Berbères auraient autant de droit à réclamer la direction de cette nation virtuelle. Actuellement, les Arabes ne forment pas à eux seuls toute l’Algérie. L’importance et l’ancienneté du peuplement français en particulier suffisent à créer un problème qui ne peut se comparer à rien dans l’histoire. Les Français d’Algérie sont eux aussi et au sens fort du terme des indigènes. Il faut ajouter qu’une Algérie purement arabe ne pourrait accéder à l’indépendance économique sans laquelle l’indépendance politique n’est qu’un leurre. (…)  »

Le paradoxe est que partout où, dans ses romans et descriptions, Camus en parle, la présence française en Algérie est rendue soit comme un thème narratif extérieur, une essence échappant au temps et à l’interprétation, soit comme la seule histoire qui mérite d’être racontée en tant qu’histoire. Quelle différence d’attitude et de ton dans le livre de Pierre Bourdieu, Sociologie de l’Algérie  (8), publié, comme L’Exil et Le Royaume, en 1958 : ses analyses réfutent les formules à l’emporte-pièce de Camus et présentent franchement la guerre coloniale comme l’effet d’un conflit entre deux sociétés. C’est cet entêtement de Camus qui explique l’absence totale de densité et de famille de l’Arabe tué par Meursault ; et voilà pourquoi la dévastation d’Oran est implicitement destinée à exprimer non les morts arabes (qui, après tout, sont celles qui comptent démographiquement), mais la conscience française. (…)

On dispose d’une excellente recension des nombreux postulats sur les colonies françaises que partagent les lecteurs et critiques de Camus. Une étude remarquable de Manuela Semidei sur les livres scolaires français, de la première guerre mondiale au lendemain de la seconde (9), note que ces manuels comparent favorablement l’administration coloniale de la France à celle de la Grande-Bretagne : ils laissent entendre que les possessions françaises sont gouvernées sans les préjugés et le racisme des Britanniques. Dans les années 30, ce thème est inlassablement répété.

Quand il est fait allusion à l’usage de la violence en Algérie, par exemple, la formulation donne à croire que les forces françaises ont été obligées de prendre des mesures déplaisantes pour répondre à des agressions de la part des indigènes « poussés par leur ardeur religieuse et par l’attrait du pillage ». L’Algérie est toutefois devenue « une nouvelle France », prospère, dotée d’excellentes écoles, d’hôpitaux, de routes. Même après l’indépendance, l’image de l’histoire coloniale de la France reste essentiellement constructive : on pense qu’elle a posé les bases de liens « fraternels » avec les anciennes colonies.

Mais ce n’est pas parce qu’un seul point de vue paraît pertinent à un public français, ou parce que la dynamique complète de l’implantation coloniale et de la résistance indigène flétrit regrettablement le séduisant humanisme d’une grande tradition européenne, qu’il faut suivre ce courant d’interprétation et accepter les constructions et images idéologiques.

J’irai jusqu’à dire que, si les plus célèbres romans de Camus intègrent, récapitulent sans compromis et, à bien des égards, supposent un discours français massif sur l’Algérie qui appartient au langage des attitudes et références géographiques impériales de la France, cela rend son œuvre plus intéressante, et non le contraire. La sobriété de son style, les angoissants dilemmes moraux qu’il met à nu, les destins personnels poignants de ses personnages, qu’il traite avec tant de finesse et d’ironie contrôlée – tout cela se nourrit de l’histoire de la domination française en Algérie et la ressuscite, avec une précision soigneuse et une absence remarquable de remords ou de compassion.

Une fois de plus, la relation entre géographie et lutte politique doit être réanimée à l’endroit précis où, dans les romans, Camus la recouvre d’une superstructure qui, écrit élogieusement Sartre, nous plonge dans le « climat de l’absurde ». Tant L’Etranger que La Peste portent sur des morts d’Arabes, des morts qui mettent en lumière et alimentent silencieusement les problèmes de conscience et les réflexions des personnages français.

Municipalités, système judiciaire, hôpitaux, restaurants, clubs, lieux de loisirs, écoles – toute la structure de la société civile, présentée avec tant de vie, est française, bien qu’elle administre surtout une population non française. L’homologie de ce qu’écrivent à ce sujet Camus et les livres scolaires est frappante. Ses romans et nouvelles racontent les effets d’une victoire remportée sur une population musulmane, pacifiée et décimée, dont les droits à la terre ont été durement restreints. Camus confirme donc et raffermit la priorité française, il ne condamne pas la guerre pour la souveraineté livrée aux musulmans algériens depuis plus d’un siècle, il ne s’en désolidarise pas.

Au centre de l’affrontement, il y a la lutte armée, dont les premiers grands protagonistes sont le maréchal Théodore Bugeaud et l’émir Abd El-Kader. Le premier est un militaire intraitable qui, dans sa sévérité patriarcale envers les indigènes, commence en 1836 par un effort pour les discipliner et finit une dizaine d’années plus tard par une politique de génocide et d’expropriation massive. Le second est un mystique soufi et guérillero infatigable, qui ne cesse de regrouper, reformer, remobiliser ses troupes contre un envahisseur plus fort et plus moderne.

Quand on lit les documents de l’époque – les lettres, proclamations et dépêches de Bugeaud (réunies et publiées à peu près au même moment que L’Etranger), ou une édition des poèmes soufis d’Abd ElKader (…), ou encore la remarquable reconstruction de la psychologie de la conquête par Mostafa Lacheraf, dirigeant du Front de libération nationale (FLN) et professeur à l’université d’Alger après l’indépendance, à partir des journaux et lettres français des années 1830 et 1840 (10) -, on perçoit la dynamique qui rend inévitable l’amoindrissement de la présence arabe chez Camus.

Le cœur de la politique militaire française telle que l’avaient mise au point Bugeaud et ses officiers, c’était la razzia, le raid punitif sur les villages, maisons, récoltes, femmes et enfants des Algériens. « Il faut empêcher les Arabes de semer, de récolter, de pâturer », avait ordonné Bugeaud. Lacheraf donne un échantillon de l’état d’ivresse poétique que ne cessent d’exprimer les officiers français à l’œuvre : enfin ils avaient l’occasion de faire la « guerre à outrance », sans morale, sans nécessité. Le général Changarnier décrit l’agréable distraction qu’il octroie à ses soldats en les laissant razzier de paisibles villages ; ce type d’activité est enseigné par les Ecritures, dit-il, Josué et d’autres grands chefs dirigeaient « de bien terribles razzias » et étaient bénis par Dieu. La ruine, la destruction totale, l’implacable brutalité sont admises non seulement parce qu’elles sont légitimées par Dieu, mais aussi parce que – formule inlassablement répétée de Bugeaud à Salan – « les Arabes ne comprennent que la force brutale ».

Certains, comme Tocqueville, qui par ailleurs critiquait sévèrement la politique américaine à l’égard des Noirs et des Indiens, estimaient que le progrès de la civilisation européenne nécessitait de faire subir des cruautés aux musulmans. Dans la pensée de Tocqueville, « conquête totale » devient synonyme de « grandeur française ». L’islam, c’est « la polygamie, la séquestration des femmes, l’absence de toute vie publique, un gouvernement tyrannique et ombrageux qui force de cacher sa vie et rejette toutes les affections du cœur du côté de l’intérieur de la famille ». Et, croyant que les indigènes sont des nomades, il estime que « tous les moyens de désoler les tribus doivent être employés. Je n’excepte que ceux que l’humanité et le droit des nations réprouvent (11)  ». (…)

Les romans et nouvelles de Camus distillent très précisément les traditions, langages et stratégies discursives de l’appropriation française de l’Algérie. Ils donnent son expression ultime et la plus raffinée à cette « structure de sentiments » massive. Mais, pour discerner celle-ci, il nous faut considérer l’œuvre de Camus comme une transfiguration métropolitaine du dilemme colonial : c’est le colon écrivant pour un public français, dont l’histoire personnelle est irrévocablement liée à ce département français du Sud ; dans tout autre cadre, ce qui se passe est inintelligible.

Mais les cérémonies de noces avec le territoire – célébrées par Meursault à Alger, par Tarrou et Rieux enfermés dans les murs d’Oran, par Janine une nuit de veille au Sahara – incitent paradoxalement le lecteur à s’interroger sur la nécessité de ces réaffirmations. Quand la violence du passé français est ainsi rappelée par inadvertance, ces cérémonies deviennent, en raccourci extrêmement condensé, des commémorations de la survie d’une communauté sans perspective qui n’a nulle part où aller.

L’impasse de Meursault est plus radicale que celle des autres. Car, même si nous supposons que ce tribunal qui sonne faux continue d’exister (curieux endroit pour juger un Français meurtrier d’un Arabe, note à juste titre Conor Cruise O’Brien), Meursault lui-même comprend que tout est fini ; c’est enfin le soulagement – dans la bravade : « J’avais eu raison, j’avais encore raison, j’avais toujours raison. J’avais vécu de telle façon et j’aurais pu vivre de telle autre. J’avais fait ceci et je n’avais pas fait cela. Je n’avais pas fait telle chose alors que j’avais fait cette autre. Et après ? C’était comme si j’avais attendu pendant tout le temps cette minute et cette petite aube où je serais justifié. »

Plus de choix ici, plus d’alternative. La voie de la compassion est barrée. Le colon incarne à la fois l’effort humain très réel auquel sa communauté a contribué et le refus paralysant de renoncer à un système structurellement injuste. La conscience de soi suicidaire de Meursault, sa force, sa conflictualité ne pouvaient venir que de cette histoire et de cette communauté-là. A la fin, il s’accepte tel qu’il est – et il comprend aussi pourquoi sa mère, enfermée dans un asile de vieillards, a décidé de se remarier. « Elle avait joué à recommencer (…) si près de la mort, maman devait s’y sentir libérée et prête à tout revivre. » Nous avons fait ici ce que nous avons fait, donc refaisons-le. Cette obstination froide et tragique se mue en faculté humaine de se reproduire sans faiblir. Pour les lecteurs de Camus, L’Etranger exprime l’universalité d’une humanité existentiellement libre, qui oppose un insolent stoïcisme à l’indifférence du cosmos et à la cruauté des hommes.

Resituer L’Etranger dans le nœud géographique où prend naissance sa trajectoire narrative, c’est voir en ce roman une forme épurée de l’expérience historique. Tout comme l’œuvre et le statut d’Orwell en Angleterre, le style dépouillé de Camus et sa sobre description des situations sociales dissimulent des contradictions d’une complexité redoutable, et qui deviennent insolubles si, comme tant de ses critiques, on fait de sa fidélité à l’Algérie française une parabole de la condition humaine. Tel est encore le fondement de sa renommée sociale et littéraire.

Pourtant, il n’a cessé d’exister une autre voie, plus difficile et stimulante : juger, puis refuser la mainmise territoriale et la souveraineté politique de la France, qui interdisaient de porter sur le nationalisme algérien un regard compréhensif. Dans ces conditions, il est clair que les limites de Camus étaient paralysantes, inacceptables. Comparés à la littérature de décolonisation de l’époque, française ou arabe – Germaine Tillion, Kateb Yacine, Frantz Fanon, Jean Genet -, ses récits ont une vitalité négative, où la tragique densité humaine de l’entre prise coloniale accomplit sa dernière grande clarification avant de sombrer. En émane un sentiment de gâchis et de tristesse que nous n’avons pas encore entièrement compris. Et dont nous ne sommes pas tout à fait remis. 

  • (1) Ecrivain britannique (1775-1817). Ses œuvres complètes viennent de paraître dans la « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, Paris, 1 112 pages, 325 F. 
  • (2) Lire François Brune, « Rebelle à Big Brother », Le Monde diplomatique, octobre 2000. 
  • (3) Conor Cruise O’Brien, Albert Camus, Viking, New York, 1971.
  • (4) Joseph Conrad, Last Essays, Geography and some Explorers, J. M. Dent, Londres, 1926. 
  • (5) Herbert Lottman, Camus, Seuil, Paris, 1985. 
  • (6) Benjamin Constant, Adolphe, Gallimard, Paris, 1973 ; Gustave Flaubert, Trois contes, Seuil, Paris, 1993. 
  • (7) François Mitterrand, Présence française et abandon, Plon, Paris, 1957. 
  • (8) Pierre Bourdieu, Sociologie de l’Algérie, PUF, Paris, 1985, rééd. 
  • (9) Manuela Semidei, « De l’Empire à la décolonisation à travers les manuels scolaires », Revue française de sciences politiques, vol. 16, n° 1, février 1966. 
  • (10) Mostepha Lacheraf, L’Algérie : nation et société, Maspero, Paris, 1965. 
  • (11) Alexis de Tocqueville, Œuvres complètes, t. V, Voyages en Angleterre, Irlande, Suisse et Algérie, Gallimard, Paris, 1958. 

 

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MALIKA GAÏD LA MARTYRE – Ne touchons pas aux icônes !

Posté par mouradpreure le 28 août 2010

Je suis choqué par la nouvelle annoncée par la presse concernant la débaptisation de l’école Malika Gaïd.

Quelque soit l’obligation qui nous revient de rendre hommage aux artistes, feu Dahmane El Harrachi figure parmi les plus illustres de nos artistes (et ici on l’a fait de la manière la plus inélégante et la plus inappropriée), rien ne justifie que l’on porte atteinte à la mémoire de nos martyrs.

Nos enfants ont besoin pour se construire de tout ce capital symbolique fait de sacrifices et d’amour de la patrie qu’incarnent Larbi Ben Mhidi, Abane Ramdane, Hassiba Ben Bouali, le Colonel Amirouche et Malika Gaïd. Gloire à tous nos martyrs

Je reproduis le remarquable commentaire du professeur Chitour sur cette question.

Dr Mourad Preure

 

Pr Chems Eddine CHITOUR -L’Expression – 28 Août 2010

 «Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau. Toute gloire près d’eux passe et tombe éphémère; Et comme ferait une mère, La voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau.» Victor Hugo

Un article d’El Watan relayé par des sites Internet nous apprend qu’une débaptisation d’une école a eu lieu. Quoi de plus normal dans l’anomie actuelle? La personnalité débaptisée et du même coup démonétisée est Malika Gaïd, morte les armes à la main à 24 ans. Nous lisons le cri du coeur: «C’est un homme en colère qui nous a contactés hier au siège de la rédaction pour nous dire son indignation et son incompréhension Cet homme s’appelle Gaïd Tahar, ancien moudjahid, ancien ambassadeur, écrivain, islamologue. Il nous a fait part de sa perplexité devant un fait qui l’a complètement abasourdi. «A El Harrach, on a débaptisé un CEM qui portait le nom de la moudjahida Malika Gaïd, pour lui substituer celui du chanteur Dahmane El Harrachi. Ce n’est pas parce que Malika est ma soeur que je suis outré par un tel acte, car Malika appartient au patrimoine national. Elle a incarné le sacrifice suprême et elle est tombée au champ d’honneur.»1.

Qui est Malika Gaïd?

C’est avant tout une Algérienne, de ces Algériennes avec un caractère trempé qui, reniant le confort relatif d’une vie familiale, renonçant à sa jeunesse ou plutôt la sacrifiant, décide de répondre à l’appel de la liberté pour son pays. Malika Gaïd est une martyre de la guerre d’Algérie née en 1934 à Belcourt et dont la famille est originaire de Timenguache, un village de Beni Yaâla, près de Guenzet, dans la wilaya de Sétif. Elle est une des figures de la résistance des femmes durant la Révolution algérienne. Elle est parmi celles qui ont sacrifié leur jeunesse pour un idéal de liberté, de justice et de dignité. Incorporée dans les rangs de l’ALN en tant qu’infirmière, elle mourut les armes à la main dans une grotte-hôpital dans la région de Iwakouren pres de M’chedallah. Un ouvrage intitulé Ange de Lumière retrace sa vie. Malika Gaïd est le nom qu’a pris, à l’indépendance de l’Algérie en 1962, le Lycée de jeunes filles à Sétif.

Malika Gaïd est un symbole de l’homme et de la femme algérienne, combattante, résistante, révolutionnaire. C’est grâce à toutes les moudjahidate et moudjahidine morts au combat que l’Algérie a acquis son indépendance. Il est de ce fait incompréhensible que l’autorité qui a pris sur elle de démonétiser Malika Gaïd – si les faits sont avérés – l’ait fait sans avoir eu les autorisations nécessaires des ministères des Moudjahidine, de la Culture, et de l’Education nationale. En débaptisant les édifices qui portent des noms des maquisards morts pour ce pays, le peuple risque de les oublier. Est-ce une entreprise délibérée, Non! Je ne crois pas! On dit que la bêtise humaine est celle qui rend le mieux la notion de l’infini. Malika Gaïd fait partie du Panthéon national, elle est dans le coeur de tous les Algériens libres elle n’a pas besoin d’un lycée pour mettre à l’abri son grand sacrifice et le surpassement de soi.

C’est très bien d’honorer Dahmane. Mais pourquoi déshonorer Malika? Je suis sûr que cela aurait révolté Dahmane lui-même. Pourquoi n’avoir pas donné son nom à un nouvel établissement, à une nouvelle université, à un musée, un théâtre? Débaptiser un établissement, et effacer le nom qu’il portait sur son fronton, et dans la mémoire de ceux qui l’ont fréquenté ou connu, procède d’une volonté délibérée de déshonorer une mémoire, et sans le vouloir peut-être d’humilier les proches de cette résistante compatriote, qui a donné sa vie pour nous. La personne qui a initié cette véritable forfaiture, a indirectement cherché à tuer Malika Gaïd pour la seconde fois.

Qui décide d’une baptisation? Y a-t-il un pilote dans l’avion? Comment peut-on se déjuger à ce point, il y a en l’occurrence un procès à faire à l’incurie? Malika Gaïd a-t-elle trahi pour ne pas mériter un modeste CEM? Combien d’hommes et de femmes illustres méritent que leur nom soient au Panthéon? Quelle est la règle du jeu? Comment peut-on réfléchir à moraliser les appellations. Nous en sommes encore aux combats d’arrière-garde.

On se souvient que du temps de la colonisation, chaque commémoration donnait lieu à une stèle et par exemple dans les lycées, elles étaient plaquées au mur et étaient regardées avec un certain respect. Pour l’histoire, j’avais proposé que toutes les débaptisations devaient se faire dans les règles, tous les Lavigerie, Rovigo, Saint Arnaud, Montagnac, Canrobert qui ont tant fait souffrir nos ancêtres on doit à la face du monde leur lever des stèles ou on rapporte en honnêtes courtiers et sans haine, dans la sérénité la plus totale, leurs faits d’armes, leurs enfumades, leur prosélytisme forcené au besoin. C’est une façon de les juger devant l’histoire et pour tous ceux qui pensent encore à «l’oeuvre positive de la colonisation».

Dans ce genre de choses, l’amateurisme ne doit pas avoir cours, s’il est vrai que dans l’euphorie de l’indépendance il y a avait la joyeuse pagaille. 50 ans ont passé, le désordre est passé de mode, le monde nous regarde. Nous devons plus que jamais être cohérents. Si les faits sont avérés, il y a en l’occurrence un vaste dysfonctionnement. Tous les départements ministériels concernés devraient répondre de cela (la culture, l’éducation, les moudjahidine…).

