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    Naïvement enlacée à la mer, Alger si loin de son destin …

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  • A quoi ressemblera l’économie mondiale en 2060 ?

    www.latribune.fr Pierre Manière | 09/11/2012

    Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dresse le portrait de l'économie mondiale en 2060. Elle prévoit un grand chambardement de l'ordre établi. Comme attendu, la Chine deviendra la première économie de la planète. L'Inde, pour sa part, se classera deuxième, devant les Etats-Unis. New Delhi voit ainsi la part de sa contribution au PIB mondial progresser de 7% à 18% ! La zone euro, elle, verra son poids dégringoler de 17% à 9%.
    Sur le même sujet
    L'exercice apparaît pour le moins ambitieux. Dans une étude publiée vendredi, l'OCDE dévoile sa photographie de l'économie mondiale en... 2060 ! Et ses résultats font état d'un vrai chambardement de l'équilibre économique mondial.
    • Une croissance maussade de 3% par an en moyenne
    D'abord, l'OCDE parie sur un retour progressif aux fondamentaux économiques d'avant crise à horizon 2020. "Une fois liquidé l'héritage de la crise financière mondiale, le PIB global pourrait croître d'environ 3% par an au cours des 50 prochaines années", grâce à "l'amélioration de la productivité" couplée à "l'accumulation de capital humain", précise le rapport. Une croissance profondément inégale, les vieux pays industrialisés affichant des taux bien inférieurs aux pays émergents.
    Un bémol, de taille, concerne toutefois la manière dont la crise actuelle impactera les prochaines décennies. Chef de la division de l'analyse des politiques structurelles de l'OCDE, Giuseppe Nicoletti concède qu'"il y a beaucoup d'incertitude" sur la date de rétablissement de l'économie mondiale. De plus, il souligne que la manière dont les Etats sortiront de la crise aura des conséquences importantes. "Si les Etats-Unis et l'Europe s'en sortent avec des niveaux de dettes trop élevés, cela peut avoir, à terme, des conséquences sur les marchés de capitaux, provoquer une baisse des investissements, et plomber le marché de l'emploi", prend-t-il en exemple.
    • La Chine et l'Inde en pole position
    La Chine devrait débuter ce premier demi-siècle sur les chapeaux de roues. Sur la base des parités de pouvoir d'achat de 2005, l'étude précise que Pékin devrait dépasser cette année la zone euro en termes de contribution au PIB global. Avant de chiper la première place aux Etats-Unis "quelques années plus tard", voyant son poids dans le PIB mondial passer de 17% à 28%. Dans son sillage, l'Inde verrait sa contribution au PIB mondial passer de 7% à 18% en 2060, et dépasser à son tour le pays de l'Oncle Sam. Ainsi, si la Chine est championne en terme de croissance jusqu'en 2020 (avec une moyenne de 10%), Pékin voit sa progression du PIB se tasser jusqu'à 2,3% en 2030-2060. Or sur cette période, New Delhi affiche une moyenne de 6,7% au compteur.
    Pour expliquer le tassement de la croissance chinoise, Giuseppe Nicoletti évoque "le vieillissement de la population chinoise", y voyant-là "les conséquences de la politique de l'enfant unique". De son côté, il justifie le "rattrapage" indien par le fait que son économie part de très bas, citant des exemples "historiques", comme les dragons asiatiques ou l'Europe d'après-guerre.
    • Le moindre poids de la zone euro et des Etats-Unis
    A l'opposé, le Vieux Continent et les Etats-Unis, ne pèsent plus aussi lourd. Représentant respectivement 17% et 23% du PIB mondial aujourd'hui, la zone euro et Washington voient leurs participations chuter de 8 et 7 points.
    • Un quadruplement du PIB par habitant des pays les pauvres
    Conséquence du rattrapage des pays en développement, le PIB par habitant des économies actuellement les plus pauvres "aura plus que quadruplé", souligne l'OCDE. Il sera même multiplié par sept pour la Chine et l'Inde Tandis que celui des économies les plus riches "se contentera de doubler". Toutefois, le classement des pays en fonction du PIB par habitant ne devrait pas bouger. "Certes, les écarts de productivité et de qualification de la main d'oeuvre se réduisent, mais les différences qui subsistent sont encore pour une bonne part à l'origine des écarts de niveau de vie observés en 2060", souligne l'étude.

  • Arrêtez avec le « je me battrai pour vous » de Voltaire !

    Par Zineb Dryef | Rue89 | 14/04/2011

    Deux fois en quelques heures ! D’abord, un éditeur qui invoque son esprit « voltairien » pour justifier la publication d’un livre d’Eric Zemmour. Ensuite, un faux Carl Lang (ex-Front national) qui flatte Pierre Haski sur Twitter pour obtenir la publication d’une tribune sur Rue89 : « On vous dit voltairien », sous-entendu « vous connaissez comme moi la fameuse phrase ».

    Mais Voltaire n’a jamais écrit « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » ! Il ne l’a même jamais dit. A l’origine de cette formule, une Britannique, Evelyn Beatrice Hall qui, dans un ouvrage consacré à Voltaire en 1906, lui attribue le célèbre « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it ».

    Dans un documentaire de la TSR retraçant l’histoire de cette phrase, Charles Wirz, le conservateur du musée Voltaire de Genève, confirme que le philosophe n’a jamais rien dit de tel et présente même l’aveu d’Evelyn Beatrice Hall : « Je ne suis pas d’accord avec vous […] est ma propre expression et n’aurait pas dû être mise entre guillemets. »

    Dans son « The Friends of Voltaire », Evelyne Beatrice Hall a tenté ainsi de résumer la pensée de Voltaire, notamment au moment de sa prise de position dans l’affaire Helvétius, l’un des philosophes qui contribua à L’Encyclopédie.

    Son livre, « De l’Esprit », irrite profondément Voltaire – il qualifie le texte de « fatras d’Helvétius » dans une lettre à de Brosses du 23 septembre 1758, citée par Gerhardt Stenger mais lui apporte son soutien face aux attaques virulentes dont il est victime après la parution de son ouvrage.

    Dans ce contexte, la phrase prêtée à Voltaire ne paraît pas dépasser sa pensée. Pourtant, plusieurs amoureux de l’écrivain s’émeuvent de l’utilisation qui en est faite. On les comprend.

    Nietzsche « Au soleil » avec Jennifer

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire » est devenu l’un des poncifs les plus irritants des dernières années. Peut-être autant que le « ce qui ne tue pas rend plus fort » de Nietzsche, nouvel hymne de Jenifer « ce qui ne me tue pas me rend forte » dans une chanson sur les bienfaits du soleil.
    Plus injuste encore, il est devenu l’arme de défense de tous ceux qui se croient censurés par les-médias-dominants-la-pensée-unique-le-politiquement-correct.

    Dans les années 2000, Thierry Ardisson l’a largement popularisé dans son émission « Tout le monde en parle » en le citant à tout bout de champ pour justifier la présence du moindre invité un peu controversé. Se proclamer voltairien est ainsi devenu synonyme de partisan de la liberté d’expression totale. On retrouve donc pêle-mêle Eric Zemmour, Robert Ménard, Dieudonné, etc.

    « Ce n’est pas du tout lui cette phrase »

    Voltaire, défenseur de la liberté d’expression illimitée ? Une supercherie, nous répond la Société Voltaire : « Ce n’est pas du tout lui cette phrase. Prenons le credo chrétien qu’il a toujours combattu. Ou les Jésuites. Il ne les aurait jamais défendus. »
    Plus fort, le cas Fréron. Ce journaliste parisien, responsable du journal L’Année littéraire, détesté de Voltaire, a eu droit à une pièce « Le Café ou l’Ecossaise » rédigée contre lui mais n’a jamais eu le moindre signe de soutien à chaque fois que son périodique a été censuré par… Lamoignon de Malesherbes, un ami de Voltaire.
    http://www.rue89.com/hoax/2011/04/14/arretez-avec-le-je-me-battrai-pour-vous-de-voltaire-199690

    • Album : CASBAH LUMIERE
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  • Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui

  • L’immortel Cheikh El Hasnaoui

    Cheikh El Hasnaoui (1), de son nom kabyle Si Mouḥ N Amar U Mouḥ (2), est né, selon l'état civil, le 23 juillet 1910 sous le nom patronymique Mohammed KHELOUAT, au hameau de Taâzibt, un petit village de la région d'Ihesnawen (3). C'est, d'ailleurs, du nom de sa région natale qu'il en tirera son pseudonyme artistique qui était à l'origine : « Ben Ammar Hasnaoui », puis « Cheikh Amar El-Hasnaoui », avant de devenir « Cheikh El-Hasnaoui » plus tard. Quelques années après sa naissance, il perdit sa mère, LAÂZIB Sadïa (Bent Ahmed) elle-même originaire d'Alger de parents originaires de Biskra. Elle mourra des suites d'une maladie après avoir perdu ses deux jeunes enfants : Omar et Ali. Son père, Si Amar KHELOUAT (4), est absent du foyer, car enrôlé par l'Armée française durant la Première Guerre Mondiale. Démobilisé après une blessure, son père rentre au pays, il ira chercher à Alger le jeune Mohamed et le plaça dans une école coranique. Son apprentissage ne durera que quelques années, il en est sorti à l'âge de 12 ans. À Alger, il exercera plusieurs petits métiers tout en se « frottant » aux grands maîtres de la musique « chaâbi » comme El-Anka et Cheikh Nador. Ainsi, il assimila toutes les finesses de ce genre musical exigeant et s'affirme, bientôt, comme un artiste accompli, maître de son art et capable de l'exprimer aussi bien dans sa langue maternelle : « Taqbaylit », comme il le dit si bien, ainsi qu'en Arabe populaire (dialectal), l'autre langue qu'il vient d'acquérir et de perfectionner. Il animera pendant cette période bon nombre de soirées « qui seront pour lui l'occasion de se produire en public et de monnayer son talent ». Il vivra jusqu'en 1936, date de son dernier retour dans sa région natale, des allers-retours entre Tizi-Ouzou et Alger. La situation ambiante (sociale, intellectuelle,…) ne lui plaisant guère (5), il confia, un jour d'été, à Si Saïd U L'Hadi (6), un de ses amis d'enfance : « Cette fois, si je quitte le village, je serai comme une fourmi ailée. Là où me poseront mes ailes, j'y resterai. » (7) À Paris, le « Maître » s'impose comme un artiste phare, illuminant de toute sa classe la vie artistique du moment qui reste confinée aux seuls cafés, véritables microcosmes de la société kabyle. De tempérament solitaire, il fréquente très peu de gens, même pas les « grands noms » de la chanson kabyle de l'époque, mais il se lie d'amitié avec Fatma-Zohra (8), son mari Mouh-akli et Mohamed IGUERBOUCHENE avec lequel il collabore dans des émissions radiophoniques. Sa carrière connaît une parenthèse, durant la Seconde Guerre Mondiale, le temps d'accomplir en Allemagne, le Service du Travail Obligatoire. C'est pendant cette période qu'il fera connaissance de celle qui deviendra plus tard sa femme, il s'agit d'une jeune Française du nom de Denise Marguerite Denis qu'il épousera le 14 août 1948. Cherchant le calme, il quittera la région parisienne et la maison qu'il a construite de ses mains à Anthony pour s'installer à Nice (Rue de Belgique). En 1985 il quittera sa seconde demeure pour un voyage qui le mènera dans les Antilles, où il séjournera, seul, quelques mois avant de repartir vers Nice rejoindre sa femme. En 1988, il récidivera en mettant le cap sur l'île de la Réunion où il s'installera à Saint-Pierre, en compagnie de sa femme Denise, dans la même année. À des milliers de kilomètres des siens et de toute personne qui le connaît, Cheikh El Hasnaoui se construit son havre de paix. Il faudra attendre plus de 20 ans pour qu'un musicologue du nom de Mehenna MAHFOUFI retrouve enfin sa trace et lui rendra trois fois visite afin de s'entretenir avec lui. Le chanteur Abdelli et la chanteuse Behdja Rahal en feront de même et auront le privilège de rencontrer le Maître quelques années seulement avant qu'il ne s'éteigne le samedi 06 juillet 2002, à l'âge de 92 ans. Il sera inhumé, conformément à ses vœux, à Saint-Pierre de la Réunion où un jardin public porte aujourd'hui son nom, il y est indiqué : Cheikh El Hasnaoui, Maître de la chanson Kabyle : Taâzibt 1910 – Saint-Pierre 2002. Ainsi, il est parti le Maître, discrètement comme il a toujours vécu, Cheikh El-Hasnaoui, celui qui mérite plus qu'un autre la place de véritable classique de la chanson kabyle (et même algérienne), nous a laissés emportant avec lui tous ses secrets, que de questions demeurent posées : Ses choix de vie ? La rupture avec le pays ? Paroles de certains de ses textes ?
  • Les vaillantes tribus Hadjoutes étaient menées par un poète, Boutheldja …

    (Par Belkacem Rabah Mohamed Khaled) (...) Il n'existe malheureusement pas de statistiques précises sur le nombre des populations Hadjoutes, mais nous estimons, à partir de certaines données contenues dans le rapport du duc de Rovigo, «vingt-trois tribus Hadjoutes et douze mille cavaliers» ... Dix huit mille cavaliers selon d'autres sources, à un total de plus de quarante mille habitants pour l'ensemble de ces tribus et douars. A la bataille de Staouéli, les 4 et 5 juillet 1830 (Sidi-Ferruch), contre la pénétration des armées françaises et avant la proclamation de Abdelkader comme Emir, les contingents fournis par les tribus Hadjoutes (douze mille cavaliers Hadjoutes) ont combattu vaillamment parmi les cinquante mille hommes engagés dans la bataille. Le général Changarnier qui a eu à combattre les armées Hadjoutes, écrit à leur sujet (Mémoires), après les avoir qualifiés d'«habitants rebelles au joug de l'étranger», de « patriotes énergiques» ,«les Hadjoutes avaient pu mettre en campagne et entretenir, pendant plusieurs années, de mille à mille huit cents cavaliers très courageux, qui avaient accompli des choses dont les cavaliers les plus célèbres de l'Europe se seraient honorés... » De même, le duc d'Orléans n'eut pas manqué de rendre hommage au patriotisme de ces partisans : « ... Ces hardis partisans faisaient plus de mal aux Français que tout le reste des forces ennemies, de même que les Cosaques, dans les guerres de l'empire, contribuèrent plus que toutes les troupes régulières à détruire l'Armée française ... Les Hadjoutes empêchaient l'armée de dormir en la tenant sur un qui-vive perpétuel ... Cependant la mort d'un simple cavalier Hadjoute, Boutheldja le poète, tué dans un de ces engagements, fut une perte sensible pour la cause arabe ... Au milieu du mouvement de résurrection de ce peuple, qui renaissait du sang de ses braves enfants, Boutheldja fut le plus inspiré parce qu'il était le plus convaincu de tous les poètes. Ses chants lyriques, d'une douleur touchante et d'un farouche patriotisme, étaient devenus populaires parmi la jeunesse arabe. Le poète préféra rester en volontaire, au premier rang des Hadjoutes, et, simple soldat, comme Koerner, il mourut comme lui de la main d'un Français, en combattant pour une patrie que tous deux avaient rêvée grande, et qu'ils ne connurent que malheureuse. »
  • Tazir M’hamed Bacha. Ancien militant de la cause nationale, compagnon de Mohamed Belouizdad – «Qui se souvient des 3024 disparus de La Casbah ?»

