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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).

PATRIOTISME ECONOMIQUE

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PATRIOTISME ECONOMIQUE drapeau-algerie

 

Dr Mourad PREURE

Expert Pétrolier International
Professeur de Stratégie et de Géopolitique
Président du Cabinet EMERGY

L’Algérie doit-elle rester spectatrice des transformations structurelles en cours dans l’économie mondiale ? Elle est face à un choix : subir le changement ou travailler à être parmi les acteurs en mesure de le provoquer. Choisir une insertion active dans l’économie mondiale, globalisée où la notion de frontière a fondamentalement évolué pour se confondre aujourd’hui avec le rayonnement et la performance des acteurs nationaux, entreprises, banques, universités, centres de recherche, ou bien se résoudre à une insertion passive comme fournisseur de commodities et subissant les aléas de leurs marchés de plus en plus spéculatifs. Il nous revient de nous inquiéter du futur de notre pays. Quelle ambition pour l’Algérie pour le siècle qui s’ouvre ? Sénèque disait :  » Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va. »  Miyamoto Musashi, un samouraï du XVIème siècle ajoutait :  » Une nation dont le peuple est incapable de concevoir l’avenir est condamnée à périr. »  Cette contribution pose quelques pistes pour le débat. A l’origine, il s’agissait d’une définition la plus précise de la notion de patriotisme économique telle que je la prône et professe. Je pense qu’il est utile que ce travail soit mis à la disposition du public. Je tirerai un grand profit des critiques et suggestions de tous.

Introduction

Les années quatre-vingt-dix, à un moment où l’économie mondiale capitaliste, parvenue au faite de sa puissance, avait besoin d’un élan nouveau, un changement de taille des acteurs et des processus, ont amené des transformations fondamentales qui ont rendu possible un nouveau paradigme de l’espace monde.

La mondialisation ou globalisation a eu à notre avis quatre moteurs :

  • le mouvement de déréglementation qui a pris naissance aux Etats-Unis et en Grande Bretagne dans les années quatre-vingt et a commencé à se généraliser au monde occidental en générant une mystique du marché et du court terme,

  • la chute du mur de Berlin et de l’empire soviétique qui a rendu possible le décloisonnement de l’espace monde,

  • la révolution des technologies de l’information et de la communication qui a donné naissance à l’économie fondée sur la connaissance

  • La globalisation financière a accompagné le processus accentuant la prééminence du court terme, la couverture contre le risque et la spéculation. L’effondrement de l’Union soviétique et la révolution des technologies de l’information et de la communication ont favorisé le décloisonnement des économies nationales et donné naissance à l’économie globale animée par des acteurs globaux nés des grands mouvements de fusion-acquisition du début des années quatre-vingt dix. A partir de là les crises financières qui traversent la planète à la vitesse de l’éclair du fait de l’instantanéité de la communication et de la globalisation des acteurs et des marchés, sont devenues des risques systémiques forts. La crise asiatique de 1998 était la répétition générale de ce que nous vivons aujourd’hui, elle avait été précédée par la crise de l’endettement. Et nous ne cesserons de vivre cela dans le futur avec chaque fois le problème des instruments de régulation (qui les contrôle, contrôle le monde) et aussi de la transparence des marchés (également question clé de la gouvernance). Voilà pourquoi je ne suis pas de ceux qui pensent que cette crise prendra fin à une échéance précise. Dans une, deux ou trois années.

Tout porte à croire que les crises systémiques tendront à se multiplier (environnement, finances, santé etc.) avec la globalisation. Nous pensons aussi que dans cet univers globalisé fortement interdépendant, il faut reformuler la question de la souveraineté qui doit reposer sur la puissance des firmes, la performance des acteurs qu’ils soient universités, centres de recherche, banques, ONG, etc. Le savoir, disait Toffler, est la forme dominante de création de richesse. Nous ne pouvons plus considérer les Etats nationaux dans la forme que leur a donné la révolution industrielle. Les frontières n’ont de réalité que lorsqu’elles sont fondées sur la puissance économique, la science, la technologie, mais aussi les grands moyens de communication.

En l’espèce notre pays est articulé à l’économie mondiale à travers son industrie des hydrocarbures et par les recettes que celle-ci procure. Il faut absolument déconnecter notre croissance de l’industrie mondiale des hydrocarbures. Celle-ci tendra de plus en plus à l’avenir, à mesure que les ressources s’épuiseront, à être de plus en plus instable, les marchés fonctionnant dans des logiques spéculatives de court terme alors que l’industrie, de plus en plus capitalistique obéit à des logiques de long terme. Après ce que nous avons dit plus haut et surtout que cette crise et structurelle, qu’il s’agit de la fièvre signalant la maladie, vous imaginez bien qu’il ne suffit pas de dire que du seul fait que notre système financier sous-développé est déconnecté du système financier mondial (mais l’est-il réellement, et faut-il vraiment célébrer l’évènement !) nous sommes à l’abri. Tant que notre pays n’a pas réussi son insertion active dans l’économie mondiale, c’est-à-dire une insertion fondée sur la maîtrise de la connaissance et la présence parmi les producteurs de savoir et de technologie, à l’image de l’Inde, tant qu’il est inséré par ses seules exportations d’hydrocarbures, il est sans s’en rendre compte ballotté par les vagues, ne sachant si la vague qui le secoue est la dernière ou si elle dissimule un tsunami. Pour le reste ajoutons aussi, mais ce sont des incidences superficielles, que nous sommes touchés par l’inflation que nous importons, par le  » credit crunch  » qui ralentit les IDE, par la demande d’hydrocarbures qui ralentit et agit sur les prix, et j’en passe.