Attention aux symboles

Pourquoi avoir substitué celui d’une moudjahida, n’y a-t-il pas d’autres écoles qui peuvent être baptisées du nom de Dahmane El Harrrachi? Et pourquoi cette reconnaissance tardive et uniquement à El Harrachi? Nous sommes nombreux à apprécier le grand Dahmane El Harrachi avec sa voix rocailleuse et ses textes de qualité, c’est le Georges Brassens algérien. Pourquoi pas un institut au nom d’El Anka? Il me semble que les femmes et les hommes qui méritent d’être des symboles ne devraient pas voir leurs noms attachés à un quartier, une ville ou une région. Ils devraient transcender cela. A moins de poursuivre un partage tacite et invisible des symboles, globalement chaque région compte ses billes, baptise les siens… Ainsi, à ma connaissance et à titre d’exemple, il n’y a pas de baptisation de Mouloud Mammeri en dehors de la Kabylie.
Un autre exemple, dans l’enseignement supérieur, nous n’avons encore pas vu d’établissement au nom de personnes illustres qui ont servi fébrilement la flamme de la science et de la connaissance loin du m’as-tu-vu et des gens bien en cours. Les exemples sont légion pour ces moudjahidine de la plume (Professeurs Aoudjhane, Ouabdesslam, Lacheraf… et tant d’autres).

De ce fait, il est dangereux pour la société de remettre en cause des références et symboles constitutifs de la nation. En détricotant – peut être d’une façon non intentionnée – la trame de l’identité du peuple qui se reconnaît à travers ses repères identitaires, nous allons accentuer l’errance identitaire. Est-ce cela qui est voulu? Au moment où les pays à même maturité consolident leurs invariants, nous, en Algérie, on remet tout en cause! En fait, nous payons le prix de l’approximation pour n’avoir pas écrit notre histoire dans sa dimension récente d’une façon apaisée.

L’histoire de la Révolution algérienne est à faire. Car ce que nous avons en face de nous et ce que nous faisons ingurgiter à nos enfants, c’est une compilation de faits et de méfaits imposés par les pouvoirs successifs et non une histoire généreuse, reconnue, consolidée et faisant l’objet d’un large consensus qui, véritablement, contribue à ce désir de vivre ensemble qui pour répéter cette belle phrase d’un historien français: «Vouloir être une nation est un plébiscite de tous les jours.» Un feuilleton comme Mostefa Benboulaid a fait beaucoup de bien, il a réellement été porteur d’une certaine idée généreuse de la Révolution. Il faut le savoir, la plupart des révolutionnaires avaient moins de trente ans. D’autre part, tous les grands pays donnent des ancrages universels à leurs symboles. Verra-t-on un jour un institut du nom d’Einstein, ou plus simplement d’Ibn Khaldoun que nos voisins tunisiens apparemment plus futés que nous, monopolisent…? Ce fait apparemment anodin est symptomatique d’une lame de fond qui consiste à tout remettre en cause pour imposer un nouvel ordre. Malika Gaïd restera toujours une martyre et la débaptisation inexplicable n’enlève rien au respect de la mémoire des Chahids qui sont morts sans avoir goûté les fruits de la liberté.

1.Débaptisation d’un CEM à El Harrach Dahmane El Harrachi à la place de Malika Gaïd. El Watan, 23 août 2010

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Nouvelle guerre coloniale. La France aurait-elle perdu la guerre du soft power ?

Posté par mouradpreure le 26 juillet 2010

Le nouvel Economiste – 15 Juillet 2010

C’est une guerre qui ne fait pas de victimes, mais s’attache à conquérir les cœurs et les esprits. Théorisé dans les années 1990, le soft power, ou l’art pour un pays de séduire la scène internationale avec sa culture et ses valeurs pour mieux s’imposer économiquement et politiquement, n’est plus l’apanage des Etats-Unis. Le Brésil et surtout la Chine investissent désormais dans cette capacité de séduction. Pékin entend se montrer incontournable avec sa culture plurimillénaire, ses manifestations gigantesques, l’apprentissage mondialisé du mandarin et ses instituts Confucius. La diplomatie culturelle, invention française, a-t-elle encore un avenir face aux nouveaux géants de la séduction ? De l’avis de nombreux experts et sénateurs, il y a urgence : la France manque d’un commandement et d’un téléphone uniques en la matière, et se voit mettre peu à peu hors jeu du débat intellectuel mondial. La nouvelle guerre coloniale des cœurs et des esprits  ne fait que commencer. 

C’est une guerre très particulière qui ne tue personne, mais qui cherche à coloniser les cœurs et les esprits, et s’implante au cœur des sociétés. Ses militaires et ses marchands d’armes sont des bataillons d’artistes de masse et d’enseignants, des task- force d’intellectuels pointus, des forces spéciales de producteurs d’idéaux, de culture populaire, de sons et d’images. A ce jeu, les Etats-Unis mènent la danse depuis 1945, liquidant au passage toute l’attraction de l’ennemi soviétique durant la guerre froide, imposant sans encombre leur vision et leur culture de masse sur la planète. La France, elle aussi, a tenu son rang, notamment avec l’invention spécifique de la diplomatie culturelle et ce, dès la fin du XIXe siècle. Cette guerre mondiale s’appelle soft power dans les milieux autorisés de la diplomatie. Elle est ainsi définie dans le paragraphe d’un livre, Bound to Lead : The Changing Nature of American Power : “Le soft power repose sur la capacité à définir l’agenda politique d’une manière qui oriente les préférences des autres. C’est la capacité à séduire et à attirer. Et l’attraction mène souvent à l’acceptation ou à l’imitation.” Le soft power a été théorisé par un nouveau Clauzewitz, Joseph Nye, géopoliticien, sous-secrétaire d’Etat dans l’administration Carter et ministre délégué à la Défense sous Clinton. Son idée qui date de 1990 a mis du temps à se planétariser, mais désormais elle oriente fortement l’action diplomatique du Japon et de la France depuis longtemps, mais aussi de nombreux pays émergents, comme le Brésil, l’Inde et surtout La Chine en tête. Qu’elle finance l’opéra d’Alger à hauteur de 40 millions de dollars, qu’elle recherche la sympathie dans les populations africaines avec des échanges universitaires intensifs ou bien la “diplomatie du chéquier”, qu’elle démontre son hyperpuissance tranquille à travers des manifestations telles que les J.O de Pékin ou l’Exposition universelle de Shanghaï qu’elle seule est capable de financer, tous ces actes ont été soigneusement concertés, mis en musique et produits par le pouvoir politique de Pékin. Le grand atelier de la planète a méticuleusement copié le soft power de Joseph Nye. 

Au soft power américain, s’ajoute le smart power 

Dans cette domination planétaire des esprits et des cultures, les Etats-Unis, même talonnés, sont encore largement à la manœuvre. “Au soft power américain, est même venu s’ajouter le smart power”, indique malicieusement le sénateur Jacques Legendre (UMP) et président de la commission des Affaires culturelles, pourtant chatouilleux sur la question de la protection de la langue française. Joseph Nye en effet a forgé ce concept et le candidat Barack Obama l’a incarné à merveille à partir de 2007. Le smart power doit permettre à Washington de reconquérir “les cœurs et les esprits”, notamment dans les pays islamistes  mis à mal par deux mandats Bush et l’emprise sombre des intellectuels néo-conservateurs sur les relations internationales. C’est comme cela que le smart power américain a repris le dessus après le désastre de la guerre du Vietnam. En jouant de sa différence et de sa capacité d’auto-critique si attirante. “Dans le contexte actuel, une presse libre, des tribunaux indépendants et un Congrès prêt à tenir tête à l’exécutif sont les atouts qui nous permettront de prétendre à un même smart power”, affirmait Joseph Nye en 2009. A côté de ces valeurs, tout un chacun éprouve la puissance tellurique d’Hollywood, véritable moteur d’entraînement du soft power américain. Sa culture mainstream (séries télé, rock et rap, comics…) et son industrie de l’entertainment, avec le soutien de l’Etat fédéral, véhiculent toujours autant l’idéologie américaine (lire encadré). 

Le soft power chinois se marie avec le confucianisme  

Mais, prévient un spécialiste des affaires internationales comme Barthélémy Gourmont, le soft power chinois qui se profile est différent de l’américain. A première vue, il peut faire peur, très peur, puisque la Chine devrait être la première puissance économique d’ici à 2030. Mais le clair-obscur est de mise : dragon ou panda ? Le problème crucial des droits de l’homme brouille encore le smart power chinois. Pour l’instant, les spécialistes des relations internationales hésitent à trancher. Officiellement, la Chine, elle, se refuse à être considérée comme une hyperpuissance, même en devenir. “Elle se veut une puissance sans se forcer”, décrit Barthélémy Courmont. Et précisément, elle privilégie en diplomatie le soft power plutôt que le hard power économique. Dans son livre perspicace et particulièrement éclairant, Chine, la grande séduction (Choiseul Editions), il explique : “C’est un concept qui se vend bien en Chine parce qu’il se marie avec le confucianisme, qui prône l’utilisation de la force morale au détriment de la force physique.” Ainsi les nouveaux instituts Confucius constituent les outils affûtés du soft power pékinois. En 2004, on pouvait ricaner de l’ouverture du premier centre dans le caillouteux Ouzbékistan. Six ans plus tard, les instituts Confucius sont 290 dans 98 pays (7 rien qu’en France, où l’apprentissage du mandarin, 5e langue vivante, progresse de 30 % par an). Un millier est envisagé à l’horizon 2020. Ces instituts calqués sur les Alliances françaises ou les instituts Goethe dépendent directement du Hanban (Bureau de la Commission internationale pour la diffusion internationale du chinois). Par ailleurs, cinq milliards d’euros vont être investis par le pouvoir dans ses médias internationaux et multilangues. Le soft power chinois constitue un levier puissant d’une stratégie incontournable qui elle relève du pur hard power : la Chine est avide de matières premières et de sécurité énergétique. Voilà pourquoi elle active des échanges culturels avec le continent africain gorgé de métaux et de pétrole, répand sa langue et sa culture plurimillénaire auprès des élites. Et ça marche : la Chine ne pâtit pas d’une image de colonialiste ou d’esclavagiste. Le sondeur américain Piwe révélait ainsi en 2007 qu’à l’exception de l’Afrique du Sud, toutes les autres nations en relation avec la Chine la plébiscitaient largement devant les Etats-Unis. Plus fort encore, le soft  power dans les pays du Moyen-Orient, que la Chine courtise également, n’exclut pas d’excellentes relations avec Israël et ne soulève aucune objection. 

Soft power français, combien de divisions ? 

Déclin, vous avez dit déclin ? “Comment vendons-nous la France ?” est le titre d’un rapport interministériel mené en 2008 par un haut fonctionnaire, Nicolas Tenzer, qui aura écumé dans une quarantaine de pays le soft power français à l’oeuvre. Réponse : plus que mal. Au point que la France, “ombre marchante, canard sans tête”, pourrait  facilement disparaître des écrans radars de l’influence planétaire. “Le poids de nos idées dans les enceintes internationales s’érode et nous y perdons souvent notre crédibilité ; les règles juridiques et les normes techniques seront de plus en plus étrangères à nos conceptions et à nos pratiques ; nous sommes sortis du jeu intellectuel mondial, faute d’avoir investi les lieux où s’élaborent et se décident les politiques futures et faute aussi de faculté d’universalité du référentiel français”, analyse Nicolas Tenzer (lire Avis autorisés). Pour l’instant on est loin de la stratégie cohérente. Les sénateurs de la Commission des affaires culturelles, conduits par Jacques Legendre, ont tenté de persuader l’Elysée, à la faveur du petit remaniement gouvernemental de l’été 2009, de créer un secrétariat d’Etat à l’action culturelle extérieure qui engloberait aussi la francophonie et l’audiovisuel extérieur, et exercerait un vrai commandement. Raté. “Dans les élites françaises et quelle que soit la couleur politique, la ligne de partage est très nette entre  ceux qui estiment que la francophonie est une vieille lune et ceux qui, comme moi, jugent que l’usage d’une langue signe un rapport de force international”, analyse le sénateur. Dans cette perspective du renforcement culturel, le Sénat a adopté, le 22 février dernier, le nom de Victor Hugo pour baptiser la nouvelle agence culturelle au statut d’Epic (établissement public à caractère industriel et commercial), créée par le projet de loi sur l’action extérieure de la France. “Institut français c’est pas très excitant, Victor Hugo personnifie plus que personne la France”, a insisté devant les sénateurs le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner – qui durant quelques semaines avait songé à intituler l’agence du nom d’Albert Camus. Ce qui n’est toujours pas de l’avis de la Commission des affaires culturelles et de son président Jacques Legendre, ou encore de Jean-Pierre Chevènement (RDSE) pour qui l’appellation “institut françaisé” “résisterait à toutes les modes”, appellation que les sénateurs ont fini par imposer. “Cela nous permettrait également une meilleure souplesse en accolant à la marque institut français, le nom de la localité”, nous explique Jacques Legendre. On en est là, c’est-à-dire pas vraiment d’accord sur le nom de cette nouvelle force de frappe culturelle qui d’ailleurs a été en partie dévitalisée. Mission de l’agence qui est encore loin d’être au niveau du British Council tant fantasmé : se charger de l’action culturelle extérieure, ce que faisait déjà la petite association Cultures France. S’ajoutent à ses missions, la promotion de la langue française mais aussi de la culture scientifique, des savoirs et des idées, ainsi que la formation professionnelle des personnels. Durant trois années, Victor-Hugo, coquille à peu près vide, vivra sous haute surveillance. La décision, apparemment logique, de lui rattacher les 144 centres culturels français à l’étranger, les 154 services de coopération et d’action culturelle (SCAC), ne sera prise qu’à partir de 2013. La préservation de cette puissance-là a été jalousement défendue par les diplomates qui y voient, pour eux, un outil d’influence local et personnel. Consolation, la loi entérine le principe d’un “Conseil d’orientation stratégique” où le ministère de la Culture et les autres ministères à la politique culturelle extérieure entendront bien mettre leur grain de sel. Le millier d’Alliances françaises, associations de droit local, lui aussi échappe à Victor-Hugo. L’écrivain et ambassadeur Jean-Christophe Ruffin a décliné l’offre de diriger cette nouvelle entité de la diplomatie culturelle. L’ex-ministre Xavier Darcos vient d’y être nommé.  

Le déficit stratégique du soft power français 

Le feu est réellement au lac. “Les crédits consacrés au rayonnement culturel ont chuté de 10 % entre 2005 et 2008, ils vont chuter à nouveau de 13 % cette année, de 11 % en 2010 et de 10 % en 2011”, expliquaient les sénateurs. Il ne manque pas d’argent, mais de volonté politique. Voté à l’unanimité par la haute assemblée, le rapport des commissions aux Affaires étrangères et aux Affaires culturelles préconise une meilleure collaboration des ministères de la Culture, de l’Education, de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, ainsi qu’un statut renforcé des postes culturels dont les missions passeraient de trois à cinq années. Il y a une vraie crise de la diplomatie culturelle, estime également Julia Kristeva dans son rapport discuté par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) en juin dernier. Le diagnostic semble facile à tenir, mais les solutions possibles pâtissent, pour rester poli, d’une “fragmentation endémique”. La doctrine Kristeva préconise plusieurs mesures énergiques comme la promotion d’une “action culturelle extérieure plus cohérente et plus interministérielle au service de la diversité” ; la “rationalisation” et la rénovation d’un réseau “unique au monde”, mais qui tient depuis des décennies d’un mille-feuille techno-bureaucratique de l’action du réseau francais (services de coopération et d’action culturelle, Instituts français, Alliances françaises, écoles et lycées français homologués). Bref, le soft power français réclame un commandement et un numéro de téléphone unique. Un soft power français, mais pour quoi faire ? “Une urgence s’impose : construire un projet stratégique et conduire une action décentralisée, capables de clarifier le message culturel de la France”, affirme encore l’auteur. Un volontarisme politique s’impose. Le rapport Kristeva-CESE insiste par exemple sur “l’accueil et la formation des élites étrangères”. Même son de cloche chez les sénateurs. “Quatrième pays au niveau mondial après les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni pour le nombre d’étudiants étrangers, la France ne semble envisager l’accueil des étudiants étrangers qu’en termes de coût. Ce déficit stratégique, qui s’accompagne d’un éclatement de l’offre française entre universités et grandes écoles, révèle en fait l’absence d’une politique dynamique et cohérente d’attractivité de nos universités”, cingle Julia Kristeva. Ce rapport même de qualité et appelant à des débats de fond connaît depuis un destin de rapport : au fond d’un tiroir de la République. Puissance moyenne, la France ne peut que miser désormais sur son pouvoir d’influence et son smart power. En dernier ressort, on peut suggérer à quelques conseillers influents de l’Elysée et de Matignon de se procurer les ouvrages de Joseph Nye. S’ils ne les trouvent pas en librairie, qu’ils tapent “Google” ou “Amazon”, les deux nouveaux piliers du soft power américain. 

Par Emmanuel Lemieux 

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Interview à El Watan de Lounis Aït menguellet. Poète, chanteur, compositeur: « La Kabylie est une parcelle de l’Algérie »

Posté par mouradpreure le 19 juillet 2010

La Kabylie est une parcelle de l’Algérie, comme le dit si bien cette expression devenue un cliché : « Il n’y a pas de Kabylie sans l’Algérie, comme il n’y a pas d’Algérie sans la Kabylie ». Me concernant, je considère que nos chouhadas ne se sont pas sacrifiés pour qu’aujourd’hui on s’isole. Ils se sont sacrifiés pour l’Algérie entière, pour libérer tout le territoire. Tout le territoire algérien nous appartient. 

Interview à El Watan de Lounis Aït menguellet. Poète, chanteur, compositeur:

Lounis Aït Menguellet ou l’accueil des plus chaleureux : « L’interview, nous la ferons chez moi, à Ighil Bwammas, je vous y invite pour lundi. Cela vous va-t-il ? », nous dit-il tout de go. Ighil Bwammas via Larbaâ Nath Irathen, Aïn El Hammam puis Yatafen. Un trajet, fort agréable, qui fait le rappel des descriptions pointues d’un Feraoun dans Jours de Kabylie, ou de Fadhma n’Ath Mansour dans Histoire de ma vie. Des villages attachés les uns aux autres sur les cimes à redents, tels que chantés si bien par le poète Lounis : « Tamourtiw dizurar ghaf idurar. » Avant d’arriver chez lui, une poignée de jeunes villageois regroupés devant une épicerie semblent nous attendre. « Voyez-vous, nous avertit-il, mes deux couleurs préférées : le noir et le blanc. » Cette dualité qu’on retrouve dans le yin et yang, un joli tableau accroché au mur, deux faces opposées d’un monde à déchiffrer. Deux objets, cependant, captent tout particulièrement notre attention : des arcs, dont l’un est magnifiquement taillé dans un bois rare et sculpté avec un raffinement d’orfèvre. « Arc de chasse, précise-t-il. Peu de gens savent que je suis archer. » Comme dans Ulysse, il faut de la force, du savoir-faire et du doigté pour le tendre. Alors, Aït Menguellet se plaît-il à décocher des flèches empoisonnées ? Pas forcément ! 

Qui est Lounis Aït Menguellet dans la vie de tous les jours ?  

Dans la vie de tous les jours, je suis un citoyen ordinaire qui s’occupe de sa famille, de ses soucis familiaux surtout, et Dieu sait qu’il y en a ! Chacun de nous a des problèmes et je ne fais pas exception. J’essaye d’organiser ma vie, c’est-à-dire je fais tout pour que ma vie familiale soit harmonieuse, et pour cela il faut des ingrédients. Disons que je suis quelqu’un qui essaye d’utiliser son temps à bon escient, entre la vie familiale, les enfants et les loisirs qui me permettent un équilibre physique et mental. 

Quels rapports entretenez-vous avec les habitants de votre village, Ighil Bwammas ?  

D’excellents rapports ! Il ne pourrait en être autrement, parce que je suis né à Ighil Bwammas, je connais tout les villageois et tous les villageois me connaissent. J’apprécie tout le monde et je peux dire que, globalement, tous m’apprécient et c’est aussi parce que je ne suis pas venu d’ailleurs pour m’intégrer à la vie du village, bien au contraire, tous les villageois me considèrent, à juste titre, comme un des leurs. 