    www.elwatan.com le 10.05.12

    L’Algérie s’est faite elle-même.
    «Le violence est infâme, son résultat est toujours incertain et nul ne peut agir justement quand il est poussé par la haine.» Antar Ibn Chadad
    Le hasard est parfois curieux. Il provoque les choses, soupire M’hamed qui pense que certains rendez-vous de l’histoire sont quelquefois étranges.A 18 ans, en 1944, il a été arrêté, torturé et jeté dans les caves de la préfecture d’Alger. Dix-huit ans après, en 1962, il est le patron de cette même préfecture d’Alger où il officie en tant que directeur de cabinet du regretté Nadir Kassab. Alors, il se rappelle des propos de son avocat d’autrefois, Maître Sansonneti et de sa flamboyante plaidoirie en déclarant : «Monsieur le président, depuis que je porte cette robe, je n’ai jamais eu peur de dire la vérité. Il y a quelque temps, sur ces mêmes bancs, j’ai défendu des socialistes, des communistes, des gaullistes. Ils sont actuellement au pouvoir. Il ne serait pas impossible que ces gens, que vous êtes en train de juger, seront un jour à la tête de ce pays.»
    Prémonitoires, les propos de l’avocat s’avérèrent justes, résume Tazir M’hamed Bacha, qui nous racontera les mille et une péripéties de sa vie mouvementée. De sa première militance au sein de la Jeunesse de Belcourt à la création de l’organisation spéciale dont il fut un témoin privilégié, à la solitude des prisons dont il a été un pensionnaire régulier, aux exactions innombrables de la soldatesque coloniale à l’origine notamment de la disparition de plus de 3000 Algériens à La Casbah, M’hamed raconte calmement cette étape douloureuse, car, dit-il : «Seuls peuvent juger la guerre ceux qui l’ont vécue dans leur âme et dans leur chair.»
    Comité de la jeunesse de Belcourt
    Mais M’hamed sait aussi faire la part des choses : «Le combat est la seule expérience où l’on peut éprouver un sentiment autentique de fraternité envers celui qui prend les mêmes risques que vous.» Et là, il met en avant les grands mérites de cet homme immense qu’a été Mohamed Belouizdad, brave parmi les braves, qui a été l’étincelle mais qui s’est éteint hélas très jeune, emporté par la maladie. Sur son lit de mort dans un sanatorium en France et alors que Ahmed Haddanou (El Caba) lui demandait s’il avait besoin de quelque chose qu’il pourrait lui rapporter, Belouizdad rétorqua : «Ce qui me manque malheureusement, tu ne peux pas me l’apporter. Ce dont j’ai besoin, c’est d’entendre El Adhan !»
    M’hamed parle de la guerre, mais aussi de paix. Celle qui fait cesser les fracas des canons et des bombes, mais aussi celle, beaucoup plus difficile à obtenir, qui doit se frayer un chemin dans le cœur de chacun. «Lors d’un voyage en France, j’ai pu lire un livre, prix Goncourt 2011, dont le titre L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni. La lecture de certaines pages de cet ouvrage fut un choc pour moi. En effet, la liste des 3024 Algériens disparus lors de la bataille d’Alger en 1957 dont fait état l’auteur, je l’ai eue entre mes mains en août 1962 dans l’exercice de mes fonctions à la préfecture d’Alger. Cette liste reste une tache noire qu’il convient d’élucider», suggère-t-il.
    Tazir M’hamed Bacha est né le 2 janvier 1926 à Djendel (Aïn Defla). C’est en 1933 que son père, Mohamed Ben Mokhtar, vint s’installer à Cervantès avec sa famille. Il avait tourné le dos à sa vocation de fellah pour devenir petit commerçant à Belcourt près de son domicile.C’est dans ce quartier populeux que M’hamed Bacha grandit, fit ses études scolaires à l’école des Mûriers puis à Chazot, enfin au collège de Clauzel avec comme camarade de classe un certain Ali Haroun. Le débarquement des Américains en 1942 mit fin à cette aventure et M’hamed dut intégrer le monde du travail en exerçant en tant qu’auxiliaire aux PTT à la Grande-Poste.
    «On était jeunes. Les leaders politiques étaient pour la plupart emprisonnés. On ne devait pas rester les bras croisés. On a créé le Comité de la jeunesse de Belcourt avec Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, Ahmed El Caba, Moumdji…»
    Son militantisme lui valut d’être arrêté le 5 octobre 1944 chez lui, au 46 boulevard Cervantès. Il militait au PPA et distribuait l’Action algérienne, journal du parti. «C’est le commissaire Touron en personne qui procéda à mon arrestation. J’avais 18 ans et je venais de me marier. Ils m’ont amené dans les sous-sols de la préfecture d’Alger où les interrogatoires parraissaient interminables. Je suis resté 10 jours dans les caves avant d’être présenté devant un juge d’instruction militaire sous le chef d’inculpation ‘‘d’atteinte à la sécurité de l’Etat’’. C’est dans ces voûtes que j’ai connu Khider, Moali, Boulenouar, tous militants du PPA. Le 4 mai 1945, je suis déféré devant le tribunal militaire d’Alger.»
    Comme cela coïncidait avec les manifestations du 1er Mai 3 jours avant à Alger, les condamnations furent très sévères. 12 ans de prison et confiscation des biens. Il est envoyé à Lambese, mais retrouve sa liberté en avril 1946 après l’armistice. «Je reprends du service à Belcourt, où Belouizdad m’installe à la tête des Jeunes de Belcourt, c’est à ce titre que j’ai assisté au 1er Congrès du PPA entamé le 16 février 1947 à Bouzaréah et clôturé deux jours après à Belcourt à la limonaderie l’Africaine appartenant à un vieux militant du Parti, Melaine Mouloud. Lorsque, par hasard, nous nous trouvions parmi la foule de spectateurs du défilé militaire du 14 juillet que les Français organisaient chaque année pour célébrer la fin de la tyrannie chez eux, nous nous sentions secoués par le défi. Pourquoi ? Que représente pour nous cette cérémonie ? Pourquoi n’avons-nous pas nous aussi notre armée, notre drapeau ? Que devions-nous faire ? Les plus lucides répondaient : il faut nous organiser.
    De nombreuses idées germaient dans l’esprit des jeunes que nous étions. On était en pleine Deuxième Guerre mondiale. C’est ainsi que fut créé le Comité de la jeunesse de Belcourt, né tel un champignon sur un terrain fertilisé par la politique coloniale de la France qui s’acharnait depuis plus de cent ans par tous les moyens à soumettre notre peuple en lui fermant toute issue pour recouvrer sa dignité et sa fierté.» Les premiers membres fondateurs de ce comité : Mohamed Belouizdad, Ali Mahsas, M’hamed Yousfi, Hamouda et Tazir M’hamed. Le CJB fut intégré comme mouvement jeune du PPA.
    Belouizdad nous avait expliqué que c’était le seul parti vraiment nationaliste et révolutionnaire et dont le programme était clair, à savoir l’indépendance de l’Algérie et qui préconisait le seul et unique moyen d’atteindre ce but, à savoir l’action des masses populaires dont nous les jeunes devrions être l’avant-garde.»
    Belouizdad, un homme à part
    «A la tête du comité, Mohamed Belouizdad va déployer une intense activité et montrer un talent d’organisateur hors pair, qui le révéla rapidement aux instances supérieures du parti. La première grande décision du CJB fut la création d’un journal clandestin. Belouizdad lui donna le titre El Watan. C’était une modeste feuille tapée à la machine et reproduite en plusieurs exemplaires à l’aide de papier carbone. Entre militants, nous parlions souvent de Belouizdad toujours avec affection, respect et admiration.
    Mahsas l’appelait Saâd Zaghloul Bacha, en référence au leader arabe en lutte contre le protectorat anglais en Egypte et fondateur du parti Wafd dans les années vingt. Les discussions avec Mohamed étaient très enrichissantes pour nous. Il écoutait beaucoup et intervenait toujours en dernier. Par délicatesse, jamais il ne nous faisait sentir sa supériorité intellectuelle. Le plus instruit parmi nous à l’époque avait à peine le certificat d’études. Mohamed possédait déjà son brevet supérieur, l’équivalent du baccalauréat qu’il avait passé avec succès. La première fois que j’ai entendu parler de Karl Marx, c’était de la bouche de Mohamed, qui avait déjà lu le Capital.
    Dès 1947, Mohamed m’associa à la réception des armes. C’est ainsi qu’il me chargea de trouver des caches pour enfouir des armes provenant des restes des armées alliées. J’arrivais à dénicher deux endroits sûrs, le premier au pied de la falaise Cervantès, dans la maison du regretté militant Mohamed Meguerba. L’autre cache, dans une petite propriété à Bouzaréah appartenant à la famille d’un militant, le regretté Derkouche. J’avais connaissance d’une troisième cache qui avait été mise à la disposition de Belouizdad par Mohamed Saradouni, un vieux militant qui gérait un dépôt, à l’emplacement actuel de la station du téléphérique, près du cimetière de Sidi M’hamed. C’est au titre de responsable de la section des jeunes de Belcourt, une des plus importantes du pays, que j’ai eu le privilège d’assister au fameux congrès clandestin du PPA de 1947 au cours duquel fut décidée la création de l’OS qui devait préparer et entraîner les meilleurs militants en vue du déclenchement de l’action directe généralisée et le maintien de l’organisation clandestine politique PPA avec comme couverture légale le MTLD.
    Le congrès se déroula la première nuit dans une petite propriété appartenant à un militant de Bouzaréah où Messali était en résidence surveillée après son retour d’exil africain. Avant l’ouverture de la première séance par Messali, un des délégués de la Grande-Kabylie, Si Ouali, demanda la parole. Il tira son revolver caché sous sa ceinture, le posa sur la table et proposa la résolution suivante : ‘‘Tout participant à ce congrès national qui dévoilerait ne serait-ce qu’une partie des délibérations ou des noms de participants est condamné à mort.’’ Ce fut un moment de stupeur générale. On sentait déjà la mort planer sur nos têtes avant l’ouverture des débats. Messali lui-même resta muet, tellement la proposition de Si Ouali était inattendue.
    Plusieurs délégués condamnèrent cette proposition, le plus acharné fut le docteur Chawki Mostefaï qui parla des limites de la résistance humaine face à la torture, pratiquée systématiquement par la police coloniale, et surtout fit allusion à une découverte récente à cette date, le sérum de vérité, qui, administré à une personne, est susceptible de lui faire dire tout ce qu’elle sait malgré une volonté contraire. Tous les éléments développés laissèrent Si Ouali inébranlable. Il maintint sa proposition et demanda qu’on la soumette au vote. Le président du congrès, Messali, ne savait plus quoi faire. C’était le blocage total dans un silence impressionnant. On entendrait voler une mouche.
    C’est alors qu’on aperçut au fond de la salle une main se lever de quelqu’un qui demanda la parole pour la première fois. Le président lui fait signe qu’il peut parler : ‘‘Je propose, dit une voix claire avec une diction impeccable, qu’on remplace les mots ‘‘est condamné à mort’’ par ‘‘est passible de la peine de mort’’, ce fut un soulagement général. Mohamed Belouizdad venait par un intelligent et astucieux amendement de mettre fin au blocage qui paralysait le congrès avant même son ouverture. Messali, après un long regard de reconnaissance vers Mohamed mit aux voix la résolution amendée. Elle fut votée à l’unanimité y compris par Si Ouali.»
    Un laministe convaincu
    Le congrès s’acheva au lever du jour, après une longue intervention de Messali qui prononça la clôture de ces importantes assises d’où sortira l’Organisation spéciale dont la mise sur pied sera confiée à Mohamed Belouizdad. Il avait 24 ans, l’âge de l’Emir Abdelkader quand ce dernier reçut la Bayâ en 1832 afin d’organiser la lutte armée contre les Français. La jeunesse est l’âge de l’héroïsme, ce mot n’a jamais été aussi juste que dans le cas de la lutte du peuple algérien. Mais Messali écarta Debaghine et s’arrogea seul le droit de désigner la direction politique du parti. Depuis cette date et peut-être bien avant, les germes de la scission, qui allaient se produire quelques années plus tard entre centralistes et messalistes, étaient semés. Fort heureusement, le 1er Novembre est venu mettre fin à cet imbroglio.
    M’hamed milita à Alger avec Mokhtar Bouchafa notamment jusqu’à son arrestation le 1er mai 1957, «où des soldats sont venus à notre domicile pour arrêter mon père disparu jusqu’à ce jour. Alors que moi même je l’ai été par la DST. S’ensuivirent de longs séjours à Bouzarréah, Paul Cazelles, Beni Messous, Bossuet, jusqu’à la libération à la fin de l’année 1960». A l’indépendance, M’hamed est nommé chef de cabinet du préfet Kassab. «Au début, on a eu des problèmes avec les gens des frontières qui voulaient accaparer le siège de la wilaya pour en faire un ministère. Ils nous avaient menacés, et Dieu seul sait qu’à l’époque c’était la seule institution qui marchait.» Heureusement que dès la constitution du gouvernement en septembre 1962, le projet a été stoppé. M’hamed renoue avec ses premières amours, les PTT, puis s’occupe des affaires administratives à la présidence jusqu’en 1980 où il est nommé consul à Agades (Niger), puis au Kef (Tunisie). Il prend sa retraite en 1990.
    htahri@elwatan.com

  • La casbah de Dellys entre légende et réalité

    www.algerie-plus.com Par Khidr Omar | 05/05/2011 | 11:03 En dépit de la patine du temps et des séquelles irréversibles laissées par l'homme, la casbah de Dellys (80 km à l'est de Boumerdes) a su garder un cachet atypique, forgé par un passé glorieux auquel est associé une beauté naturelle exceptionnelle. Plus que tout ça, cette belle ville nichée à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer, naturellement protégée contre les courants marins et les vents d'ouest par un long promontoire, connu sous le nom de cap Bengut, au-dessous duquel se love un vieux port turc, est traversée par la RN24 sur toute sa longueur, s'étirant depuis Takdempt, à l'ouest, jusqu'à la nouvelle ville, à l'est de l'oued Oubay. Au coeur de ce long boulevard, se situe la vieille ville, communément appelée la casbah de Dellys, qui était considérée jusqu'à un passé récent, comme le pouls de la ville. Aujourd'hui, ses échoppes, dont beaucoup sont désertées par leurs propriétaires, laissent apparaître des plaies béantes, dues aux aléas du temps, mais principalement au séisme de mai 2003, qui avait durement ébranlé ses vieilles constructions et fait disparaître du coup des pans entiers de la mémoire matérielle et immatérielle. Il n'en demeure pas moins que le visiteur à Dellys est irrésistiblement happé par la multitude de vestiges historiques encore visibles dans les dédales de sa casbah et de ses ruelles, où ont été recensées quelque 200 vieilles bâtisses datant de l'époque ottomane. Le vieux port, le phare de cap Bengut, la vieille mosquée du centre ville, l'école coranique Sidi Amar, le tombeau de Sidi el Harfi et le mur d'enceinte ceinturant cette cité sur plus de 2000 mètres, constituent notamment autant d'attractions sur lesquelles peuvent se fixer encore de nos jours les yeux des visiteurs avertis. Une cité en proie à toutes les convoitises Mais c'est surtout l'histoire glorieuse, à la limite de la légende, de la ville de Dellys, qui fait la fierté de ses habitants, à l'instar de Ami Rabah Edelssy (70 ans) qui considère que la « position géographique de cette ville est à l'origine des différentes convoitises et civilisations qui se sont succédées dans la région». Parfois, l'on peut ainsi surprendre des Déllyssiens nostalgiques, assis sur un rocher dans la quiétude du cap Bingut ou sur un banc de la place dite de la guinguette, mais dont il ne reste aujourd »hui que le nom, en train de suivre le passage des navires, voguant vers de lointains ports, ou simplement contempler la grande bleue, s'imaginant voir accoster sur les rivages de la région les navires des corsaires et autres envahisseurs. C'est ce riche passé que les habitants de Dellys tentent aujourd'hui de préserver coûte que coûte en exhortant les autorités concernées à manifester davantage d'intérêt pour le patrimoine de leur ville et pour tous ses vestige et patrimoine, dont de vieux manuscrits détenus par plusieurs citoyens Ils désirent, à cet effet, pouvoir les réunir dans un musée digne de la renommée de cette cité. Selon les historiens, l'édification de la vieille Casbah de Dellys remonte à l'époque ottomane, qui la baptisèrent « Tiddiles ». Elle était alors constituée d'un ensemble de constructions bien agencées et divisées par des rues et ruelles, possédant toutes les commodités de vie nécessaires sur une surface globale de 1200 ha. Selon le président de l'APC, c'est par souci de préservation et de protection du riche patrimoine renfermé par cette ville historique, que la tutelle a élaboré à partir de 2007 un « Plan permanent pour la protection et la restauration de la Casbah de Dellys ». La première étape de ce plan, a été réceptionnée fin 2009, avant son exécution qui consista, selon la même source, en la réalisation de « travaux d'urgence » axés sur la « restauration de sites sensibles » du patrimoine matériel. La seconde phase de ce plan, également réalisée début 2010, a consisté en la réalisation d' »études historiques et typologiques » sur le même site, tandis que la 3ème étape, attendue vers fin 2011, portera sur l'élaboration d'une mouture finale de ce même plan. Selon une étude historique réalisée par des chercheurs universitaires de Boumerdes, à l'occasion de la célébration du mois du patrimoine, le « rôle de Dellys en tant que grande cité est historiquement affirmé » grâce à sa « position stratégique sur la mer méditerranée, son sol fertile et sa proximité des cours d'eau « . De nombreuses civilisations se sont succédées sur cette cité maritime, à l'image, de la civilisation numide qui lui donna le nom « Thadlest ». Par la suite les Romains la baptisèrent à leur tour « Rusucurus », avant de devenir une importante ville de la Mauritanie césarienne. Les Phéniciens s'en emparèrent ultérieurement pour y fonder un grand comptoir commercial et une route vers la ville de Bejaia. Elle connut également le passage des Vandales et des Byzantins. Le passage de la ville de Dellys à la civilisation musulmane remonte au 16ème siècle, selon des documents historiques, qui font état de son rattachement successivement aux règnes des Fatimide, des Hamadite, des Mourabitoune et des Hafside. Après une courte période sous la coupe des Espagnols, cette cité antique connut son « âge d'or » grâce aux frères Aroudj et Kheireddine qui la délivrèrent et l'annexèrent à l'Etat ottoman. Le colonialisme français qui y entra en 1844, en fit une base militaire pour étendre son hégémonie sur toute la Kabylie. L'histoire de cette ville a été immortalisée par plusieurs historiens qui célébrèrent sa beauté au fil du temps, à l'image d'El Idrissi(21e siècle) qui en a fait l'éloge dans son célèbre « Nouzhate El Mochtake » (le plaisir du passionné), Al Hamiri (15e siècle) « Al Raoudh Al Miitar » ( les jardins parfumés), Hosseine Al Ourtilani (18 e) « Nouzhate Al Andhar » (le plaisir des yeux), ou encore par les recueils de l'officier français Carette et de l'allemand Heinrich Von Maltessen (19eme siècle).

Crise – Ces anglo-saxons pour qui l’euro est condamné

Posté par mouradpreure le 3 juin 2010

Laura Raim -  18/05/2010   

Ils s’appellent Joseph Stiglitz, Nouriel Roubini, Paul Krugman ou Paul Volker et ils ne cachent pas leur doutes sur la pérennité de la zone euro. Explications. 

La zone euro risque de s’effondrer. Peut-être pas d’ici 3 ans, grâce au répit offert par le plan de sauvetage massif de 750 milliards d’euros… Mais d’ici 10 ans, cette issue semble de plus en plus réaliste du point de vue de nombreux économistes anglo-saxons. Y compris les plus influents : Joseph Stiglitz, Nouriel Roubini, Paul Krugman et Paul Volker ont tous récemment émis des doutes sur l’intégrité à moyen terme de l’union monétaire. Voici pourquoi. 

La zone euro n’a pas été dotée des armes capables de la défendre contre un choc asymétrique.

C’est l’argument du « péché originel» que les eurosceptiques brandissent depuis toujours : si un pays devait un jour être touché plus qu’un autre par une récession ou par un taux de chômage élevé, comment arriverait-il à s’ajuster tout en étant privé de sa politique monétaire ? Réponse : il ne le pourrait pas. Aux Etats-Unis, le gouvernement est fédéral. Si un des Etats est frappé par une crise, il est donc immédiatement renfloué. Et la forte mobilité du marché du travail signifie que si le chômage est élevé dans un Etat, la population cherche un emploi ailleurs. En contraste, la zone euro n’a ni système budgétaire centralisé ni une forte mobilité des travailleurs. 

Autre tare originelle : la zone de monnaie unique a été instaurée sans le corollaire indispensable de coordination budgétaire.

Certes, le Pacte de stabilité devait faire converger les finances publiques des différents Etats, mais ces limites de déficit et de dette n’ont été ni strictement appliquées, notamment par la Grèce, et n’apparaissent pas pertinentes pour des pays comme l’Espagne.  Car comme le fait remarquer Martin Wolf dans le Monde, il était facile pour l’Espagne de respecter les critères de dette publique alors que l’endettement privé explosait… C’est pourquoi le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz affirme que si l’Europe « ne règle pas ses problèmes institutionnels fondamentaux, l’avenir de l’euro sera peut-être très bref ». 

Les causes de la crise sont mal diagnostiquées, donc les remèdes ne sont pas appropriés. Selon Wolfgang Munchau, directeur d’Eurointelligence, dans les colonnes du Financial Times, aussi bien la France que l’Allemagne se fourvoient dans leur analyse de la crise. Pour simplifier : les Français croient que les spéculateurs sont à blâmer, d’où la nécessité de leur faire barrage grâce au plan de soutien massif UE-FMI. Les Allemands estiment que c’est « la débauche budgétaire » qui est l’origine de tous les maux, d’où leur volonté d’imposer de l’austérité et de renforcer le Pacte de stabilité. Sauf qu’ils « se trompent tous les deux » tranche le chroniqueur, qui affirme d’une part que l’euro n’est pas victime d’attaques spéculatives mais d’une perte de confiance légitime de la part des investisseurs, et d’autre part que l’origine des maux portugais et espagnols n’est pas le déficit mais le manque de compétitivité du marché du travail et un endettement privé excessif. Or rien n’est fait actuellement à Bruxelles pour s’attaquer à ces problèmes structurels. « Personne ne se pose la question de savoir comment l’économie espagnole va sortir de son trou », constate Wolfgang Munchau. La réponse, Paul Krugman la fournit : il faut baisser les salaires des pays périphériques, sauf que… 

…Les salaires des pays périphériques ne pourront pas suffisamment baisser.

Tant qu’ils sont coincés dans la zone euro, les Etats ne peuvent activer le levier de la dévaluation monétaire pour rendre leurs exportations plus compétitives. La seule variable d’ajustement qui reste est donc la dévaluation salariale. Les salaires dans les pays comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal, la Lettonie doivent chuter de 20 à 30% par rapport à l’Allemagne estime Paul Krugman. Est-ce techniquement et socialement envisageable ? L’exemple de la Lettonie, pourtant élève appliqué de la rigueur, semble démontrer le contraire. L’Etat balte applique depuis la fin 2008 des mesures draconiennes d’austérité budgétaire, à tel point que le chômage a bondi de 6 à 22%. Or les salaires n’ont diminué que de 5,4%. On est loin des 30% préconisés par Krugman. 

La BCE limitera trop l’inflation. 

Paul Krugman rappelle que de 2000 à 2009, les prix ont augmenté de 35% en Espagne, de 30% en Grèce, de 25% au Portugal et en Italie, contre seulement 10% en Allemagne. Afin de rendre ces pays compétitifs avec l’Allemagne, leurs prix doivent tomber en termes relatifs. Cette déflation serait moins forte et douloureuse si de son côté l’Allemagne enregistrait une inflation plus forte, voire même supérieure à son objectif de 2%. La BCE a fait du progrès dans ce domaine avec sa décision de racheter de la dette publique, et la chute de l’euro devrait également contribuer légèrement à l’inflation. Mais dans des proportions encore négligeables, et selon Krugman insuffisantes.

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Crise financière. Le témoignage accablant de trois anciens de Moody’s

Posté par mouradpreure le 3 juin 2010

www.latribune.fr 03/06/2010

Interrogés par la commission d’enquête américaine sur la crise financière, trois anciens salariés de l’agence de notation sont passés aux aveux sur les dérives de Moody’s, accusée d’être devenue une usine à « triple A », la note suprême. De quoi relancer la polémique sur les agences de notation. 

« Quand j’ai rejoint Moody’s fin 1997, la pire crainte d’un analyste était de contribuer à l’attribution d’une note qui serait fausse, de causer des dégâts à la réputation d’exactitude de Moody’s, et de perdre son travail en conséquence. Quand j’ai quitté Moody’s (voici deux ans, ndr) la pire crainte d’un analyste était qu’il fasse quelque chose qui le verrait désigné comme responsable d’avoir mis en danger la part de marché de Moody’s, de causer du tort à son chiffre d’affaires ou de dégrader les relations de Moody’s avec ses clients et de perdre son travail en conséquence. » Cet aveu sans appel est signé Mark Froeba, ex-cadre dirigeant de la branche produits dérivés de Moody’s. Il figure tel quel dans le compte-rendu du témoignage qu’il a accordé à la commission d’enquête fédérale sur la crise financière (FCIC) à New York. 

Mark Foeba y assure également que l’agence de notation recourait à l’intimidation afin que les analystes « soient effrayés à l’idée de contrarier les banques d’investissement ». Cet ancien cadre dirigeant n’est pas le seul à témoigner contre les pratiques de Moody’s. Deux ex-salariés ont également éclairé les enquêteurs sur les dérives qu’ils ont pu observer. 

« Même s’il n’y a jamais eu d’instruction explicite pour abaisser les critères de notation, il fallait s’expliquer et se défendre sur chaque contrat raté », leur a ainsi raconté Eric Kolchinsky qui fut un temps chargé de la notation des CDO (collateralized debt obligations) liés aux crédits « subprime ». A ses yeux, les dérives ont débuté quand, en 2007, une part importante de la rémunération des cadres a commencé à être payée en actions et en options. 

Créée il y a un an, la FCIC, qui travaille en toute indépendance, doit conclure ses travaux en décembre. Son président, Phil Angelides, accuse Moody’s, au même titre que les autres agences de notation, d’avoir facilité la vente de titres adossés à des prêts immobiliers en leur attribuant des notes n’invitant pas les investisseurs à se montrer prudents. Selon lui, Moody’s est devenue « une usine de triple A », en référence à la note la plus élevée de l’échelle des grandes agences de notation. 

Le patron de Moodys, Raymond McDaniel a rétorqué que les agences de notation n’étaient pas des « sentinelles » et qu’elles ne pouvaient pas empêcher l’émission ou l’achat de certains produits. Pour lui, « les marchés peuvent croître sans les notes, et ils le font ». Il a reçu le soutien de Brian Clarkson, un ancien président de Moody’ s à l’origine du développement rapide de l’agence dans la finance structurée, qui a quitté le groupe en 2008. 

Jugeant « incontestable » l’intégrité des analystes de Moody’ s, Brian Clarkson a laissé entendre que la commission devrait enquêter sur le fonctionnement de Wall Street dans son ensemble, et non sur les seules agences de notation. 

Warren Buffett se désolidarise de la direction de Moody’s 

Interrogé par la chaîne de télévision CNBC, l’influent investisseur Warren Buffett a pris ses distances avec la direction de l’agence de notation, dont il détient 13% du capital par le biais de sa holding financière, Berkshire Hathaway. « Je pense qu’ils ont eu tort comme tout le monde », a-t-il déclaré avant d’être entendu par la commission d’enquête. Il appelle ainsi les investisseurs à ne pas dépendre seulement des notes délivrées par les agences de notation.