Voilà pourquoi il faut revenir aux fondamentaux. Le patriotisme économique est donc particulièrement à l’ordre du jour et implique un consensus autour de l’intérêt national compris comme lié aux réussites des entreprises publiques et privées. Les Etats sont toujours en compétition. Cette compétition se réalise par leurs entreprises et leurs universités, non plus par leurs armées. Les conquêtes commerciales tendent à prendre le pas sur les conquêtes territoriales qui n’ont plus de sens que si elles se justifient économiquement.

Une tendance lourde induite par la montée de l’interdépendance et de la complexité. La prise de conscience en Algérie est un signe encourageant.

En fait cette question est très actuelle, la crise économique mondiale en a révélé toute l’urgence. L’ultralibéralisme qui avait déferlé sur la planète depuis la décennie quatre-vingt connaît un reflux avec la crise économique. Le catéchisme nouveau tout à l’adoration du Dieu marché qui avait été imposé à la planète se révèle lourd de périls et la fameuse  » main invisible  » se révèle inopérante. L’Etat était considéré comme une vieillerie à ranger au musée et ses interventions des anomalies qui faussent le libre jeu des lois du marché. Aujourd’hui tout le monde convient que le marché livré à lui-même est capable du pire, en tous cas ses vertus auto-régulatrices n’ont pas été prouvées. Cela ne pouvait pas ne pas discréditer les discours ultra-libéraux y compris chez nous.

L’approche développée par l’Etat algérien depuis la loi de finances complémentaire 2009 est en rupture avec ce qui était avancé par le passé. Il semble que l’Etat algérien a pris la mesure des vulnérabilités de notre économie et qu’il s’emploie à y faire face. Il faut lui conseiller un effort de communication et de concertation avec les acteurs économiques plus grand et plus diversifié, car c’est en mobilisant autour de lui les acteurs économiques en premier lieu le patronat, en les impliquant dans son action, qu’il a le plus de chance de réussir. En tous cas, la privatisation de secteurs stratégiques est rediscutée, ce qui est un grand pas. Les récentes décisions et déclarations du Premier ministre sont en effet encourageantes et vont au devant des attentes des chefs d’entreprises. De la même manière, il est mis en place des dispositifs pour protéger les entreprises nationales de prédateurs étrangers et de manœuvres spéculatives inconsidérées. Ces décisions sont salutaires, et le tollé provoqué indique combien elles ont pu déranger d’intérêts. Les mesures prises pour contenir l’importation demandent à être affinées car il convient de distinguer l’importation de biens et services qui entrent en amont des processus productifs de ceux qui découragent toute production nationale et annihilent tout effort d’accumulation interne.

Notre pays doit à mon avis se désinhiber vis-à-vis du patriotisme économique. Nous voyons d’ailleurs que le pays qui incarne le plus le libéralisme, soit les Etats-Unis, n’hésite pas à afficher ouvertement son patriotisme économique, suivi en cela par la majeure partie des pays occidentaux. Et je voudrais tordre le cou à une idée erronée qui veut que soutenir les entreprises c’est en faire des assistées. Cette idée, qui est une vieille relique des années socialistes, fait très mal car personne ne sait exactement ce qu’il doit faire, ni la puissance publique, ni les managers. Bien sûr qu’il faut soutenir ses entreprises et ne pas s’en cacher ! Tout le monde le fait et c’est de bonne guerre. Le principe de la préférence nationale tombe sous le sens. Un manager algérien qui risque son argent pour créer de la richesse et des emplois, qui n’a pas d’autre patrie que cette terre blessée, doit bénéficier, à qualité de prestation égale, d’un traitement préférentiel par rapport à son concurrent étranger, oui il faut le dire et l’assumer. Et le Forum des Chefs d’Entreprises a raison de revendiquer dans les marchés publics une part de 30% réservée aux opérateurs nationaux. Mais le soutien doit avoir pour effet de renforcer la compétitivité et la performance, il doit aussi traiter les entreprises en difficulté avec intelligence et mesure, voir si le potentiel  peut être redressé et comment.

Il faut le souligner, le patriotisme économique n’a de sens que s’il se fonde sur la compétitivité, le pouvoir innovant des entreprises nationales et des universités. Il rendra possible la forte attractivité de notre pays qui doit être recherchée. Il n’est en aucun cas un repli sur soi et encore moins une prime à la médiocrité. Le patriotisme économique consiste à soutenir la compétitivité de ses entreprises mettre en perspective leur montée en gamme. C’est une véritable orchestration du développement industriel dans une vision  » top-down, bottom-up  » c’est-à-dire une interactivité et une communication entre les entreprises et l’Etat pour produire des solutions novatrices et adaptées aux réalités de nos industries et de la concurrence. En aucun cas il ne doit être confondu avec le protectionnisme, même si des Etats libéraux pratiquent sans aucune gène le protectionnisme en dressant des barrières non tarifaires pour contrer la concurrence étrangère. Ainsi par le biais des normes, de standards, en invoquant des impératifs de santé publique on en arrive à protéger l’industrie nationale et le marché national des convoitises étrangères. Les législations anti-OPA ainsi que des dispositifs juridiques complexes mais aussi souvent dans les secteurs stratégiques des contraintes de sécurité nationale sont érigés en barrières contre toute velléité de contrôle d’entreprises nationales. Il faut ici plus que jamais éviter de pécher par angélisme. Ainsi, les compagnies pétrolières nationales comme Sonatrach n’arrivent pas à accéder à l’aval gazier et à la génération électrique en Europe.