C’est ce qui explique votre attachement au village…  

Absolument, il faut aussi savoir une chose, c’est qu’à Ighil Bwammas, j’en arrive à oublier que je suis un personnage public, un chanteur. On me le fait oublier tellement je ne suis considéré que comme un citoyen du village. 

Pendant que d’autres artistes ont choisi d’émigrer, d’évoluer ailleurs, vous, vous avez préféré rester parmi les vôtres. Pourquoi ?  

J’ai préféré rester ici parce qu’à mon sens, je dois tout au village. Je dois tout à ma naissance dans ce village, je dois tout à ma vie parmi les miens, chose qui ne m’a jamais empêché de m’enrichir de la culture universelle par mes nombreux voyages. Cela dit, mon port d’attache, mon véritable port d’attache reste mon village et c’est ce qui fait ma force. 

Malgré le danger de mort qui vous guettait ? Je fais allusion aux années de terrorisme…  

Il n’y a absolument aucun danger qui me ferait quitter les miens. La seule chose qui pourrait le faire, c’est la déception, c’est une déception qui émanerait du village ; c’est de découvrir par exemple que je me suis trompé dans mes considérations, dans mes jugements, et là, je crois que ce serait la déception de ma vie ; et donc, dans ce cas-là seulement, je partirai sans me retourner. Enfin, j’espère que ça n’arrivera pas, et je suis sûr que ça n’arrivera jamais. Maintenant, les dangers, je ne pense pas qu’il y en ait un qui me ferait quitter mon bercail, j’ai vécu ces moments les plus durs où tout le monde voulait quitter l’Algérie. 

Que répondez-vous à ceux qui disent qu’Aït Menguellet doit sa survie à un compromis avec les groupes armés ?  

Vous conviendrez que ce sujet a été rabâché et n’attendez pas de moi de m’étaler là-dessus. Ceci dit, si c’était le cas, le dernier des terroristes capturé aurait donné mon nom. Quant à ceux qui ont propagé ce genre d’accusations, je ne daigne même pas les mépriser, car Dieu sait, je n’aime pas mépriser les gens, et je leur laisse ce réconfort si c’en est un de vouloir excuser leur incapacité d’affronter la situation en accusant de trahison ceux qui ont eu le courage de l’affronter. La voilà ma réponse. 

Des partis politiques ont toujours recherché vos opinions. Que leur répondez-vous, et quelle est votre position politique si vous en avez une ?  

Franchement, je n’ai pas de position politique, je ne suis pas partisan et je ne l’ai jamais été, parce que j’estime que si on se mettait à étudier chaque programme de chaque parti, on y trouvera du bon comme du mauvais. Certainement, vous me diriez que c’est un peu trop facile de prendre tout ce qui est bon de chaque parti politique… N’appartenant à aucun d’entre eux, j’ai cette prétention… je me sens libre d’avoir mes opinions. Alors, d’un coup, je pourrais être d’accord avec tel parti, et d’un coup, je paraîtrai d’accord avec un autre. En fait, ce n’est ni un changement d’opinion ni de l’hypocrisie politique, allant du principe que je n’ai aucun parti pris. 

Vous venez de signer récemment une pétition que les journaux ont reprise ; n’est-ce pas là une position politique ?  

Non, ce n’est pas une position politique que de défendre ceux qui se sont sacrifiés pour que nous vivions libres aujourd’hui. Je les défendrai quel que soit le prix. Je ne considère nullement cela comme une attaque envers quiconque, je considère que c’est une opinion que je me dois d’exprimer et que j’exprimerai toujours. Je suis un nationaliste dans l’âme, parce que je suis un enfant de la guerre. J’ai vécu la révolution de notre pays dans une très mauvaise condition, c’est-à-dire une position où un enfant comprend tout, se souvient de tout, mais n’a aucun moyen de se défendre, d’agir ou de faire quoi que ce soit. D’ailleurs, on oublie souvent de parler des enfants de la révolution parce qu’au moment où un adulte pouvait prendre son parti, il pouvait soit prendre les armes et aller rejoindre le maquis, soit, ma foi, si telle était sa conviction, s’allier avec le colonialiste. Par contre, un enfant n’avait même pas ce choix, il subissait tout simplement. Et c’est dans cette situation que j’ai vécu la guerre, je l’ai subie, et je m’en souviens. Alors, quiconque s’attaquerait à des gens qui ont fait que nous soyons libres, je m’élèverai contre lui. 

Que pensez-vous de l’autonomie de la Kabylie ?  

Alors là ! Cela ne fait pas du tout partie de ma façon de voir. La Kabylie est une parcelle de l’Algérie, comme le dit si bien cette expression devenue un cliché : « Il n’y a pas de Kabylie sans l’Algérie, comme il n’y a pas d’Algérie sans la Kabylie ». Me concernant, je considère que nos chouhadas ne se sont pas sacrifiés pour qu’aujourd’hui on s’isole. Ils se sont sacrifiés pour l’Algérie entière, pour libérer tout le territoire. Tout le territoire algérien nous appartient. 

Et le gouvernement provisoire du MAK ?  

N’étant pas d’accord avec le principe, je ne vois pas comment je serais d’accord avec tout ce que cela peut générer. 

On vous a beaucoup critiqué lors de la campagne présidentielle de 1999 où vous avez applaudi le discours de Bouteflika à la salle Saïd Tazrout de Tizi-Ouzou. Que répondez-vous aujourd’hui à tête reposée ?  

Depuis 1962, il y a eu en Algérie des militants contre la dictature, contre l’interdiction de la parole, d’attitude… et ce qui est curieux, c’est qu’aujourd’hui on a abouti, soi-disant, car je n’y crois pas trop à cause de tout cela à un semblant de démocratie et qu’est-ce qu’on me demande, ou plus exactement, qu’est-ce qu’on exige de moi ? On exige de moi d’être sous contrôle, on m’interdit d’être libre, et personne n’a fait état de cela. Tout le monde journalistique m’a tiré dessus, sans faire cette remarque qu’on voulait empêcher un citoyen d’agir à sa guise, sans faire de mal à quiconque et sans entraîner qui que ce soit avec lui. J’aurais compris si j’avais organisé une campagne pour dire aux gens : « Venez, on va applaudir Bouteflika ». Là, j’aurais compris, là j’aurais assumé en tant que partisan ou partisan d’une idée, mais moi, j’avais tout simplement agi en tant que citoyen et on a voulu m’empêcher d’avoir une attitude que j’avais envie d’avoir. Je répète que je ne devais ni ne dois d’explication à personne au nom de cette même démocratie qu’ils disent défendre. Malheureusement, nos journalistes de l’époque n’avaient pas assez de maturité pour penser à ça, et ceci est grave et ça fait peur, hélas. 

Vous avez refusé une tournée lors de la campagne présidentielle passée, qu’elle en était la raison ?  

Une tournée à connotation culturelle, c’est honorer la culture et honorer mon pays, mais une tournée à connotation politique ne fait partie ni de mes ambitions ni de ma façon de voir les choses. 

Parlez-nous de votre relation avec le regretté Matoub Lounès ?  

Je crois que j’avais brossé l’essentiel du tableau dans l’interview que j’avais accordée à la chaîne de télévision Berbère TV, disons que j’avais dit l’essentiel. Matoub était un ami, au contraire de ceux qui se prétendent maintenant amis et qui ne l’ont en fait jamais été. Il est vrai qu’on avait des différends du moment qu’il avait sa personnalité et que j’avais la mienne. Qu’il y ait eu des divergences entre nous, cela n’est vraiment pas exceptionnel. Le fait qu’on soit fâchés aussi ne l’est pas. Peut-être que s’il était encore de ce monde, aujourd’hui nous serions redevenus de bons amis. Ce sont des choses qui arrivent, et c’est la vie. Seulement, les gens prennent les choses à leur façon et malheureusement de la mauvaise. Ils construisent donc des tas d’histoires qui n’ont pas lieu d’être. 

Cette gêne, cette mésentente qui ressort en filigrane dès qu’on parle de vous deux est-elle justifiée ?  

Justifiée, certainement, en ce sens où deux amis ont des différends et se sont fâchés par la suite. Il y a toujours une raison à cela et c’est toujours justifié. Matoub et moi étant tous deux des personnages publics, les gens ont interprété les choses à leur guise et nous ont mélangés à toutes les sauces. C’est parfaitement injuste, mais c’est dans l’ordre des choses, et on n’y peut rien. Sous d’autres cieux, cela aurait pu être un prétexte à l’enrichissement même de la culture. Il est dommage que chez nous on y voit que le côté négatif des choses. Si par contre on nous avait confronté Matoub et moi d’une autre manière, c’est-à-dire d’une manière plus saine, je crois que cela aurait donné quelque chose d’enrichissant. Mais les auteurs de ce genre de supputations ne sont pas sains eux mêmes dans leur tête et donc ils donnent des connotations malsaines. Sinon, mon histoire avec Matoub n’était pas aussi dramatique que le laissaient supposer les gens. 

Peut-on dire qu’Aït Menguellet vit de son art ?  

Oui, oui, chanter m’a fait vivre. Il est vrai qu’avec ce phénomène du piratage de haute volée, l’industrie du disque connaît une crise, mais à côté de cela, il y a les galas, les droits d’auteur, et comme je ne mène pas une vie sur un grand pied… Je mène en fait une vie simple qui ne me demande pas de grands moyens. 

Donc, on peut dire qu’Aït Menguellet vit de son art…  

Oui, j’ai cette chance-là, je crois que beaucoup d’artistes ne pourront pas en dire autant malheureusement, car j’estime que c’est une chance. Maintenant, est-ce qu’elle durera ? Je n’en sais rien. J’en vis décemment, je n’ai pas l’habitude de faire des folies, donc cela me permet de vivre dans une aisance relative. 

Que pensez-vous du statut de l’artiste dans notre pays ?  

Le statut de l’artiste, c’est très délicat d’en parler. Je crois que les pouvoirs publics renvoient dos à dos les propositions de l’artiste avec ce que le ministère concerné pourrait faire. C’est-à-dire que l’Etat conditionne ce statut à l’organisation préalable des artistes, en associations, en syndicats… ; les artistes, quant à eux, placent le statut avant toute organisation ! Convenez que c’est un cercle vicieux. Sincèrement et sérieusement, un statut on en a besoin, car jusqu’à présent l’artiste pratique son art en dilettante, il n’est ni assuré ni n’a de reconnaissance légale réelle. Là, on parle spécialement de la chanson. Spécialement, car la chanson a participé à tous les mouvements qui ont fait avancer les choses dans notre pays, depuis l’ère sombre de la colonisation jusqu’à nos jours. L’artiste a toujours eu une place prépondérante et un mérite dans l’évolution positive du pays, alors cela ne serait que justice que de le respecter en mettant sur pied un statut qui puisse le valoriser et le reconnaître en tant que tel. 

Que pensez-vous de la situation actuelle de la chanson kabyle ?  

A mon sens, la chanson kabyle est toujours allée en dents de scie, un coup ça va, un coup ça ne va pas, ça descend et ça remonte, mais globalement, on peut dire qu’elle se porte bien en ce sens qu’il y a un foisonnement de chanteurs et de genres. D’ailleurs, cela a toujours été ainsi, la décantation se fera. Il y aura ceux qui seront abandonnés en chemin et ceux qui vont perdurer ; donc, le tri se fera de lui-même, car ceux qui écoutent savent apprécier et finissent par élire. Me concernant, j’aime bien le fait qu’il y ait foisonnement, qu’il y ait justement de la matière pour que le choix se fasse. Et il me semble qu’il y a aujourd’hui une pléiade de jeunes promis à un bel avenir dans le monde de la chanson kabyle. 

Par exemple ?  

Si Moh, Zimou, Ali Amran, Djamel Kaloun… pour ne citer que ceux-là. Mais il y a tant d’autres, et à mon sens, il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour l’avenir de la chanson kabyle. Je citerai aussi Djafer, et ce n’est pas parce que c’est mon fils, mais c’est parce qu’il est bourré de talent. 

Qu’auriez-vous été si vous n’étiez pas chanteur ?  

Si je n’étais pas chanteur, je crois que j’aurais fini par embrasser finalement ma première vocation, celle d’ébéniste. J’ai toujours adoré travailler le bois. 

Quelle place occupe le sport dans votre vie ?  

Le sport occupe une place prépondérante dans ma vie, mais disons que j’ai toujours été contre la compétition, bien que je ne tire pas sur ceux qui aiment la compétition, car ce sont des gens qui veulent s’affirmer et c’est tout à fait légitime. De mon point de vue, le sport, je l’ai adopté beaucoup plus pour un équilibre physique et mental. 

Et à part le sport, que faites-vous de votre temps libre ?  

Oh, mon Dieu ! Il y a tellement de choses à faire ! D’abord, gérer sa famille ; je crois que les pères de famille ne me contrediront pas, pour gérer sa famille on a besoin de tout le temps qu’on a. Principalement, mon temps, je le consacre à mes enfants, à ma famille. Le reste ? D’aucuns pensent que le travail d’artiste dégage un temps libre… Peut-être oui, quand on est célibataire ! Mais là, en étant père, j’avoue qu’il ne m’en reste pas beaucoup. Entre la chanson, mes occupations familiales et mes loisirs, je mène une vie assez bien remplie. 

Je vois ici deux beaux arcs, des sabres, le fameux Yin et Yang et une série d’objets que je présume être des souvenirs de vos nombreux voyages. Parlez-nous un peu de ce petit musée autour de nous ?  

Un musée ? Non ! Ce sont en fait des choses que j’aime, et comme nous sommes là à faire l’interview dans mon studio, là où je passe beaucoup de temps, j’aime être entouré de ces objets. J’ai mes arcs et peu de gens savent que je suis archer depuis 1978. Je pratique le tire à l’arc, mais en tant qu’amateur ; d’ailleurs, je pratique tout en tant qu’amateur. Le sport pour moi doit faire partie de l’hygiène de vie, de la vie même, parce qu’il est d’une utilité incontestable, aussi bien pour rester en forme que pour rendre visite le moins possible au médecin. Le sport fait partie de ma vie et j’essaye de varier de façon à ce que cela fasse aussi partie de mes loisirs. Je n’aurais pas pu faire du sport si je n’y prenais pas plaisir avant tout, c’est important. 

Etes-vous intéressé par d’autres formes d’expression artistique ; si oui, lesquelles ?  

Intéressé en tant qu’amateur, oui. J’aime l’art en général. J’apprécie les belles peintures ; d’ailleurs, j’en possède une belle collection. La sculpture également, le théâtre aussi… Bref, j’apprécie tout ce qui est beau, tout ce qui est bien exécuté. 

Et quelle place faites-vous à la lecture ?  

La place qu’occupe la lecture est au moins aussi importante que celle qu’occupe le sport. Je ne peux pas vivre sans la lecture, cela veut tout dire. Vous me demanderez peut-être ce que j’aime lire. Je suis un lecteur plutôt éclectique, je m’intéresse à tout, je suis curieux de tout et je passe ma vie à chercher des réponses à tout. (Rires). Vous avez des préférences pour certains auteurs, certains livres J’avoue que j’ai un faible pour la science-fiction, le polar, mais j’ai lu et aimé tous les genres, je vous ai dit que j’étais éclectique. J’ai par exemple tout lu de Yasmina Khadra, que j’ai eu le grand plaisir de le rencontrer. 

Quel est votre livre de chevet ?  

En ce moment, c’est le livre de Mammeri Yennayas El Cheikh Mohand, j’adore aussi bien le personnage de Cheikh Mohand que celui de Mammeri qui a été à la hauteur pour appréhender ce personnage. Mais bon, je dois avouer que mes livres de chevet changent périodiquement (rires) : Nietzsche, Machiavel, Jostein Gaarder qui m’a fait revisiter mes cours de philosophie… 

Le dernier roman que vous avez lu…  

C’est en cours, je me suis attaqué au roman de Stieg Larsson, un Suédois. Il a écrit trois tomes volumineux qu’il a intitulés Millenium. En fait, dans le roman, Millenium est une revue. Je trouve l’histoire géniale, car c’est un bon thriller en même temps, très agréable à lire, avec beaucoup de suspense et d’action. Il est très instructif aussi. Malheureusement, l’auteur, qui était également journaliste, est mort d’une crise cardiaque au moment où il remettait ses trois volumes à l’éditeur, ce qui est bien triste. En restant toujours dans le registre suédois, j’apprécie beaucoup un écrivain de romans policiers, Hening Mankell. J’adore sa façon d’écrire car, comme je viens de le dire, je me suis beaucoup frotté au monde du roman policier, je trouve que c’est le summum dans le genre. 

Etes-vous tenté par l’écriture ?  

Euh, pas vraiment… D’ailleurs, je ne sais pas si j’en suis capable. Peut-être ? Si un jour l’envie d’écrire me prend, je serai dans l’obligation de m’associer avec quelqu’un qui a une belle plume pour que je puisse exprimer mes idées. 

Qu’en est-il de Passerelles ?  

Eh bien, Passerelles est une revue que nous avons créée dans un but purement culturel. C’est une revue qui nous a apporté beaucoup de satisfaction, qui nous a demandé également énormément d’efforts, mais qui a tout fait, sauf nous enrichir, quoi qu’en pensent certaines gens. Il y avait des moments où nous puisions de nos poches, aussi bien mon associé que moi, mais c’était un plaisir de dépenser pour voir une aussi belle revue paraître. Malheureusement, cette revue, tant que nous disposions de l’argent de la publicité pour couvrir les frais de sa publication, nous la publiions chaque mois ; donc, c’est une revue mensuelle, mais à présent la publicité faisant défaut, nous nous retrouvons obligés de ne la faire paraître qu’occasionnellement, cela veut dire que ce que nous faisons maintenant, c’est ramasser des miettes, petit à petit, jusqu’à ce que nous arrivions à rassembler la somme qu’il faut pour pouvoir l’éditer. 

Votre film préféré. ..  

Franchement, je n’ai pas de film préféré, je ne pense pas être un grand cinéphile, même si je sais apprécier un bon film. 

Et en tamazight ?  

J’aime beaucoup le film de Belkacem Hedjadj, Machaho, je le trouve bien fait à tous égards 

Puis-je revenir à votre vie « un peu plus privée » ?  

Vous n’y êtes pas déjà ? Allez-y ! 

Djaffar, enfant, a eu un accident, pouvez-vous nous en dire plus ?  

Oui, c’est vrai, mon fils Djaffar a eu un accident qui a failli lui être fatal. Il a été électrocuté à 30 000 volts ! Ceci pour dire qu’il a eu de la chance ! C’était une période que j’ai très très mal vécue et que j’ai affrontée avec la force du désespoir parce qu’il fallait le sauver. D’ordinaire, je suis quelqu’un de plutôt calme et lent, mais dès qu’il s’agit de ma famille, je deviens plus efficace. J’ai heureusement tout fait pour faire face à cette situation et Dieu merci, il a été sauvé. Je n’aurais jamais cru goûter à ce plaisir de tenir sur mes genoux ce fils Djaffar et le voir grandir aujourd’hui. C’est pour moi un immense bonheur. 

Beaucoup de choses ont été dites sur la condamnation de votre fils Ribouh en France, pourriez-vous nous livrer la vraie version des faits ?  

Pour répondre à cette question, il y a trois versions : la version longue, la version courte et la version très courte. Je vais vous raconter la version très courte. Mon fils a été victime d’une machination et je lui en ai voulu parce qu’il n’a pas su m’écouter et voir le piège qui lui a été tendu. Je l’ai averti qu’il allait lui arriver quelque chose de fâcheux, qu’il avait affaire à des gens qui allaient se servir de lui, qu’il serait le bouc émissaire parfait, qu’il serait condamné sans que personne ne puisse lui venir en aide et que moi-même je serais dans l’impossibilité de faire quoi que ce soit. Je l’ai aidé à se déconnecter de cette situation mais lui, en voulant faire le Don Quichote, parce que mon fils aime jouer les justiciers, il l’a appris à ses dépens qu’on ne peut pas tout le temps jouer aux justiciers impunément. Et c’est pour ça qu’il est tombé dans le piège contre lequel je l’avais averti. Un piège bien préparé, et les gens qui l’ont préparé ont eu tout le temps de le faire. 