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UNE HISTOIRE QUI A MODELÉ NOTRE MONDE DÉSORIENTÉ

Posté par mouradpreure le 3 juin 2010

 Par Claude Julien  Ancien directeur du « Monde diplomatique », Président de la Ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanente

L ’histoire du monde devait n’être qu’une longue marche _ ce rtes cahotante et sujette aux reculs _ vers davantage de progrès et de raison. Mais, comme le relève l’historien britannique Eric Hobsbawm, notre siècle a surtout engendré les paradoxes et les paroxysmes, et d’abord les plus meurtriers. La guerre de masse fut rendue possible par la production de masse en même temps qu’elle en accoucha ; la hantise de l’apocalypse mobilisa les opinions publiques ; les révolutions civilisèrent l’ordre capitaliste qu’elles voulaient abattre, leur reflux vit triompher l’individualisme le plus fanatique. Et, trônant au milieu de la mêlée, tant de dirigeants se déconsidérèrent, incapables de comprendre et de réagir aux grands bouleversements de notre temps. 

Pour quelques poèmes « séditieux », Alexandre Pouchkine, alors âgé de vingt et un ans, avait été chassé de Saint-Pétersbourg par Alexandre Ier et exilé à Kichinev. Il ne pouvait pas prévoir que, huit décennies plus tard, le nom de cette même ville serait sur toutes les lèvres en Europe et en Amérique. Non pas grâce à lui, mais parce que « le pogrom de 1903 fit à Kichinev de quarante à cinquante morts, ce qui indigna le monde entier car, en ces temps qui précédaient l’avance de la barbarie, un tel nombre de victimes paraissait intolérable… Même les plus vastes pogroms qui accompagnèrent les soulèvements paysans pendant la révolution russe de 1905 ne causèrent, selon les normes actuelles, que des pertes modestes _ peut-être huit cents morts en tout. Ces chiffres peuvent être comparés aux 3 800 juifs tués par des Lituaniens à Vilnius en trois jours de 1941 alors que les Allemands envahissaient l’URSS et avant qu’ils n’entreprennent l’extermination systématique ». Désormais, on ne compterait plus en dizaines, en centaines ou en milliers de morts, mais en millions. 

En un temps historique très court, passant du stade artisanal à une taille industrielle, l’horreur et le crime ont ainsi changé d’échelle. Aux yeux de l’historien britannique Eric Hobsbawm, un « XIXe siècle long », qui s’étend de 1789 à 1914, avait enregistré un « progrès presque continu dans l’ordre à la fois matériel, intellectuel et moral ». Lui succède un « XXe siècle court », qui s’ouvre avec le déclenchement de la première guerre mondiale pour se clore en 1991 sur l’effondrement de l’Union soviétique (1). Dans tous les domaines, il est marqué par une régression des normes jusqu’alors acceptées, par une montée aux « extrêmes » dans tous les champs de la production comme de la destruction. 

Sotte nostalgie d’une ère révolue ? Les faits parlent. Un grand basculement s’effectue au coup de tonnerre de 1914 : la guerre franco-prussienne de 1870 avait fait quelque 150 000 morts ; la première guerre mondiale, elle, mobiliserait 65 millions de soldats, dont 8,5 millions seraient tués sous des « orages d’acier » (Ernst Jünger). Prodigieux saut quantitatif, la seconde guerre mondiale jetterait dans la tourmente 92 millions de combattants et ferait, selon les estimations, de 50 à 60 millions de morts. Améliorant ses rendements, la « machine à massacrer » déployait des prouesses inouïes, pendant qu’une « étrange démocratisation de la guerre » multipliait les victimes dans les populations civiles _ performance que confirmeraient les conflits à venir. 

Le désastre humain ne s’arrête pas avec la cessation des combats. Entre 1914 et 1922, quatre ou cinq millions de réfugiés - pour qui l’on crée le passeport Nansen - sont condamnés à errer sur les routes. En 1945, nouvelle montée aux « extrêmes », treize millions d’Allemands s’enfuient devant l’avancée des troupes soviétiques. Encore n’était-ce qu’un modeste début : quinze millions de « personnes déplacées » après la décolonisation de l’Inde, cinq millions en Corée, plus d’un million en Palestine… Et puis, aujourd’hui encore, ces masses de réfugiés qui, en Afrique comme dans l’ex-Yougoslavie, tentent d’échapper aux persécutions, aux dictatures, aux famines, aux « nettoyages ethniques ». 

« La progression de la brutalité et de l’inhumanité est difficile à expliquer », observe modestement Eric Hobsbawm. Ce siècle de « progrès » dévoile une atroce vérité : « Les êtres humains peuvent apprendre à vivre dans les conditions les plus brutales, théoriquement les plus intolérables. » En témoignent les dizaines de millions de victimes des camps nazis, du goulag, de tous les génocides, et la banalisation de la torture, qui avait pratiquement disparu d’Occident autour de 1900.

L’apothéose de la planification économique  

LA violence, accoucheuse de l’Histoire ? Elle porte en tout cas l’industrie à un niveau d’efficacité sans précédent. Dans les débuts balbutiants du « XIXe siècle long », Napoléon remporte la bataille d’Iéna (1806) après avoir tiré 1 500 salves d’artillerie. Guerre miniature… En 1918, la France produit 200 000 obus par jour. Records pulvérisés en 1939-1945. D’une plume sarcastique, l’historien note que, pour la seule année 1943, la bureaucratie nazie commande 6,2 millions de tampons encreurs pour estampiller le courrier militaire… 

Logique imparable : « La guerre de masse requiert une production de masse. »La guerre devient « la plus vaste entreprise » jamais mise sur pied, un complexe industriel dont l’ampleur et le savoir-faire font rêver les géants du secteur privé. C’est l’apothéose de la planification économique, sous l’égide de l’Etat tellement honni par les libéraux, pourtant si habiles à tirer profit du Trésor public… La production atteint des seuils jamais vus. 

De manière temporaire après 1918, mais permanente après 1945, les deux guerres mondiales ont à la fois renforcé le pouvoir des syndicats et accéléré l’entrée des femmes sur le marché du travail. Pour consolider l’unité nationale, pour accentuer le contraste avec l’ennemi nazi, qui comptait sur le travail forcé, « l’économie de guerre planifiée [en Grande-Bretagne] était délibérément orientée vers l’égalité et la justice sociale ». C’est en pleine guerre que Lord William Henry Beveridge présente son plan d’assurances sociales, complété en 1944 par son livre Du travail pour tous dans une société libre : l’Etat, écrit-il, a vocation à lutter contre la misère, le chômage et la maladie. 

Une politique sociale hardie et la naissance de l’Etat-providence, aujourd’hui menacé par les pouvoirs en place, ne s’imposent pas uniquement dans le souci d’appuyer l’effort de guerre sur une forte cohésion nationale. La montée aux « extrêmes » que constitue la guerre totale découle de la dramatique descente aux « extrêmes » que fut la grande crise des années 30, sans laquelle jamais Hitler ne serait parvenu au pouvoir. Pour tous les responsables occidentaux s’impose une évidence aujourd’hui oubliée par l’affairisme libéral : la santé économique conforte - et les désordres économiques menacent - la paix mondiale. C’est le thème que, à Londres, sous le feu des V2 allemands, rappelait The Times du 23 janvier 1943 : « Mise à part la guerre, le chômage a été la maladie la plus répandue, la plus insidieuse et la plus corrosive de notre génération. » La « crise » qui depuis vingt ans fait trembler sur ses bases l’économie capitaliste n’offre qu’un pâle reflet de l’effondrement économique qui avait ébranlé le monde soixante ans plus tôt. Elle n’en est pas moins grosse de risques guerriers. 

Perturbé par les guerres, le commerce mondial s’est brillamment remis des grandes conflagrations : « S’il avait doublé en volume entre 1890 et 1913, il quintuplait entre 1948 et 1971. » Mais, entre 1929 et 1933, Westinghouse perdait les deux tiers de ses ventes, le prix du thé s’effondrait dans la même proportion, celui de la soie reculait des trois quarts, le taux de chômage dépassait 20 % en Angleterre, en Belgique, en Suède, atteignait 27 % aux Etats-Unis et 29 % en Autriche, dépassait 30 % en Norvège et au Danemark, culminait à 44 % en Allemagne. La crise ne se confinait pas à l’Occident. De l’Asie à l’Amérique latine, tous ses fournisseurs étaient frappés de plein fouet. A l’euphorie des années 20 succédait un phénomène très « proche de l’effondrement de l’économie capitaliste mondiale ». Soupes populaires, marches de la faim, suicides de chefs d’entreprise ruinés : telles étaient les banales images du temps. Le choc fut d’autant plus rude qu’il partait des Etats-Unis, « pays débiteur en 1914, devenu en 1918 le premier créditeur du monde » - mais aujourd’hui le pays du monde le plus lourdement endetté. 

Eric Hobsbawm porte un regard apitoyé sur le « pessimisme » de « commentateurs intelligents » et d’« économistes brillants » qui, dans les années 30, traumatisés par les banqueroutes, les usines fermées et les hordes de chômeurs, prophétisaient une durable « stagnation » du capitalisme. Avec le recul du temps, Schumpeter s’étonnera que des experts aient alors pu « proférer des théories prétendant montrer que la dépression se prolongerait indéfiniment ». Leurs héritiers pèchent aujourd’hui par un optimisme tout aussi peu fondé. Plus tard, écrit Hobsbawm, des historiens seront « frappés par la répugnance à envisager, dans les années 70 et 80, la possibilité d’une dépression générale de l’économie capitaliste mondiale », perspective qui plaide en faveur d’un changement de cap. 

Eric Hobsbawm trouve « presque impossible de comprendre comment l’orthodoxie du pur marché libre, alors si évidemment discréditée, peut à nouveau dominer la période globale des années 1980 et 1990 ». Une seule explication plausible lui vient à l’esprit : « une mémoire courte des théoriciens et des praticiens de l’économie ». Interprétation indulgente qui fait bon marché du dogmatisme et de l’opportunisme des plus notoires théoriciens, de l’individualisme forcené et du cynisme des « décideurs », de leur indifférence à l’intérêt général, de leur absurde conviction qu’ils sauront, eux, tirer leur épingle du jeu. 

Le couple capitalisme-démocratie, qui a fait merveille, serait-il indissociable ? Mais de quel capitalisme, de quelle démocratie s’agit-il ? Lorsque le premier souffre de langueur, la seconde est en péril. En 1920, rappelle Eric Hobsbawm, le monde comptait environ trente-cinq « gouvernements constitutionnellement élus ». Il en restait dix-sept en 1938, douze en 1944. La « menace contre les institutions libérales vint exclusivement de la droite politique », alors que, « entre 1945 et 1989, il sera admis, comme une chose allant de soi, qu’elle viendrait essentiellement du communisme »

Un demi-siècle plus tard, et trois cents pages plus loin, l’auteur évoque l’effroyable dictature de Pinochet qui, en dix-sept ans de tortures et d’assassinats, parvint à « imposer au Chili une politique économique ultra-libérale – démontrant ainsi, entre autres choses, que le libéralisme politique et la démocratie ne sont pas les partenaires naturels du libéralisme économique ». Le marché est d’autant plus libre que les citoyens le sont moins. La « main invisible » du marché ne dédaigne pas la poigne de fer d’un régime autoritaire. C’est au nom du marché, et sous prétexte de croisade anticommuniste, que les démocraties, après avoir fait tous les sacrifices pour abattre la dictature nazie, ont, sans sourciller, pactisé avec les plus abominables autocraties.

Imprévisions et improvisations en cascade  

JALONNÉE de séduisantes avancées et de monstrueuses plongées dans la barbarie, l’histoire serait-elle inutile aux hommes de gouvernement ? Fascinés par leur propre pouvoir à l’instant précis où ils en font usage, ils oublient les leçons du passé et prévoient rarement les conséquences de leurs choix. L’action immédiate les grise, leur voile ses effets plus lointains, de telle sorte que l’événement les prend de court. Sans cesse aux aguets, Washington sait, de science certaine, que l’« empire du mal » ne manquera pas une occasion d’abattre un bastion du « monde libre ». Mais, lorsque l’un de ces bastions essentiels s’effondre - « le renversement du chah d’Iran en 1979 [fut] l’un des plus sévères coups portés aux Etats-Unis » -, c’est sous le choc d’une révolution islamiste, et bien entendu le Kremlin n’y est pour rien. 

Mais Moscou ne sut pas mieux prévoir les fatales conséquences du « ralentissement de l’économie soviétique », des scléroses de son appareil d’Etat, de tous les maux qui rongeaient le régime, et probablement ne savait-il pas que les dirigeants de ses satellites « n’avaient plus foi en leur propre système ». Son incapacité à comprendre et à réagir n’a sans doute d’égale que « la totale absence de préparation des gouvernements occidentaux au soudain effondrement » de l’Union soviétique. 

La direction des affaires du monde laisse une large part à l’improvisation. « Quelle que soit leur qualification en tant que prophètes, le bilan des prévisionnistes au cours des trente ou quarante dernières années a été, de manière spectaculaire, tellement mauvais que seuls les gouvernements et les instituts de recherche économique ont encore, ou prétendent avoir, quelque confiance en eux. » Jamais aucune formule magique ne permettra à coup sûr d’éviter le pire. Mais surtout, peu nourris d’histoire, accaparés par l’immédiat, les gouvernements consacrent trop peu de temps à la réflexion et à la prévision. Obsédés par le court terme, ils ne prêtent qu’une distraite attention à la lente maturation des crises et, les percevant lorsqu’elles sont prêtes à exploser, découvrent avec stupeur qu’ils se sont refusé à eux-mêmes toute possibilité d’au moins tenter une politique de prévention. Pris de court, ils improvisent dans la hâte une « gestion de crise » dont les résultats seront souvent aux antipodes du but recherché. 

Les fantasmes l’emportant sur la raison, Hitler se proposait d’embrigader l’Europe dans sa croisade contre le communisme, mais « le résultat net de douze ans de nazisme fut de mettre une moitié de l’Europe sous la coupe des bolcheviks »

Avec tous les engouements et toutes les frayeurs qu’elle a suscités, la révolution bolchevique offre un semblable exemple d’ironique retournement : « Le résultat le plus durable de la révolution d’Octobre, dont l’objet était le renversement du capitalisme, aura été de sauver son rival, à la fois dans la guerre et dans la paix. » D’abord dans la guerre, car « la victoire sur l’Allemagne de Hitler fut essentiellement remportée, et ne pouvait être remportée, que par l’armée rouge ». Puis dans la paix, car l’URSS a fourni au capitalisme « un stimulant, la peur, pour se réformer » par le renforcement des interventions régulatrices de l’Etat, et par le formidable développement de l’Etat-providence, chargé d’immuniser les populations contre les « séductions » communistes. 

Disparu le « péril rouge », le capitalisme rejettera-t-il les règles et contraintes que, tout en rechignant, il avait finalement acceptées ? Il oublierait ainsi que, renforçant le pouvoir d’achat, elles ont nourri la croissance et la prospérité. Après avoir refusé à la « subversion communiste » un terrain trop favorable, les politiques sociales s’imposent avec moins de force à l’Etat et aux entreprises qui savent désormais qu’aucun « empire du mal » ne peut les exploiter à son profit. Un vaste champ libre s’ouvre ainsi au capitalisme sauvage. 

Quel usage sait-il en faire ? Il aborde cette ère nouvelle avec une philosophie de commis aux écritures, comptabilisant les parts de marché qui peuvent être conquises, les économies de salaires qu’entraîne l’informatisation de la production, les gains incertains d’une OPA sauvage, les meilleurs moyens d’échapper au fisc grâce à ces havres que sont les « paradis fiscaux ». Dans ses meilleurs jours, il évalue aussi le coût des investissements sécuritaires (forces de police, prisons) indispensables pour maintenir un semblant d’ordre dans des sociétés dont la trame se déchire sous les coups de la misère et du chômage. Le monde bipolaire disparu n’a certes jamais été aussi simple que le disaient les théoriciens mais, pour réducteurs et caricaturaux qu’ils aient été, leurs schémas leur donnaient au moins l’illusion de la cohérence, moelleux oreiller des conforts les plus trompeurs. 

Les voici en plein désarroi, tant « l’effondrement du socialisme soviétique » entraîne de « conséquences plutôt négatives ». Il laisse « une vaste zone d’incertitude politique, d’instabilité, de chaos et de guerre civile », et surtout il a « détruit un système international » dont la disparition « frappe de précarité des systèmes politiques nationaux qui s’appuyaient » sur la stabilité du monde bipolaire. N’étant plus contenues par la crainte d’un adversaire commun, les rivalités entre Etats démocratico-capitalistes s’exacerbent. Ce siècle, « le siècle le plus meurtrier », s’achève dans l’hésitation, sans perspective, sans projet de société, sans autre boussole qu’un éventuel gain de quelques points de croissance, dont certains feignent d’attendre d’improbables miracles. 

Est-ce à dire que seraient ainsi refoulés dans une déjà lointaine préhistoire les combats d’hier, ces moments de fièvre et d’espoir dont Eric Hobsbawm brosse une fresque à la fois précise et palpitante ? L’Occident impérial n’ayant jamais constitué, à ses yeux, le centre de l’humanité, l’historien fait revivre, pour l’entre-deux-guerres, les grandes étapes d’une lutte jamais terminée et dont seules changent les formes : l’étonnante aventure de la « colonne » dirigée au Brésil par Luis Carlos Prestes, la guerre civile en Espagne, les premiers pas du communisme chinois, la guérilla de Sandino au Nicaragua, l’effervescence qui gagne les empires coloniaux, Gandhi en Inde et les grèves en Afrique, tout un monde en ébullition… Partout, des élites appartenant en général à la classe moyenne, souvent formées en Occident, parfois influencées par le communisme soviétique, aspirent à libérer leur pays, à le moderniser ; elles s’acharnent à mobiliser des populations majoritairement rurales, souvent analphabètes, profondément attachées aux formes sociales les plus traditionalistes. 

« La première guerre mondiale constitue le premier événement qui secoue sérieusement la structure du colonialisme mondial. » Ce choc sera amplifié par la grande crise des années 30, qui aggrave la misère dans les plantations et les mines du tiers-monde, dans les grands ports _ Bombay, Buenos-Aires, Casablanca… _ où les cargos n’ont guère plus de marchandises à embarquer. Enfin la seconde guerre mondiale rendra inévitable la décolonisation généralisée. 

Lorsque le regard se porte sur ce passé tout proche, le fil conducteur apparaît, simple et lumineux. Pouvait-il être perçu dès l’instant où il commença à se dérouler ? Ce serait faire grand crédit à la lucidité humaine. Si Londres comprend vite qu’il lui faut renoncer à son empire des Indes, dans bien d’autres cas l’inaptitude à déchiffrer des signes pourtant évidents engendre des bains de sang et une absurde dilapidation des ressources nationales. Le plus dramatique soubresaut de cette vaine lutte se produit au Vietnam. 

« Si vous voulez y aller, allez-y et battez-vous dans les jungles du Vietnam. Les Français se sont battus là-bas pendant sept ans, et pourtant à la fin ils ont dû partir. Peut-être les Américains pourront-ils se cramponner un peu plus longtemps, mais au bout du compte ils devront, eux aussi, partir. » Ainsi Nikita Khrouchtchev parlait-il, en 1961, au secrétaire d’Etat américain Dean Rusk. Pour reprendre un thème naguère développé par le sénateur Fulbright dans son livre L’Arrogance des puissants, tout sentiment de supériorité obscurcit la vue. Un nouveau drame ravagera donc le Vietnam, « où les Etats-Unis mènent une guerre de dix ans, jusqu’au moment où ils sont obligés de se retirer en 1975, après avoir lancé sur ce malheureux pays davantage d’explosifs que les belligérants n’en avaient utilisé pendant toute la seconde guerre mondiale ». Tragique illustration des « extrêmes » auxquels ce siècle a pu parvenir. 

Première condition de la lucidité, le courage intellectuel ne fit pas défaut. Quelques voix s’élevèrent, mais avertissements et mises en garde restèrent inutiles. « Moins de trois quarts de siècle plus tôt, l’ère impériale paraissait indestructible. Trente ans auparavant, elle couvrait encore la plupart des peuples du globe . » Elle venait, pourtant, de prendre fin.

Erreurs, auto-intoxication et propagandes  

RESTAIT, déconcertante, la troisième guerre mondiale, celle qui, en dépit de grands conflits localisés, comme en Corée, ne serait pas livrée sur les champs de bataille : la guerre froide. « Même ceux qui étaient persuadés qu’aucun des deux camps n’aurait l’intention d’attaquer l’autre trouvaient difficile de ne pas céder au pessimisme. » La « loi de Murphy » (« Si le pire est possible, il ne manquera pas de se produire, ») fut tenue en échec, et la disparition de l’URSS a jeté à la corbeille le scénario du cauchemar. 

Eric Hobsbawm ne manque pas de rappeler les « théories » et « doctrines » hallucinantes que de brillants esprits élaborèrent dans le futile espoir de rationaliser l’ultime folie, celle qui aurait conduit à l’holocauste nucléaire, à la « destruction mutuellement assurée ». Ce fut le règne de la déraison, de l’erreur d’analyse, du mensonge et de l’intoxication. Citant Martin Walker (2), l’auteur rappelle que, pendant la guerre de Corée, « Washington savait parfaitement que 150 avions chinois étaient en réalité des avions soviétiques pilotés par des équipages soviétiques », mais « l’information fut tenue secrète parce qu’on estimait, à juste titre, que la guerre [avec les Etats-Unis] était bien la dernière chose que voulait Moscou ». 