Le patriotisme économique c’est aussi donner du rêve à notre jeunesse. Le rêve d’un pays moderne en phase avec son siècle. Et notre jeunesse, comme le sang qui s’écoule de la blessure, ne prendra plus la mer sur des embarcations de fortune pour partir à la rencontre de la lumière que nous n’aurions pas eu le génie de lui proposer sur cette terre si familière à l’impossible. Ce rêve que nous devons donner à notre jeunesse doit, pour être vivant, être ancré dans une ambition de puissance de notre pays. Comme l’observe Christian Harbulot, Directeur de l’Ecole de guerre économique :  » Il existe aujourd’hui deux catégories de pays ; ceux qui ont une stratégie d’accroissement de puissance et ceux qui n’en ont pas.  » Si vous n’avez pas d’ambition de puissance, il ne faut attendre des autres qu’ils l’aient à votre place. Nous ne partons pas de rien. Nous avons un riche patrimoine symbolique incarné par le patriotisme novembriste. Il faut régénérer la symbolique novembriste en l’ancrant dans la quête de l’excellence, l’innovation et la compétitivité. Les entreprises, les universités doivent être imprégnées de cette vérité tellement évidente aujourd’hui que la souveraineté repose sur l’excellence des entreprises et des universités, sur le talent des femmes et des hommes de ce pays.

Le patriotisme économique doit être interprété comme une volonté de renforcer l’autonomie stratégique du pays, de multiplier les synergies entre acteurs nationaux pour accroître leur développement, donner au pays, à travers ses acteurs (entreprises, institutions étatiques, secteur financier, universités) la capacité de profiter des opportunités et de résister aux menaces (en les anticipant et en produisant des ripostes adaptées) issues des nouvelles dynamiques engendrées par la mondialisation. Le patriotisme économique vise toujours à réaliser une ambition de puissance.

Le discours de l’Etat tend à se clarifier. Il y a un catastrophisme qui entoure les mesures prises par le gouvernement et qui ne me semble pas justifié. Ce que l’Algérie décide aujourd’hui est pratiqué depuis fort longtemps dans les pays au libéralisme irréprochable, il ne faut pas être naïf. D’autre part, le marché algérien est un marché porteur, ce qui en amoindrit l’intérêt ce serait plutôt le fait qu’il apparaît souvent à tort comme très opaque, où les centres de décision ne sont pas toujours évidents, l’archaïsme du système financier, les problèmes du foncier ainsi que la corruption dont le rôle me semble exagéré, sont réellement des freins. Je pense donc que ces mesures sont positives mais doivent se conjuguer avec une modernisation réelle, la mise en œuvre des réformes. Elles ne peuvent être sans une politique moderne et déterminée de la PME, chose qui manque cruellement à notre pays. Cette politique doit conjuguer mise à niveau, privatisation et regroupement de PMEs. Car les PMEs nationales, surtout dans le secteur du bâtiment, n’ont pas la taille critique pour remporter des marchés importants, pour acquérir la technologie, pour aller à la conquête du monde.

Il faut former des Champions nationaux en combinant la privatisation nécessaire d’entreprises publiques avec la mise à niveau et la modernisation des entreprises. On peut former des entités qui peuvent avoir à terme des liens de capital. Ces entités seront sous la direction d’un leader comme CEVITAL, l’ETRHB des frères Haddad, un holding issu de Sonatrach ou d’une autre entreprise publique leader avec des banques et des compagnies d’assurance publiques. Ces champions nationaux doivent signer un contrat programme avec l’Etat et bénéficier en conséquence d’avantages fondés sur le principe de la préférence nationale. Ces avantages doivent être la contrepartie d’engagements contractuels. Dans tous les cas, ils doivent être articulés à l’université et la recherche nationale et sont comptables des processus innovants qu’ils auront développés. Sur cette base, il n’est pas exclu que des capitaux étrangers y soient impliqués dans le cadre de leur propre politique de développement et dans ce cas ces champions nationaux qui déploieraient leur stratégie propre peuvent être partie prenante d’une stratégie plus globale de délocalisation du partenaire étranger.

Il est clair qu’aujourd’hui nous avons affaire à des chaînes de valeur globales dont il faut convoiter les segments à haute charge en matière grise et de ce fait à haute valeur ajoutée. Construire un bateau, une automobile ou un téléviseur comporte des activités de conception, le management d’une chaîne de sous-traitants, la fabrication et enfin de distribution. Ceci représente la chaîne de valeur. Il convient d’entrer dans cette chaîne de valeur en recherchant les activités de conception et de fabrication complexe, celles qui sont les moins substituables et celles qui exercent localement un effet de rayonnement et génèrent le plus de marge. Se focaliser sur le montage est une erreur qui peut parfois être compensée par l’appel à la sous-traitance nationale. Il faut savoir que les pays qui ont réussi le décollage industriel dans un passé proche, soit les pays asiatiques ont combiné fabrication et innovation en articulation avec les universités nationales, reverse enginereering (copiage) et, dans cette logique globale intégrée, montage. En aucun cas le montage n’était abstrait d’une vision globale. La sous-traitance nationale ne peut réussir que si de grands donneurs d’ordre nationaux, qui ne peuvent être que des champions nationaux, accèdent au concept global du produit et tirent avec eux l’université et la recherche. Le partenaire étranger et l’IDE en général ne peut venir qu’en appui, et il faut le sollociter en ce sens.

La mondialisation et ses impacts sur l’Algérie. Quelles parades et comment pouvons-nous situer le patriotisme économique ?