Est-ce que par ce piège on voulait toucher à votre personne ?  

Non ! Effectivement, beaucoup de gens ont pensé que c’est un complot qui me visait moi ; en fait, c’est faux ! C’est une situation qui s’est créée indépendamment de moi, mais dont je connaissais l’origine, dont je voyais les ficelles. Simplement, mon fils a été aveuglé par sa bonté, il a été victime par son esprit de sacrifice. 

Où en est l’affaire à présent ?  

Ribouh est quelqu’un qui se comporte très bien. Il est très bien considéré, donc il bénéficie de grâces régulièrement, j’espère qu’il sortira bientôt. 

Il a été dit que l’Etat français vous a proposé la légion d’honneur, pourquoi l’avoir refusée ?  

La seule légion d’honneur que j’accepterai sera celle de mon pays, si un jour elle existe. 

Vous avez également refusé l’invitation de Zidane lors de sa visite à Béjaïa, pourquoi ?  

Vous savez, on m’a invité à plusieurs événement soi-disant grandioses ; je n’aime pas trop me montrer, je n’aime pas me servir de la popularité des autres pour briller. Sans être prétentieux, je brille déjà assez comme ça. Cette lumière me suffit largement. C’est la lumière des humbles qui m’intéresse. Donc, briller aux côtés d’un Zidane que j’admire, que j’adore – Zidane m’a fait aimer le football – donc briller à côté de lui ne m’intéresse pas, tout simplement parce que c’est bien à lui de briller étant donné que moi j’avais ma place ailleurs. 

Revenons à votre actualité ; votre album est-il fin prêt ?  

Pratiquement. Jeff s’occupe des dernières retouches 

Etes-vous satisfait du travail ?  

Oui, je suis satisfait car c’est un travail réalisé en famille, j’ai écrit mes chansons comme d’habitude et Djaafar les a embellies avec des arrangements que seul lui peut réussir pour la simple raison qu’il ne peut y avoir dans le monde un arrangeur qui me comprendrait mieux que lui ; ajoutons à cela qu’il est talentueux, donc je lui fais entièrement confiance. Je vous apprends encore autre chose, la conception de la maquette a été faite par mes deux enfants Tarik et Hayat qui se sont attaqués à la conception de la jaquette à partir des photos qui ont été prises par ma fille Hayat qui est une ancienne artiste de l’école des beaux-arts et qui se révèle être aussi excellente photographe. La traduction de mes textes en français a été assurée par mon fils Tarik, et comme il est aussi infographe, il a aidé sa sœur dans la conception de la jaquette. L’enregistrement, je le fais conjointement avec mon fils Djaffar. Donc, comme vous le voyez, c’est un travail en famille et j’en suis très fier. Vous avez évoqué dans la presse « des bonus » en annexe… Oui, cette fois-ci, à côté de mes nouvelles créations, six chansons, j’ai traduit en kabyle la chanson mythique de Bob Dylan Blowing in the wind. En fait, depuis que je l’avais interprétée en duo avec Hugues Aufrey, c’était à Bercy en 2003, l’idée de l’enregistrer n’a pas quitté mon esprit. Maintenant que l’occasion s’est présentée, c’est chose faite. Vous avez parlé aussi d’une reprise du chanteur Akli Yahiatene… Oui, en effet, j’allais adjoindre à mes chanson un duo que j’ai interprété avec Akli Yahyaten sur sa célèbre chanson Ya l’menfi, lors du gala qui nous a associés il y a quelques jours au Palais des sports à Paris. Malheureusement, lui n’étant pas disponible en Algérie pour placer sa voix en studio, j’ai dû surseoir, et la chanson ne sera pas présente dans l’album. 

Donc, l’album ne comptera que sept chansons…  

Exact. 

Est-il prévu des tournées pour la promotion de votre album ?  

Des tournées, s’il y en a, ça ne sera certainement pas pour la promotion de l’album. Vous m’avez demandé tout à l’heure si je vivais de mon art, donc c’est tout simplement une affaire de travail pour moi, parce qu’il faut vivre, il faut travailler. J’ai un travail bien agréable, les tournées me permettent de retrouver les gens que j’aime et ce n’est pas de la démagogie, car si je ne les aimais pas, j’aurais certainement fait autre chose. Donc, faire une tournée c’est pour moi le plaisir de retrouver les gens, un plaisir qui m’assure également mon quotidien, alors je me consacre à ce plaisir de chanter, d’être écouté, d’être acclamé, de vivre des moments de parfaite symbiose avec mon public. 

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À l’instar du monde Alger célèbre Mandela

Posté par mouradpreure le 19 juillet 2010

Salima Akkouche Le Soir d’Algérie – 19/07/2010 

 À l'instar du monde Alger célèbre Mandela  dans GEOPOLITIQUE Nelson+Mandela+Arrives+Intercontinental+Hotel+rp55n8umNRul

L’ONU rend hommage à Nelson Mandela à l’occasion de ses 92 ans en instaurant la première «Journée internationale Nelson Mandela». Ainsi, le 18 juillet de chaque année sera dédié à son combat pour la paix et la liberté. L’association Mechaâl Echahid a rendu hommage, hier, à cette figure légendaire de l’Afrique. 

Pour la première fois, les Nations unies ont décidé de dédier une Journée internationale à celui qui fut le premier président noir de l’Afrique du Sud après 27 ans de prison (1963-1990). Cette journée, désormais annuelle, sera dorénavant dédiée au souvenir de son combat pour la liberté et la paix. Au moment où l’Afrique du Sud célèbre les 92 ans de Mandela, le reste du monde s’associe à cette occasion pour rendre hommage à cette personnalité connue par sa lutte contre l’apartheid ou la ségrégation raciale. L’Algérie n’est pas en reste puisque l’association Mechaâl Echahid en collaboration avec le centre de presse El Moudjahid, a également célébré cette journée à Alger. Des personnalités algériennes qui ont approché Mandela lors de sa visite en Algérie en 1990, ont témoigné des valeurs de cet homme «simple et humble». «Nelson Mandela est une source d’inspiration pour des millions de personnes», a soutenu le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, dans un message lu par le directeur du centre d’information des Nations unies à Alger. Et de poursuivre : «Il n’a bénéficié d’aucun soutien ni celui de l’argent ni celui du pouvoir. Comme il nous le rappelle constamment, c’est un homme ordinaire mais, il a accompli des choses extraordinaires». Cette journée a été célébrée sous le thème «Pour la liberté, la justice et la démocratie». Né en 1918 dans la province sud-africaine de l’Umtata, Mandela obtient un diplôme en droit en 1942. En 1944, il adhère au Congrès national africain (ANC) afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche. En 1956, Mandela est arrêté et jugé pour trahison, mais il sera acquitté en 1961.Après que l’ANC eut été interdit, Mandela abandonne la stratégie non-violente de l’ANC et fonde une organisation militaire, Umkhonto we Sizwe. En 1962, il est condamné à cinq ans de travaux forcés puis inculpé pour sabotage et trahison et écope d’une peine de prison à vie. Il sera relâché le 11 février 1990 suite à une campagne internationale en faveur de sa libération.

 

AFRIQUE DU SUD – Fête intime et «journée internationale» pour le 92e anniversaire de Madiba

Le premier président noir d’Afrique du Sud, Nelson Mandela, fêtait en privé ses 92 ans hier, une journée internationale dédiée à la promotion de la paix par les Nations unies et marquée par une série d’initiatives. «Il va manger du gâteau entouré de sa famille (…) Nous allons lui donner énormément d’amour pour qu’il sente à quel point sa famille tient à lui, et cela va être une journée très très tranquille pour lui», a déclaré à la BBC sa femme Graça Machel, ajoutant qu’il se portait «très bien» même s’il devenait «frêle». 

Devant les hauts murs du domicile de l’ancien chef de l’Etat (1994-1999), quelques personnes se sont pressées en début de matinée pour tenter d’apercevoir Madiba, comme l’appellent affectueusement les Sud-Africains. Jessy Martina est venue très tôt, avec une pancarte portant l’inscription «Joyeux anniversaire Madiba», dans le quartier cossu de Houghton. «Peut-être que j’aurai la chance de le voir», a-t-elle lancé. Devant la grille, des enfants ont tenté de remettre des cartes d’anniversaire qu’ils ont confectionnées. «Nous nous attendons à beaucoup plus de monde durant la journée. Malheureusement, personne n’est autorisé à entrer (…) la famille a demandé de l’intimité », a indiqué à l’AFP un policier devant la maison déserte en milieu de journée. Outre ses proches, seuls une centaine de jeunes des villages de son enfance, Mvezo et Qunu (sud-est), ont été invités à l’anniversaire de Mandela, qui a souvent répété combien les enfants lui avaient manqué pendant ses 27 années de prison. Ils lui ont chanté samedi «Joyeux anniversaire» à son domicile avant de rentrer chez eux. Plus largement, le monde entier célébrait hier la première «Journée internationale Nelson Mandela», l’ONU ayant décidé en novembre de rendre hommage chaque 18 juillet à son combat pour la paix et la liberté. «Son sacrifice a non seulement servi son peuple en Afrique du Sud mais aussi fait un monde meilleur pour tout le monde, partout. Aujourd’hui, pour la première journée internationale Nelson Mandela, nous le remercions pour tout ce qu’il a fait au nom de la liberté, de la justice et de la démocratie », a affirmé dans un communiqué le secrétaire général des Nations unies Ban Kimoon. D’une marche caritative à Madrid à un tournoi de foot «pour la paix» au Darfour, de nombreux événements étaient prévus en l’honneur du leader antiapartheid. En Afrique du Sud, célébrités et anonymes consacraient 67 minutes de leur temps, à l’appel de la fondation Mandela, à des travaux d’intérêt public en référence au nombre d’années qu’il a consacrées à lutter pour l’égalité : rénover un orphelinat, planter des arbres, donner des fournitures scolaires ou des vêtements, faire la lecture aux enfants, etc. Pour marquer le coup, une trentaine de personnalités sont parties à moto de Johannesburg pour rejoindre en six jours le Cap (sudouest), s’arrêtant sur la route pour participer à des projets communautaires. L’acteur américain Morgan Freeman, qui incarnait Mandela dans le film de Clint Eastwood Invictus, était de la partie, même s’il ne conduisait pas de moto. Il a participé hier matin à la construction d’une clôture de sécurité pour un centre antisida dans le township de Khayelitsha, près du Cap. «C’est ma connexion à Madiba (…), on devrait le faire tous les jours», a-t-il déclaré à la presse. A Mvezo, le village natal de Mandela, le président Jacob Zuma a également prévu de faire 67 minutes de bénévolat avant de prononcer dans l’après-midi un discours devant quelque 5 000 personnes.

Le parcours d’un homme pas comme les autres 

De plus en plus frêle, le prix Nobel de la paix limite ses apparitions publiques mais il n’a pu résister à venir saluer le 11 juillet les supporteurs de la finale du Mondial- 2010 de football à Johannesburg. A bord d’une voiturette, il est apparu décontracté et souriant aux côtés de son épouse Graça Machel. Une semaine plus tard, cette «icône mondiale de la réconciliation» selon l’archevêque anglican Desmond Tutu, a rompu avec son habitude de fêter son anniversaire avec les villageois de Qunu (sud-est), où il a grandi, pour célébrer ses 92 ans en privé. La famille de Nelson Mandela, récemment endeuillée par la mort de son arrière-petite-fille dans un accident de voiture le jour du coup d’envoi du Mondial, l’a rejoint dans sa maison de Johannesburg. Mais la journée a été marquée à travers le monde par diverses initiatives, le 18 juillet ayant été déclaré par l’ONU «Journée internationale de Nelson Mandela» pour commémorer sa contribution à «la promotion d’une culture de paix». Né le 18 juillet 1918 dans la région du Transkeï (sud-est), son père le nomme Rolihlahla, «celui par qui les problèmes arrivent», en xhosa. Un instituteur y adjoindra Nelson. De fait, Mandela manifeste très tôt un esprit rebelle, se faisant exclure de l’université noire de Fort Hare pour un conflit sur l’élection de représentants étudiants. A Johannesburg, l’apprenti avocat, amateur de femmes et de boxe, s’engage au sein du Congrès national africain (ANC) et fonde avec d’autres la Ligue de la jeunesse de l’ANC. Face à un régime qui institutionnalise l’apartheid en 1948, il prend les rênes du parti. Maintes fois arrêté, Mandela est jugé une première fois pour trahison et acquitté en 1961. Un an plus tard, il préside au passage à la lutte armée de l’ANC, interdit en 1960. Arrêté, il est jugé avec le noyau dirigeant de l’ANC pour sabotage et complot contre l’Etat lors du procès de Rivonia (1963-64). Mandela est condamné à la prison à vie, mais il a fait entendre sa profession de foi : «Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales (…) C’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir.» Depuis ses geôles, notamment l’îleprison de Robben Island au large du Cap (sud-ouest), Mandela inspirera ses camarades. A partir de 1985, le régime d’apartheid étranglé par les sanctions internationales et à l’inlassable lutte interne, entame des approches secrètes. Le 11 février 1990, le «détenu 46664» est libéré et apparaît aux côtés de sa deuxième épouse Winnie. Il poursuit immédiatement les pourparlers. Le succès de la transition, négociée avec le dernier président de l’apartheid Frederik de Klerk, vaudra aux deux hommes le prix Nobel de la paix en 1993. Triomphalement élu au premier scrutin multiracial, le 27 avril 1994, Mandela affiche sa volonté de bâtir une «Nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et le monde». Adulé par les Noirs, il gagne peu à peu l’affection de Blancs médusés par son absence d’amertume. En 1998, le jour de ses 80 ans, «Tata» (Grand-Père), séparé de Winnie, épouse Graça Machel, la veuve de l’ancien président mozambicain, de 27 ans sa cadette. Un an plus tard, il quitte la présidence et se retire de la vie publique. Loyal à l’ANC, il évite de prendre position en politique, sauf en matière de lutte contre le sida. Alors que la maladie est tabou, il organise en 2003 le premier d’une série de concerts mondiaux. Il annonce publiquement, deux ans plus tard, que son fils en est mort. 

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Mandela reçoit les Black Star avant leur retour au Ghana

Posté par mouradpreure le 9 juillet 2010

El Moudjahid 04-07-2010

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Le héros de la lutte anti-apartheid et ancien président sud-africain Nelson Mandela a reçu hier à Johannesburg des membres de l’équipe de football du Ghana, éliminés la veille du Mondial-2010 par l’Uruguay, a annoncé sa fondation.

Le héros de la lutte anti-apartheid et ancien président sud-africain Nelson Mandela a reçu hier à Johannesburg des membres de l’équipe de football du Ghana, éliminés la veille du Mondial-2010 par l’Uruguay, a annoncé sa fondation.  “Nelson Mandela a été présenté aux membres des Black Star, à leur manager, leur entraîneur et leur équipe technique cet après-midi à son domicile”, a  indiqué la fondation Nelson Mandela dans un communiqué. Les joueurs ghanéens « ont bien représenté le continent. Même s’ils ne se   sont pas qualifiés pour la demi-finale, ils peuvent rentrer chez eux la tête haute », a estimé l’institution.  L’équipe a également rendu visite samedi à l’ex-femme du prix Nobel de la paix, Winnie Madikizela-Mandela, dans sa maison de Soweto, l’immense township au sud-ouest de Johannesburg.     « Elle avait souhaité exprimer ses condoléances à la famille après la mort   de Zenani Mandela junior, 13 ans, le 11 juin », a ajouté la fondation.  L’arrière-petite-fille du premier président noir d’Afrique du Sud a été   tuée dans un accident de voiture quelques heures avant le coup d’envoi du Mondial. Ce deuil avait conduit Nelson Mandela à renoncer à assister à la   cérémonie d’ouverture.  Mandela, qui aura 92 ans le 18 juillet, a été l’un des principaux artisans de l’attribution de la Coupe du monde à l’Afrique du Sud. Vendredi, il avait exprimé son soutien aux Ghanéens, dernière équipe en lice du continent, évoquant dans un courrier son “plaisir” de les voir en quart de finale. 

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Dominique Moïsi, conseiller spécial de l’IFRI – A voix haute

Posté par mouradpreure le 5 juin 2010

Par Caroline Castets - Mardi, 18 mai, 201 www.lenouveleconomiste.fr

L’Occident dominé par la peur, le Moyen-Orient par l’humiliation et l’Asie par l’espoir. En ajoutant le facteur émotionnel à sa grille de lecture du monde, Dominique Moïsi propose un nouveau regard sur la mondialisation, l’humanité et le rapport à l’autre. Eclairant. Spécialiste des relations internationales et auteur de La Géopolitique de l’émotion, Dominique Moïsi propose une nouvelle cartographie du monde suivant trois émotions dominantes : l’espoir, l’humiliation et la peur – “l’émotion des nations qui n’ont pas assez faim”. Des états émotionnels qui, selon lui, caractérisent des nations et des cultures aussi sûrement que leurs frontières, leur système politique ou leur héritage culturel et qui, de ce fait, doivent impérativement être pris en compte dès lors que l’on parle mondialisation, commerce international ou, tout simplement, vivre-ensemble. Il en est convaincu: seule cette “clé de lecture” nous permettra de comprendre l’autre et, ainsi, de vivre non plus “à côté de lui” – ce que nous faisons tant bien que mal aujourd’hui – mais “avec lui”. Une nuance de taille à l’heure du débat sur l’identité nationale et du multi-culturalisme qui implique de dépasser notre propre histoire et ses relents coloniaux pour renouer avec l’esprit des Lumières ; celui qui nous permettait d’envisager d’autres modèles que le nôtre. Rencontre avec un “passionné de la modération” porteur d’un message de tolérance et de curiosité.

« La Géopolitique de l’émotion repose sur l’idée que l’on ne peut comprendre le monde sans prendre en compte sa dimension émotionnelle. C’est pourquoi j’ai essayé de bâtir une cartographie des émotions du monde qui n’a pas pour ambition de se substituer à la géographie politique et physique, bien sûr, mais qui vise à offrir une clé de compréhension supplémentaire. Mon idée est la suivante : le monde est complexe et l’une des raisons de cette complexité à l’heure de la mondialisation est l’importance du facteur émotionnel. Autre point essentiel : il en est des émotions comme du cholestérol. Il y en a des bonnes et des mauvaises. Certaines, très positives, mènent à la chute du Mur de Berlin en Allemagne, à la victoire de Mandela en Afrique du Sud ou à l’élection de Barack Obama aux Etats-Unis. D’autres conduisent au terrorisme. D’où l’intérêt de les comprendre. J’ai donc essayé d’identifier les émotions ayant un lien direct avec un concept qui me paraît clé pour la compréhension du monde international : celui de confiance. Cela m’a emmené à en privilégier trois : la peur, l’espoir et l’humiliation. L’espoir, c’est la confiance – “je peux y arriver” –, la peur c’est l’absence de confiance – “je n’y arriverai pas car demain sera pire qu’aujourd’hui” – et l’humiliation, c’est “je voudrais mais je ne peux pas parce que l’on m’a privé de ma confiance en moi et en l’avenir”. Je cite d’ailleurs dans mon livre le frère d’un des kamikazes du 11 septembre 2001 qui déclare : “Mon frère m’a toujours dit que s’il n’arrivait pas au sommet de Wall Street, il réduirait en cendres ce monument d’arrogance.” C’est cela l’humiliation : “Si je ne peux atteindre votre niveau, je vous ferai descendre au mien.”