Cependant afin de mobiliser l’opinion publique, il convenait d’entretenir la certitude que le monde vivait dans la menace permanente d’une apocalypse. La volonté partagée d’éviter le pire n’excluait pas le risque de mal interpréter les intentions de l’autre camp. Cohabitation difficile entre la froideur requise par l’analyse et l’émotivité inhérente à toute propagande, chacune d’elles laissant à l’erreur une très large place, comme le montra la crise des fusées à Cuba. Dans la politique « au bord du gouffre », quelle fut la part de la rationalité, quelle fut la part du hasard ? 

Lorsque, sans provoquer de riposte occidentale, les blindés soviétiques « rétablirent l’ordre communiste » à Berlin-Est (1953) et à Budapest (1956), Moscou acquit la certitude que l’Ouest respectait les zones d’influence. Malgré tout, à supposer que chacun de leurs termes ait été soigneusement pesé, les plus flamboyantes proclamations relevaient-elles de la simple gesticulation radiophonique, réservée à la consommation intérieure, ou bien, destinées à l’autre camp, traçaient-elles sur le planisphère des lignes à ne pas franchir sous peine de déclencher le feu nucléaire ? 

A la confrontation la plus ostensible, celle qui à grand bruit occupait le devant de la scène, s’ajoutait la compétition souterraine, celle qui requiert ombre et secret. Si dramatiques qu’elles aient pu être pour certains agents, les opérations clandestines du KGB et de la CIA « étaient futiles en termes de réelle politique de puissance ». Certaines, bien que réelles, seraient niées, tandis que d’autres, moins brillantes qu’on ne voulait bien le dire, seraient savamment montées en épingle, magnifiées sans scrupules lorsqu’il s’agissait de complaire à l’opinion publique, ou d’obtenir des crédits supplémentaires. 

Parce qu’une démocratie ne peut fonctionner qu’avec l’assentiment du public, observe Eric Hobsbawm, c’est à l’Ouest que la propagande battit des records. Vingt ans avant que Ronald Reagan n’ait montré du doigt l’« empire du mal », John Kennedy fulminait contre l’« implacable, insatiable, incessante course [du communisme] vers la domination mondiale ». Gigantesque lutte, ajoutait-il, entre « deux idéologies conflictuelles : la liberté sous le regard de Dieu, et une impitoyable tyrannie sans Dieu ». Les enflures de l’éloquence coûtaient moins cher que la mise au point et la production de systèmes d’armes toujours plus sophistiqués. 

L’« hystérie anticommuniste » perturba de nombreux esprits, conduisit à la folie et au suicide James Forrestal, secrétaire américain à la marine, qui voyait les « rouges » derrière sa fenêtre ; elle brisa des carrières pendant la « chasse aux sorcières », empoisonna le climat électoral, mais permit de faire voter d’énormes budgets alimentant les entreprises intégrées à ce « complexe militaro-industriel » dans lequel Dwight Eisenhower voyait un péril pour la démocratie. 

Erreurs d’analyse et inaptitude à prévoir ne furent point confinées au champ stratégique. Un futur Prix Nobel d’économie, Paul Samuelson, qui plus tard exercerait une influence difficilement explicable par ses travaux, prophétisait en 1943 que la fin des hostilités entraînerait « la plus grande période de chômage et de dislocation industrielle que le monde ait jamais connue ». Inutilement pessimiste, il se trompait, comme se trompent aujourd’hui tant d’experts déraisonnablement optimistes. Dès que cessa le fracas des armes, une prospérité sans précédent permit aux Etats-Unis, par le plan Marshall, d’aider l’Europe à se relever de ses ruines. Les vrais problèmes apparaîtraient bien plus tard, fruits de trois décennies de griserie, de consommation fiévreuse, de folles spéculations, d’endettement délirant, de démagogie fiscale, de flambées boursières… En 1971, le déficit de la balance commerciale et l’hémorragie des réserves d’or de Fort Knox obligeaient Nixon à supprimer la convertibilité du dollar. Le choc pétrolier de 1973-1974 accentuerait encore la glissade. 

Massives suppressions d’emplois, appauvrissement des plus humbles et exclusions ternissent la fin de ce « siècle des extrêmes » marqué par de fantastiques progrès : la production industrielle mondiale a quadruplé en vingt ans, le rendement céréalier à l’hectare a presque doublé en trente ans, la consommation d’énergie triple aux Etats-Unis entre 1950 et 1973, le nombre de voitures particulières en Italie passe de 750 000 en 1938 à 15 millions en 1975… Tourisme de masse, afflux d’élèves dans l’enseignement, prouesses en médecine et en chirurgie, allongement de l’espérance de vie, irruption de la puce électronique et du laser dans la vie quotidienne, révolution dans les moyens de communication, dans les moeurs, dans la culture, dans la structure familiale… 

Mais aussi explosion démographique, prise de conscience des risques écologiques, « fossé qui se creuse entre le monde des riches et le monde des pauvres », urbanisme anarchique qui sécrète ghettos et ségrégation, amples mouvements migratoires et poussées racistes, mutations technologiques qui éliminent des salariés mais ne peuvent rendre superflus les clients, absence de régulation financière internationale, émergence de nouveaux géants économiques, concentrations de capitaux et de pouvoirs, etc. Et, sous des formes variées, déchirures du tissu social : « C’est le triomphe de l’individu sur la société, ou plutôt la destruction des liens qui, dans le passé, avaient tissé les textures sociales. » En fait, deux perdants : l’individu, certes, mais aussi la société. Il faut être Mme Margaret Thatcher pour se réjouir : « Il n’y a plus de société, jubile-t-elle, seulement des individus. » 

S’il se refuse à jouer les prophètes, l’historien contemple avec inquiétude le « désordre global » de la planète et des sociétés qui la composent. Un rapide regard sur le « XIXe siècle long », qu’il connaît si bien, l’incite à contester l’opinion, couramment admise, selon laquelle, dans le passé, le protectionnisme aurait provoqué des crises économiques que seule la libération des échanges aurait permis de surmonter. Critique de la « théologie néolibérale [qui] a peu de rapports avec la réalité », attentif aux « défauts inhérents au capitalisme », il constate que « les institutions collectives créées par l’homme ne contrôlent plus les conséquences collectives des actions de l’homme »

Il conteste aussi certaines tendances ou tentations qui s’affirment chaque jour avec davantage d’assurance. « Il est absurde, écrit-il par exemple, de prétendre que les citoyens de la Communauté européenne, dont le revenu par tête a augmenté de 80 % entre 1970 et 1990, ne pourraient plus en 1990 s’offrir le niveau de revenu et de protection sociale qui était admis en 1970. » Sa longue réflexion le conduit à affirmer : « Le problème majeur du monde industrialisé est moins de multiplier la richesse que de savoir comment la distribuer »en vue de mieux l’utiliser au service d’un essor renouvelé. 

Dans ses toutes premières lignes, Eric Hobsbawm écrit : « En cette fin de siècle, la plupart des jeunes femmes et des jeunes hommes grandissent dans une espècede présent permanent, dépourvu de tout lien organique avec le passé public qui a pourtant façonné les temps actuels. » Rien de tel que ce livre superbe, si riche de faits lumineusement rapprochés, bouillonnant d’idées, pour éclairer le lecteur sur l’histoire, toute proche et pourtant mal connue, qui a modelé ce monde désorienté et l’incite à sortir de ce « présent permanent » sans perspectives, à inventer, avec d’autres, son propre avenir. 

Claude Julien 

 

  •  (1) Eric Hobsbawm a consacré trois volumes à l’histoire d’un « XIXe siècle long » : The Age of Revolution, 1789-1848, puis The Age of Capital, 1848-1875, enfin The Age of Empire, 1875-1914 (ces trois livres ont été traduits en français aux éditions Fayard). Il publie maintenant The Age of Extremes, The Short Twentieth Century, 1914-1991, Michael Joseph Ltd, Penguin Group, Londres, 1994, 628 pages plus 32 pages de photographies hors texte. Le présent article n’a pas la prétention de rendre compte d’une oeuvre aussi monumentale ; il est exclusivement consacré à ce dernier volume qui, outre les thèmes évoqués ici, comporte aussi de superbes chapitres sur les mouvements littéraires et artistiques comme sur les débats qui ont traversé le monde scientifique. 

  • (2) Martin Walker, The Cold War and the Making of the Modern World, Londres, 1993. 

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MASSINISSA – Le plus célèbre roi amazigh de l’Antiquité, unificateur de la Numidie

Posté par mouradpreure le 3 juin 2010

Massinissa, dont le nom était transcrit MSNSN sur les stèles libyques -à lire probablement mas n sen « leur seigneur »- était le fils du roi Gaïa. On connaît très peu de choses de Gaïa mais on sait que sous la direction de ce souverain, le royaume massyle avait commencé à atteindre un haut degré de civilisation, mais Syphax, le roi des Massaessyles rivaux, n’avait pas cessé de le harceler, s’emparant, à chaque fois qu’il le pouvait, de ses villes et territoires. Rome soutenant Syphax, Gaïa s’était allié aux Carthaginois. Il leur fournit, en échange de leur protection, des troupes que le jeune Massinissa commanda en Espagne, à partir de 212 ou 211 avant J.C. jusqu’à l’automne 206, avec de fréquent: voyages en Afrique. La guerre ne tarda pas à tourner en faveur des Romains. Les Carthaginois, battus à Ilipa, perdirent leurs possessions en Méditerranée. Le général Scipion qui commandait l’armée romaine en Espagne, songeait à porter la guerre en Afrique, mais il voulait, auparavant s’assurer le soutien des royaumes numides. Il avait déjà gagné l’amitié de Massinissa, avec lequel il avait passé accord secret, puis il se rendit en Afrique pour tenter de convaincre Syphax de joindre à l’alliance. Mais le roi massaessyle, ayant eu vent de l’accord avec Massinissa, s’était déjà rapproché de Carthage. 

Gaïa mourut cette année là et la royauté passa, la règle de succession des royaumes amazighs, au mâle le plus âgé de la famille, son frère Oezalcès. Celui-ci ne tarda pas à mourir à son tour. Un de ses fils, Capusa, lui succéda un homme sans envergure qui vit aussitôt se dresser contre lui un certain Mazetul qui devait appartenir à une à une branche rivale de la famille. Capusa fut tué au cours d’un combat mais Il ne prit pas le titre de roi. Il le conféra au frère de Capusa, Lacumazes, qui était un enfant. Or le trône devait revenir cette fois-ci à Massinissa, devenu l’aîné des enfants de la famille. Le jeune homme, se sentant lésé, quitta l’Espagne, avec une troupe de cavaliers, décié à faire valoir ses droits. Lucamazès appela Syphax à son secours. Le puissant roi massaessyle chassa Massinissa mais, en retour, il annexa le royaume massyle. Massinissa, réfugié dans les montagnes, avec une poignée de fidèles, connut une vie de proscrit. Il ne continua pas moins à harceler ses ennemis et les hommes de Syphax ne réussirent pas à venir à bout de lui. Son heure arriva quand Scipion, décidé à en finir, avec Carthage, débarqua en Afrique. Le rusé Romain essaya une nouvelle foi, d’attirer Syphax jetant de nouveau l’alliance proposée, il se tourna de nouveau vers Massinissa, Les premiers combats tournèrent en faveur des deux alliés Ces derniers, encouragés par leurs succès, s’attaquèrent à Uttique, place forte carthaginoise, mais l’intervention de Syphax, les obligea à se retirer. ils prirent leurs quartiers d’hiver et Scipion, en cachette de Massinissa, entra de nouveau en contact avec Syphax. Faute de le détacher des Carthaginois, il lui demanda de proposer une solution pour mettre fin au conflit entre Rome et Carthage. Syphax proposa que les Carthaginois évacuent l’Italie, où ils sont en campagne, en échange les Romains quitteraient l’Afrique. Si le général Asdrubal, qui commandait les Carthaginois accepta l’offre, Scipion, qui voulait en fait la reddition pure et simple de la Cité punique, la rejeta. 

Massinissa et Scipion reprirent leurs attaques, obligeant cette fois-ci les troupes puniques à se replier sur Carthage. Syphax, lui, ne voulant pas perdre plus d’hommes, se retira dans son royaume. Les Carthaginois, comprenant que les Romains ne leur laisseraient pas de répit, décidèrent, après avoir adopté une attitude défensive, de passer à l’offensive. Ils levèrent une forte armée qui, rejointe par Syphax, donna l’assaut. Ce fut la bataille des Grandes Plaines (avril 203 avant J.C) qui s’acheva par la victoire des forces coalisées de Massinissa et de Scipion. Il y eut un répit au cours duquel chaque camp reconstitua ses troupes, puis la guerre reprit. Un combat s’engagea entre Massinissa et Syphax, et ce dernier, entouré par de nombreux soldats, était sur le point de l’emporter, quand l’armée romaine intervint. Jeté à terre, Syphax fut arrêté. On l’enchaîna et on le conduisit sous les murs de Cirta qui, voyant son roi en piteux état, décida de se rendre. Massinissa, après plusieurs années d’errance, put ainsi reprendre le royaume de ses pères. Carthage, vaincue, fut obligée de signer une paix qui la priva d’une grande partie de ses territoires et de sa flotte. Le retour de Hannibal, qui avait mis fin à la campagne d’Italie, souleva les espoirs de la Cité.Un incident rompit bientôt la paix et la guerre reprit. 

Hannibal s’allia à Vermina, le fils et successeur de Syphax et, ensemble, ils envahirent le royaume des Massyles. Massinissa et Scipion les rejoignirent à Zama (soit l’actuelle Souk Ahras, en Algérie, soit Jama, en Tunisie) et une grande bataille s’engagea (202 avant J.C). Le choc fut rude et il y eut des pertes des deux côtés, puis la bataille tourna à l’avantage de Massinissa et de Scipion. L’historien latin Tite-Live fait un récit très imagé de cette bataille : « Un combat singulier s’engage entre Massinissa et Hannibal. Hannibal pare un javelot avec son bouclier et abat le cheval de son adversaire. Massinissa se relève et, à pied, s’élance vers Hannibal, à travers une grêle de traits, qu’il reçoit sur son bouclier en peau d’éléphant. Il arrache un des javelots et vise Hannibal qu’il manque encore. Pendant qu’il en arrache un autre, il est blessé au bras et se retire un peu à l’écart… Sa blessure bandée, il revient dans la mêlée, sur un autre cheval. La lutte reprend avec un nouvel acharnement, car les soldats sont excités par la présence de leurs chefs. Hannibal voit ses soldats fléchir peu à peu, certains s’éloignent du champ de bataille pour panser leurs blessures, d’autres se retirent définitivement. Il se porte partout, encourage ses hommes, abat par-ci, par-là ses adversaires, mais ses efforts demeurent vains. Désespéré, il ne pense qu’à sauver les restes de son armée. Il s’élance en avant, entouré de quelques cavaliers, se fraie, chemin et quitte le camp de bataille. Massinissa qui l’aperçoit se lance avec son groupe derrière lui. Il le presse, malgré la douleur que lui cause sa blessure, car il brûle de le ramener prisonnier. Hannibal s’échappe à la faveur de la nuit dont les ténèbres commencent à couvrir la nature. » Carthage fut de nouveau contrainte à négocier. Mais le précédent traité fut révisé et la cité punique dut restituer à Massinissa tous les territoires qui avaient été arrachés à ses ancêtres. Hannibal se révolta et essaya de s’opposer au traité mais menacé d’être livré aux Romains, s’enfuit en Syrie où il se suicida en 143 avant J.C. Après la bataille de Zama, Massinissa vécut encore de nombreuses années. Il garda sa vie durant l’amitié de Rome mais il ne fut pas son vassal et, contre ses appétits impérialistes, déclara, dans une formule célèbre, que l’Afrique appartenait aux Africains. Il récupéra non seulement les territoires que lui accordait le traité passé avec Carthage mais aussi de nombreuses villes régions sous l’autorité des Carthaginois ou Vermina, le fils de Syphax. De 174 à 172, il occupa soixante dix villes et forts ! L’oeuvre sociale et politique de Massinissa fut aussi grande que son oeuvre militaire. Il sédentarisa les amazighs, il les unifia, il édifia un Etat Numide puissant et le dota d’inscriptions, inspirées de celles de Rome et de Carthage. Il fit une monnaie nationale, entretint une régulière et une flotte qu’il mit parfois au de ses alliés romains. 

Massinissa qui était un rude guerrier, encouragera la littérature et les arts, envoya ses enfants étudier en Grèce et reçut à sa cour de nombreux écrivains et artistes étrangers. C’était un homme courageux, qui garda jusqu’à un âge avancé, une grande vigeur. Il pouvait rester une journée entière à cheval et, comme le dernier de ses soldats, supporter toutes les privations. Il avait quatre vingt huit ans quand il commanda une bataille contre les Carthaginois. Le lendemain, Scipion Emilien le trouva debout, devant sa tente, mangeant un morceau de galette, qui formait son repas. Mais il savait aussi se comporter en souverain raffiné, portant de riches vêtements et une couronne sur la tête, donnant, dans son palais de Cirta, des banquets où les tables étaient chargées de vaisselle d’or et d’argent et où se produisaient les musiciens venus de Grèce. Massinissa avait combattu les Carthaginois mais il ne dédaigna guère la civilisation carthaginoise, dont il sut tirer avantage. La langue punique fut sage courant dans sa capitale où on parlait également, en plus du amazigh, les langues grecque et latine. Il eut plusieurs épouses et un nombre considérable dont quarante trois mâles. La plupart disparurent avant lui mais il en resta, à sa mort, une dizaine. Il aimait les enfants et il gardait autour de lui ses petits-enfants. Un marchand grec, étant venu acheter des singes en Numidie, pour distraire les riches, il dit « Les femmes de votre pays, ne vous donnent-elles pas des enfants ? » 

Massinissa fut célèbre dans tous les pays de la Méditerranée et l’île de Delos, en Grèce, lui éleva trois statues. Vers la fin de sa vie, il voulut s’emparer de Carthage pour en faire sa capitale. Les Romains qui redoutaient qu’il n’acquière une puissance encore plus grande que celle des Carthaginois et qu’il ne se retourne contre eux, s’opposèrent à ce projet. Caton, attirant l’attention sur le danger que représentait Massinissa, lança sa célèbre formule: « Il faut détruire Carthage!  » Ce fut de nouveau la guerre en Afrique et, après d’âpres combats, Carthage fut livrée aux flammes, puis au pillage. Les survivants furent réduits en esclavage et la ville fut entièrement rasée (149 avant J.C). Massinissa, mort quelques temps plus tôt, n’avait pas assisté à la chute de la ville convoitée. Ses sujets, qui l’aimaient, lui dressèrent un mausolée, non loin de Cirta, sa capitale, et un temple à Thougga, l’actuelle Dougga, en Tunisie. 

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Mémoire de MOMO

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

06 juin 2005 – Amar BELKHODJA 

Mémoire de MOMO  dans LITTERATURE, ARTS, CULTURE

Huit années déjà nous séparent de l’un des meilleurs enfants de la Casbah, celui qui a chanté avec plus de verve et d’affection dans des poèmes exquis, cette ville-monument qui refuse de périr.

Nous voulons nommer Himoud Brahimi, ou plus précisément Momo de la Casbah, comme il aimait lui-même signer ses hommages reluisants à sa Bahja bien-aimée, à l’adresse de laquelle il déclama avec les accents d’un amoureux épris de passion, des aveux uniques, dans l’inoubliable Tahia y’a Didou de l’inoubliable Mohamed Zinet.

Cependant, l’homme au rire original, est-il encore présent dans nos mémoires? Ou bien encore, sa silhouette hante-t-elle encore les ruelles, les impasses et les interminables escaliers de la prestigieuse cité, la plus belle d’entre les belles, celle pour laquelle palpitait le coeur de Momo et grâce à quoi il exprimait, par ses poèmes, les mille émotions de cette âme qui s’abreuvait aux mamelles de la plus séduisante, de la plus hospitalière des mers: la Méditerranée. Momo, c’est l’amour des planches qui furent privées cruellement de sublimes figures en la personne de Alloula et de Medjoubi. Momo, c’est l’amour des plateaux qui l’adoptèrent déjà dans les années 1940 au Maroc où il fit ses premiers films. Momo, c’est aussi la littérature et surtout ce fameux Grain de beauté sur la joue de Dieu (Khayyam) qu’est la poésie.

Un personnage original.

Une poésie éparpillée çà et là, comme une semence féconde en émotions dans les coeurs et les âmes de ceux qui prennent la peine de le lire. Dans la production poétique de Momo, la Casbah prend une place prépondérante. C’est une cité qui a subjugué le coeur et les sens d’un homme qui vit sa propre spiritualité et qui a osé se lancer, avec comme seul atout la foi, dans l’exploration des textes divins et d’en interpréter quelques extraits ou les paraboles de leur contenu. Côté spirituel, Momo nous livre un puissant «échantillon» dans l’une de ses méditations intitulée, Identité suprême, publiée en 1958 aux éditions Baconnier à Alger. Depuis que Momo fut ravi à ce monde, son souvenir, sa mémoire, son itinéraire ne furent évoqués que de rares fois, évocations qui passent souvent inaperçues. Pourtant, le personnage a vécu et provoqué une multitude d’événements, notamment dans le monde culturel et artistique. 