Dans ce nouveau contexte l’économie mondiale est une arène ouverte où s’affrontent des compétiteurs qui convoitent tous une part de la richesse mondiale. Les marchés sont les nouveaux territoires et leur conquête est la nouvelle raison d’être de la guerre. Mais cette guerre, dans un monde interdépendant et à la complexité croissante où l’adversaire est en même temps partenaire dans un autre théâtre d’opérations, cette guerre ne vise pas la destruction de l’adversaire mais surtout la réalisation d’un équilibre entre protagonistes, un équilibre toujours au bénéfice de l’un d’entre-eux, le plus fort, le plus avisé, le plus innovant, celui qui est parti le premier. L’intérêt national s’exprime dans cette relation dynamique.

La mondialisation engendre une réalocation permanente des ressources, actifs, capitaux, ressources humaines, connaissance. Rien n’est acquis définitivement, des systèmes productifs sont en mutation permanente, de nouveaux équilibres s’établissent, les futurs rapports de forces économiques sont en gestation, il faut se battre pour être du voyage. L’environnement évolue de manière discontinue, chaotique, poussé par les jeux d’acteurs, par le progrès technique. Il faut s’y situer de manière dynamique et ne pas croire possible d’y dresser des murs à l’abri desquels serait protégée l’économie nationale et ses entreprises, notamment stratégiques. Voilà pourquoi le patriotisme économique, au même titre que la santé, l’éducation doit être une politique publique. On protège ses entreprises, on construit la compétitivité de son économie comme on soigne ou éduque son peuple.

Le patriotisme économique implique donc un consensus autour de l’intérêt national compris comme lié aux réussites des entreprises publiques et privées. Les Etats sont toujours en compétition. Cette compétition se réalise par leurs entreprises et leurs universités, non plus par leurs armées. Les conquêtes commerciales tendent à prendre le pas sur les conquêtes territoriales qui n’ont plus de sens que si elles se justifient économiquement.

Mais en même temps, il faut éviter la diabolisation de l’Autre  et se mettre résolument en condition pour aller vers un partenariat de type nouveau. Il faut sincèrement croire au partenariat. Nous ne pouvons pas nous confiner à rester entre nous. Il faut que l’Algérie soit une économie attractive où se redéploient des entreprises à haute valeur ajoutée, des centres de recherche, des lieux de savoir. Elle doit rayonner sur les plans économique, scientifique culturel, voilà comment elle s’imposera comme puissance incontournable. Nos entreprises doivent être des partenaires recherchés, des partenaires porteurs d’ouvertures stratégiques, générateurs de croissance, voilà ce que nous devons viser. Mais en même temps notre pays sera un partenaire actif qui s’ouvre lui aussi des perspectives stratégiques, pas un sleeping partner dont l’intérêt réside uniquement dans l’avantage comparatif national qu’il apporte.

On le voit, l’économie est un important vecteur de puissance. La conséquence directe du phénomène de globalisation a été un accroissement de la complexité et de l’interdépendance. Le défi est de maîtriser cette complexité et pour cela maîtriser l’information, tout le flux chaotique d’information pour la transformer en connaissance, et capitaliser la connaissance. Il faut réellement changer de perspective stratégique. Anticiper le changement et tenter d’en tirer avantage, voire plus, provoquer le changement pour renforcer notre avantage concurrentiel national.

La guerre économique est une guerre de mouvement. Il s’agit de maîtriser les ruptures, les discontinuités, se singulariser par la qualité de ses anticipations, par sa vision juste de l’avenir. Il faut cesser de fixer notre nombril et de se focaliser excessivement sur le passé. Pour construire la puissance de notre pays nous devons faire précisément du passé un levier pour conquérir l’avenir. Vous me direz qu’un changement de génération est sans doute nécessaire. Je le pense. La génération de l’indépendance a le droit de rêver faire la grandeur de sa patrie et se porter au niveau de ses aînés en réussissant à faire de notre pays une puissance économique, forte de ses entreprises et de ses universités, du talent de ses femmes et des ses hommes. Je pense qu’une telle perspective nous conduit à une relation plus sereine avec l’Autre, décuple nos moyens et nous ouvre de réelles perspectives.

Comment peut-on définir le patriotisme économique et pourquoi l’intelligence compétitive est-elle liée au patriotisme économique ?

Le patriotisme économique nous permet de construire une culture commune de la puissance et de la réussite nationale. Une vision partagée des challenges et des enjeux, une perception exacte des menaces et des opportunités. La fin de la guerre froide a déplacé le centre de gravité des conflits de la sphère idéologique et politique vers la sphère économique, les rendant plus complexes encore. Ce sont de nouvelles conduites que nous devons adopter pour faire face au nouveau paradigme de la souveraineté dans un monde interdépendant, une souveraineté reposant essentiellement sur la performance, la compétitivité des acteurs nationaux, entreprises publiques et privées, universités et institutions publiques qui dans un mouvement harmonieux et coordonné réalisent la puissance et rendent possible la prospérité de la nation.

Dans ce sens, une définition moderne, renouvelée de la sécurité nationale est nécessaire et va être un catalyseur pour toutes les forces créatrices et le socle sur lequel se construira la puissance de notre pays. Le concept de sécurité nationale intègre de plus en plus celle des entreprises. L’Etat intervient de plus en plus dans une optique défensive pour protéger le potentiel existant des convoitises ou des initiatives malveillantes, mais aussi dans une optique offensive qui s’imbrique dans la stratégie de renforcement de la puissance et dont la conquête des segments technologiques porteurs, voir de marchés extérieurs est l’expression. En France, l’ordonnance du 7 janvier 1959 portant sur l’organisation de la défense nationale inclut la défense économique parmi les trois composantes de la défense de la nation aux cotés de la défense militaire et de la défense civile.