La cartographie des émotions

Une fois l’accent mis sur ces trois émotions, je me suis efforcé de leur attribuer une dimension géographique, de définir une cartographie. Ainsi, je vois essentiellement l’espoir en Asie, derrière la Chine et l’Inde mais aussi au Brésil, alors que le Moyen-Orient est dominé par l’humiliation et le monde occidental par la peur. Celle-ci persiste en Amérique – en dépit de Barack Obama – et reste très palpable en Europe via la déprime mais aussi la peur du futur et de l’autre, et bien sûr, via cette relation maladive à l’Islam. C’est une émotion que l’on constate chez les nations frileuses, les nations qui n’ont pas assez faim et qui cherchent, avant tout, à préserver leurs avantages acquis. C’est pourquoi je considère qu’il existe une “couche archéologique” de peurs en Europe : la peur d’être envahis par les plus pauvres – l’Afrique –, la peur d’être tués par les plus fanatiques – les pays musulmans –, et la peur d’être laissés loin derrière par les plus dynamiques – les pays d’Asie. 

Le monde musulman

L’émotion dominante dans le monde musulman est la perte de dignité ; l’humiliation. Cela va bien au-delà du passé colonial et relève du sentiment que, depuis des siècles, ils ne contrôlent plus leur histoire. Il faut se souvenir que, jusqu’au XVIe siècle, l’Histoire va dans le sens de l’Islam. La Renaissance est musulmane au moment où le Moyen Age est européen ; toutes les sciences et les pensées des grands philosophes passent au monde occidental grâce à l’intermédiaire de l’Islam qui est alors très en avance sur nous. Le renversement survient à partir au milieu du XVIe siècle. Depuis, ils ont l’impression que l’Histoire ne cesse de se rétrécir devant eux. Et lorsqu’Israël est créé, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ; ce à quoi s’ajoute encore la mondialisation qui, ils le voient bien, ne leur bénéficie pas non plus. Le tout survient dans un contexte de paralysie politique. L’Egypte, qui est le coeur du monde arabo-musulman, est en pleine sclérose depuis des générations. Et comme ils ont du mal à accepter leurs responsabilités, ils nous les font porter.

Les inclassables

La Russie fait pour moi partie des inclassables ; tout comme Israël, l’Amérique latine ou l’Afrique qui ne sont pas dominés par une émotion spécifique mais en abritent plusieurs. Ainsi, il y a beaucoup d’espoir en Russie mais la peur y est également très présente – peur du terrorisme, des Tchétchènes… – de même que l’humiliation née de la chute du communisme et de l’URSS et qui perdure. Même chose avec le Japon. Ce pays qui est la deuxième puissance économique mondiale a beau se situer géographiquement en Asie, il n’est pas émotionnellement dans l’espoir mais dans la peur, tout comme les puissances occidentales. Cela s’explique par le fait qu’il a été le premier pays d’Asie à connaître le miracle économique et la croissance et qu’il est en crise depuis la fin des années 80. Cela fait donc 20 ans que les Japonais traversent une crise de confiance et une crise identitaire qui les apparente beaucoup plus au continent européen qu’au continent asiatique.

Le conflit israélo-palestinien

Le conflit israélo-palestinien constitue une clé de compréhension  du monde essentielle. Non seulement son impact va au-delà d’une opposition entre deux nations pour instaurer un clivage entre les pays habités par un sentiment de culpabilité vis-à-vis d’Israël d’un côté et ceux habités par un sentiment de culpabilité post-coloniale de l’autre, mais il se situe à l’intersection d’émotions contraires. Du côté palestinien, l’humiliation domine, c’est évident. Celle de ne pas avoir d’Histoire propre, de ne pas être reconnu… ce qui explique que la revendication de dignité soit à ce point omniprésente. Du côté israélien, il y a l’obsession du passé, l’idée que le monde entier doit quelque chose à Israël et la tentation de dire “aujourd’hui, la force doit être de notre côté car hier elle ne l’était pas, et cela s’est terminé par l’Holocauste”. C’est le sentiment d’un peuple qui a tellement souffert qu’il en est devenu sourd aux souffrances des autres. Pour dépasser cela et ramener les deux camps sur le terrain de la raison et du compromis, la prise en compte du facteur émotionnel me semble indispensable.

La peur en Occident

Parmi les raisons objectives expliquant cette peur qui caractérise l’Occident, il y a d’abord la démographie. Non seulement nous vieillissons mais nous nous rendons compte que nous devenons chaque jour plus marginaux sur la surface de la planète. Si l’on regarde les courbes démographiques, l’Europe, qui en 1913 était plus peuplée que la Chine, devrait représenter 6 % de la population mondiale dans 30 ans et seulement 12 % de l’humanité avec les Etats-Unis alors que l’Afrique, qui comptait 180 millions de personnes en 1950, en représentera 1,8 milliard en 2050. Je crois que la conscience de cette réalité objective a eu pour effet de nous faire passer du fardeau de l’homme blanc du XIXe siècle – celui de la responsabilité impériale – à une solitude d’Occidental du XXIe siècle. Autre raison objective : la culpabilité coloniale qui, dans la mesure où elle rend la relation à l’autre plus complexe, nourrit la peur. C’est notamment visible dans le fait que nous ne parvenions pas à établir une relation normale avec les pays du Maghreb et en particulier avec l’Algérie. Le rapport à l’Islam dans un pays comme la France étant nécessairement le produit de notre passé colonial, il ne peut que manquer de transparence et de spontanéité puisque l’Histoire commune des deux pays n’a pas été dépassée. Le malentendu Français-Allemands l’a été – et c’est le miracle européen – mais la réconciliation n’a été possible que parce qu’elle reposait sur une base d’égalité entre deux peuples. Ce qui n’est pas le cas ici puisque le complexe d’infériorité algérien perdure, de même que le complexe de supériorité français qui est désormais mêlé d’inquiétude. C’est pourquoi je suis convaincu que, tant que l’on n’a pas bien traité le passé, on ne peut s’engager vers le futur de manière équilibrée.

La culpabilité post-coloniale

Pour apprendre à vivre avec l’autre et non pas à côté de lui, il nous faut commencer par assumer notre culpabilité. Pendant plus de deux siècles – de la fin du XVIIIe au début du XXIe siècle – l’Occident a dominé le monde. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Nous devons donc renoncer à une posture mentale très ancrée née du fait que, pendant plus de deux siècles, nous avons vécu à côté d’un autre considéré comme fondamentalement inférieur, pour apprendre à vivre avec un autre en qualité d’égal. Cela s’impose en particulier dans notre relation avec l’Asie et notamment la Chine. Toute la difficulté étant : comment traite-t-on avec un régime politique qui affiche des valeurs différentes des nôtres ? On peut penser que la démocratie est supérieure mais on a bien vu à quel point l’idée de l’imposer en Irak et ensuite en Afghanistan était vouée à l’échec compte tenu de la situation politique, économique, culturelle. C’était imposer nos valeurs à des pays qui n’en voulaient pas. C’est pourquoi il est essentiel de se placer au niveau de l’autre ; pour moi c’est presque une démarche de bon sens : en tant qu’Américains et Européens, nous allons représenter 12 % de l’humanité, ce qui signifie que l’autre sera partout – et même en nous dans la mesure où nous vivrons dans un monde de plus en plus multiculturel. Mieux vaut donc chercher à le comprendre. C’est pourquoi ce livre se veut à la fois un appel à la modestie, à l’ouverture d’esprit, au bon sens et à l’ambition. Il faut avoir l’ambition de comprendre l’autre pour pouvoir interagir avec lui, et même pour traiter avec lui commercialement.

L’égalité

Nous devons parvenir à transcender la part d’arrogance et de peur qui nous conduit à ne pas accepter l’autre comme égal. Pour cela nous devons renouer avec l’esprit d’une époque où les civilisations se rencontraient et se confrontaient comme égales. Ce qui a été le cas des jésuites qui, arrivés en Chine au XVIe siècle avec Matéo Ricci, regardent les habitants de ce pays avec admiration si bien qu’ils veulent les convertir, certes, mais aussi les comprendre et apprendre d’eux. Même chose avec les Britanniques de la Compagnie des Indes orientales qui, au début du XVIIIe, découvrent l’Inde et sont fascinés par cette civilisation. Je crois que notre responsabilité aujourd’hui consiste à réapprendre les règles du jeu d’un monde où nous regardions l’autre comme égal. Il nous faut revenir en arrière, nous souvenir d’un temps où nous n’avions pas le monopole des modèles, où nous regardions l’autre avec une extraordinaire curiosité. C’est devenu indispensable. Nous avons un message à faire passer, d’universalisme, d’humanisme, mais nous ne pourrons le faire entendre que si nous considérons que nous avons également quelque chose à apprendre de l’autre. Sinon, nous serons d’autant plus inaudibles que nous prêcherons des valeurs que nous ne pratiquons pas nous-mêmes.

Le vivre-ensemble

Encore une fois la notion de vivre-ensemble doit signifier “vivre avec l’autre” et non plus seulement “à côté de lui”. En France cela implique notamment de réfléchir à notre rapport à l’Islam et au monde musulman, ce qui soulève la question d’un équilibre à trouver entre relativisme absolu et jacobinisme absolu. Si l’on pousse le relativisme culturel à l’extrême – “ils veulent la burqa, ils veulent plusieurs femmes, certains trouvent normal de les battre : ce sont leurs traditions et leurs  problèmes…”-  on court le risque de l’indifférence et du mépris. A l’inverse, le discours consistant à dire “les lois de la République sont absolument les mêmes pour tous et excluent tout signe religieux distinctif” est également excessif. C’est pour cela que, pour moi, la loi sur le voile pose problème, tout autant que la burqa dans le sens où celle-ci traduit un rapport à l’autre incompatible avec nos valeurs fondamentales. En Occident, l’essentiel de la relation humaine est basé sur cette capacité à voir dans le visage de son interlocuteur qu’on lui inspire une émotion positive ou négative. Empêcher cette perception en masquant le visage de l’autre rend le rapport totalement inégalitaire – “vous voyez mes émotions, je ne vois pas les autres…” – et interdit toute interaction. Reste que, sur les 6 millions de musulmans que compte la France, la part de femmes portant la burqa est infime ; ce qui n’empêche pas cet objet de cristalliser l’affrontement de deux émotions : d’un côté la peur de l’autre, de l’autre la revendication identitaire. Résultat, ce débat mène à marginaliser une majorité de musulmans qui n’ont rien à voir avec les fondamentalistes. C’est pourquoi la seule bonne réponse consiste à s’efforcer de comprendre l’autre, sans complaisance et sans a priori négatif, pour construire avec lui une relation égalitaire. C’est pourquoi je considère qu’il faut défendre avec passion les modérés des deux camps.

La crise

La crise est pour moi la preuve que nous sommes entrés dans un nouveau monde. Un monde où le flambeau de l’Histoire est en train de passer de l’Occident vers l’Asie. Les Asiatiques perçoivent d’ailleurs cette crise comme une confirmation de notre légèreté ce qui, chez eux, génère une critique sous-jacente : “Vous nous donnez des leçons de capitalisme mais regardez ce que vous avez fait…” De fait cette crise accélère la passation mais rappelle aussi des réalités objectives, à savoir : les déficits sont à l’Ouest et la croissance est à l’Est. Les Chinois accumulent les créances, nous accumulons les déficits et, à terme, cette évolution à double-sens ne peut que mener à une rupture. La Grèce en est l’illustration la plus flagrante.

Les menaces

Je considère que de toutes les menaces qui pèsent sur l’Occident, la principale vient moins de l’extérieur que de nous-mêmes. De notre absence d’énergie et d’ambition assortie d’arrogance. De notre volonté de maintenir coûte que coûte nos acquis en refusant un monde qui change. C’est pourquoi mon message se veut avant tout un message de tolérance et de curiosité. Le monde occidental minoritaire ne peut se permettre de se diviser et doit impérativement dépasser la tentation du chacun pour soi qui, dès que le contexte se tend, pousse à se replier sur soi, à se sauver soi. Quitte à remettre en question l’Europe, ce qui serait une erreur absolue. »

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UNE HISTOIRE QUI A MODELÉ NOTRE MONDE DÉSORIENTÉ

Posté par mouradpreure le 3 juin 2010

 Par Claude Julien  Ancien directeur du « Monde diplomatique », Président de la Ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanente

L ’histoire du monde devait n’être qu’une longue marche _ ce rtes cahotante et sujette aux reculs _ vers davantage de progrès et de raison. Mais, comme le relève l’historien britannique Eric Hobsbawm, notre siècle a surtout engendré les paradoxes et les paroxysmes, et d’abord les plus meurtriers. La guerre de masse fut rendue possible par la production de masse en même temps qu’elle en accoucha ; la hantise de l’apocalypse mobilisa les opinions publiques ; les révolutions civilisèrent l’ordre capitaliste qu’elles voulaient abattre, leur reflux vit triompher l’individualisme le plus fanatique. Et, trônant au milieu de la mêlée, tant de dirigeants se déconsidérèrent, incapables de comprendre et de réagir aux grands bouleversements de notre temps. 

Pour quelques poèmes « séditieux », Alexandre Pouchkine, alors âgé de vingt et un ans, avait été chassé de Saint-Pétersbourg par Alexandre Ier et exilé à Kichinev. Il ne pouvait pas prévoir que, huit décennies plus tard, le nom de cette même ville serait sur toutes les lèvres en Europe et en Amérique. Non pas grâce à lui, mais parce que « le pogrom de 1903 fit à Kichinev de quarante à cinquante morts, ce qui indigna le monde entier car, en ces temps qui précédaient l’avance de la barbarie, un tel nombre de victimes paraissait intolérable… Même les plus vastes pogroms qui accompagnèrent les soulèvements paysans pendant la révolution russe de 1905 ne causèrent, selon les normes actuelles, que des pertes modestes _ peut-être huit cents morts en tout. Ces chiffres peuvent être comparés aux 3 800 juifs tués par des Lituaniens à Vilnius en trois jours de 1941 alors que les Allemands envahissaient l’URSS et avant qu’ils n’entreprennent l’extermination systématique ». Désormais, on ne compterait plus en dizaines, en centaines ou en milliers de morts, mais en millions. 

En un temps historique très court, passant du stade artisanal à une taille industrielle, l’horreur et le crime ont ainsi changé d’échelle. Aux yeux de l’historien britannique Eric Hobsbawm, un « XIXe siècle long », qui s’étend de 1789 à 1914, avait enregistré un « progrès presque continu dans l’ordre à la fois matériel, intellectuel et moral ». Lui succède un « XXe siècle court », qui s’ouvre avec le déclenchement de la première guerre mondiale pour se clore en 1991 sur l’effondrement de l’Union soviétique (1). Dans tous les domaines, il est marqué par une régression des normes jusqu’alors acceptées, par une montée aux « extrêmes » dans tous les champs de la production comme de la destruction. 

Sotte nostalgie d’une ère révolue ? Les faits parlent. Un grand basculement s’effectue au coup de tonnerre de 1914 : la guerre franco-prussienne de 1870 avait fait quelque 150 000 morts ; la première guerre mondiale, elle, mobiliserait 65 millions de soldats, dont 8,5 millions seraient tués sous des « orages d’acier » (Ernst Jünger). Prodigieux saut quantitatif, la seconde guerre mondiale jetterait dans la tourmente 92 millions de combattants et ferait, selon les estimations, de 50 à 60 millions de morts. Améliorant ses rendements, la « machine à massacrer » déployait des prouesses inouïes, pendant qu’une « étrange démocratisation de la guerre » multipliait les victimes dans les populations civiles _ performance que confirmeraient les conflits à venir. 

Le désastre humain ne s’arrête pas avec la cessation des combats. Entre 1914 et 1922, quatre ou cinq millions de réfugiés - pour qui l’on crée le passeport Nansen - sont condamnés à errer sur les routes. En 1945, nouvelle montée aux « extrêmes », treize millions d’Allemands s’enfuient devant l’avancée des troupes soviétiques. Encore n’était-ce qu’un modeste début : quinze millions de « personnes déplacées » après la décolonisation de l’Inde, cinq millions en Corée, plus d’un million en Palestine… Et puis, aujourd’hui encore, ces masses de réfugiés qui, en Afrique comme dans l’ex-Yougoslavie, tentent d’échapper aux persécutions, aux dictatures, aux famines, aux « nettoyages ethniques ». 

« La progression de la brutalité et de l’inhumanité est difficile à expliquer », observe modestement Eric Hobsbawm. Ce siècle de « progrès » dévoile une atroce vérité : « Les êtres humains peuvent apprendre à vivre dans les conditions les plus brutales, théoriquement les plus intolérables. » En témoignent les dizaines de millions de victimes des camps nazis, du goulag, de tous les génocides, et la banalisation de la torture, qui avait pratiquement disparu d’Occident autour de 1900.

L’apothéose de la planification économique  

LA violence, accoucheuse de l’Histoire ? Elle porte en tout cas l’industrie à un niveau d’efficacité sans précédent. Dans les débuts balbutiants du « XIXe siècle long », Napoléon remporte la bataille d’Iéna (1806) après avoir tiré 1 500 salves d’artillerie. Guerre miniature… En 1918, la France produit 200 000 obus par jour. Records pulvérisés en 1939-1945. D’une plume sarcastique, l’historien note que, pour la seule année 1943, la bureaucratie nazie commande 6,2 millions de tampons encreurs pour estampiller le courrier militaire… 

Logique imparable : « La guerre de masse requiert une production de masse. »La guerre devient « la plus vaste entreprise » jamais mise sur pied, un complexe industriel dont l’ampleur et le savoir-faire font rêver les géants du secteur privé. C’est l’apothéose de la planification économique, sous l’égide de l’Etat tellement honni par les libéraux, pourtant si habiles à tirer profit du Trésor public… La production atteint des seuils jamais vus. 

De manière temporaire après 1918, mais permanente après 1945, les deux guerres mondiales ont à la fois renforcé le pouvoir des syndicats et accéléré l’entrée des femmes sur le marché du travail. Pour consolider l’unité nationale, pour accentuer le contraste avec l’ennemi nazi, qui comptait sur le travail forcé, « l’économie de guerre planifiée [en Grande-Bretagne] était délibérément orientée vers l’égalité et la justice sociale ». C’est en pleine guerre que Lord William Henry Beveridge présente son plan d’assurances sociales, complété en 1944 par son livre Du travail pour tous dans une société libre : l’Etat, écrit-il, a vocation à lutter contre la misère, le chômage et la maladie. 

Une politique sociale hardie et la naissance de l’Etat-providence, aujourd’hui menacé par les pouvoirs en place, ne s’imposent pas uniquement dans le souci d’appuyer l’effort de guerre sur une forte cohésion nationale. La montée aux « extrêmes » que constitue la guerre totale découle de la dramatique descente aux « extrêmes » que fut la grande crise des années 30, sans laquelle jamais Hitler ne serait parvenu au pouvoir. Pour tous les responsables occidentaux s’impose une évidence aujourd’hui oubliée par l’affairisme libéral : la santé économique conforte - et les désordres économiques menacent - la paix mondiale. C’est le thème que, à Londres, sous le feu des V2 allemands, rappelait The Times du 23 janvier 1943 : « Mise à part la guerre, le chômage a été la maladie la plus répandue, la plus insidieuse et la plus corrosive de notre génération. » La « crise » qui depuis vingt ans fait trembler sur ses bases l’économie capitaliste n’offre qu’un pâle reflet de l’effondrement économique qui avait ébranlé le monde soixante ans plus tôt. Elle n’en est pas moins grosse de risques guerriers. 