Il va sans dire que ceux qui l’ont côtoyé ont toujours quelque chose ou une anecdote à raconter sur lui. De même que ce personnage original, libéré des bassesses et des compromis, mérite bien qu’un jour quelqu’un s’intéresse à sa biographie, oeuvre que l’on versera à notre beau et précieux patrimoine qu’est la Casbah, monument urbain et humain qui exerça sur Momo un véritable envoûtement. Cette tâche se traduira par la reconstitution de la vie de l’homme, qui en 1948 déjà, a battu le record de la nage sous-marine. Cet exploit est passé sous silence. La presse française ne lui accorda pas tout le fracas qu’il méritait. Evoquant quelques souvenirs dans un entretien qu’il accorda – en 1986 – à notre ami Abderrahmane Mostefa – photographe cinéaste -, Momo fait état de cet exploit sportif: «Après mon exploit, pendant 24 heures on a fait des flonflons et au bout de 48 heures, tout était fini. On s’était rendu compte que j’était Algérien. C’est-à-dire un homme à abattre. Il fallait absolument qu’il n’y ait pas de record battu par un Algérien». 

Cet entretien inédit porta essentiellement sur le théâtre et la première rencontre qui eut lieu en 1957 à Tijdit (Mostaganem) entre Momo et Ould Abderrahmane Kaki, qui était à cette époque encore à ses débuts. Débuts fort prometteurs puisque nous connaissons aujourd’hui la carrière fulgurante de l’enfant terrible des planches. C’est un grand moment dans l’histoire du théâtre puisque Kaki et sa jeune équipe ont présenté Filet aux Algérois conduits par un certain Henri Cordreaux qui était secondé par Momo dans l’éducation théâtrale. Filet impressionna l’assistance et pour Momo, le jeune Ould Abderrahmane Kaki se lançait dans une véritable révolution dans l’art des planches, contrairement à cette sclérose qui frappait le théâtre bachtarzien. En 1958, la scène politique est dominée par les inconditionnels de l’Algérie française. Momo trouve le bon prétexte pour se séparer des Français animateurs des centres sociaux qui lui refusaient de donner des spectacles aux Algériens en arabe. Sa démission est irrévocable malgré la médiation et la diplomatie de Boudali Safir – alors directeur de Radio Alger – qui ne parviendra pas à faire revenir Momo sur sa décision. 

En 1959, Kaki fut invité avec sa troupe pour donner des représentations aux facultés d’Alger. Momo, présent au spectacle, raconte ses souvenirs: «J’ai vu Filet en 1957 en privé chez Kaki à Tijdit. Bien sûr, le spectacle était toujours en préparation mais quand il l’a présenté à Alger, le spectacle était vraiment prêt. Ce fut une découverte sensationnelle. Les Français présents dans la salle ont réagi différemment. Ils ne comprenaient plus. Il ne savait plus ce qui se passait. J’étais le seul à rire dans la salle. J’ai ri abondamment. J’ai un rire qui se remarque. Je me rappelle quand le spectacle fut terminé, ils se sont tous levés. Je ne m’étais pas imaginé que tous ces gens-là se trouvaient à l’intérieur de la salle. C’est-à-dire les instructeurs nationaux qui s’exclamèrent en me découvrant. Je leur ai répondu à propos de Filet de Kaki: tout ce que je souhaitais dans le théâtre algérien, là où j’espérais y parvenir, c’est Kaki qui obtient la couronne et j’en suis heureux. Ce n’est pas moi, tant pis, c’est un autre, tant mieux». L’aspect spirituel reste encore une face cachée chez Momo. Il restera pour nous un soufi sans «khaloua» ou du moins, il emportait sa khaloua partout où il allait. A notre ami Abderrahmane Mostefa, il confie avec force et sagesse: «Je t’avais dit hier que j’étais ’’Khadem Allah’’. Et être un ouvrier de Dieu, un ouvrier chez Dieu, ce n’est pas une mince affaire. Parce que quand on est l’ouvrier de Dieu chez Dieu, on ne peut se permettre aucune erreur. On ne peut se permettre aucune faiblesse, parce que le patron est là et surveille ce que l’on fait, ce que l’on dit, ce que l’on pense». 

Momo a écrit abondamment. Ecrits poétiques, écrits littéraires, réflexions et autres manifestations de l’esprit face à des situations politiques. Mais le complice de Zinet a toujours déploré la réticence qu’affichaient à son adresse certains éditeurs que le naturel et la franchise de Momo semblaient incommoder ou gêner vis-à-vis des tenants du pouvoir, ou des pouvoirs en place.

Un homme libre 

Car Momo s’exprimait en toute liberté. «Je suis un homme libre», lança-t-il un jour à la face de Boudali Safir. C’est-à-dire un homme qui n’a de compte à rendre à personne. D’ailleurs, il l’affirme lui-même, sans ces obstacles qui ligotent la conscience et l’étouffent dans le plus douloureux des dilemmes pour la livrer carrément à la duplicité. «Personne ne pouvait me reprocher quoi que ce soit. Je pouvais donc parler quand je voulais parler et dire ce que je devais dire. Personne ne pouvait m’imposer ce qu’il fallait dire», dira-t-il sans complaisance. Momo a toujours refusé de quitter la Casbah et ses humbles gens. En 1962, on lui avait offert cette possibilité de vivre dans une maison plus confortable. Il y en avait tellement de ces maisons, abandonnées par les Français d’Algérie quand l’OAS menaça de quitter le pays. Momo opposera un non catégorique à cette offre. Nous avons cette nette impression que cet homme avait fait voeu de pauvreté comme le font encore aujourd’hui les adeptes de l’hindouisme. La prononciation du voeu étant sacré – pour n’importe lequel des comportements – aucun désir du monde ne viendra alors renverser les renoncements. Momo n’avait pas de grands besoins et de grands désirs à assouvir. Il se contentait de peu avec le peu qu’il gagnait. Il vivait d’une bien modeste retraite dans une modeste demeure héritée des aïeux. «Avec cette modeste retraite, dira Momo, ça ne mène pas très loin. Mais nous dormons tranquilles le soir. Nous rêvons le soir. Nous nous aimons le soir». Dans le hasard de nos pérégrinations, nous eûmes le plaisir de rencontrer deux des amis et disciples du poète de la Casbah qui ont eu la chance de le fréquenter pendant plus d’une vingtaine d’années. Il s’agit d’abord du docteur Mohamed Madaci qui nous parle de Momo avec enthousiasme et dévotion. Il conserve avec soin dans son cabinet deux chechias et un chapelet ayant appartenu au regretté Himoud Brahimi. Ce sont de véritables reliques que le docteur se plaît à montrer à tous ceux qui expriment une pensée et une admiration envers celui qui combla la Casbah de jolis poèmes comme un amoureux empressé de combler sa dulcinée de mille bouquets de fleurs et de mille baisers de tendresse, d’amour et d’affection. 

Puis l’un nous fait découvrir l’autre. C’est encore avec réconfort que nous avons rencontré cheikh Omar Chalabi qui garde de vifs souvenirs de son aîné et de son maître Momo; ce féru de poésie populaire et admirateur de Sidi Lakhdar Benkhlouf a composé un très beau poème à la mémoire de son ami disparu. Cheikh Omar Chalabi a eu le mérite d’évoquer la personnalité de Momo sur les ondes de la chaîne El Bahdja. Comme il effectua d’incessantes démarches auprès de la municipalité de la Casbah aux fins d’organiser une rencontre pour évoquer le personnage dans le souci de combattre l’oubli et de faire en sorte que le regretté Himoud Brahimi soit mieux connu, mieux apprécié, mieux redécouvert, mieux gardé dans la mémoire de la Casbah. Que cela soit écrit et mémorisé. Amen. 

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Ulysse, d’un exil à l’autre

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

 Par Hélène Monsacré – Magazine littéraire n° 221 – Juillet/Août 1985 (Dossier La littérature et l’exil). 

 « Oh ! non, rien n’est plus doux que patrie et parents ; dans l’exil, à quoi bon la plus riche demeure, parmi des étrangers et loin de ses parents ? » Ulysse in l’Odyssée. 

 C’est au moment où Ulysse vient de décliner son identité aux Phéaciens, et avant même de commencer le long récit de ses aventures, qu’il fait référence à la dureté de l’exil. Et quel exil ! Dix ans à guerroyer sous les murs de Troie avec les autres Grecs, neuf ans à errer sur les mers à la recherche du chemin du retour. Car l’Odyssée, c’est l’après-guerre ; c’est le récit des retours des héros grecs dans leurs foyers, plus particulièrement le recit du retour d’Ulysse. Pendant près de dix ans, Ulysse lutte pour quitter les contrées inhospitalières où, inlassablement, il échoue ; pendant dix ans, ce retour si difficile va le conduire d’un exil à l’autre. Et quel meilleur cadre choisir pour faire errer un homme que celui de la mer, de cette Méditerranée, mer « au milieu des terres », sur laquelle Ulysse est condamné à subir la colère de Poséidon ? La mer est dangereuse et n’est pas faite pour l’homme : la traverser veut dire s’exposer aux tempêtes, aux monstres marins, à la désolation de l’immensité mouvante et stérile. Les épreuves venant de la mer ne manquent pas à Ulysse : ouragans, tempêtes, naufrages, épuisements et mauvaises rencontres abondent. Chaque escale réserve ses surprises et éloigne un peu plus Ulysse de son but, la terre des « hommes mangeurs de pain » ; chaque halte apporte son lot de souffrances. 

Dès le premier vers du poème, il est « celui qui tant erra (…) et, sur les mers, passa par tant d’angoisses », et sa première apparition est caractérisée pareillement : prisonnier de Calypso, il passe ses journées à pleurer, à l’écart, sur son retour impossible. La fabuleuse histoire d’Ulysse c’est, d’une certaine manière, l’expérience humaine la plus achevée de l’exil, le vrai : celui qui fait qu’un homme n’est plus rien, n’est plus personne. Au-delà du récit des fatigues, blessures, frayeurs qu’un homme peut supporter, il y a dans L’Odyssée la merveilleuse peinture d’une dépersonnalisation temporaire. Car, au bout du compte, Ulysse n’est plus rien, il a tout perdu : son butin, son bateau, ses compagnons, ses armes, son passé héroïque et jusqu’à son nom. Il est un inconnu, naufragé anonyme ; il est « le plus obscur de tous les hommes », isolé dans un monde inhumain. Où est le roi d’Ithaque, où est le héros de Troie ? Dans ces contrées fabuleuses, la renommée d’Ulysse est impossible, n’a pas de prise. C’est par rapport à la société des hommes, grâce au chant de l’aède qui vante sa valeur, qu’un héros peut exister en tant que tel dans la mémoire des vivants. Mais, nous le savons, la destinée d’Ulysse n’est pas de disparaître sans sépulture au fond de la mer, ou sur une terre inconnue des hommes. Le poète le montre bien : s’il n’épargne aucune épreuve à son héros, il lui laisse toutefois toujours son intelligence ; et cette intelligence, c’est aussi la mémoire de son humanité. Ulysse ne perd jamais le sens du retour. 

Ulysse a tenu bon : il n’a jamais oublié sa patrie, jamais renoncé à son épouse, malgré le charme de Calypso et les propositions d’immortalité qu’elle lui fait. Rester sur l’île et en compagnie de la nymphe, à l’abri de tout souci, éternellement jeune, serait pourtant facile. Ulysse, toutefois, fidèle à lui-même, c’est-à-dire à son tempérament d’endurance, résiste et choisit les épreuves du retour, l’angoisse de la mer pour retrouver sa place de mortel. Mais s’il quitte enfin, grâce à Athéna, le monde de l’exil en pays fabuleux, il n’en a pas fini, pour autant, avec le déni de sa véritable identité. Même à Ithaque, Ulysse est toujours hors statut, hors de lui-même. Il doit repasser une série de tests, subir bien des épreuves pour retrouver sa véritable identité. De l’état de vieux vagabond anonyme, recueilli par son propre porcher Eumée, à celui de misérable mendiant assis sur le seuil de son propre palais, Ulysse, déguisé, connaîtra toutes les humiliations. Une fois de plus, l’écart est grand entre la condition du mendiant en haillons, malmené par les prétendants, et celle du roi de justice tout-puissant ; c’est en ce sens que, même à Ithaque, Ulysse n’en a pas fini avec l’exil. Ce n’est qu’après le concours de l’arc et le massacre des prétendants, qui marquent l’ultime transition dans la reconquête de sa royauté, que son identité est reconnue de tous. En réussissant l’exploit qui le qualifie, il se montre digne de la royauté, digne de son épouse ; il est redevenu Ulysse, le roi d’Ithaque en même temps que le héros vainqueur de Troie. A Troie, justement, les Grecs de l’Iliade étaient-ils confrontés au sentiment d’exil ? Plus d’un indice permet de le penser. Il convient, toutefois, de nuancer les choses : rien n’est comparable à la longue errance de l’Ulysse de l’Odyssée, à sa progressive dépossession d’identité. 

   L’Iliade n’évoque jamais la nécessité d’exploits guerriers sans la référence obligatoire à la renommée, à la morale héroïque qui ne prend son sens que par rapport à la patrie d’origine. Il s’agit de prendre Troie pour venger l’affront fait à Ménélas, mais aussi pour rentrer en vainqueur en Grèce. Les allusions au découragement, à la lassitude abondent et ponctuent l’action au camp des Grecs. Et, dans un certain sens, la communauté des Achéens est en exil sous le murs de Troie : les affrontements durent depuis trop longtemps. Le souvenir récurrent de la terre natale ronge les guerriers fatigués. Mais ce souvenir les stimule en même temps : le thème de la patrie est dissociable de l’exigence héroïque. Car, être un héros, c’est se montrer digne de ses ancêtres, guerriers eux aussi, et valeureux pour ses fils ; c’est acquérir la gloire qui sera chantée par les générations à venir. Rentrer vaincu est impossible. Achille, le plus courageux des Grecs, le sait mieux que quiconque, même si la tentation de rentrer dans son pays l’effleure un instant. En effet, depuis sa querelle avec Agamemnon, Achille est à l’écart du combat. Loin de sa patrie, loin de ses compagnons d’armes, il fait, pour un temps, lui, le « meilleur des Achéens », figure d’exilé. Mais son inactivité ne peut durer. On connaît l’histoire : il choisit la gloire, elle s’impose à lui, il restera à Troie. « Si je reste à me battre ici autour de la ville de Troie, c’en est fait pour moi du retour ; en revanche, une gloire impérissable m’attend. Si je m’en reviens au contraire dans la guerre de ma patrie, c’en est fait pour moi de la noble gloire ; une longue vie, en revanche, m’est réservée, et la mort, qui tout achève, de longtemps ne saurait m’atteindre. » Dès lors que Patrocle, son ami, cet « autre lui-même », est massacré par Hector, la mort est déjà sur lui. Il n’échappe pas à son destin qui est de mourir jeune, dans une immense gloire : il tuera Hector, permettra la prise de Troie et mourra loin de son pays. Si le thème de l’éloignement, de l’exil est présent dans la poésie homérique, il l’est à des degrés divers. D’un côté, dans l’Iliade, une collectivité de guerriers est provisoirement coupée de son pays pendant dix ans ; de l’autre, dans l’Odyssée, un individu est ballotté au gré de la fureur d’un dieu dans des mondes dangereux, dans un espace non humain et indélimité. Avec l’Ulysse de l’Odyssée est évoquée confusément, mais avec force, la nécessité d’appartenir à une communauté, à une cité. Il faut être chez soi pour avoir une identité, comme si, en cette fin du VIIIe siècle avant J.-C., la référence obligatoire à quelque chose de plus fort que les valeurs aristocratiques individuelles commençait à se faire sentir. 

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Kafka le Pragois

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

Par Jean Montalbetti – Magazine littéraire n° 198 – Septembre 1983

1983. L’Europe entière célèbre le centenaire de Kafka. A Paris, un colloque lui est consacré à la Sorbonne. Mais Prague, ville dont Kafka est indissociable, continue à le considérer comme un auteur décadent, dont il faut proscire l’œuvre et le souvenir. 

« Il m’a semblé que la nature des œuvres de Kafka est telle qu’elle risque de faire de lui le fonctionnaire tout à fait redoutable du Château qu’il décrit. (…) C’est l’humour qui empêche Kafka de devenir ce monument pétrifié et boursouflé par la masse des interprétations qu’on apporte. » Vaclav Jamek 

Notre plus jeune centenaire, Franz Kafka, est dpuis quelque trente-cinq ans devenu universel. Auteur de langue allemande, appartenant à une famille juive implantée en Bohême, jeune Tchèque à la fin de la monarchie austro-hongroise de François-Joseph et de Charles, citoyen de la République tchécoslovaque de Masaryk à partir de 1918 jusqu’à sa mort le 3 juin 1924, Kafka est avant tout un écrivain indissociable de Prague. Sa vie a été étroitement inscrite dans une topographie qui va de la Place de la Vieille Ville, dominée par les deux tours du Tyn, au château de Hradcany – encore aujourd’hui siège et symbole du pouvoir temporel – qui domine Prague sur l’autre rive de la Vltava, en passant par les ruelles sombres de Mala Strana à l’extrémité du Pont Charles. Son éducation, il l’a reçue au gymnase allemand installé dans le très bel édifice baroque du Palais Kinsky où son père, Hermann Kafka, transféra en 1906 son commerce de nouveautés. Du balcon de ce même Palais Kinsky, sur la Place de la Vieille Ville où a été érigée la statue du réformateur tchèque Jan Hus brûlé vif sur oredre du Concile de Constance, Klément Gottwalt a proclamé le Coup de Prague le 21 février 1948 en pleine guerre froide. L’Amérique venait de paraître à Prague en traduction tchèque, premier tome de ce qui devait être une édition des œuvres complètes en dix volumes. Gottwald donna l’ordre de mettre L’Amérique au pilon. Franz Kafka fut proscrit de Prague pour dix ans et quelques-uns de ses défenseurs connurent les prisons staliniennes. Quinze ans après l’Allemagne hitlérienne, le verdict était le même de Berlin 33 à Prague 48 : cet auteur décadent devait être brûlé. 

Quelques intellectuels français s’acharnèrent à changer le cours de l’histoire littéraire : André Breton qui plaça Kafka dans son Anthologie de l’humour noir, Albert Camus qui publia en 1943 un texte sur L’Espoir et l’absurde dans l’œuvre de Franz Kafka repris dans le Mythe de Sisyphe, Jean-Paul Sartre qui tira aussi Kafka du côté de l’existentialisme, Maurice Blanchot le plus kafkaïen de nos écrivains et Marthe Robert. Mais le premier traducteur et introducteur de Kafka en France fut Alexandre Vialatte qui publia Le Procès à Paris en 1933 au moment où Berlin proscrivait « le Juif décadent ». L’année de centenaire va-t-elle permettre à Kafka de connaître l’amnistie ? 1983 est marquée par de nombreuses manifestations, colloques, expositions, dont le coup d’envoi a été du 16 au 19 mai le Symposium international Kafka à Vienne. L’Italie a fait le sien à Bari. Suivront Mayence pour la RFA, Montréal, Tel Aviv, Paris ce mois-ci. 

Et à Prague ? Le 3 juillet un petit groupe d’admirateurs s’est rendu au cimetière de Strachnitz dans la banlieue de Prague. Au milieu d’une nature en friche, parmi les tombes abandonnées des familles juives exterminées pendant la guerre, ce groupuscule d’anonymes est venu placer une couronne de fleurs contre la pierre dressée de la sépulture où Franz Kafka a été inhumé le 11 juin 1924 et où furent enterrés ses parents quelques années plus tard. Là les Juifs ont coutume de déposer sur le bord des tombes une petite pierre du souvenir. On peut en voir plusieurs centaines devant le mémorial du Dr Franz Kafka. L’Université Charles de Prague – l’une des plus anciennes d’Europe -, l’Union des Ecrivains tchécoslovaques, continuent, eux, d’ignorer Kafka dont le poète tchèque Urzidil a écrit : « Kafka, c’était Prague et Prague, c’était Kafka ». Comment Prague peut-elle méconnaître à ce point son histoire ? Ce foyer traditionnel de plusieurs cultures et, dans cette première moitié du siècle, point de rencontre des avant-gardes en littérature comme en peinture. A-t-on oublié l’un des cris de révolte de Kafka dans son Journal : « Tout ce qui n’est pas littérature m’ennuie et suscite ma haine » ? Claude David, dans sa préface aux Oeuvres complètes publiées dans La Pléiade, le souligne avec justesse : « Le monde de Kafka ignore les conflits d’opinion, de nations, de races, il ignore la guerre, dans le temps même où elle a lieu. Il est souvent oppressant mais il montre peu la violence. La solitude y est plus pesante que la contrainte collective. Les mondes fabuleux que suscite la rêverie de Kafka ne sont pas dessinés à la ressemblance du nôtre. » Voir en Kafka un peintre de la société communiste ou du capitalisme au dernier stade de ses contradictions est en faire un écrivain réaliste. Milan Kundera, lui-même romancier pragois, préfère le tirer du côté de Jaroslav Hacek, vers l’esprit de non-sérieux et de l’humour pragois. C’est probablement ainsi que fut interprété le premier chapitre du Procès, et l’on en croit Max Brod. Quant à Kafka, il écrit à sa fiancée Felice Bauer, après une lecture chez Max Brod de La Métamorphose de Gregoire Samsa qui se réveille un matin en vermine : « Nous avons passé un bon moment et nous avons beaucoup ri. » 

L’angoisse existentielle de Kafka enregistrée par le Journal et transmise par la correspondance, son conflit avec le père en filigrane du Verdict puis éclatant dans la Lettre au père, sa sujétion professionnelle, le développement d’une maladie grave avec une tuberculose pulmonaire diagnostiquée en 1917, ne doivent pas nous faire oublier l’extraordinaire vitalité de Kafka, son humour mordant, le jeu passionné de l’imaginaire engagé dans une production perpétuelle d’images insolites destinées à mettre en déroute toute logique et à subvertir le rationnel. Albert Camus et Maurice Blanchot y voient l’un et l’autre une inspiration religieuse qui selon Camus lui donne une dimension universelle et selon Blanchot marque la revanche du Dieu-mort : « Mort, il n’est que plus terrible, plus invulnérable, dans un combat où il n’y a plus de possibilité de vaincre. » 

Le psychologue et romancier d’origine autrichienne Manès Sperber, qui a lu les premiers textes de Kafka en allemand à Vienne dans les années 20, me confiait que Kafka serait aujourd’hui surpris de la place qu’on lui prête. Goldstücker dit de Kafka qu’il a été « le Verdun des années de Guerre froide ». Il est peut-être temps de laisser de côté les grilles politiques, sociologiques, psychanalytiques de l’œuvre de Kafka, pour faire au niveau de la lecture un travail aussi neuf que celui entrepris par Malcolm Pasley sur les manuscrits de la Bibliothèque Bodléienne d’Oxford pour l’établissement scientifique des textes tels qu’ils ont été écrits par Franz Kafka. Ceci permettrait de rendre Kafka à la littérature, après un détour mouvementé d’un demi-siècle de 1933 à 1983. Ce serait après tout un joli cadeau pour un centenaire. Bon anniversaire Monsieur Kafka. 