Dans cette perspective, l’Etat devient un Etat stratège dont la mission est d’anticiper le futur et créer les conditions de la réalisation de la puissance nationale. Il est le grand ordonnateur du développement scientifique et technologique. L’Etat doit identifier le périmètre stratégique de l’économie, le cœur de la puissance et le pilier de l’indépendance du pays et qui englobe les industries stratégiques (énergie, télécommunications etc.) mais aussi les  » jeunes pousses  » à haute valeur technologique ou positionnées sur des marchés émergents. Un chercheur détenteur d’un brevet peut en faire partie. Ce périmètre stratégique a pour vocation à s’élargir, se renforcer et la mission régalienne de l’Etat est d’y veiller soigneusement. En ce sens, protéger les entreprises stratégiques est l’objectif premier du patriotisme économique. Il est clair, qu’outre Sonatrach, bien entendu, y figurent en bonne place les banques, Algérie Télécom et Air Algérie (Toutes deux sacrément malmenées par la concurrence internationale. Songeons un peu aux conséquences de leur disparition !) par exemple mais aussi des champions comme Cevital et l’ETRHB.

L’autonomie stratégique du pays peut être altérée par le fait que des secteurs stratégiques soient contrôlés par des intérêts étrangers. Les vulnérabilités sur les plans économique, juridique, technologique, commercial, financier doivent être identifiées et prises en charge en mobilisant l’initiative publique et privée. Le patriotisme économique suppose aussi de faire converger les logiques d’Etat avec les logiques d’entreprise privées. Dans le même sens, la diaspora algérienne à l’étranger doit être engagée dans ce projet national. Outre la visibilité qu’elle apporte, l’ouverture sur le monde et les idées innovantes qu’elle permet, il faut toujours considérer que le pouvoir aujourd’hui se trouve dans les réseaux. C’est aussi son droit que de servir la nation si elle le désire et le peut.

Nous devons aller vers une politique volontariste en matière d’intelligence compétitive ou intelligence économique.

L’intelligence compétitive (competitive intelligence) ou intelligence économique doit, au même titre que la santé ou l’habitat, être une politique publique. J’ai expliqué plus haut que nos entreprises évoluent, non plus dans espace protégé, mais dans un espace global avec des concurrents redoutables qu’ils ne sont pas en mesure d’affronter seuls. Comme un bateau dans la tempête leur survie dépend de la maîtrise des informations émises par leur environnement. Dans un monde hautement compétitif il faut avoir une grande qualité d’anticipation, une vision parfaite du théâtre des opération, ce que les PMEs ne peuvent faire, c’est pourquoi dans les pays avancés, leur Etat vient à leur secours. La maîtrise des flux d’information est aujourd’hui une dimension de la puissance (réseaux et contenus). Voilà pourquoi l’intelligence compétitive est intimement liée au patriotisme économique. Comme l’Etat se préoccupe de la santé de ses concitoyens, il se préoccupe de celle de ses entreprises.

L’intelligence compétitive comprend toutes les opérations que l’on désignait traditionnellement sous le vocable de veille et qui ont pour but comme un radar de maîtriser l’arène compétitive, les mouvements des concurrents. La nouveauté avec l’intelligence compétitive, dans ce monde de plus en plus complexe est l’intervention en amont de l’évènement à travers la construction de réseaux, le lobbying, l’influence. Son rôle défensif devient d’autre part significatif par la détection et la riposte aux opérations d’influence ou de désinformation menées contre les entreprises ou le pays mais aussi par la sécurisation de l’information et la prise en charge des vulnérabilités. Les services de renseignement ainsi que la diplomatie, a qui il est demandé de construire méthodiquement des réseaux d’influence internationaux, apportent une contribution significative aux entreprises.

L’intelligence territoriale tend à se développer de par le monde. Elle vise à multiplier les synergies des pouvoirs publics au niveau local. L’objectif de densification du tissu industriel et de montée en gamme ne peut en effet provenir que d’une forte collaboration public – privé. Les collectivités locales y trouvent un rôle nouveau de stimulation et d’animation du tissu industriel et universitaire. Les Etats apportent dans ce cadre leur soutien à la généralisation de l’intelligence compétitive et son apprentissage. De même, des dynamiques d’influence engageant l’Etat sont nécessaires pour permettre aux PME d’accéder aux technologies et construire des partenariats internationaux qui serviraient de levier à leur développement et de conquérir des marchés. Nous sommes dans la dynamique de l’Etat stratège qui doit fédérer les énergies publiques et privées

 Je pense que nous devons construire une expérience nationale d’intelligence compétitive en conjuguant toutes les compétences significatives dans ce domaine existantes dans ce pays. Il faut porter l’intelligence compétitive au rang de discipline universitaire transversale et étanchéiser absolument le système national d’intelligence compétitive en développant des pratiques spécifiques. Lorsque l’on considère l’expérience internationale en la matière, on n’observe pas, par exemple, la multiplication souvent anarchique d’actions de formation menées par des experts étrangers comme cela se pratique chez nous, ce qui peut être porteur de risques graves.

Les services de renseignement de par le monde et jusque chez nos voisins immédiats s’impliquent de plus en plus dans la guerre économique. D’une part parce que les Etats y sont de plus en plus impliqués, mais aussi car les services de renseignement occidentaux, orphelins de leur ennemi soviétique depuis la fin de la guerre froide, y trouvent souvent une opportunité de redéploiement des importants moyens dont ils disposent et aussi une chance de survie et de développement. Ils se sont trouvés ainsi une nouvelle raison d’être : le renseignement économique. L’influence est constitutive de la puissance. Dans une relation où il ne s’agit plus de détruire son vis-à-vis mais d’établir avec lui des rapports avantageux et en conséquence d’être renseigné au mieux sur ses intentions voire plus, se donner les moyens d’y influer, le renseignement avec son savoir faire et ses techniques, devient la trame acceptée ou refoulée de relations formelles entre acteurs. En clair, nos entreprises ont face à elles bien plus qu’un bancal dispositif de veille concurrentiel. Elles affrontent des concurrents parés pour une véritable guerre économique et en conséquence puissamment soutenues par leurs Etats avec toutes ses institutions de souveraineté, diplomatie, renseignement.