Perturbé par les guerres, le commerce mondial s’est brillamment remis des grandes conflagrations : « S’il avait doublé en volume entre 1890 et 1913, il quintuplait entre 1948 et 1971. » Mais, entre 1929 et 1933, Westinghouse perdait les deux tiers de ses ventes, le prix du thé s’effondrait dans la même proportion, celui de la soie reculait des trois quarts, le taux de chômage dépassait 20 % en Angleterre, en Belgique, en Suède, atteignait 27 % aux Etats-Unis et 29 % en Autriche, dépassait 30 % en Norvège et au Danemark, culminait à 44 % en Allemagne. La crise ne se confinait pas à l’Occident. De l’Asie à l’Amérique latine, tous ses fournisseurs étaient frappés de plein fouet. A l’euphorie des années 20 succédait un phénomène très « proche de l’effondrement de l’économie capitaliste mondiale ». Soupes populaires, marches de la faim, suicides de chefs d’entreprise ruinés : telles étaient les banales images du temps. Le choc fut d’autant plus rude qu’il partait des Etats-Unis, « pays débiteur en 1914, devenu en 1918 le premier créditeur du monde » - mais aujourd’hui le pays du monde le plus lourdement endetté. 

Eric Hobsbawm porte un regard apitoyé sur le « pessimisme » de « commentateurs intelligents » et d’« économistes brillants » qui, dans les années 30, traumatisés par les banqueroutes, les usines fermées et les hordes de chômeurs, prophétisaient une durable « stagnation » du capitalisme. Avec le recul du temps, Schumpeter s’étonnera que des experts aient alors pu « proférer des théories prétendant montrer que la dépression se prolongerait indéfiniment ». Leurs héritiers pèchent aujourd’hui par un optimisme tout aussi peu fondé. Plus tard, écrit Hobsbawm, des historiens seront « frappés par la répugnance à envisager, dans les années 70 et 80, la possibilité d’une dépression générale de l’économie capitaliste mondiale », perspective qui plaide en faveur d’un changement de cap. 

Eric Hobsbawm trouve « presque impossible de comprendre comment l’orthodoxie du pur marché libre, alors si évidemment discréditée, peut à nouveau dominer la période globale des années 1980 et 1990 ». Une seule explication plausible lui vient à l’esprit : « une mémoire courte des théoriciens et des praticiens de l’économie ». Interprétation indulgente qui fait bon marché du dogmatisme et de l’opportunisme des plus notoires théoriciens, de l’individualisme forcené et du cynisme des « décideurs », de leur indifférence à l’intérêt général, de leur absurde conviction qu’ils sauront, eux, tirer leur épingle du jeu. 

Le couple capitalisme-démocratie, qui a fait merveille, serait-il indissociable ? Mais de quel capitalisme, de quelle démocratie s’agit-il ? Lorsque le premier souffre de langueur, la seconde est en péril. En 1920, rappelle Eric Hobsbawm, le monde comptait environ trente-cinq « gouvernements constitutionnellement élus ». Il en restait dix-sept en 1938, douze en 1944. La « menace contre les institutions libérales vint exclusivement de la droite politique », alors que, « entre 1945 et 1989, il sera admis, comme une chose allant de soi, qu’elle viendrait essentiellement du communisme »

Un demi-siècle plus tard, et trois cents pages plus loin, l’auteur évoque l’effroyable dictature de Pinochet qui, en dix-sept ans de tortures et d’assassinats, parvint à « imposer au Chili une politique économique ultra-libérale – démontrant ainsi, entre autres choses, que le libéralisme politique et la démocratie ne sont pas les partenaires naturels du libéralisme économique ». Le marché est d’autant plus libre que les citoyens le sont moins. La « main invisible » du marché ne dédaigne pas la poigne de fer d’un régime autoritaire. C’est au nom du marché, et sous prétexte de croisade anticommuniste, que les démocraties, après avoir fait tous les sacrifices pour abattre la dictature nazie, ont, sans sourciller, pactisé avec les plus abominables autocraties.

Imprévisions et improvisations en cascade  

JALONNÉE de séduisantes avancées et de monstrueuses plongées dans la barbarie, l’histoire serait-elle inutile aux hommes de gouvernement ? Fascinés par leur propre pouvoir à l’instant précis où ils en font usage, ils oublient les leçons du passé et prévoient rarement les conséquences de leurs choix. L’action immédiate les grise, leur voile ses effets plus lointains, de telle sorte que l’événement les prend de court. Sans cesse aux aguets, Washington sait, de science certaine, que l’« empire du mal » ne manquera pas une occasion d’abattre un bastion du « monde libre ». Mais, lorsque l’un de ces bastions essentiels s’effondre - « le renversement du chah d’Iran en 1979 [fut] l’un des plus sévères coups portés aux Etats-Unis » -, c’est sous le choc d’une révolution islamiste, et bien entendu le Kremlin n’y est pour rien. 

Mais Moscou ne sut pas mieux prévoir les fatales conséquences du « ralentissement de l’économie soviétique », des scléroses de son appareil d’Etat, de tous les maux qui rongeaient le régime, et probablement ne savait-il pas que les dirigeants de ses satellites « n’avaient plus foi en leur propre système ». Son incapacité à comprendre et à réagir n’a sans doute d’égale que « la totale absence de préparation des gouvernements occidentaux au soudain effondrement » de l’Union soviétique. 

La direction des affaires du monde laisse une large part à l’improvisation. « Quelle que soit leur qualification en tant que prophètes, le bilan des prévisionnistes au cours des trente ou quarante dernières années a été, de manière spectaculaire, tellement mauvais que seuls les gouvernements et les instituts de recherche économique ont encore, ou prétendent avoir, quelque confiance en eux. » Jamais aucune formule magique ne permettra à coup sûr d’éviter le pire. Mais surtout, peu nourris d’histoire, accaparés par l’immédiat, les gouvernements consacrent trop peu de temps à la réflexion et à la prévision. Obsédés par le court terme, ils ne prêtent qu’une distraite attention à la lente maturation des crises et, les percevant lorsqu’elles sont prêtes à exploser, découvrent avec stupeur qu’ils se sont refusé à eux-mêmes toute possibilité d’au moins tenter une politique de prévention. Pris de court, ils improvisent dans la hâte une « gestion de crise » dont les résultats seront souvent aux antipodes du but recherché. 

Les fantasmes l’emportant sur la raison, Hitler se proposait d’embrigader l’Europe dans sa croisade contre le communisme, mais « le résultat net de douze ans de nazisme fut de mettre une moitié de l’Europe sous la coupe des bolcheviks »

Avec tous les engouements et toutes les frayeurs qu’elle a suscités, la révolution bolchevique offre un semblable exemple d’ironique retournement : « Le résultat le plus durable de la révolution d’Octobre, dont l’objet était le renversement du capitalisme, aura été de sauver son rival, à la fois dans la guerre et dans la paix. » D’abord dans la guerre, car « la victoire sur l’Allemagne de Hitler fut essentiellement remportée, et ne pouvait être remportée, que par l’armée rouge ». Puis dans la paix, car l’URSS a fourni au capitalisme « un stimulant, la peur, pour se réformer » par le renforcement des interventions régulatrices de l’Etat, et par le formidable développement de l’Etat-providence, chargé d’immuniser les populations contre les « séductions » communistes. 

Disparu le « péril rouge », le capitalisme rejettera-t-il les règles et contraintes que, tout en rechignant, il avait finalement acceptées ? Il oublierait ainsi que, renforçant le pouvoir d’achat, elles ont nourri la croissance et la prospérité. Après avoir refusé à la « subversion communiste » un terrain trop favorable, les politiques sociales s’imposent avec moins de force à l’Etat et aux entreprises qui savent désormais qu’aucun « empire du mal » ne peut les exploiter à son profit. Un vaste champ libre s’ouvre ainsi au capitalisme sauvage. 

Quel usage sait-il en faire ? Il aborde cette ère nouvelle avec une philosophie de commis aux écritures, comptabilisant les parts de marché qui peuvent être conquises, les économies de salaires qu’entraîne l’informatisation de la production, les gains incertains d’une OPA sauvage, les meilleurs moyens d’échapper au fisc grâce à ces havres que sont les « paradis fiscaux ». Dans ses meilleurs jours, il évalue aussi le coût des investissements sécuritaires (forces de police, prisons) indispensables pour maintenir un semblant d’ordre dans des sociétés dont la trame se déchire sous les coups de la misère et du chômage. Le monde bipolaire disparu n’a certes jamais été aussi simple que le disaient les théoriciens mais, pour réducteurs et caricaturaux qu’ils aient été, leurs schémas leur donnaient au moins l’illusion de la cohérence, moelleux oreiller des conforts les plus trompeurs. 

Les voici en plein désarroi, tant « l’effondrement du socialisme soviétique » entraîne de « conséquences plutôt négatives ». Il laisse « une vaste zone d’incertitude politique, d’instabilité, de chaos et de guerre civile », et surtout il a « détruit un système international » dont la disparition « frappe de précarité des systèmes politiques nationaux qui s’appuyaient » sur la stabilité du monde bipolaire. N’étant plus contenues par la crainte d’un adversaire commun, les rivalités entre Etats démocratico-capitalistes s’exacerbent. Ce siècle, « le siècle le plus meurtrier », s’achève dans l’hésitation, sans perspective, sans projet de société, sans autre boussole qu’un éventuel gain de quelques points de croissance, dont certains feignent d’attendre d’improbables miracles. 

Est-ce à dire que seraient ainsi refoulés dans une déjà lointaine préhistoire les combats d’hier, ces moments de fièvre et d’espoir dont Eric Hobsbawm brosse une fresque à la fois précise et palpitante ? L’Occident impérial n’ayant jamais constitué, à ses yeux, le centre de l’humanité, l’historien fait revivre, pour l’entre-deux-guerres, les grandes étapes d’une lutte jamais terminée et dont seules changent les formes : l’étonnante aventure de la « colonne » dirigée au Brésil par Luis Carlos Prestes, la guerre civile en Espagne, les premiers pas du communisme chinois, la guérilla de Sandino au Nicaragua, l’effervescence qui gagne les empires coloniaux, Gandhi en Inde et les grèves en Afrique, tout un monde en ébullition… Partout, des élites appartenant en général à la classe moyenne, souvent formées en Occident, parfois influencées par le communisme soviétique, aspirent à libérer leur pays, à le moderniser ; elles s’acharnent à mobiliser des populations majoritairement rurales, souvent analphabètes, profondément attachées aux formes sociales les plus traditionalistes. 

« La première guerre mondiale constitue le premier événement qui secoue sérieusement la structure du colonialisme mondial. » Ce choc sera amplifié par la grande crise des années 30, qui aggrave la misère dans les plantations et les mines du tiers-monde, dans les grands ports _ Bombay, Buenos-Aires, Casablanca… _ où les cargos n’ont guère plus de marchandises à embarquer. Enfin la seconde guerre mondiale rendra inévitable la décolonisation généralisée. 

Lorsque le regard se porte sur ce passé tout proche, le fil conducteur apparaît, simple et lumineux. Pouvait-il être perçu dès l’instant où il commença à se dérouler ? Ce serait faire grand crédit à la lucidité humaine. Si Londres comprend vite qu’il lui faut renoncer à son empire des Indes, dans bien d’autres cas l’inaptitude à déchiffrer des signes pourtant évidents engendre des bains de sang et une absurde dilapidation des ressources nationales. Le plus dramatique soubresaut de cette vaine lutte se produit au Vietnam. 

« Si vous voulez y aller, allez-y et battez-vous dans les jungles du Vietnam. Les Français se sont battus là-bas pendant sept ans, et pourtant à la fin ils ont dû partir. Peut-être les Américains pourront-ils se cramponner un peu plus longtemps, mais au bout du compte ils devront, eux aussi, partir. » Ainsi Nikita Khrouchtchev parlait-il, en 1961, au secrétaire d’Etat américain Dean Rusk. Pour reprendre un thème naguère développé par le sénateur Fulbright dans son livre L’Arrogance des puissants, tout sentiment de supériorité obscurcit la vue. Un nouveau drame ravagera donc le Vietnam, « où les Etats-Unis mènent une guerre de dix ans, jusqu’au moment où ils sont obligés de se retirer en 1975, après avoir lancé sur ce malheureux pays davantage d’explosifs que les belligérants n’en avaient utilisé pendant toute la seconde guerre mondiale ». Tragique illustration des « extrêmes » auxquels ce siècle a pu parvenir. 

Première condition de la lucidité, le courage intellectuel ne fit pas défaut. Quelques voix s’élevèrent, mais avertissements et mises en garde restèrent inutiles. « Moins de trois quarts de siècle plus tôt, l’ère impériale paraissait indestructible. Trente ans auparavant, elle couvrait encore la plupart des peuples du globe . » Elle venait, pourtant, de prendre fin.

Erreurs, auto-intoxication et propagandes  

RESTAIT, déconcertante, la troisième guerre mondiale, celle qui, en dépit de grands conflits localisés, comme en Corée, ne serait pas livrée sur les champs de bataille : la guerre froide. « Même ceux qui étaient persuadés qu’aucun des deux camps n’aurait l’intention d’attaquer l’autre trouvaient difficile de ne pas céder au pessimisme. » La « loi de Murphy » (« Si le pire est possible, il ne manquera pas de se produire, ») fut tenue en échec, et la disparition de l’URSS a jeté à la corbeille le scénario du cauchemar. 

Eric Hobsbawm ne manque pas de rappeler les « théories » et « doctrines » hallucinantes que de brillants esprits élaborèrent dans le futile espoir de rationaliser l’ultime folie, celle qui aurait conduit à l’holocauste nucléaire, à la « destruction mutuellement assurée ». Ce fut le règne de la déraison, de l’erreur d’analyse, du mensonge et de l’intoxication. Citant Martin Walker (2), l’auteur rappelle que, pendant la guerre de Corée, « Washington savait parfaitement que 150 avions chinois étaient en réalité des avions soviétiques pilotés par des équipages soviétiques », mais « l’information fut tenue secrète parce qu’on estimait, à juste titre, que la guerre [avec les Etats-Unis] était bien la dernière chose que voulait Moscou ». 

Cependant afin de mobiliser l’opinion publique, il convenait d’entretenir la certitude que le monde vivait dans la menace permanente d’une apocalypse. La volonté partagée d’éviter le pire n’excluait pas le risque de mal interpréter les intentions de l’autre camp. Cohabitation difficile entre la froideur requise par l’analyse et l’émotivité inhérente à toute propagande, chacune d’elles laissant à l’erreur une très large place, comme le montra la crise des fusées à Cuba. Dans la politique « au bord du gouffre », quelle fut la part de la rationalité, quelle fut la part du hasard ? 

Lorsque, sans provoquer de riposte occidentale, les blindés soviétiques « rétablirent l’ordre communiste » à Berlin-Est (1953) et à Budapest (1956), Moscou acquit la certitude que l’Ouest respectait les zones d’influence. Malgré tout, à supposer que chacun de leurs termes ait été soigneusement pesé, les plus flamboyantes proclamations relevaient-elles de la simple gesticulation radiophonique, réservée à la consommation intérieure, ou bien, destinées à l’autre camp, traçaient-elles sur le planisphère des lignes à ne pas franchir sous peine de déclencher le feu nucléaire ? 

A la confrontation la plus ostensible, celle qui à grand bruit occupait le devant de la scène, s’ajoutait la compétition souterraine, celle qui requiert ombre et secret. Si dramatiques qu’elles aient pu être pour certains agents, les opérations clandestines du KGB et de la CIA « étaient futiles en termes de réelle politique de puissance ». Certaines, bien que réelles, seraient niées, tandis que d’autres, moins brillantes qu’on ne voulait bien le dire, seraient savamment montées en épingle, magnifiées sans scrupules lorsqu’il s’agissait de complaire à l’opinion publique, ou d’obtenir des crédits supplémentaires. 

Parce qu’une démocratie ne peut fonctionner qu’avec l’assentiment du public, observe Eric Hobsbawm, c’est à l’Ouest que la propagande battit des records. Vingt ans avant que Ronald Reagan n’ait montré du doigt l’« empire du mal », John Kennedy fulminait contre l’« implacable, insatiable, incessante course [du communisme] vers la domination mondiale ». Gigantesque lutte, ajoutait-il, entre « deux idéologies conflictuelles : la liberté sous le regard de Dieu, et une impitoyable tyrannie sans Dieu ». Les enflures de l’éloquence coûtaient moins cher que la mise au point et la production de systèmes d’armes toujours plus sophistiqués. 

L’« hystérie anticommuniste » perturba de nombreux esprits, conduisit à la folie et au suicide James Forrestal, secrétaire américain à la marine, qui voyait les « rouges » derrière sa fenêtre ; elle brisa des carrières pendant la « chasse aux sorcières », empoisonna le climat électoral, mais permit de faire voter d’énormes budgets alimentant les entreprises intégrées à ce « complexe militaro-industriel » dans lequel Dwight Eisenhower voyait un péril pour la démocratie. 

Erreurs d’analyse et inaptitude à prévoir ne furent point confinées au champ stratégique. Un futur Prix Nobel d’économie, Paul Samuelson, qui plus tard exercerait une influence difficilement explicable par ses travaux, prophétisait en 1943 que la fin des hostilités entraînerait « la plus grande période de chômage et de dislocation industrielle que le monde ait jamais connue ». Inutilement pessimiste, il se trompait, comme se trompent aujourd’hui tant d’experts déraisonnablement optimistes. Dès que cessa le fracas des armes, une prospérité sans précédent permit aux Etats-Unis, par le plan Marshall, d’aider l’Europe à se relever de ses ruines. Les vrais problèmes apparaîtraient bien plus tard, fruits de trois décennies de griserie, de consommation fiévreuse, de folles spéculations, d’endettement délirant, de démagogie fiscale, de flambées boursières… En 1971, le déficit de la balance commerciale et l’hémorragie des réserves d’or de Fort Knox obligeaient Nixon à supprimer la convertibilité du dollar. Le choc pétrolier de 1973-1974 accentuerait encore la glissade. 

Massives suppressions d’emplois, appauvrissement des plus humbles et exclusions ternissent la fin de ce « siècle des extrêmes » marqué par de fantastiques progrès : la production industrielle mondiale a quadruplé en vingt ans, le rendement céréalier à l’hectare a presque doublé en trente ans, la consommation d’énergie triple aux Etats-Unis entre 1950 et 1973, le nombre de voitures particulières en Italie passe de 750 000 en 1938 à 15 millions en 1975… Tourisme de masse, afflux d’élèves dans l’enseignement, prouesses en médecine et en chirurgie, allongement de l’espérance de vie, irruption de la puce électronique et du laser dans la vie quotidienne, révolution dans les moyens de communication, dans les moeurs, dans la culture, dans la structure familiale… 

Mais aussi explosion démographique, prise de conscience des risques écologiques, « fossé qui se creuse entre le monde des riches et le monde des pauvres », urbanisme anarchique qui sécrète ghettos et ségrégation, amples mouvements migratoires et poussées racistes, mutations technologiques qui éliminent des salariés mais ne peuvent rendre superflus les clients, absence de régulation financière internationale, émergence de nouveaux géants économiques, concentrations de capitaux et de pouvoirs, etc. Et, sous des formes variées, déchirures du tissu social : « C’est le triomphe de l’individu sur la société, ou plutôt la destruction des liens qui, dans le passé, avaient tissé les textures sociales. » En fait, deux perdants : l’individu, certes, mais aussi la société. Il faut être Mme Margaret Thatcher pour se réjouir : « Il n’y a plus de société, jubile-t-elle, seulement des individus. » 

S’il se refuse à jouer les prophètes, l’historien contemple avec inquiétude le « désordre global » de la planète et des sociétés qui la composent. Un rapide regard sur le « XIXe siècle long », qu’il connaît si bien, l’incite à contester l’opinion, couramment admise, selon laquelle, dans le passé, le protectionnisme aurait provoqué des crises économiques que seule la libération des échanges aurait permis de surmonter. Critique de la « théologie néolibérale [qui] a peu de rapports avec la réalité », attentif aux « défauts inhérents au capitalisme », il constate que « les institutions collectives créées par l’homme ne contrôlent plus les conséquences collectives des actions de l’homme »

Il conteste aussi certaines tendances ou tentations qui s’affirment chaque jour avec davantage d’assurance. « Il est absurde, écrit-il par exemple, de prétendre que les citoyens de la Communauté européenne, dont le revenu par tête a augmenté de 80 % entre 1970 et 1990, ne pourraient plus en 1990 s’offrir le niveau de revenu et de protection sociale qui était admis en 1970. » Sa longue réflexion le conduit à affirmer : « Le problème majeur du monde industrialisé est moins de multiplier la richesse que de savoir comment la distribuer »en vue de mieux l’utiliser au service d’un essor renouvelé. 