Entretien avec Edouard Goldstücker, le sauveur de Kafka 

Kafka a connu à Prague une petite décennie de répit, des suites du 20e Congrès du PCUS à l’été 68. Edouard Goldstücker fut le principal artisan de ce dégel littéraire qui lui permit d’organiser en Tchécoslovaquie, à Liblice en 1963, le premier colloque international Kafka. Il était alors directeur de l’Institut des études germaniques à l’Université Charles. Il vit aujourd’hui en exil en Angleterre et enseigne à l’Université de Brighton. Rencontré à Vienne, il témoigne quinze ans après sur l’ostracisme dont Kafka est victime à Prague depuis 1948. 

  • Entre 1948 et 1957, aucun livre de Kafka n’a été publié ni aucune critique sur son œuvre. On a considéré Kafka comme un prototype de la décadence destructrice, spécialement auprès de la jeunesse. Par là-même, c’était un auteur qui n’avait pas de place dans une société en train de construire le socialisme. C’est pourquoi on l’a supprimé. Vous ne devez pas oublier que pendant les années de guerre froide Kafka a été utilisé contre l’Union soviétique et les démocraties populaires en étant présenté comme le prophète qui avait prédit et décrit la bureaucratie du monde stalinien. Moi-même j’étais communiste depuis 1933. De 1951 à la fin de 1955 j’ai été détenu en prison. Libéré, je suis retourné à l’Université à l’époque du 20e Congrès. C’est seulement après cela qu’on a pu mentionner en public le nom de Kafka sans avoir à utiliser une épithète péjorative. 
  • En 1962-1963 il ya eu en URSS l’ère khrouchtchévienne de libération culturelle avec la publication d’Une Journée d’Ivan Denissovitch. Kafka en a-t-il bénéficié à Prague? 
  • En 1962 j’ai été invité à faire une conférence à l’Université de Moscou sur les écrivains pragois du Xxe siècle. J’ai parlé de Kafka. La première question que l’on m’a posée a été : « Considérez-vous Kafka comme un réaliste-critique ? » Si j’avais répondu oui, cela voulait dire qu’à mon point de vue il était acceptable pour la ligne officielle. J’ai compris que dans l’Université on essayait de sauver Kafka. C’est à ce moment-là que j’ai organisé un comité des germanistes de toutes les Universités de Tchécoslovaquie et je leur ai proposé de réunir un symposium sur Kafka avec les spécialistes marxistes. Nous avons mis en discussion à cette conférence de Liblice en 1963 le bien-fondé de l’accusation portée contre Kafka : était-il, oui ou non, un pessimiste susceptitble d’avoir une influence nuisible sur la société construisant le socialisme ? Le résultat a été qu’après Liblice on a autorisé la publication de l’œuvre de Kafka en traduction tchèque. C’est ainsi qu’ont été publiés à Prague en cinq ans : Le Procès, Le Château, Description d’un combat et un recueil de récits de même que la biographie écrite par Max Brod.
  • Le Château a pour thème l’impossibilité de se faire adopter et par les autorités et par la population dans un pays où l’on est ressenti comme étranger. Cela a été souvent le cas des Juifs en Europe. Est-ce le Juif qui a été proscrit de Prague, où depuis 1968 on ne peut trouver aucun livre de Kafka, même pas dans les bibliothèques ?
  • Certainement après l’occupation de Prague en août 1968, il y a eu dans l’attitude des autorités à l’égard de Kafka un élément spécifique d’antisémitisme. 
  •  Quand on mène une enquête à Prague, on finit par connaître l’accusation officieuse retenue contre Kafka. Il est proscrit comme « sioniste ». Est-ce là une confusion entre les convictions de Kafka et celles de Max Brod ? 
  • Vous devez comprendre le langage officiel. Quand on vous dit « sioniste », il faut entendre « juif ». Ce n’est qu’un euphémisme de l’antisémitisme.

In magazine littéraire n° 198 – Septembre 1983 

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VIRGINIA WOOLF

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

    Souvent considéré comme le chef-d’œuvre de Virginia Woolf (1882-1941), La Promenade au phare (1927) est également le plus autobiographique de ses romans, celui dans lequel elle a amplifié la technique du « flux de conscience » abordée dans Mrs Dalloway (1925). Sans être le premier écrivain femme à utiliser ce procédé, qui permet de reproduire le flux chaotique de la conscience avant son articulation par le langage, elle sut imprimer la marque de la féminité au modernisme. Confrontée aux mêmes contraintes que James Joyce et D. H. Lawrence, elle travailla à se libérer comme eux de la psychologie et de la chronologie.

    Sa manière propre triomphe dans La Promenade au phare, où s’opposent deux manières d’interpréter le monde : la masculine, éprise de domination et synonyme de raidissement, la féminine, fluide car épousant le rythme des choses. Le couple formé par Mr. et Mrs. Ramsay illustre parfaitement ce contraste. En même temps, il fournit l’occasion à la romancière de faire œuvre de thérapie personnelle. Les parents du roman sont en effet étroitement calqués sur ceux de Virginia, Leslie et Julia Stephen. Un père tyrannique, une mère aimante qui se sacrifie pour son foyer, telles sont les données familiales que le roman transpose et exorcise à la fois.

            1. Un triptyque          

     La Promenade au phare se présente comme un triptyque, ou bien encore, pour reprendre les mots de Virginia Woolf, à la manière de « deux blocs reliés par un couloir ». Le premier panneau («  La Fenêtre ») se passe en bord de mer, sur une île au large de l’Écosse, dans la maison de vacances des Ramsay, où ils séjournent avec leurs huit enfants. À la veille de la Grande Guerre, il s’ouvre sur la promesse faite à l’un des fils, James, d’aller au phare le lendemain, en cas de beau temps. La promesse scelle l’alliance de la mère et de ses enfants, contre leur rabat-joie de père qui déclare que l’expédition n’aura pas lieu. De fait, le soir venu, la pluie tombe, ruinant tout espoir de sortie en mer. Dix ans s’écoulent dans le deuxième panneau (« Le Temps passe »), avec son noir cortège de deuils : Mrs. Ramsay meurt, un fils est tué au combat, une fille meurt en couches, sans compter les millions de victimes de la guerre. C’est l’obscur couloir de la mort qui vide la maison de ses occupants et plonge l’univers dans les ténèbres. Le dernier tableau (« Le Phare ») prend place des années plus tard : lors du retour de l’été, la vie reprend ses droits. La promenade vers le phare se fait finalement, en l’absence de la mère, mais dans un climat d’entente retrouvée : « La matinée était si belle, à part un petit coup de brise ça et là, que la mer et le ciel paraissaient une seule et même texture, comme si des voiles étaient suspendues tout là-haut dans le ciel, ou que les nuages étaient tombés dans la mer. »

    À la dernière page du livre, le peintre Lily Briscoe, la tante de Mrs. Ramsay, apporte la touche finale à son tableau, qui représente, de manière non figurative, l’unité du couple en famille. Au fil des pages, à mesure que son tableau progressait, sans néanmoins satisfaire l’artiste, les portraits de Mr. et de Mrs. Ramsay se complétaient, à la faveur du cheminement accompli à l’intérieur de leurs rêves et de leurs consciences. Mais, en l’absence de toute parole médiatrice, l’image en demeurait tristement disjointe : quand il n’est pas plongé dans son travail, qui n’avance guère, Mr. Ramsay s’interroge sur sa place au sein de la famille et sur son identité, toutes deux mal assurées. Sa femme, mère attentive et hôtesse radieuse, centre rayonnant du roman, ressent douloureusement l’inversion du rapport de forces qui voit son époux dépendre d’elle, et travaille à tisser des liens entre les êtres qui lui sont proches. Il faudra au peintre du recul, de la distance, pour que le mari et la femme se trouvent réunis sur la même toile. Par la magie du souvenir, la perte cruelle est remise en perspective, les querelles passées s’harmonisent, la « vision » - c’est le dernier mot du roman - se donne, non sans ultimes ratés, à l’image du passé enfin recomposé : « Elle regarda les marches ; elles étaient vides ; elle regarda sa toile ; elle était floue. Avec une intensité soudaine, comme si elle la voyait clairement l’espace d’une seconde, elle traça une ligne, là, au centre. C’était fait ; c’était fini. Oui, se dit-elle, reposant son pinceau avec une lassitude extrême, j’ai eu ma vision. »

            2. Une nouvelle poétique romanesque                   

    À l’architecture solidement charpentée du livre répondent la légèreté et la grâce d’une écriture poétique et musicale, non dénuée d’humour, et d’une fluidité sans pareille. En attestent les multiples changements de points de vue narratifs, les subtiles modulations du style indirect au style direct, les écarts temporels, à peine perceptibles. La primauté accordée par le peintre, dont l’œuvre est manifestement une métaphore du livre en train de s’écrire, à l’équilibre interne de la composition, à l’alternance de l’ombre et de la lumière, au choix des couleurs, illustre l’intérêt porté par Virginia Woolf à la nouvelle esthétique post-impressionniste, représentée par le « Groupe de Bloomsbury » qui réunissait notamment autour de Virginia Woolf les peintres Roger Fry et Duncan Grant, le critique Clive Bell qui avait épousé Vanessa, la sœur de Virginia.

    Reste la signification du phare qui donne son titre au roman. On y verra moins un symbole en relief (phallique, donc) qu’en creux, sorte de place laissée vacante, offerte à l’interprétation et à l’imaginaire de chacun. Cet imaginaire, qui s’investit également dans la lecture, quoique de manière contrastée - Mr. et Mrs. Ramsay ne lisent pas les mêmes livres - a partie liée avec le désir, qui n’est pas l’apanage du petit James devenu grand. La lumière clignotante du phare pointe vers un profond sentiment de plénitude, sur fond d’absence. Rétrospectivement, il paraît difficile de concevoir, pour l’artiste comblée dans son désir d’œuvre, consommation plus achevée.

    

    Suggestions de lecture 

  • Femmes amoureuses – D. H. Lawrence (1920) , 
  • La Terre vaine – T. S. Eliot (1922) , 
  • Ulysse – James Joyce (1922) , 
  • Près du cœur sauvage – Clarice Lispector (1944)          
  • V. WOOLF, Vers le Phare, trad. F. Pellan, coll. Folio Classique, Gallimard, 1996.                

Études              

  • V. FORRESTER, Virginia Woolf, La Quinzaine littéraire, Paris, 1973 
  • J.-J. MAYOUX, Vivants Piliers, Julliard, Paris, 1960 
  • F. PELLAN, Virginia Woolf. L’ancrage et le voyage, Presses universitaires de Lyon, 1994.             

Encyclopædia Universalis 2004, tous droits réservés

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Une page héroïque du commando Ali Khodja (Wilaya IV)

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

EW 20/08/2009 

 « Fi Djbel Bouzegza Ki djat Franssa testehza Hasbetna khobza Tahna aâliha berraffal ! » (Chanson populaire durant la guerre de Libération nationale) 

Le Bouzegza est ce massif bleu violacé, couleur qui lui a donné son nom (azegza veut dire bleu en tamazight) qui offre, à l’est de la Mitidja, son ubac à la mer. 

C’est ce dos de lion couché qui porte sur ses contreforts les gros bourgs voisins méridionaux et orientaux de la capitale. C’est ce lieu d’où ont déferlé les fantassins en armes, tout comme l’ont fait ceux de l’Ouarsenis et du Djurdjura pour courir au secours d’Alger, désertée par les Janissaires en déroute le 14 juin 1830, quand les armées coloniales se sont répandues sur la grève de Sidi Fredj. C’est ce djebel mythique où le prestigieux commando Ali Khodja, unité d’élite des combattants de la glorieuse ALN de la Wilaya IV, a écrit, les 4, 8 et 12 août 1957, des pages de légende parmi les plus illustres de la guerre de Libération nationale. Djebel qualifié de « pourri » par le général Jacques Massu dans ses mémoires en raison de la dérouillée qu’il y a écopé puisqu’il y a laissé plus de six cents morts dans les rangs de son armée ! Après le démantèlement de la première zone autonome d’Alger successif à l’arrestation de son chef Yacef Saâdi (23 septembre 1957) et la mort d’Ali La Pointe et de ses compagnons dans un refuge à La Casbah (8 octobre 1957), l’armée française a considérablement épaissi ses effectifs militaires dans les maquis, particulièrement les wilayas périmétriques de la capitale. La pression s’est particulièrement imposée sur la Wilaya IV, d’évidence en raison de sa contiguïté.

Dès lors qu’Alger a été éreintée et sa farouche résistance réduite, il ne se passait plus un jour sans que les armées coloniales en nombre, tous corps confondus, appuyées par des moyens aériens et terrestres considérables, ne se déploient comme la misère sur le monde à travers monts et talwegs. Un harcèlement permanent ! Il en sortait de partout. Les hélicoptères de transport, qu’on appelait les « bananes » (voir encadré), pondaient journellement des hommes en armes sur les crêtes et les pentes des reliefs les plus escarpés. Une crête occupée par l’adversaire était pour nous une bataille de perdue ! Le quadrillage était d’un tel maillage que la seule région de Ouled Moussa (ex-Saint-Pierre-Saint-Paul) était hérissée de pas moins de 58 postes militaires ! Une submersion asphyxiante qui nous contraignait à vivre en apnée. Alors que depuis les premières actions d’Ali Khodja et de son commando nous avions appris à opérer et nous mouvoir au grand jour, la constriction exercée sur nous par l’ennemi nous astreignait à une position défensive. L’initiative nous avait échappé et sans une réaction salutaire, nous risquions de perdre tout le terrain laborieusement gagné politiquement et militairement, après de durs combats souvent coûteux en vies humaines. Face à ce pressing mortel, le conseil de la Wilaya IV, alors présidé par le commandant Si M’hamed – qui assurait encore l’intérim du commandement après le départ pour Tunis du colonel Si Sadek – avait pris la décision historique et combien audacieuse de lancer une offensive généralisée contre les villes et villages relevant de sa compétence territoriale. Cette stratégie apparaissait comme la seule solution susceptible de desserrer l’étau létal qui nous étranglait. L’extension de nos capacités de nuisance et l’élargissement de notre champ d’intervention, la multiplication des points d’impact de nos raids allaient nécessairement fragmenter les rangs de l’adversaire et modérer la compacité de ses énormes moyens.

Nous somme début août 1957, conformément à l’ordre du conseil de wilaya, toutes les unités combattantes que comptait la IV sont passées à l’action. Du fait de ma parfaite connaissance de la région de Tablat, de son relief et de ses installations militaires sensibles – je m’étais évadé de sa prison le 20 octobre 1956 – il échut au commando Ali Khodja, que je dirigeais depuis sa reformation à Boukrem en janvier 1957, la mission de mener une attaque et d’y faire le plus de tintouin possible pour y semer la panique dans les rangs et la peur dans les esprits. Malheureusement, en arrivant de nuit aux abords de ce gros bourg qu’il était à l’époque, contrôlant une position stratégique sur l’axe routier Alger-Bou Saâda après le col des Deux Bassins, notre déconvenue a été grande quand nous avons constaté une concentration massive de troupes ennemies fortement équipées. L’armée coloniale s’apprêtait visiblement à lancer un de ces terribles et redoutables ratissages qui n’épargnait rien, ni les hommes ni leur environnement. Audacieux mais surtout pas téméraires, nous avons évité l’objectif pour le contourner et nous diriger vers le nord, vers le massif de Bouzegza. Sans le savoir, nous allions à la rencontre de ce qu’un coup du destin va transformer en un véritable enfer sur la terre. Alors que nous faisions mouvement vers la région de Djebel Zima, au centre du triangle Khemis El Khechna-Tablat-Lakhdaria, éludant prudemment un affrontement défavorable pour nous contre un ennemi de loin supérieur en nombre et en moyens, les autres unités avait lancé des attaques foudroyantes sur toutes les cibles qui avaient été déterminées. L’écho a été puissant et à la hauteur de nos espérances. La section de Si Boualem avait opéré contre Palestro (aujourd’hui Lakhdaria) avec succès. Les djounoud avaient même pris le soin de vider une pharmacie, emportant médicaments et nécessaires de premiers secours. Cependant, jouant de malchance, lors de la retraite de nuit, l’infirmier de la section fut arrêté. Interrogé sur la destination du retrait de sa section, sauvagement torturé, épuisé, il finit par lâcher, tout à fait fortuitement, une destination : Bouzegza ! Il savait que c’était faux mais il pensait ainsi fourvoyer ses tortionnaires sur une fausse piste. Ce qu’il ne savait pas par contre, c’est que nous nous étions réfugiés dans cet endroit, convaincus que nous y serions à l’abri car loin des voies principales de communication. Il y a lieu de préciser qu’en 1957, les montagnes et les forêts d’Algérie n’avaient pas encore été balafrées de pistes, chemins et sentiers par les scrapers et les bulldozers du génie militaire.

Ainsi, ne sachant bien évidemment rien du sort cruel de l’infirmier malchanceux de la section de Si Boualem, nous pensions que nous étions loin d’une éventuelle opération des Français. La région de Djebel Zima où nous avions décidé de nous arrêter était traversée en son milieu par une ravine fortement encaissée. C’est un petit affluent de l’oued Corso, sec en cette période de l’été. Les versants de la montagne étaient inégalement couverts ; tandis que l’un présentait plutôt l’aspect d’un maquis plus ou moins buissonneux, l’autre qui lui faisait face était constitué de pierraille et de caillasse incandescente en ce mois d’août. Nous étions réfugiés dans les maisonnettes éparses de la dechra. Nous comptions les heures et, de manière générale, lorsqu’arrivait 13h, nous pouvions souffler car une attaque ennemie qui commençait à cette heure de la journée nous permettait souvent, après une résistance conséquente, de décrocher à la faveur de la nuit tombante. L’obscurité rendait l’intervention de l’aviation impossible et l’usage de l’artillerie inutile. Nous exploitions les ténèbres pour sortir du ratissage. Mais cela était valable pour les mois d’hiver, vu la courte durée du jour. En été, la nuit tombe tardivement. Ce qui faisait que ce n’est que sur les coups de 16h que la menace s’éloignait sans jamais disparaître et anesthésier notre vigilance. L’armée française ne sortait ordinairement pas une certaine heure passée. Alors, nous pouvions nous occuper des tâches d’hygiène et profiter de l’accalmie pour une petite toilette et/ou une lessive. Ce jour du 4 août 1957, il était approximativement 15h, tout paraissait tranquille. Subitement les cigales cessèrent de striduler… Brusquement comme surgit du silence et jaillit du néant, un déferlement d’hommes et d’armes emplit, dans un grondement tumultueux, le ciel et la terre. Le versant, qui faisait face aux masures dans lesquelles nous nous trouvions, a été littéralement dévasté par les tirs de l’aviation. De l’infirmerie tenue par Baya el Kahla, une infirmière digne de tous les éloges, où je rendais visite aux malades et aux blessés, j’observais le déluge de fer et de poudre qui s’abattait sur un espace qui ne mesurait pas plus de deux kilomètres carrés.