Le patriotisme économique dans les hydrocarbures : objet d’un consensus de plus en plus fort dans les pays producteurs. Il signifie : préservation des réserves pour les générations futures et renforcement des acteurs énergétiques nationaux.

Sonatrach est le vaisseau amiral de notre économie. Elle est le seul acteur algérien en mesure de postuler à une place de leader au niveau mondial, ce qui souligne encore toute son importance stratégique. Car le pétrole est le monde des miracles, il est le monde où l’impossible devient possible pour peu que les hommes soient des visionnaires, que la volonté de croître soit partagée, qu’elle se concrétise par un effort collectif quotidien d’innovation et de quête de l’excellence. Voyez une société comme Repsol l’espagnole, ou encore Petrobras la brésilienne comme elles se sont hissées à partir de rien au niveau des leaders. Pour la petite histoire, Petrobras est leader mondial dans les technologies de production en mer profonde au-delà de 2000 mètres de profondeur.  Donc oui, le patriotisme économique est à la base de toute politique pétrolière nationale. Il doit l’être plus encore chez nous où les réserves sont limitées. Et de fait, la puissance pétrolière nationale ne peut provenir que l’accroissement de la puissance et de la compétitivité des acteurs énergétiques nationaux. Le patriotisme économique en la matière signifie aussi que les ressources du sous-sol appartiennent à la nation, elles appartiennent donc aussi à nos enfants et petits enfants qui ne comprendraient pas qu’on les ait épuisés sans tenir compte du fait qu’ils vivront dans un temps où le pétrole sera rare et donc très cher, qu’il leur sera peut-être inaccessible si on n’y prend garde.

Il nous faut créer les conditions à l’émergence d’un puissant leader énergétique national. Celui-ci sera donneur d’ordre et entraînera universités, recherche et PME nationales dans son sillage. Les compagnies pétrolières tendent à muer en compagnies énergétiques fournissant indifféremment carburant, kilowatts/heures et molécules de gaz. La raison est que le dynamisme de l’industrie gazière est tiré par la génération électrique alors même que les portefeuilles des compagnies pétrolières tendent à comporter à parité pétrole et gaz. Elles ont tendance tout naturellement à traiter l’énergie comme une commodity et parachever dans le gaz et la génération électrique leur intégration verticale « from well to wheel » (du puits à la roue) Nos acteurs énergétiques nationaux doivent s’inscrire dans cette tendance et une plus forte intégration entre Sonatrach et Sonelgaz devra être étudiée. Elle devrait conduire à terme à une fusion de ces entreprises pour former un puissant acteur énergétique national opérant sur tous les métiers de l’énergie en Algérie et à l’étranger.

Mais le patriotisme économique concernant les hydrocarbures consiste surtout à doter notre pays de puissants acteurs énergétiques en mesure de se mouvoir avec aisance dans une scène énergétique mondiale de plus en plus compétitive. Le premier d’entre ces acteurs est incontestablement Sonatrach qu’un illustre pétrolier, j’aime à le répéter, a qualifié de « prunelle de nos yeux. » Sonatrach doit asseoir sa puissance sur la technologie et disposer d’un portefeuille d’activités fortement concentré sur les segments à forte croissance et forte valeur ajoutée, soit l’amont ou encore l’exploration-production. Elle doit se donner les moyens de détenir des réserves dans les bassins les plus prometteurs de par le monde, à maîtriser les technologies pour opérer les zones matures qui vont se multiplier à l’avenir, à explorer de nouveaux horizons notamment en offshore profond. Je ne suis pas convaincu que la pétrochimie, industrie cyclique et hautement capitalistique par excellence, soit toujours un choix porteur, je lui préfère les gisements qui constituent toujours la véritable richesse d’une compagnie pétrolière.

Enfin, le patriotisme économique dans les hydrocarbures doit signifier faire de Sonatrach un puissant pôle de rayonnement qui entraîne derrière lui PME, universités et recherche nationale. Une politique de la sous-traitance dans les hydrocarbures doit voir le jour. Il n’est pas possible, ici plus qu’ailleurs, de considérer les PME algériennes sous le seul angle du moins disant. Elles doivent être impliquées dans un projet national, et s’il le faut être imposées au partenaire étranger comme condition à la conclusion de toute affaire. Bien entendu, seules les PME excellentes doivent être éligibles à ce traitement. La qualité de partenaire national de Sonatrach doit faire l’objet d’un concours national et être supervisée par les plus hautes autorités de l’Etat. Elle doit se mériter. Car sans une sous-traitance nationale forte, et une articulation solide avec l’université et la recherche nationale, Sonatrach est condamnée à s’affaiblir et limiter ses perspectives de développement.

Dans le contexte de la mondialisation, la puissance des nations s’établit sur la puissance des firmes.

Pour résister dans la guerre économique il faut postuler à la puissance. Si un Etat ne postule pas à la puissance personne ne peut le fera sa place, ça il faut le savoir. Et aujourd’hui la puissance des Etats s’établit sur la performance et la compétitivité des firmes. On peut même parler, s’agissant des firmes importantes, de puissance. L’industrie avec tout ce qu’elle entraîne est le socle véritable de la souveraineté. Elle permet de capter une part de la richesse produite dans le monde et accroît la puissance de son Etat d’origine. Elle soutien le progrès scientifique et technique national et donne réalité et densité à la puissance militaire.