Dans ses toutes premières lignes, Eric Hobsbawm écrit : « En cette fin de siècle, la plupart des jeunes femmes et des jeunes hommes grandissent dans une espècede présent permanent, dépourvu de tout lien organique avec le passé public qui a pourtant façonné les temps actuels. » Rien de tel que ce livre superbe, si riche de faits lumineusement rapprochés, bouillonnant d’idées, pour éclairer le lecteur sur l’histoire, toute proche et pourtant mal connue, qui a modelé ce monde désorienté et l’incite à sortir de ce « présent permanent » sans perspectives, à inventer, avec d’autres, son propre avenir. 

Claude Julien 

 

  •  (1) Eric Hobsbawm a consacré trois volumes à l’histoire d’un « XIXe siècle long » : The Age of Revolution, 1789-1848, puis The Age of Capital, 1848-1875, enfin The Age of Empire, 1875-1914 (ces trois livres ont été traduits en français aux éditions Fayard). Il publie maintenant The Age of Extremes, The Short Twentieth Century, 1914-1991, Michael Joseph Ltd, Penguin Group, Londres, 1994, 628 pages plus 32 pages de photographies hors texte. Le présent article n’a pas la prétention de rendre compte d’une oeuvre aussi monumentale ; il est exclusivement consacré à ce dernier volume qui, outre les thèmes évoqués ici, comporte aussi de superbes chapitres sur les mouvements littéraires et artistiques comme sur les débats qui ont traversé le monde scientifique. 

  • (2) Martin Walker, The Cold War and the Making of the Modern World, Londres, 1993. 

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MASSINISSA – Le plus célèbre roi amazigh de l’Antiquité, unificateur de la Numidie

Posté par mouradpreure le 3 juin 2010

Massinissa, dont le nom était transcrit MSNSN sur les stèles libyques -à lire probablement mas n sen « leur seigneur »- était le fils du roi Gaïa. On connaît très peu de choses de Gaïa mais on sait que sous la direction de ce souverain, le royaume massyle avait commencé à atteindre un haut degré de civilisation, mais Syphax, le roi des Massaessyles rivaux, n’avait pas cessé de le harceler, s’emparant, à chaque fois qu’il le pouvait, de ses villes et territoires. Rome soutenant Syphax, Gaïa s’était allié aux Carthaginois. Il leur fournit, en échange de leur protection, des troupes que le jeune Massinissa commanda en Espagne, à partir de 212 ou 211 avant J.C. jusqu’à l’automne 206, avec de fréquent: voyages en Afrique. La guerre ne tarda pas à tourner en faveur des Romains. Les Carthaginois, battus à Ilipa, perdirent leurs possessions en Méditerranée. Le général Scipion qui commandait l’armée romaine en Espagne, songeait à porter la guerre en Afrique, mais il voulait, auparavant s’assurer le soutien des royaumes numides. Il avait déjà gagné l’amitié de Massinissa, avec lequel il avait passé accord secret, puis il se rendit en Afrique pour tenter de convaincre Syphax de joindre à l’alliance. Mais le roi massaessyle, ayant eu vent de l’accord avec Massinissa, s’était déjà rapproché de Carthage. 

Gaïa mourut cette année là et la royauté passa, la règle de succession des royaumes amazighs, au mâle le plus âgé de la famille, son frère Oezalcès. Celui-ci ne tarda pas à mourir à son tour. Un de ses fils, Capusa, lui succéda un homme sans envergure qui vit aussitôt se dresser contre lui un certain Mazetul qui devait appartenir à une à une branche rivale de la famille. Capusa fut tué au cours d’un combat mais Il ne prit pas le titre de roi. Il le conféra au frère de Capusa, Lacumazes, qui était un enfant. Or le trône devait revenir cette fois-ci à Massinissa, devenu l’aîné des enfants de la famille. Le jeune homme, se sentant lésé, quitta l’Espagne, avec une troupe de cavaliers, décié à faire valoir ses droits. Lucamazès appela Syphax à son secours. Le puissant roi massaessyle chassa Massinissa mais, en retour, il annexa le royaume massyle. Massinissa, réfugié dans les montagnes, avec une poignée de fidèles, connut une vie de proscrit. Il ne continua pas moins à harceler ses ennemis et les hommes de Syphax ne réussirent pas à venir à bout de lui. Son heure arriva quand Scipion, décidé à en finir, avec Carthage, débarqua en Afrique. Le rusé Romain essaya une nouvelle foi, d’attirer Syphax jetant de nouveau l’alliance proposée, il se tourna de nouveau vers Massinissa, Les premiers combats tournèrent en faveur des deux alliés Ces derniers, encouragés par leurs succès, s’attaquèrent à Uttique, place forte carthaginoise, mais l’intervention de Syphax, les obligea à se retirer. ils prirent leurs quartiers d’hiver et Scipion, en cachette de Massinissa, entra de nouveau en contact avec Syphax. Faute de le détacher des Carthaginois, il lui demanda de proposer une solution pour mettre fin au conflit entre Rome et Carthage. Syphax proposa que les Carthaginois évacuent l’Italie, où ils sont en campagne, en échange les Romains quitteraient l’Afrique. Si le général Asdrubal, qui commandait les Carthaginois accepta l’offre, Scipion, qui voulait en fait la reddition pure et simple de la Cité punique, la rejeta. 

Massinissa et Scipion reprirent leurs attaques, obligeant cette fois-ci les troupes puniques à se replier sur Carthage. Syphax, lui, ne voulant pas perdre plus d’hommes, se retira dans son royaume. Les Carthaginois, comprenant que les Romains ne leur laisseraient pas de répit, décidèrent, après avoir adopté une attitude défensive, de passer à l’offensive. Ils levèrent une forte armée qui, rejointe par Syphax, donna l’assaut. Ce fut la bataille des Grandes Plaines (avril 203 avant J.C) qui s’acheva par la victoire des forces coalisées de Massinissa et de Scipion. Il y eut un répit au cours duquel chaque camp reconstitua ses troupes, puis la guerre reprit. Un combat s’engagea entre Massinissa et Syphax, et ce dernier, entouré par de nombreux soldats, était sur le point de l’emporter, quand l’armée romaine intervint. Jeté à terre, Syphax fut arrêté. On l’enchaîna et on le conduisit sous les murs de Cirta qui, voyant son roi en piteux état, décida de se rendre. Massinissa, après plusieurs années d’errance, put ainsi reprendre le royaume de ses pères. Carthage, vaincue, fut obligée de signer une paix qui la priva d’une grande partie de ses territoires et de sa flotte. Le retour de Hannibal, qui avait mis fin à la campagne d’Italie, souleva les espoirs de la Cité.Un incident rompit bientôt la paix et la guerre reprit. 

Hannibal s’allia à Vermina, le fils et successeur de Syphax et, ensemble, ils envahirent le royaume des Massyles. Massinissa et Scipion les rejoignirent à Zama (soit l’actuelle Souk Ahras, en Algérie, soit Jama, en Tunisie) et une grande bataille s’engagea (202 avant J.C). Le choc fut rude et il y eut des pertes des deux côtés, puis la bataille tourna à l’avantage de Massinissa et de Scipion. L’historien latin Tite-Live fait un récit très imagé de cette bataille : « Un combat singulier s’engage entre Massinissa et Hannibal. Hannibal pare un javelot avec son bouclier et abat le cheval de son adversaire. Massinissa se relève et, à pied, s’élance vers Hannibal, à travers une grêle de traits, qu’il reçoit sur son bouclier en peau d’éléphant. Il arrache un des javelots et vise Hannibal qu’il manque encore. Pendant qu’il en arrache un autre, il est blessé au bras et se retire un peu à l’écart… Sa blessure bandée, il revient dans la mêlée, sur un autre cheval. La lutte reprend avec un nouvel acharnement, car les soldats sont excités par la présence de leurs chefs. Hannibal voit ses soldats fléchir peu à peu, certains s’éloignent du champ de bataille pour panser leurs blessures, d’autres se retirent définitivement. Il se porte partout, encourage ses hommes, abat par-ci, par-là ses adversaires, mais ses efforts demeurent vains. Désespéré, il ne pense qu’à sauver les restes de son armée. Il s’élance en avant, entouré de quelques cavaliers, se fraie, chemin et quitte le camp de bataille. Massinissa qui l’aperçoit se lance avec son groupe derrière lui. Il le presse, malgré la douleur que lui cause sa blessure, car il brûle de le ramener prisonnier. Hannibal s’échappe à la faveur de la nuit dont les ténèbres commencent à couvrir la nature. » Carthage fut de nouveau contrainte à négocier. Mais le précédent traité fut révisé et la cité punique dut restituer à Massinissa tous les territoires qui avaient été arrachés à ses ancêtres. Hannibal se révolta et essaya de s’opposer au traité mais menacé d’être livré aux Romains, s’enfuit en Syrie où il se suicida en 143 avant J.C. Après la bataille de Zama, Massinissa vécut encore de nombreuses années. Il garda sa vie durant l’amitié de Rome mais il ne fut pas son vassal et, contre ses appétits impérialistes, déclara, dans une formule célèbre, que l’Afrique appartenait aux Africains. Il récupéra non seulement les territoires que lui accordait le traité passé avec Carthage mais aussi de nombreuses villes régions sous l’autorité des Carthaginois ou Vermina, le fils de Syphax. De 174 à 172, il occupa soixante dix villes et forts ! L’oeuvre sociale et politique de Massinissa fut aussi grande que son oeuvre militaire. Il sédentarisa les amazighs, il les unifia, il édifia un Etat Numide puissant et le dota d’inscriptions, inspirées de celles de Rome et de Carthage. Il fit une monnaie nationale, entretint une régulière et une flotte qu’il mit parfois au de ses alliés romains. 

Massinissa qui était un rude guerrier, encouragera la littérature et les arts, envoya ses enfants étudier en Grèce et reçut à sa cour de nombreux écrivains et artistes étrangers. C’était un homme courageux, qui garda jusqu’à un âge avancé, une grande vigeur. Il pouvait rester une journée entière à cheval et, comme le dernier de ses soldats, supporter toutes les privations. Il avait quatre vingt huit ans quand il commanda une bataille contre les Carthaginois. Le lendemain, Scipion Emilien le trouva debout, devant sa tente, mangeant un morceau de galette, qui formait son repas. Mais il savait aussi se comporter en souverain raffiné, portant de riches vêtements et une couronne sur la tête, donnant, dans son palais de Cirta, des banquets où les tables étaient chargées de vaisselle d’or et d’argent et où se produisaient les musiciens venus de Grèce. Massinissa avait combattu les Carthaginois mais il ne dédaigna guère la civilisation carthaginoise, dont il sut tirer avantage. La langue punique fut sage courant dans sa capitale où on parlait également, en plus du amazigh, les langues grecque et latine. Il eut plusieurs épouses et un nombre considérable dont quarante trois mâles. La plupart disparurent avant lui mais il en resta, à sa mort, une dizaine. Il aimait les enfants et il gardait autour de lui ses petits-enfants. Un marchand grec, étant venu acheter des singes en Numidie, pour distraire les riches, il dit « Les femmes de votre pays, ne vous donnent-elles pas des enfants ? » 

Massinissa fut célèbre dans tous les pays de la Méditerranée et l’île de Delos, en Grèce, lui éleva trois statues. Vers la fin de sa vie, il voulut s’emparer de Carthage pour en faire sa capitale. Les Romains qui redoutaient qu’il n’acquière une puissance encore plus grande que celle des Carthaginois et qu’il ne se retourne contre eux, s’opposèrent à ce projet. Caton, attirant l’attention sur le danger que représentait Massinissa, lança sa célèbre formule: « Il faut détruire Carthage!  » Ce fut de nouveau la guerre en Afrique et, après d’âpres combats, Carthage fut livrée aux flammes, puis au pillage. Les survivants furent réduits en esclavage et la ville fut entièrement rasée (149 avant J.C). Massinissa, mort quelques temps plus tôt, n’avait pas assisté à la chute de la ville convoitée. Ses sujets, qui l’aimaient, lui dressèrent un mausolée, non loin de Cirta, sa capitale, et un temple à Thougga, l’actuelle Dougga, en Tunisie. 

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Une page héroïque du commando Ali Khodja (Wilaya IV)

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

EW 20/08/2009 

 « Fi Djbel Bouzegza Ki djat Franssa testehza Hasbetna khobza Tahna aâliha berraffal ! » (Chanson populaire durant la guerre de Libération nationale) 

Le Bouzegza est ce massif bleu violacé, couleur qui lui a donné son nom (azegza veut dire bleu en tamazight) qui offre, à l’est de la Mitidja, son ubac à la mer. 

C’est ce dos de lion couché qui porte sur ses contreforts les gros bourgs voisins méridionaux et orientaux de la capitale. C’est ce lieu d’où ont déferlé les fantassins en armes, tout comme l’ont fait ceux de l’Ouarsenis et du Djurdjura pour courir au secours d’Alger, désertée par les Janissaires en déroute le 14 juin 1830, quand les armées coloniales se sont répandues sur la grève de Sidi Fredj. C’est ce djebel mythique où le prestigieux commando Ali Khodja, unité d’élite des combattants de la glorieuse ALN de la Wilaya IV, a écrit, les 4, 8 et 12 août 1957, des pages de légende parmi les plus illustres de la guerre de Libération nationale. Djebel qualifié de « pourri » par le général Jacques Massu dans ses mémoires en raison de la dérouillée qu’il y a écopé puisqu’il y a laissé plus de six cents morts dans les rangs de son armée ! Après le démantèlement de la première zone autonome d’Alger successif à l’arrestation de son chef Yacef Saâdi (23 septembre 1957) et la mort d’Ali La Pointe et de ses compagnons dans un refuge à La Casbah (8 octobre 1957), l’armée française a considérablement épaissi ses effectifs militaires dans les maquis, particulièrement les wilayas périmétriques de la capitale. La pression s’est particulièrement imposée sur la Wilaya IV, d’évidence en raison de sa contiguïté.

Dès lors qu’Alger a été éreintée et sa farouche résistance réduite, il ne se passait plus un jour sans que les armées coloniales en nombre, tous corps confondus, appuyées par des moyens aériens et terrestres considérables, ne se déploient comme la misère sur le monde à travers monts et talwegs. Un harcèlement permanent ! Il en sortait de partout. Les hélicoptères de transport, qu’on appelait les « bananes » (voir encadré), pondaient journellement des hommes en armes sur les crêtes et les pentes des reliefs les plus escarpés. Une crête occupée par l’adversaire était pour nous une bataille de perdue ! Le quadrillage était d’un tel maillage que la seule région de Ouled Moussa (ex-Saint-Pierre-Saint-Paul) était hérissée de pas moins de 58 postes militaires ! Une submersion asphyxiante qui nous contraignait à vivre en apnée. Alors que depuis les premières actions d’Ali Khodja et de son commando nous avions appris à opérer et nous mouvoir au grand jour, la constriction exercée sur nous par l’ennemi nous astreignait à une position défensive. L’initiative nous avait échappé et sans une réaction salutaire, nous risquions de perdre tout le terrain laborieusement gagné politiquement et militairement, après de durs combats souvent coûteux en vies humaines. Face à ce pressing mortel, le conseil de la Wilaya IV, alors présidé par le commandant Si M’hamed – qui assurait encore l’intérim du commandement après le départ pour Tunis du colonel Si Sadek – avait pris la décision historique et combien audacieuse de lancer une offensive généralisée contre les villes et villages relevant de sa compétence territoriale. Cette stratégie apparaissait comme la seule solution susceptible de desserrer l’étau létal qui nous étranglait. L’extension de nos capacités de nuisance et l’élargissement de notre champ d’intervention, la multiplication des points d’impact de nos raids allaient nécessairement fragmenter les rangs de l’adversaire et modérer la compacité de ses énormes moyens.

Nous somme début août 1957, conformément à l’ordre du conseil de wilaya, toutes les unités combattantes que comptait la IV sont passées à l’action. Du fait de ma parfaite connaissance de la région de Tablat, de son relief et de ses installations militaires sensibles – je m’étais évadé de sa prison le 20 octobre 1956 – il échut au commando Ali Khodja, que je dirigeais depuis sa reformation à Boukrem en janvier 1957, la mission de mener une attaque et d’y faire le plus de tintouin possible pour y semer la panique dans les rangs et la peur dans les esprits. Malheureusement, en arrivant de nuit aux abords de ce gros bourg qu’il était à l’époque, contrôlant une position stratégique sur l’axe routier Alger-Bou Saâda après le col des Deux Bassins, notre déconvenue a été grande quand nous avons constaté une concentration massive de troupes ennemies fortement équipées. L’armée coloniale s’apprêtait visiblement à lancer un de ces terribles et redoutables ratissages qui n’épargnait rien, ni les hommes ni leur environnement. Audacieux mais surtout pas téméraires, nous avons évité l’objectif pour le contourner et nous diriger vers le nord, vers le massif de Bouzegza. Sans le savoir, nous allions à la rencontre de ce qu’un coup du destin va transformer en un véritable enfer sur la terre. Alors que nous faisions mouvement vers la région de Djebel Zima, au centre du triangle Khemis El Khechna-Tablat-Lakhdaria, éludant prudemment un affrontement défavorable pour nous contre un ennemi de loin supérieur en nombre et en moyens, les autres unités avait lancé des attaques foudroyantes sur toutes les cibles qui avaient été déterminées. L’écho a été puissant et à la hauteur de nos espérances. La section de Si Boualem avait opéré contre Palestro (aujourd’hui Lakhdaria) avec succès. Les djounoud avaient même pris le soin de vider une pharmacie, emportant médicaments et nécessaires de premiers secours. Cependant, jouant de malchance, lors de la retraite de nuit, l’infirmier de la section fut arrêté. Interrogé sur la destination du retrait de sa section, sauvagement torturé, épuisé, il finit par lâcher, tout à fait fortuitement, une destination : Bouzegza ! Il savait que c’était faux mais il pensait ainsi fourvoyer ses tortionnaires sur une fausse piste. Ce qu’il ne savait pas par contre, c’est que nous nous étions réfugiés dans cet endroit, convaincus que nous y serions à l’abri car loin des voies principales de communication. Il y a lieu de préciser qu’en 1957, les montagnes et les forêts d’Algérie n’avaient pas encore été balafrées de pistes, chemins et sentiers par les scrapers et les bulldozers du génie militaire.