Des moyens démesurés, cyclopéens avaient été déployés contre ce qui en l’état de leur connaissance se voulait la simple section du capitaine si Boualem qui avait opéré son coup de force à Palestro. Sur les crêtes qui nous faisaient face, les « bananes », tels des oiseaux d’acier géants pondaient, dans la chaleur et la poussière épaisse soulevée par les rotors qui fouettaient l’air dans un sifflement sinistre, des couvées entières de soldats armés jusqu’aux dents qui, cassés en deux, s’éloignaient des pales, avant de prendre position. Une fois leur ponte au sol, les appareils frappés de la cocarde tricolore de l’armée colonialiste, amblaient, pour regagner de l’altitude dans le ciel irradiant, vibrant de réverbération, pour laisser d’autres autogyres épandre d’autres troupes. Très vite, je me suis rendu compte, au regard de cette débauche d’hommes et de matériel, en observant les mouvements tout à fait improvisés des troupes au sol, que cette opération avaient en fait été préparée à la hâte et qu’il n’y avait dans tout ce remue-ménage aucune tactique élaborée préalablement. Pourtant, apprendrons-nous plus tard, cette expédition était directement commandée sur le terrain par le général Jacques Massu lequel s’était vu confier en janvier par Robert Lacoste les pleins pouvoirs de police. Il était accompagné des généraux Allard, de Maisonrouge et Simon. A la manière d’une machine à coudre les avions surfilaient les flancs de la montagne. Mais ils avaient à faire à des hommes aguerris qui avaient l’instinct de guerre des combattants les plus expérimentés. Les djounoud du commando avaient eu l’extrême intelligence militaire de ne pas bouger pour tenter une sortie ou essayer de décrocher. S’ils avaient commis cette erreur, non seulement ils auraient été des cibles que l’aviation aurait vite repérées et taillées en pièces mais les hélicoptères au lieu d’atterrir sur le versant d’en face, auraient déposé les troupes sur la crête du même côté où nous nous trouvions. Ainsi ont-ils laissé passer le bombardement intensif comme on patiente que l’orage se vide et jusqu’à ce que les « bananes » se soient éloignées abandonnant leur pondaison sur l’autre versant. Nous étions en face d’eux. A peu près deux cents mètres, à vol d’oiseau, nous séparaient. Mais il fallait une bonne vingtaine de minutes pour aller d’un point à l’autre. Dans le ciel plombé, les Pipers, tels des vautours, décrivaient inlassablement leurs cercles excentriques.

Nous étions hors de portée de leurs mitraillettes (voir encadré) mais pas des fusils. Tandis que mes vêtements séchaient, habillé d’une simple gandoura, je me trouvais à quelques enjambées des maisons où étaient répartis les membres du commando. Je les rejoint à toute vitesse, et enfilait promptement mon treillis encore humide.Nous avons encore temporisé un moment pour bien situer les positions de l’ennemi. Puis, furtivement nous sommes sortis de nos abris et nous avons gagné la crête. Nous avions une vue synoptique de toute la région. A notre grande stupéfaction d’autres troupes escaladaient en ahanant la contre-pente. Half-tracks, véhicules blindés, camions de transport de troupes… se dirigeaient vers le lieu où nous avions pris position. A ce moment, j’ai réalisé que leur manœuvre, même impréparée, pouvait déboucher sur un encerclement qui nous serait fatal. Je me souviens de ce chef de section, ô combien courageux, qui avait sorti le drapeau national, décidé à partir à l’assaut de cette nuée en armes. D’un geste je l’en dissuadais. Il ne fallait surtout pas qu’ils nous repèrent. Pour l’heure la confusion était totale de leur côté. Nous étions vêtus des mêmes treillis que nous portions de la même façon au point que nous poussions le détail jusqu’à mettre, comme eux, le col de la chemise sur le revers de la vareuse du battle-dress. Comme eux, nous étions coiffés de chapeaux de brousse, ces couvre-chefs de toile, dont un bord est relevé à l’aide d’un bouton pression. Et pour cause, tout comme notre « usine d’armement », notre « atelier de confection » était la « route goudronnée » où nous montions nos embuscades. Nous recevions rarement des équipements de l’extérieur et nous ne les portions jamais. Que ce soit les armes ou les tenues, je ne me souviens pas que le commando en ait un jour fait usage. Face à l’ennemi, peu économe en matériel de combat, nous disposions nous aussi de mitrailleuses 30 (voir encadré). Toutefois, comme elles consommaient des quantités de munitions trop importantes nous avons dû renoncer à leur emploi. En revanche, nous avions des FM BAR, fusils-mitrailleurs de l’OTAN, des FM 24/29, fusils-mitrailleurs français, des mitraillettes Thomson, d’un calibre 11.43, comme celle des films noirs américains, des MAT 49 françaises, des fusils MAS français, armes de précision, des fusils américains Garand, des carabines US, etc. Pour tout dire, le commando était armé de 9 fusils-mitrailleurs. A ma connaissance, aucune compagnie de l’armée d’en face n’en disposait d’autant. Si nous ne comptons que les armes de poing et d’épaule, conventionnelles s’entend, notre puissance de feu dans les engagements était souvent supérieure à n’importe quelle équivalence numérale française. Cela signifie aussi que chaque groupe avait un FM soit un total de trois par section ! Neuf fusils-mitrailleurs qui aboient de concert est d’un effet déconcertant sur l’adversaire !

Lors de nos diverses opérations et embuscades nous récupérions beaucoup d’armements. Nous gardions les meilleurs et nous donnions à nos frères, des autres secteurs et régions ou aux moussebiline, celles dont nous n’avions pas besoin. Comme nous ne voulions pas dépasser la katiba de 110 hommes, nous ne conservions que les armes requises pour un tel effectif… Le petit incident du drapeau passé, nous nous sommes fondus dans terrain et observions les agissement des soldats à la jumelle. Au bout d’un moment, nous avons compté à première vue deux compagnies environ qui arrivaient du sud là-bas vers Palestro. Une compagnie française est composée de quelque 140 hommes. Vu la distance qui nous séparait, nous avions présumé qu’il s’agissait de la section de Si Boualem qui repliait. Mais très vite nous nous sommes rendus compte qu’il s’agissait aussi d’unités ennemies. Nous les avons laissés venir à nous, toujours tapis, nous confondant avec le relief et la végétation de broussailles et d’épineux. Subrepticement, avec un petit groupe de djounoud armés de mitraillettes nous allons à leur rencontre, laissant les fusils et six fusils-mitrailleurs sur la crête pour nous protéger d’un raid aérien éventuel. Nous allions résolument vers l’affrontement, sans trop d’agitation. Les hommes sur lesquels nous allions fondre étaient comme nous, jeunes, mais visiblement sans expérience, ils étaient hésitants, bavards, s’interpellaient sans cesse. Ils se tordaient les chevilles dans la caillasse, se plaignaient, puis repartaient sans trop savoir vers où ils se dirigeaient. Ils nous aperçoivent mais ils sont persuadés que nous étions des leurs, vu que ne tirions pas. Mais une fois à portée de nos MAT nous les arrosons copieusement…

  • Bon Dieu nous sommes des dragons ne tirez pas ! Hurlaient-ils.
  • Mais alors que faites vous là-bas, si vous êtes des dragons Rejoignez-nous dans ce cas ! leur répondais-je, avec force gestes autoritaires, ajoutant ainsi à la confusion s’emparait d’eux.
  • Vous êtes complètement barjos, vous avez abattu des hommes à moi, criait celui qui commandait la troupe.

Alors qu’ils croyaient avoir affaire aux leurs, nous surgissions et en arrêtions par paquets dans cet embrouillamini total. On les arrête par sections entières. « Levez les mains ! » Délestés de leurs armes, paniqués, les prisonniers montent en courant la pente jusqu’à la crête où les cueillent les membres du commando restés en poste. Ils s’entassent, s’accroupissent dans les cours des maisons. Nous jetons en tas leurs armes et leurs munitions. « Quel pactole ! Jamais vu ça ! » A un moment donné l’aviation a survolé le champ de bataille, mais pour opérer il faut qu’une distance nous sépare et comme nous étions vêtus des mêmes uniformes, du ciel, les pilotes ne pouvaient pas nous distinguer les uns des autres. De même pour l’artillerie qui ne pouvait pas pilonner, tant que nous étions rivés à eux. Nous ne leur laissions pas le temps de se positionner loin de nous et dégager un espace qui nous séparerait suffisamment pour permettre un bombardement aérien ou un tir de barrage de l’artillerie. Mais au bout d’un instant, les appareils reviennent et l’artillerie se réveille. Les uns mitraillent, l’autre canonne, sans distinction. A l’aveugle. Nous reculons et nous dégageons pour rejoindre les fusils-mitrailleurs et les fusils embusqués sur la crête et les laissons faire un carnage dans leurs propres rangs. Le combat se déroulait à la mitraillette. Habitués au terrain et à ses accidents, nous nous déplacions plus rapidement et utilisions le moindre escarpement pour nous placer hors de portée de leurs tirs. A la décimation causée par l’aviation et l’artillerie, qui s’acharnent sur leurs propres troupes, s’ajoutent les giboulées de nos fusils mitrailleurs qui entrent en action… C’est une opération qui a débuté vers 15h et qui a duré jusqu’au début de la nuit.

Quoiqu’en dise, la propagande militaire française relayée par les journaux colonialistes de l’époque qui ont fait état de prétendues dizaines de morts dans nos rangs, j’affirme, en tant que responsable de ce commando d’élite dont l’héroïsme et la bravoure ont été chantés par le peuple qui l’a enfanté, et déclare devant les vingt témoins de cette bataille et qui sont toujours en vie (voir leur liste), que nous avons relevé hélas la mort de moussebilin et de pauvres civils sans arme et que le commando n’a enregistré qu’un blessé. Un courageux déserteur de l’armée française que nous surnommions Ahmed El Garand, qui est arrivé chez nous armé d’un fusil de cette marque. Le journal parisien Le Monde parlera, au lendemain de cette débâcle, de plus de 600 morts parmi les hommes des 4 généraux ! Les combats rapprochés ont fait rage jusqu’à ce que tombe la nuit. Aussitôt Baya El Kahla, qui avait organisé les femmes de la déchra, me rejoint et nous informe des multiples possibilités de retraite qu’elles avaient aménagées. Elles nous donnent les mots de passe. Et à mesure de notre progression protégée par la nuit, nous rencontrions des femmes postées en éclaireuses pour ouvrir le passage et nous prévenir de la présence éventuelle de groupes ennemis et des embuscades qu’il pouvait tenter. Rapidement, nous sommes sortis de l’encerclement emportant avec nous une soixantaine d’armes, car c’est tout ce que nous pouvions porter. Nous avons laissé sur place des dizaines d’autres que la population du douar devait récupérer pour les donner aux sections ou aux djounoud de leur région ou de leur zone. Ce fut la défaite de Massu et de ses trois généraux. Sans avoir l’honnêteté de reconnaître qu’il s’agissait d’une déconfiture, il ruminera jusqu’à la fin de ses jours son échec sur les cimes de Bouzegza. Je n’ai jamais raté l’occasion d’enfoncer davantage le clou en rappelant aux pires de ses mauvais souvenirs, comment il y mordit la poussière ! ça lui sapait son ego de grand stratège. Le fait d’avoir racolé quatre généraux comme lui, pour les convier à ce qu’il croyait être un pique-nique estival, ou une randonnée de montagne, ajoute à ses rots atrabilaires.

Il ignorait et il a compris que tout ce qu’il savait de la guerre révolutionnaire, c’était celle qu’il menait jusque-là contre le peuple désarmé. Que ce qu’il savait de la guerre tout court, c’était ce qu’il avait accompli sous le bouclier tutélaire et protecteur des alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Anglais dans le Fezzan en Libye en 1941 et Américain au sein de la deuxième DB de Leclerc en 1944. Les quatre généraux n’avaient rien cogité, rien préparé, convaincus qu’ils étaient, qu’ils allaient « casser du fell comme on va aux fraises ». Le commando Ali Khodja leur a prouvé ce jour-là que la guerre n’est pas une promenade de santé. Ils avaient sous-estimé la combativité de leur adversaire, ils avaient méjugé la réactivité des djounoud de l’ALN, tout comme ils avaient surévalué leur capacité d’organisation qu’ils croyaient naturellement supérieures à celles des indigènes que nous étions. Par ricochet, notre victoire revient aussi et indirectement à ce jeune infirmier courageux de la section de Si Boualem qui les a involontairement jetés dans un guêpier. Le 4 août à Bouzegza, la victoire a été celle du remarquable commando Ali Khodja. C’est aussi celle de tous les moussebilin et de toute la population de la région de Zima. Mais ce qu’on appelle la bataille de Bouzegza, ne s’arrête pas à la journée du 4 août 1957… Le 8 août, soit trois jours plus tard, persuadée que comme la foudre qui ne frappe pas deux fois au même endroit, l’armée française ne repassera pas là où elle a déjà opéré, d’autant qu’elle en garde un souvenir plutôt affligeant. Nous sommes donc revenus dans ce massif, après nous être reposés et repris des forces non loin de là. Mais ils ont eu exactement la même réaction et nous n’avions pas posé nos bardas que…

« El Askar ! El Askar ! »

Des deux versants montaient des colonnes de soldats. Nous nous trouvions entre les deux. Armés et comme toujours en tenue impeccable, nous sommes sortis et nous nous sommes engagés en colonne tout comme eux sur un sentier qui allait en direction de taillis assez touffus pour nous permettre de décrocher. Les avions arrivaient derrière nous. C’étaient des T6, « es seffra » (jaune), armés de mitrailleuses 12/7, qui approchaient en piqué sans tirer. Leur altitude n’était pas fort élevée et leur vitesse modérée (environ 250 km/h). Nous distinguions parfaitement les pilotes qui jetaient des regards à partir de leur cockpit. Cette fois encore, notre sang-froid sera à l’origine de notre succès. Alors que les appareils menaçants arrivaient dans notre dos en hurlant, sans nous démonter, nous leur faisions des signes amis de la main pour leur signifier que nous étions « des leurs ». Alors que les deux colonnes, nous « encadraient » mais à distance, les avions poursuivaient leur noria menaçante au-dessus de nos têtes. Tireront-ils, ne tireront-ils pas ? Au bout d’un moment, qui nous a semblé un siècle, nous nous sommes mis hors de vue, sous le couvert végétal avant de nous disperser. Aussitôt, les pilotes comprennent qu’ils avaient été leurrés. Cette fois-ci, il n’y a pas eu d’engagement et nous avons réussi à nous faufiler à travers bois et ravines pour nous éloigner du théâtre du ratissage. Aussi étonnant que cela puisse paraître, nous sommes revenus au même endroit le 12 août, croyant dur comme fer qu’un lieu que les Français ont ratissé, brûlé, bombardé, pilonné, « napalmé », serait le meilleur des abris. Mais la loi des probabilités a été bousculée et pour la troisième fois, en une semaine, nous sommes tombés nez à nez sur l’ennemi. Nous venions d’ouvrir les portes de l’enfer. Ce n’étaient plus des dragons, mais des paras. Tôt, les affrontements ont commencé avec l’engagement des ferka de si Boualem encerclé, sur une position qui lui était défavorable. Elles ont été pratiquement décimées, les pertes ont été considérables. Nous avons perdu des hommes tout comme nous avons enregistré une dizaine de blessés. Notre connaissance du terrain nous a sauvés d’un immense péril. Tout ce que l’ALN comptait dans cette zone de commissaires politiques, de responsables des renseignements, de chargés de la logistique, des agents de liaison, et toute la population avaient été sollicités pour nous permettre de sortir de la nasse avec le moins de dégâts possibles. Tirant les enseignements des deux précédents affrontements, cette fois les « léopards » ont mis pour ainsi dire le paquet et se sont ingéniés à tenter de redorer le blason terni des quatre généraux. Un feu roulant ininterrompu, des pluies de grenades, que nous réexpédions d’ailleurs, car dans leur hâte de se débarrasser de l’engin explosif, ils lançaient aussitôt la goupille retirée, ce qui nous donnait souvent le temps de les renvoyer à l’expéditeur. Ce que m’a appris mon expérience au maquis, c’est que si la peur est contagieuse, le courage l’est tout autant. Lorsque vous savez que vous pouvez compter sur ceux qui se trouvent à votre droite et à votre gauche, eux aussi sont convaincus qu’ils peuvent compter sur vous. Ce que j’ai appris à Bouzegza, c’est qu’au combat comme dans la vie, il ne faut jamais sous-estimer l’autre.

 amazitb1@yahoo.fr

Liste des membres du commando Ali Khodja encore en vie

 Zerari Rabah dit Si Azzedine
 Yahi Ahmed dit Ali Berianou
 Aït Idir Hocine dit Hocine
 Tounsi Djilali dit Abdelkader
 El Kahlaoui Abdelkader dit El Kahlaoui
 Rafaâ Louennass dit Rouget
 Kouar Hocine dit Hocine
 Blidi Abdelkader dit Mustapha Blidi
 Ben Salah Ammar dit Nachet
 Boulis Lakhdar dit Lakhdar
 Ladjali Mohamed dit Hamid Doz
 Rahim Mohand dit Bédja
 Si Athman
 Bachir Rouis dit Nehru
 Zerrouk
 Touhami Ali
 Nezlioui
 Kadi Mohamed-Chérif dit Chérif el Kbayli
 Hout Ahmed

Quelques action du commando Ali Khodja

 Juillet 1957 : accrochage à Djebel Belemou (Bou Zegza)
 05 mars 1958 : accrochage à Belgroun
 1958 : accrochage à Eryacha
 1958 : accrochage à Lemchata
 15 mai 1958 : accrochage à Maghraoua – 1958 : accrochage à Hadjra Essafra – 1958 : accrochage à Zaouïa (Soufflat)
 1958 : attaque d’un camp près de Aomar
 17 octobre 1958 : accrochage à Souflat
 22 octobre 1958 : accrochage à Ouled Sidi Abdelaziz
 06 janvier 1959 : accrochage à Tafoughalte (en Wilaya III)
 mai 1959 : accrochage des commandos des zones 1 et 2 près de Batna
 1959 : embuscade à Aïn Oulmane (Sétif)
 1959 : embuscade à Boutaleb (Aurès)
 Août 1959 : accrochage à Champlain.

Par Boukhalfa Amazit

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L’hommage de Yasmina Khadra à Tahar Djaout

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

     J’ai croisé Tahar Djaout à Oran, en 1986, lors d’une rencontre autour de la littérature méditerranéenne et l’intertextualité. C’était la première fois de ma vie que j’osais transgresser le règlement militaire pour me rendre, sans autorisation écrite de ma hiérarchie, à une manifestation culturelle. Comment résister à la tentation avec un plateau pharaonique ? Étaient présents à ce rendez-vous de choix, des monstres sacrés : Djamel Amrani, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine et Tahar Djaout. Voir ce beau monde réuni était pour moi le jackpot par excellence. J’avais une admiration grandissante pour ces auteurs en qui je puisais l’essentiel de ma fierté d’écrivain naissant. À l’époque, je n’avais publié que trois livres et ma notoriété ne dépassait pas les contours de quelques rares lèvres. J’étais heureux de me baigner dans une atmosphère que je croyais naturelle, mais que mon statut de soldat m’interdisait. Assis au milieu d’un parterre fait d’universitaires et de férus des belles-lettres, je dévorais des yeux les intervenants. Tahar Djaout présentait son dernier-né, L’invention du désert, paru aux éditions Le Seuil. Je dévisageais ce jeune homme fringant, aux moustaches torsadées. Il était beau comme ses textes et avait, dans le regard, quelque chose de sain. Il fut tout simplement magnifique.

      Maintenant que je songe à cette époque, je ne peux que m’attrister devant celle d’aujourd’hui où le talent déclenche toutes sortes d’hostilités, où les a priori et les clichés se donnent une longueur d’avance sur les autres considérations. Qu’importe ! Mon bonheur effleurait le nirvana. Kateb Yacine était, à lui seul, un festin. Et Mouloud Mammeri, un régal. Quant à Tahar Djaout, sa jeunesse et sa pugnacité insufflaient à la rencontre un enthousiasme sidérant. Emporté par le mien, je me surpris en train de lever le doigt pour intervenir. Je m’adressai à Tahar Djaout : “Dans votre texte, vous dites que les gens du désert n’ont pas besoin d’yeux ; que l’odorat et l’ouïe leur suffisent… Je suis natif du Sahara et je vous assure que les yeux, chez nous, sont l’organe principal de notre survivance. D’ailleurs, chez nous, on comprend qu’un vieillard est en train de mourir dès lors que sa vue commence à baisser.” Tahar Djaout me gratifia d’un sourire, validant ainsi la “pertinence” de mon observation. Derrière moi, un universitaire m’intima l’ordre de m’exprimer en arabe. Je dus me rasseoir, désarçonné. Après les débats, Tahar Djaout demanda à me voir. Je lui appris que j’étais romancier, et qu’il était mon aîné d’un an et un jour, lui natif du 9 janvier 1954 et moi du 10 janvier 1955. Il éclata de rire, ne voyant pas le rapport. Ensuite, il me promit de me lire, car il n’avait que vaguement entendu parler de moi. Nous avions bavardé un moment et là, je découvris un homme charmant, d’une courtoisie et d’une sensibilité rares. À vrai dire, n’ayant pas fréquenté d’autres écrivains, à mon grand désarroi, je voulais que cette rencontre se prolongeât le plus longtemps possible.

     Mais Tahar était trop sollicité ce jour-là. Ses fans fourmillaient autour de lui, chacun réclamant un instant personnalisé. Tahar dut m’abandonner et se laissa emporter par la foule. J’étais resté sur le perron, émerveillé et comblé, rêvant probablement d’un intérêt aussi intense et enjoué que le sien. C’était la première et la dernière fois que je le voyais en chair et en lumière. Mais je garderai toujours, de lui, le souvenir d’un homme tout en délicatesse, poli comme de la porcelaine, avec ses yeux doux et son sourire de jeune premier, large comme une baie chargée de soleil. J’ai aimé cet homme à l’instant où ma main avait étreint la sienne. J’avais devant moi un Algérien racé, un écrivain talentueux qui, déjà, nous ouvrait la voie dans un monde sélectif, difficile d’accès, pavoisé de stéréotypes expéditifs et d’interdits : le monde des belles-lettres, souvent piégées, constamment réduites à des lettres de créances lorsqu’il s’agit d’auteurs venus du Maghreb ou d’Afrique. La réussite de Tahar Djaout me rassurait. Il était possible de se faire entendre lorsqu’on a vraiment quelque chose à dire. Il était possible de forcer le respect quand on l’incarne. Tahar Djaout était cette porte dérobée donnant sur mes rêves à moi, ceux d’un écrivain qui se cherchait et qui, entre l’enclume militaire et le marteau des académies, ne savait où donner de la tête.