Un projet collectif repose sur un imaginaire collectif qu’il nourrit en retour. La fierté d’être algérien devra reposer sur les réussites scientifiques, culturelles et technologiques, sur les succès commerciaux de nos capitaines d’industrie, sur la justice sociale aussi car il faut réétalonner l’ascenseur social et encourager la saine compétition entre compétences, entre entreprises, entre collectivités territoriales. L’Algérie doit devenir un rampe de lancement pour ses entreprises qui ne doivent pas voir leur marché domestique parasité par des produits étrangers sans compensation et sans obligation de réciprocité.

Le modèle de développement public américain est un cas d’école. Ce qui a rendu possible des succès stories comme HP, Dell Computers, Microsoft, Google, Yahoo etc, c’est avant tout que les PMEs qu’elles étaient ont bénéficié de financements, de commandes publiques, de débouchés et aussi de compétences produites par les universités. L’Etat a agi comme un Etat stratège. Il nous faut un Small Business Act algérien dont le but sera de donner une impulsion aux PMEs nationales et faire émerger une nouvelle génération de champions. L’innovation est l’avantage concurrentiel du siècle nouveau. Il faut diriger sélectivement nos entreprises vers les activités à haute charge en matière grise, y compris en impliquant les entreprises étrangères qui opèrent en Algérie ou y vendent leurs produits.

L’action en direction des PMEs  est multidimensionnelle et ne peut être réduite au seul soutien financier. Elle doit se fonder sur une stratégie véritable qui encourage les PMEs existantes et facilite la naissance des nouvelles, qui les aide à monter en gamme, qui promeut des ouvertures partenariales pour elles, qui porte assistance aux PMEs en difficultés, qui instaure et fait respecter le principe de la préférence nationale, etc.

Les entreprises se recentrent sur leurs métiers de base et de plus en plus sur les segments à forte charge en matière grise de ces derniers. Il est impératif de ne pas se tromper de positionnement dans la chaîne de valeur. Il faut veiller à remonter vers les segments à haut contenu en savoir, avions-nous dit. A cet égard, le chemin fait par l’économie chinoise est riche d’enseignements. Voyez comme les Chinois, après s’être distingués par la production de masse à bas coût et de qualité médiocre, sont en train de monter en gamme méthodiquement, et rappelez-vous l’époque où les montres japonaises se vendaient au kilo. Nous voyons que la Corée du Sud puis la Chine marchent sur les pas du Japon qui est devenu la deuxième puissance mondiale, ce que la Chine sera très bientôt.

Enfin, les PME algériennes ont durement souffert de la prospérité pétrolière qui s’est traduite pour elles par l’irruption sur leur marché domestique de produits concurrents provenant de pays à bas coûts de main d’œuvre. Ce phénomène, appelé Dutsch Disease ou syndrome hollandais a eu pour résultat une forte mortalité des PME nationale et la destruction de capacités productives et d’emplois. Cette situation qui parvient à inhiber tout développement de l’industrie nationale jusqu’à conduire à sa disparition est déjà une réalité chez nous (filières bois, cuir, textile etc.) Et de fait l’industrie ne représente que 5% du PIB algérien. Autant dire que l’Algérie tend à devenir un pays sans usines. Combien d’industriels que nous connaissons ont du fermer leurs usines devant l’agressivité des produits importés et se sont mués eux-mêmes en importateurs, aggravant davantage encore le phénomène ! L’Etat ne doit pas tolérer de telles  asymétries dommageables à nos intérêts nationaux et imposer la réciprocité pour les Etats d’origine des firmes intervenant en Algérie. Nous sommes à l’aise pour le dire, la crise économique mondiale a amplement révélé les liens entre entreprises et Etats.

Quelques exemples internationaux  en matière de patriotisme économique

Je me pose parfois la question. Le patriotisme économique est-il un loisir pour pays riche ? Alors même que nos pays sont culpabilisés dès l’instant où l’Etat vient au secours de nos entreprises, que nos chefs d’entreprises sont suspectés de tous les maux alors qu’ils risquent leur argent pour produire des richesses et des emplois, nous voyons des pays occidentaux et non des moindres transgresser les dogmes libéraux pour soutenir leurs entreprises voire barrer la route à des entreprises étrangères. Est-il besoin de citer des exemples ? Sans évoquer dans le détail les cas célèbres d’Arcelor, de Danone et de Suez en France, d’Endesa en Espagne, nous nous intéresserons à deux cas d’école : (i) la montée dans le capital de British Petroleum par Kuwait Investment Office, en 1987 qui, après avoir atteint 21.6% (et sauvé la privatisation de BP qui avait été engagée au mauvais moment), a été stoppée par une intervention de l’Etat britannique dirigée par la libérale Mme Thatcher, enjoignant l’Etat koweitien de ramener sa part à 9.9%, (ii) l’OPA du chinois CNOOC sur l’américain UNOCAL en 2005 stoppée par une décision du Congrès américain. Il est clair ici que des logiques d’Etat clairement affichées ont retenu la fameuse  » main invisible  » d’Adam Smith. Et l’on voudrait que nos pays ouvrent leurs gisements et permettent le contrôle par des intérêts étrangers de leurs entreprises stratégiques et leurs banques les plus importantes !

Les Etats réputés libéraux n’hésitent pas à intervenir dès lors qu’ils considèrent le périmètre stratégique de leurs économies atteint par un prédateur indésirable. Seconde observation, ces mêmes Etats déploient tout un faisceau de ressources et de dispositifs pour soutenir la compétitivité de leurs entreprises stratégiques, pour l’essentiel privées, et les prémunir contre tout risque de cet ordre.