Ainsi, ne sachant bien évidemment rien du sort cruel de l’infirmier malchanceux de la section de Si Boualem, nous pensions que nous étions loin d’une éventuelle opération des Français. La région de Djebel Zima où nous avions décidé de nous arrêter était traversée en son milieu par une ravine fortement encaissée. C’est un petit affluent de l’oued Corso, sec en cette période de l’été. Les versants de la montagne étaient inégalement couverts ; tandis que l’un présentait plutôt l’aspect d’un maquis plus ou moins buissonneux, l’autre qui lui faisait face était constitué de pierraille et de caillasse incandescente en ce mois d’août. Nous étions réfugiés dans les maisonnettes éparses de la dechra. Nous comptions les heures et, de manière générale, lorsqu’arrivait 13h, nous pouvions souffler car une attaque ennemie qui commençait à cette heure de la journée nous permettait souvent, après une résistance conséquente, de décrocher à la faveur de la nuit tombante. L’obscurité rendait l’intervention de l’aviation impossible et l’usage de l’artillerie inutile. Nous exploitions les ténèbres pour sortir du ratissage. Mais cela était valable pour les mois d’hiver, vu la courte durée du jour. En été, la nuit tombe tardivement. Ce qui faisait que ce n’est que sur les coups de 16h que la menace s’éloignait sans jamais disparaître et anesthésier notre vigilance. L’armée française ne sortait ordinairement pas une certaine heure passée. Alors, nous pouvions nous occuper des tâches d’hygiène et profiter de l’accalmie pour une petite toilette et/ou une lessive. Ce jour du 4 août 1957, il était approximativement 15h, tout paraissait tranquille. Subitement les cigales cessèrent de striduler… Brusquement comme surgit du silence et jaillit du néant, un déferlement d’hommes et d’armes emplit, dans un grondement tumultueux, le ciel et la terre. Le versant, qui faisait face aux masures dans lesquelles nous nous trouvions, a été littéralement dévasté par les tirs de l’aviation. De l’infirmerie tenue par Baya el Kahla, une infirmière digne de tous les éloges, où je rendais visite aux malades et aux blessés, j’observais le déluge de fer et de poudre qui s’abattait sur un espace qui ne mesurait pas plus de deux kilomètres carrés.

Des moyens démesurés, cyclopéens avaient été déployés contre ce qui en l’état de leur connaissance se voulait la simple section du capitaine si Boualem qui avait opéré son coup de force à Palestro. Sur les crêtes qui nous faisaient face, les « bananes », tels des oiseaux d’acier géants pondaient, dans la chaleur et la poussière épaisse soulevée par les rotors qui fouettaient l’air dans un sifflement sinistre, des couvées entières de soldats armés jusqu’aux dents qui, cassés en deux, s’éloignaient des pales, avant de prendre position. Une fois leur ponte au sol, les appareils frappés de la cocarde tricolore de l’armée colonialiste, amblaient, pour regagner de l’altitude dans le ciel irradiant, vibrant de réverbération, pour laisser d’autres autogyres épandre d’autres troupes. Très vite, je me suis rendu compte, au regard de cette débauche d’hommes et de matériel, en observant les mouvements tout à fait improvisés des troupes au sol, que cette opération avaient en fait été préparée à la hâte et qu’il n’y avait dans tout ce remue-ménage aucune tactique élaborée préalablement. Pourtant, apprendrons-nous plus tard, cette expédition était directement commandée sur le terrain par le général Jacques Massu lequel s’était vu confier en janvier par Robert Lacoste les pleins pouvoirs de police. Il était accompagné des généraux Allard, de Maisonrouge et Simon. A la manière d’une machine à coudre les avions surfilaient les flancs de la montagne. Mais ils avaient à faire à des hommes aguerris qui avaient l’instinct de guerre des combattants les plus expérimentés. Les djounoud du commando avaient eu l’extrême intelligence militaire de ne pas bouger pour tenter une sortie ou essayer de décrocher. S’ils avaient commis cette erreur, non seulement ils auraient été des cibles que l’aviation aurait vite repérées et taillées en pièces mais les hélicoptères au lieu d’atterrir sur le versant d’en face, auraient déposé les troupes sur la crête du même côté où nous nous trouvions. Ainsi ont-ils laissé passer le bombardement intensif comme on patiente que l’orage se vide et jusqu’à ce que les « bananes » se soient éloignées abandonnant leur pondaison sur l’autre versant. Nous étions en face d’eux. A peu près deux cents mètres, à vol d’oiseau, nous séparaient. Mais il fallait une bonne vingtaine de minutes pour aller d’un point à l’autre. Dans le ciel plombé, les Pipers, tels des vautours, décrivaient inlassablement leurs cercles excentriques.

Nous étions hors de portée de leurs mitraillettes (voir encadré) mais pas des fusils. Tandis que mes vêtements séchaient, habillé d’une simple gandoura, je me trouvais à quelques enjambées des maisons où étaient répartis les membres du commando. Je les rejoint à toute vitesse, et enfilait promptement mon treillis encore humide.Nous avons encore temporisé un moment pour bien situer les positions de l’ennemi. Puis, furtivement nous sommes sortis de nos abris et nous avons gagné la crête. Nous avions une vue synoptique de toute la région. A notre grande stupéfaction d’autres troupes escaladaient en ahanant la contre-pente. Half-tracks, véhicules blindés, camions de transport de troupes… se dirigeaient vers le lieu où nous avions pris position. A ce moment, j’ai réalisé que leur manœuvre, même impréparée, pouvait déboucher sur un encerclement qui nous serait fatal. Je me souviens de ce chef de section, ô combien courageux, qui avait sorti le drapeau national, décidé à partir à l’assaut de cette nuée en armes. D’un geste je l’en dissuadais. Il ne fallait surtout pas qu’ils nous repèrent. Pour l’heure la confusion était totale de leur côté. Nous étions vêtus des mêmes treillis que nous portions de la même façon au point que nous poussions le détail jusqu’à mettre, comme eux, le col de la chemise sur le revers de la vareuse du battle-dress. Comme eux, nous étions coiffés de chapeaux de brousse, ces couvre-chefs de toile, dont un bord est relevé à l’aide d’un bouton pression. Et pour cause, tout comme notre « usine d’armement », notre « atelier de confection » était la « route goudronnée » où nous montions nos embuscades. Nous recevions rarement des équipements de l’extérieur et nous ne les portions jamais. Que ce soit les armes ou les tenues, je ne me souviens pas que le commando en ait un jour fait usage. Face à l’ennemi, peu économe en matériel de combat, nous disposions nous aussi de mitrailleuses 30 (voir encadré). Toutefois, comme elles consommaient des quantités de munitions trop importantes nous avons dû renoncer à leur emploi. En revanche, nous avions des FM BAR, fusils-mitrailleurs de l’OTAN, des FM 24/29, fusils-mitrailleurs français, des mitraillettes Thomson, d’un calibre 11.43, comme celle des films noirs américains, des MAT 49 françaises, des fusils MAS français, armes de précision, des fusils américains Garand, des carabines US, etc. Pour tout dire, le commando était armé de 9 fusils-mitrailleurs. A ma connaissance, aucune compagnie de l’armée d’en face n’en disposait d’autant. Si nous ne comptons que les armes de poing et d’épaule, conventionnelles s’entend, notre puissance de feu dans les engagements était souvent supérieure à n’importe quelle équivalence numérale française. Cela signifie aussi que chaque groupe avait un FM soit un total de trois par section ! Neuf fusils-mitrailleurs qui aboient de concert est d’un effet déconcertant sur l’adversaire !

Lors de nos diverses opérations et embuscades nous récupérions beaucoup d’armements. Nous gardions les meilleurs et nous donnions à nos frères, des autres secteurs et régions ou aux moussebiline, celles dont nous n’avions pas besoin. Comme nous ne voulions pas dépasser la katiba de 110 hommes, nous ne conservions que les armes requises pour un tel effectif… Le petit incident du drapeau passé, nous nous sommes fondus dans terrain et observions les agissement des soldats à la jumelle. Au bout d’un moment, nous avons compté à première vue deux compagnies environ qui arrivaient du sud là-bas vers Palestro. Une compagnie française est composée de quelque 140 hommes. Vu la distance qui nous séparait, nous avions présumé qu’il s’agissait de la section de Si Boualem qui repliait. Mais très vite nous nous sommes rendus compte qu’il s’agissait aussi d’unités ennemies. Nous les avons laissés venir à nous, toujours tapis, nous confondant avec le relief et la végétation de broussailles et d’épineux. Subrepticement, avec un petit groupe de djounoud armés de mitraillettes nous allons à leur rencontre, laissant les fusils et six fusils-mitrailleurs sur la crête pour nous protéger d’un raid aérien éventuel. Nous allions résolument vers l’affrontement, sans trop d’agitation. Les hommes sur lesquels nous allions fondre étaient comme nous, jeunes, mais visiblement sans expérience, ils étaient hésitants, bavards, s’interpellaient sans cesse. Ils se tordaient les chevilles dans la caillasse, se plaignaient, puis repartaient sans trop savoir vers où ils se dirigeaient. Ils nous aperçoivent mais ils sont persuadés que nous étions des leurs, vu que ne tirions pas. Mais une fois à portée de nos MAT nous les arrosons copieusement…

  • Bon Dieu nous sommes des dragons ne tirez pas ! Hurlaient-ils.
  • Mais alors que faites vous là-bas, si vous êtes des dragons Rejoignez-nous dans ce cas ! leur répondais-je, avec force gestes autoritaires, ajoutant ainsi à la confusion s’emparait d’eux.
  • Vous êtes complètement barjos, vous avez abattu des hommes à moi, criait celui qui commandait la troupe.

Alors qu’ils croyaient avoir affaire aux leurs, nous surgissions et en arrêtions par paquets dans cet embrouillamini total. On les arrête par sections entières. « Levez les mains ! » Délestés de leurs armes, paniqués, les prisonniers montent en courant la pente jusqu’à la crête où les cueillent les membres du commando restés en poste. Ils s’entassent, s’accroupissent dans les cours des maisons. Nous jetons en tas leurs armes et leurs munitions. « Quel pactole ! Jamais vu ça ! » A un moment donné l’aviation a survolé le champ de bataille, mais pour opérer il faut qu’une distance nous sépare et comme nous étions vêtus des mêmes uniformes, du ciel, les pilotes ne pouvaient pas nous distinguer les uns des autres. De même pour l’artillerie qui ne pouvait pas pilonner, tant que nous étions rivés à eux. Nous ne leur laissions pas le temps de se positionner loin de nous et dégager un espace qui nous séparerait suffisamment pour permettre un bombardement aérien ou un tir de barrage de l’artillerie. Mais au bout d’un instant, les appareils reviennent et l’artillerie se réveille. Les uns mitraillent, l’autre canonne, sans distinction. A l’aveugle. Nous reculons et nous dégageons pour rejoindre les fusils-mitrailleurs et les fusils embusqués sur la crête et les laissons faire un carnage dans leurs propres rangs. Le combat se déroulait à la mitraillette. Habitués au terrain et à ses accidents, nous nous déplacions plus rapidement et utilisions le moindre escarpement pour nous placer hors de portée de leurs tirs. A la décimation causée par l’aviation et l’artillerie, qui s’acharnent sur leurs propres troupes, s’ajoutent les giboulées de nos fusils mitrailleurs qui entrent en action… C’est une opération qui a débuté vers 15h et qui a duré jusqu’au début de la nuit.

Quoiqu’en dise, la propagande militaire française relayée par les journaux colonialistes de l’époque qui ont fait état de prétendues dizaines de morts dans nos rangs, j’affirme, en tant que responsable de ce commando d’élite dont l’héroïsme et la bravoure ont été chantés par le peuple qui l’a enfanté, et déclare devant les vingt témoins de cette bataille et qui sont toujours en vie (voir leur liste), que nous avons relevé hélas la mort de moussebilin et de pauvres civils sans arme et que le commando n’a enregistré qu’un blessé. Un courageux déserteur de l’armée française que nous surnommions Ahmed El Garand, qui est arrivé chez nous armé d’un fusil de cette marque. Le journal parisien Le Monde parlera, au lendemain de cette débâcle, de plus de 600 morts parmi les hommes des 4 généraux ! Les combats rapprochés ont fait rage jusqu’à ce que tombe la nuit. Aussitôt Baya El Kahla, qui avait organisé les femmes de la déchra, me rejoint et nous informe des multiples possibilités de retraite qu’elles avaient aménagées. Elles nous donnent les mots de passe. Et à mesure de notre progression protégée par la nuit, nous rencontrions des femmes postées en éclaireuses pour ouvrir le passage et nous prévenir de la présence éventuelle de groupes ennemis et des embuscades qu’il pouvait tenter. Rapidement, nous sommes sortis de l’encerclement emportant avec nous une soixantaine d’armes, car c’est tout ce que nous pouvions porter. Nous avons laissé sur place des dizaines d’autres que la population du douar devait récupérer pour les donner aux sections ou aux djounoud de leur région ou de leur zone. Ce fut la défaite de Massu et de ses trois généraux. Sans avoir l’honnêteté de reconnaître qu’il s’agissait d’une déconfiture, il ruminera jusqu’à la fin de ses jours son échec sur les cimes de Bouzegza. Je n’ai jamais raté l’occasion d’enfoncer davantage le clou en rappelant aux pires de ses mauvais souvenirs, comment il y mordit la poussière ! ça lui sapait son ego de grand stratège. Le fait d’avoir racolé quatre généraux comme lui, pour les convier à ce qu’il croyait être un pique-nique estival, ou une randonnée de montagne, ajoute à ses rots atrabilaires.

Il ignorait et il a compris que tout ce qu’il savait de la guerre révolutionnaire, c’était celle qu’il menait jusque-là contre le peuple désarmé. Que ce qu’il savait de la guerre tout court, c’était ce qu’il avait accompli sous le bouclier tutélaire et protecteur des alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Anglais dans le Fezzan en Libye en 1941 et Américain au sein de la deuxième DB de Leclerc en 1944. Les quatre généraux n’avaient rien cogité, rien préparé, convaincus qu’ils étaient, qu’ils allaient « casser du fell comme on va aux fraises ». Le commando Ali Khodja leur a prouvé ce jour-là que la guerre n’est pas une promenade de santé. Ils avaient sous-estimé la combativité de leur adversaire, ils avaient méjugé la réactivité des djounoud de l’ALN, tout comme ils avaient surévalué leur capacité d’organisation qu’ils croyaient naturellement supérieures à celles des indigènes que nous étions. Par ricochet, notre victoire revient aussi et indirectement à ce jeune infirmier courageux de la section de Si Boualem qui les a involontairement jetés dans un guêpier. Le 4 août à Bouzegza, la victoire a été celle du remarquable commando Ali Khodja. C’est aussi celle de tous les moussebilin et de toute la population de la région de Zima. Mais ce qu’on appelle la bataille de Bouzegza, ne s’arrête pas à la journée du 4 août 1957… Le 8 août, soit trois jours plus tard, persuadée que comme la foudre qui ne frappe pas deux fois au même endroit, l’armée française ne repassera pas là où elle a déjà opéré, d’autant qu’elle en garde un souvenir plutôt affligeant. Nous sommes donc revenus dans ce massif, après nous être reposés et repris des forces non loin de là. Mais ils ont eu exactement la même réaction et nous n’avions pas posé nos bardas que…

« El Askar ! El Askar ! »

Des deux versants montaient des colonnes de soldats. Nous nous trouvions entre les deux. Armés et comme toujours en tenue impeccable, nous sommes sortis et nous nous sommes engagés en colonne tout comme eux sur un sentier qui allait en direction de taillis assez touffus pour nous permettre de décrocher. Les avions arrivaient derrière nous. C’étaient des T6, « es seffra » (jaune), armés de mitrailleuses 12/7, qui approchaient en piqué sans tirer. Leur altitude n’était pas fort élevée et leur vitesse modérée (environ 250 km/h). Nous distinguions parfaitement les pilotes qui jetaient des regards à partir de leur cockpit. Cette fois encore, notre sang-froid sera à l’origine de notre succès. Alors que les appareils menaçants arrivaient dans notre dos en hurlant, sans nous démonter, nous leur faisions des signes amis de la main pour leur signifier que nous étions « des leurs ». Alors que les deux colonnes, nous « encadraient » mais à distance, les avions poursuivaient leur noria menaçante au-dessus de nos têtes. Tireront-ils, ne tireront-ils pas ? Au bout d’un moment, qui nous a semblé un siècle, nous nous sommes mis hors de vue, sous le couvert végétal avant de nous disperser. Aussitôt, les pilotes comprennent qu’ils avaient été leurrés. Cette fois-ci, il n’y a pas eu d’engagement et nous avons réussi à nous faufiler à travers bois et ravines pour nous éloigner du théâtre du ratissage. Aussi étonnant que cela puisse paraître, nous sommes revenus au même endroit le 12 août, croyant dur comme fer qu’un lieu que les Français ont ratissé, brûlé, bombardé, pilonné, « napalmé », serait le meilleur des abris. Mais la loi des probabilités a été bousculée et pour la troisième fois, en une semaine, nous sommes tombés nez à nez sur l’ennemi. Nous venions d’ouvrir les portes de l’enfer. Ce n’étaient plus des dragons, mais des paras. Tôt, les affrontements ont commencé avec l’engagement des ferka de si Boualem encerclé, sur une position qui lui était défavorable. Elles ont été pratiquement décimées, les pertes ont été considérables. Nous avons perdu des hommes tout comme nous avons enregistré une dizaine de blessés. Notre connaissance du terrain nous a sauvés d’un immense péril. Tout ce que l’ALN comptait dans cette zone de commissaires politiques, de responsables des renseignements, de chargés de la logistique, des agents de liaison, et toute la population avaient été sollicités pour nous permettre de sortir de la nasse avec le moins de dégâts possibles. Tirant les enseignements des deux précédents affrontements, cette fois les « léopards » ont mis pour ainsi dire le paquet et se sont ingéniés à tenter de redorer le blason terni des quatre généraux. Un feu roulant ininterrompu, des pluies de grenades, que nous réexpédions d’ailleurs, car dans leur hâte de se débarrasser de l’engin explosif, ils lançaient aussitôt la goupille retirée, ce qui nous donnait souvent le temps de les renvoyer à l’expéditeur. Ce que m’a appris mon expérience au maquis, c’est que si la peur est contagieuse, le courage l’est tout autant. Lorsque vous savez que vous pouvez compter sur ceux qui se trouvent à votre droite et à votre gauche, eux aussi sont convaincus qu’ils peuvent compter sur vous. Ce que j’ai appris à Bouzegza, c’est qu’au combat comme dans la vie, il ne faut jamais sous-estimer l’autre.

 amazitb1@yahoo.fr

Liste des membres du commando Ali Khodja encore en vie

 Zerari Rabah dit Si Azzedine
 Yahi Ahmed dit Ali Berianou
 Aït Idir Hocine dit Hocine
 Tounsi Djilali dit Abdelkader
 El Kahlaoui Abdelkader dit El Kahlaoui
 Rafaâ Louennass dit Rouget
 Kouar Hocine dit Hocine
 Blidi Abdelkader dit Mustapha Blidi
 Ben Salah Ammar dit Nachet
 Boulis Lakhdar dit Lakhdar
 Ladjali Mohamed dit Hamid Doz
 Rahim Mohand dit Bédja
 Si Athman
 Bachir Rouis dit Nehru
 Zerrouk
 Touhami Ali
 Nezlioui
 Kadi Mohamed-Chérif dit Chérif el Kbayli
 Hout Ahmed

Quelques action du commando Ali Khodja

 Juillet 1957 : accrochage à Djebel Belemou (Bou Zegza)
 05 mars 1958 : accrochage à Belgroun
 1958 : accrochage à Eryacha
 1958 : accrochage à Lemchata
 15 mai 1958 : accrochage à Maghraoua – 1958 : accrochage à Hadjra Essafra – 1958 : accrochage à Zaouïa (Soufflat)
 1958 : attaque d’un camp près de Aomar
 17 octobre 1958 : accrochage à Souflat
 22 octobre 1958 : accrochage à Ouled Sidi Abdelaziz
 06 janvier 1959 : accrochage à Tafoughalte (en Wilaya III)
 mai 1959 : accrochage des commandos des zones 1 et 2 près de Batna
 1959 : embuscade à Aïn Oulmane (Sétif)
 1959 : embuscade à Boutaleb (Aurès)
 Août 1959 : accrochage à Champlain.

Par Boukhalfa Amazit

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