L’Etat américain a développé une expérience intéressante à cet égard et dont on peut utilement s’inspirer. Le concept de National Security, la sécurité nationale, englobe la prospérité économique et fonde aux Etats-Unis le patriotisme économique. La définition voulue floue de la sécurité nationale offre une grande marge de manœuvre aux décideurs américains. Parmi les instruments mis en œuvre dans ce pays nous en citerons trois:

  • Le Committee on Foreign Investments in the United States (CFIUS) qui a pour mission de contrôler et éventuellement d’interdire les prises de contrôle étrangères d’entreprises américaines. Il récupère des informations stratégiques des entreprises étrangères et suscite des propositions de partenariat scientifique et industriel.

  • L’Advocacy Center dont la mission est de mobiliser toutes les ressources de la nation autour des grands contrats internationaux des entreprises américaines.

  • Les American Presence Posts créés sous l’égide des ambassades avec pour mission de développer l’influence américaine dans les milieux économiques.

Tout un arsenal législatif et réglementaire est également déployé dans le même sens, on peut en citer :

  • Le Cohen Act adopté en 1996 qui définit comme infraction la notion de vol de secret d’affaires et la punit.

  • L’Omnibus Trade and Competitiveness Act de 1988 qui protège les droits de propriété intellectuelle.
    L’Exon Forio Amendment voté par le Congrès en 1988 vise la protection des entreprises stratégiques. Il donne au président des USA la possibilité de bloquer tout projet de prise de contrôle par des étrangers susceptibles de menacer la sécurité nationale. La notion de sécurité nationale est invoquée pour défendre les entreprises. Suite à cela le Committee on Foreign Investment in the United States peut interdire des prises de contrôle étrangères au nom de l’intérêt national. (Notion définie nulle part et qui permet à l’Etat de définir le périmètre stratégique comme il veut.)

  • Le Small Business Act déjà évoqué voté en 1953 :  » Le gouvernement doit aider, conseiller et protéger dans toute la mesure du possible les intérêts de la petite entreprise.  » Le Small Business Act favorise les PME en leur ouvrant préférentiellement les marchés publics, en leur octroyant des crédits de développement sous forme de prêts, également en leur apportant une aide en matière de formation, conseil et assistance technique.

Il y a une concertation permanente entre acteurs publics et privés pour la définition des intérêts stratégiques des Etats-Unis. Le partenariat public-privé est le cœur du dispositif d’intelligence économique dans ce pays.

Au moment où la question du fonds souverain est en débat dans notre pays, il est utile de donner un éclairage sur quelques fonds d’investissements américains qui apparaissent réellement comme les instruments d’une ambition de puissance. Ils ont pour mission d’anticiper les besoins nationaux et de prendre pour cibles des industries de haute technologie. Leur action est remarquable d’efficacité. Le meilleur exemple est la prise de contrôle par In-Q-Tel, le fonds d’investissement de la CIA, du leader mondial des cartes à puces, le français Gemplus, au nez et à la barbe de l’Etat français. Cette opération a accéléré la prise de conscience en France de la nécessité d’une politique d’intelligence économique. Depuis, sous l’impulsion de l’Etat, cette question a connu un grand progrès en France.

On peut citer quelques fonds d’investissement significatifs aux Etats-Unis :

  • The Carlyle Group qu’un ancien directeur adjoint de la CIA a qualifié de banque de la CIA. Ce fonds a procédé à des acquisitions dans la presse européenne (pôle presse de Vivendi), le 4ème motoriste européen, Fiat Avio, qui lui a permis de rentrer dans le Conseil d’administration d’Ariane Espace.

  • In-Q-Tel, le fond de la CIA

  • Blackstone fondé par un président du CFR serait la deuxième face de Carlyle.
    Paladin Capital Group spécialisé dans les investissements liés à la sécurité intérieure américaine.

Il est inutile de souligner que dans ce pays, comme partout dans le monde occidental (mais aussi chez nos voisins proches), il y a une forte interpénétration entre monde économique et services de renseignements. La CIA, mais aussi le NSA avec son réseau Echelon jouent un grand rôle dans la compétitivité des entreprises américaines. Selon Bernard Carayon, 40% du renseignement américain est dirigé vers les informations économiques.

Je voudrais avant de conclure insister sur  trois points :

  • Premièrement, les fonds souverains, au lieu d’être un bas de laine plus ou moins sophistiqué, peuvent être un redoutable instrument de puissance. Les Chinois l’ont bien compris en achetant pour 3 milliards de dollars 10% du fonds d’investissement américain Blackstone. L’investissement dans des actifs à l’étranger peut avoir un effet de levier sur le développement industriel et technologique national, et cela doit être recherché.

  • Deuxièmement, l’énergie, est un important instrument pour réaliser une ambition de puissance. Faut-il rappeler que M. Poutine, lors de la première crise gazière russo-ukrainienne, alors qu’il était encore président de la république, avait indiqué à l’Europe que Gazprom était un instrument pour la reconquête de la puissance russe, qu’elle n’était pas une entreprise comme les autres ?

  • Troisièmement, la puissance des Etats, j’insiste, s’établit sur la puissance des firmes. Nous voyons des Etats libéraux, perdant toute mesure, s’impliquer pour empêcher le rachat de champions nationaux mais aussi pour encourager des rapprochements dans des secteurs stratégiques comme en France pour Elf/Total. On peut citer aussi l’exemple de l’industrie aéronautique et de défense aux Etats-Unis avec la fusion Boeing, Lockheed Martin et Raytheon.

(c) Dr Mourad PREURE 2009. La reproduction de ce texte est autorisée mais avec mention de l’auteur.

 

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