     Je me souviens, finissant de lire Malek Haddad, je m’étais dit : “Maintenant, tu sais de qui tenir. Notre littérature est splendide. Tâche d’être beau.” Et cette beauté, Tahar la portait comme une oriflamme. Avec panache certes, mais aussi avec une profonde humilité. Et ce qui ajoutait à mes vœux une touche supplémentaire, c’était le naturel avec lequel Tahar assumait sa notoriété. Il était entier, compact, sans complexe et sans démesure ; un être forgé dans ses propres convictions, sûr de son talent, certain de contribuer à l’essor de la littérature algérienne, indissociable de la générosité universelle. Il était le digne héritier de nos aînés, et sans ce coup du sort qui nous le ravit, à la fleur du don, en ce funeste mois de mai 1993, il serait cette éclaircie rédemptrice taquinant la grisaille qui s’est emparée de nos esprits. Plus tard, dans l’Automne des Chimères, je lui consacrerai quelques lignes pour lui prouver l’immense affection et la considération sans faille que j’ai toujours pour lui. Que me reste-t-il aujourd’hui de cet homme ? Tout ce qui me réconcilie avec le génie de mon pays : un écrivain fabuleux, un homme vaillant, un frère qui me manquera jusqu’à la fin des temps, et un journaliste éclairé qui, avec d’autres confrères surdoués, donna à notre presse son plus beau cru, Algérie actualités, un hebdomadaire d’une rare succulence qui aura bercé mes solitudes des années durant, aussi bien dans l’étroitesse frustrante d’une casemate quelque part dans les cantonnements de mon unité de combat, qu’au large des Hoggar mythiques. Sa plume fluide tracera mon destin au fil des pages volantes, nourrira la mienne à travers celles de ses romans, et assainira mon chemin d’écrivain jusque sous les feux de la rampe qui me rappellent, au clairon des gloires, ce que mon parcours en solitaire doit aux enseignements des auteurs algériens que j’ai lus et dont Tahar Djaout était le porte-drapeau incontesté. Voilà, mon cher Tahar, ce que j’ai à te confier 

     Tu as été bon comme du pain blanc, et juste comme un serment fraternel. Tu as été brave comme un guerrier, et noble comme ta Kabylie. Tu as été toi comme un repère probant et tu demeureras un phare salutaire pour l’ensemble de nos enfants. Je ne te dirais pas “repose en paix, mon frère Tahar”. Car tu es dans mon cœur, et mon cœur (se) bat pour tout ce que tu as défendu. La paix, elle est en toi. Et de là où tu nous observes, je voudrais que tu saches ceci :“Je ne cesserai jamais de t’aimer.”

Yasmina Khadra

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Kateb Yacine, l’éternel perturbateur

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

Par Marina Da Silva – Le Monde Diplomatique – Novembre 2009-

Mort il y a vingt ans, l’écrivain Kateb Yacine connaît toujours une popularité certaine en Algérie, où un colloque international vient de lui être consacré. En France, les hommages n’ont guère été médiatisés. Ce « poète en trois langues », selon le titre du film que Stéphane Gatti lui a consacré, demeure un symbole de la révolte contre toutes les formes d’injustice, et l’emblème d’une conscience insoumise, déterminée à rêver, penser et agir debout.
 « Le vrai poète, même dans un courant progressiste, doit manifester ses désaccords. S’il ne s’exprime pas pleinement, il étouffe. Telle est sa fonction. Il fait sa révolution à l’intérieur de la révolution politique ; il est, au sein de la perturbation, l’éternel perturbateur. Son drame, c’est d’être mis au service d’une lutte révolutionnaire, lui qui ne peut ni ne doit composer avec les apparences d’un jour. Le poète, c’est la révolution à l’état nu, le mouvement même de la vie dans une incessante explosion (1). »
Romancier et dramaturge visionnaire, considéré grâce à son roman Nedjma comme le fondateur de la littérature algérienne moderne, Kateb Yacine était avant tout un poète rebelle. Vingt ans après sa disparition, il occupe en Algérie « la place du mythe ; comme dans toutes les sociétés, on ne connaît pas forcément son œuvre, mais il est inscrit dans les mentalités et le discours social (2) ». Il reste aussi l’une des figures les plus importantes et révélatrices de l’histoire franco-algérienne.
Kateb, qui signifie « écrivain » en arabe, était issu d’une famille de lettrés de la tribu des Keblout du Nadhor (Est algérien). Le 8 mai 1945 — il n’a pas encore 16 ans —, il participe aux soulèvements populaires du Constantinois pour l’indépendance. Arrêté à Sétif, il est incarcéré durant trois mois à la suite de la répression, qui fait quarante-cinq mille morts. Sa mère, à laquelle il est profondément attaché — c’est elle qui l’a initié à la tradition orale et à la poésie —, sombrera dans la folie. Cette date du 8 mai marquera l’existence, l’engagement et l’écriture de Kateb à tout jamais.
C’est en septembre de cette même année, à Annaba, qu’il tombe éperdument amoureux d’une de ses cousines, Zoulheikha, qui va inspirer Nedjma (« étoile »), rédigé en français, œuvre fondatrice qui a totalement bouleversé l’écriture maghrébine. Dans cette histoire métaphorique où quatre jeunes gens, Rachid, Lakhdar, Mourad et Mustapha, gravitent autour de Nedjma en quête d’un amour impossible et d’une réconciliation avec leur terre natale et les ancêtres, la jeune fille, belle et inaccessible, symbolise aussi l’Algérie résistant sans cesse à ses envahisseurs, depuis les Romains jusqu’aux Français. La question de l’identité, celle des personnages et d’une nation, est au cœur de l’œuvre, pluridimensionnelle, polyphonique.
Nedjma deviendra une référence permanente dans l’œuvre de Kateb, amplifiée en particulier dans Le Polygone étoilé, mais aussi dans son théâtre (Le Cercle des représailles) et sa poésie. Pour Moa Abaïd, comédien qui l’admirait, il était « un metteur en scène génial, proche de la réalité, qui a vraiment travaillé sur la construction du personnage pour parler au public, sans camouflage ni maquillage. Son utilisation de la métaphore et de l’allégorie n’est pas un évitement, puisqu’il a toujours dit haut et fort ce qu’il pensait, mais provient du patrimoine culturel arabo-musulman ».
Aussi libre et libertaire, insolente et provocante, indéchiffrable et éblouissante que son œuvre, fut la vie de Kateb. Militant de toute son âme pour l’indépendance, au sein du Parti populaire algérien, puis du Parti communiste, il s’engage avant tout avec les « damnés de la terre », dont il est avide de connaître et faire entendre les combats : « Pour atteindre l’horizon du monde, on doit parler de la Palestine, évoquer le Vietnam en passant par le Maghreb. »

Inventer un art qui se partage, et « révolutionner la révolution »

Expatrié dès 1951, il vit dans une extrême précarité jusqu’à la fin de la guerre d’indépendance (1954-1962), principalement en France, harcelé par la direction de la surveillance du territoire (DST), et voyageant beaucoup. Dans le bouleversement terrible et euphorique de 1962, il rentre en Algérie, mais déchante rapidement. Il s’y sent « comme un Martien » et entamera une seconde période de voyages — Moscou, Hanoï, Damas, New York, Le Caire : « En fait, je n’ai jamais cru que l’indépendance serait la fin des difficultés, je savais bien que ça serait très dur. »
Lorsqu’il décide de rester plus durablement en Algérie, en 1970, il abandonne l’écriture en français et se lance dans une expérience théâtrale en langue dialectale dont Mohamed, prends ta valise, sa pièce culte, donnera le ton. Fondateur de l’Action culturelle des travailleurs (ACT), il joue dans les lieux les plus reculés et improbables, usines, casernes, hangars, stades, places publiques… avec des moyens très simples et minimalistes — les comédiens s’habillent sur scène et interprètent plusieurs personnages —, le chant et la musique constituant des éléments de rythme et de respiration.
« Lorsque j’écrivais des romans ou de la poésie, je me sentais frustré parce que je ne pouvais toucher que quelques dizaines de milliers de francophones, tandis qu’au théâtre nous avons touché en cinq ans près d’un million de spectateurs. (…) Je suis contre l’idée d’arriver en Algérie par l’arabe classique parce que ce n’est pas la langue du peuple ; je veux pouvoir m’adresser au peuple tout entier, même s’il n’est pas lettré, je veux avoir accès au grand public, pas seulement les jeunes, et le grand public comprend les analphabètes. Il faut faire une véritable révolution culturelle (3).  »
L’engagement politique de Kateb détermina fondamentalement ses choix esthétiques : « Notre théâtre est un théâtre de combat ; dans la lutte des classes, on ne choisit pas son arme. Le théâtre est la nôtre. Il ne peut pas être discours, nous vivons devant le peuple ce qu’il a vécu, nous brassons mille expériences en une seule, nous poussons plus loin et c’est tout. Nous sommes des apprentis de la vie (4). » Pour lui, seule la poésie peut en rendre compte ; elle est le centre de toutes choses, il la juge « vraiment essentielle dans l’expression de l’homme ». Avec ses images et ses symboles, elle ouvre une autre dimension. « Ce n’est plus l’abstraction désespérante d’une poésie repliée sur elle-même, réduite à l’impuissance, mais tout à fait le contraire (…). J’ai en tous les cas confiance dans [son] pouvoir explosif, autant que dans les moyens conscients du théâtre, du langage contrôlé, bien manié (5).  »
Un « pouvoir explosif » qu’il utilisera dans Le Cadavre encerclé, où la journée meurtrière du 8 mai 1945, avec le saccage des trois villes de l’Est algérien, Guelma, Kherrata et Sétif, par les forces coloniales, est au cœur du récit faisant le lien entre histoire personnelle et collective.
Kateb a fait le procès de la colonisation, du néocolonialisme mais aussi de la dictature post-indépendance qui n’a cessé de spolier le peuple. Dénonçant violemment le fanatisme arabo-islamiste, il luttait sur tous les fronts et disait qu’il fallait « révolutionner la révolution ».
S’il considérait le français comme un « butin de guerre », il s’est aussi élevé contre la politique d’arabisation et revendiquait l’arabe dialectal et le tamazight (berbère) comme langues nationales. Surnommant les islamo-conservateurs les « Frères monuments », il appelait à l’émancipation des femmes, pour lui actrices et porteuses de l’histoire : « La question des femmes algériennes dans l’histoire m’a toujours frappé. Depuis mon plus jeune âge, elle m’a semblé primordiale. Tout ce que j’ai vécu, tout ce que j’ai fait jusqu’à présent a toujours eu pour source première ma mère (…). S’agissant notamment de la langue, s’agissant de l’éveil d’une conscience, c’est la mère qui fait prononcer les premiers mots à l’enfant, c’est elle qui construit son monde (6).  »
L’éventail et la radicalité de sa critique lui ont valu autant de passions que d’inimitiés. Aujourd’hui objet de toutes les appropriations, pour le meilleur comme pour le pire, il reste l’« éternel perturbateur » et, comme Nedjma, l’étoile inaccessible — en tout cas irréductible.

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Des contrats gaziers avec l’Europe en cours de révision Trouver de nouveaux débouchés pour le gaz algérien

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

Le Maghreb 27/05/2010

Les Européens semblent bien décidés à enfoncer les prix du gaz vendu sur les marchés à long terme. Ainsi, après la Russie, voilà que l’UE s’attaque à Sonatrach. En effet, selon le quotidien économique espagnol, L’Expansión, l’exploitation du gazoduc Medgaz, qui devrait être opérationnelle en juillet, pourrait être encore retardée de plusieurs mois à cause de la crise économique et financière qui touche l’Espagne et qui a conduit à une baisse de la demande de gaz.   Medgaz est exploité par un consortium composé des groupes espagnols Endesa (12%), Iberdola (20%), Cepsa (20%), du français GDF Suez (12%) et de Sonatrach (36%), qui est également le fournisseur des autres partenaires à travers des contrats à long terme. A cause de la conjoncture espagnole, ces contrats, qui n’étaient pas encore signés, sont désormais en cours de révision, précise l’Expansión. Comprendre : Sonatrach n’est plus en position de force avec ses partenaires européens comme cela a été le cas il y a encore une année Dans ce contexte de baisse de la demande, les partenaires de Sonatrach  veulent  négocier des prix à la baisse avec la compagnie nationale.

Il faut savoir que ça s’inscrit dans un mouvement global.  En effet, le français GDF Suez mène des discussions avec le holding gazier russe Gazprom sur la renégociation des conditions de fourniture de gaz à long terme. L’allemand E.ON Ruhrgas a aussi récemment demandé à Gazprom de baisser le prix du gaz prévu par leur contrat à long terme ou de changer certaines clauses dans les contrats de fourniture de bleu. Ces exigences tenaient compte de la situation sur le marché du gaz où la demande est en baisse en raison de la crise économique mondiale. Gazprom, qui indexait jusqu’ici ses prix sur ceux du pétrole, a accepté de vendre une partie du gaz aux prix spot (à court terme) qui sont environ 25% inférieurs aux prix des contrats à long terme. Par ailleurs, le président de l’Union européenne de l’industrie du gaz naturel (Eurogas), Domenico Dispenza, a estimé que les accords à long terme sur la livraison de gaz à l’Europe doivent pouvoir subir des modifications, compte tenu de la conjoncture économique.  Il faut dire que lors de la dernière réunion du Forum des pays exportateurs de gaz à Oran ,  les déséquilibres marquant le marché gazier, issus du développement du marché spot ont clairement été mis en avant, ce qui a poussé les participants a afficher leur attachement aux contrats à long terme. Les prix sur les marchés organisés du gaz sont en effet ridiculement bas, comparés aux prix des contrats à long terme, indexés, eux, sur le prix du pétrole : moins de 4 dollars le million de BTU à New York, moins de 5 dollars au Royaume Uni, alors que le prix contractuel tourne autour de 11 dollars. C’est pourquoi à Oran, la Russie n’a cessé de répéter son attachement aux contrats à long terme, mais aussi son désir de voir les prix spot du gaz indexés, à leur tour, sur les prix du pétrole . Aussi, la compagnie nationale des hydrocarbures veut opérer une offensive commerciale de taille mais en gardant bien à l’esprit de se positionner sur les marchés à long terme.  le groupe Sonatrach a annoncé qu’il négociait actuellement des contrats de livraisons à long terme de GNL avec quelques pays asiatiques.  La Sonatrach mise donc sur la diversification de ses clients tout en misant sur les contrats à long terme. Ce qui semble être l’option la plus rentable, d’autant plus que la demande mondiale de gaz naturel liquéfié (GNL) continuera à gagner en importance même si d’autres sources d’énergie non conventionnelle ont fait leur apparition. Notons, dans ce sens, que le GNL représente 50% des échanges commerciaux du secteur des hydrocarbures dans le monde. Samira  G.

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Pétrole et gaz L’AIE anticipe une hausse des investissements en amont

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

Le Maghreb – 01/06/2010 

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe une reprise des investissements dans l’amont pétrolier en 2010.  Les investissements du secteur pétrolier et gazier dans l’amont devraient augmenter de 9% à 10% cette année par rapport à l’an dernier, a déclaré, hier, Trevor Morgan, économiste senior de l’AIE.
Pour autant, ces investissements devraient demeurer inférieurs d’environ 10% à leur pic de 2008. Le spécialiste ne prévoit pas à ce stade une forte augmentation des capacités nettes durant ces 5 prochaines années. En conséquence, il redoute une accélération des investissements au cours des années à venir pour répondre à une demande qu’il attend croissante. Par ailleurs, la hausse des coûts de financement liée à la crise de la dette souveraine en Europe est une menace pour la reprise des investissements. « Nous ne prévoyons pour l’instant pas beaucoup d’augmentation des capacités nettes au cours des cinq prochaines années », a précisé Trevor Morgan lors d’une conférence.  « C’est pourquoi nous craignons que le secteur ait besoin d’investir davantage au cours des années à venir pour répondre à la hausse de la demande sur laquelle nous tablons. »  Il a chiffré à 90 milliards de dollars (73 milliards d’euros) la diminution des investissements dans l’amont en 2009. Il a expliqué à Reuters que la hausse récente des coûts de financement, conséquence de la crise de la dette en Europe, qui se traduit notamment par une remontée du taux Libor de référence, faisait planer un risque sur les investissements. « C’est un risque (…) et il faudra voir si les coûts de financement restent élevés ou même s’ils montent encore plus haut, ce qui pourrait avoir un impact important sur le montant des investissements sur l’ensemble de l’année », a-t-il dit.
 

Notons que l’AIE a revu à la baisse sa prévision de demande mondiale de pétrole en 2009 et 2010, respectivement de 160.000 et 220.000 barils par jour, selon son rapport mensuel  pour mai. Ces nouvelles prévisions interviennent après trois révisions consécutives à la hausse. L’agence, qui représente les intérêts des pays industrialisés, estime que le monde devrait consommer cette année 86,4 millions de barils par jour (mbj), soit 1,9% de plus que l’année précédente (84,8 mbj). En 2009, la demande mondiale avait enregistré une baisse de 1,4% par rapport à 2008. La croissance mondiale meilleure que prévu, selon les derniers chiffres du Fonds monétaire international (FMI), est compensée par un prix du baril attendu autour de 76,5 dollars en 2010, soit 1,20 dollar de plus qu’auparavant. Mais l’AIE explique aussi ses révisions par une correction des chiffres des années précédentes, notamment dans les pays non membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Dans le détail, « la demande de pétrole a été plus forte que prévu dans certaines zones de l’OCDE (Amérique du Nord et Pacifique), mais un peu plus faible dans deux régions hors OCDE (Asie et Moyen-Orient) », selon l’AIE, dont le siège est à Paris. Ces derniers mois, la demande de l’Asie, et notamment de la Chine, avaient amené l’agence à revoir ses prévisions de consommation mondiale à la hausse. La consommation asiatique reste néanmoins la principale composante de la hausse de la demande en 2010 par rapport à 2009. En Europe, la demande a été affectée « par le nuage de cendres du volcan islandais, qui a cloué les avions au sol mi-avril, et par les inquiétudes persistantes pour l’économie du continent, illustrées de façon dramatique par la crise de la dette grecque ». Quant à la production, elle est restée inchangée en avril par rapport à mars, à 86,6 mbj. Une faible hausse de la production de brut au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), de 40.000 barils par jour à 29,03 mbj, a compensé une baisse de l’offre des pays hors de cette zone. Enfin, selon l’AIE, le naufrage d’une plateforme pétrolière au large des côtes américaines n’a pas affecté la production régionale, mais cette marée noire pourrait conduire à des mesures de sécurité plus strictes.
S.G

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Le dogme européen de la concurrence

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

par Akram Belkaid, Paris – Le Quotidien d’Oran – 02/06/2010

Qui a dit que le néolibéralisme était mort ? Qui a dit que la crise financière et économique forcerait les tenants de l’ouverture à tout prix à réviser leurs convictions ? On pensait, en ces jours d’effilochage du système financier mondial, que le consensus de Washington serait nécessairement remis en cause et qu’une réflexion sur les dégâts de la dérégulation allait suivre. C’est loin d’être le cas et la Commission européenne vient de nous en fournir une nouvelle preuve en exigeant du gouvernement français qu’il réforme le statut de l’opérateur ferroviaire SNCF.

La concurrence adulée 

Au mois de février dernier, Bruxelles a, selon la presse française, adressé une lettre officielle à Paris où la forme juridique de la SNCF est critiquée. Les autorités françaises y sont ainsi priées de bien vouloir informer la Commission des mesures adoptées «dans les plus brefs délais» pour mettre fin à la garantie publique dont dispose cette entreprise sur ses engagements financiers. Pour bien comprendre, il faut savoir que la SNCF a un statut d’EPIC, c’est-à-dire d’établissement public à caractère industriel et commercial. Pour la Commission, ce statut permettrait à l’entreprise ferroviaire de bénéficier de la garantie de l’Etat pour ses emprunts et donc d’une forme d’aide d’Etat (dont ne peuvent bénéficier des sociétés privées). Et l’on sait que ce type d’aide est la bête noire de Bruxelles au nom de la défense du dogme de la libre-concurrence. Pour l’heure, le gouvernement français n’a pas donné suite à la demande de la Commission. Mais ce qui se joue derrière cet échange épistolaire, c’est bel et bien la privatisation de la SNCF ou, du moins, sa transformation en société anonyme, laquelle pourrait être cotée en Bourse même si l’Etat français y conserve des parts.

Cette affaire est un beau cas d’école. Elle montre comment la Commission européenne façonne l’environnement économique européen avec toujours plus d’ouverture et de retrait des Etats. Qu’importe pour elle que les EPIC, qu’il s’agisse de la SNCF ou d’autres entreprises, soient à l’origine de l’essor économique de la France. Qu’importe pour elle le fait que le transport ferroviaire représente plus qu’une simple activité économique dans la mesure où c’est aussi un outil d’aménagement du territoire et de développement rural qui ne s’accommode pas toujours avec les règles de la rentabilité financière auxquelles sont soumises les entreprises privées. Qu’importe aussi le fait que les privatisations de chemin de fer en Europe, notamment en Grande-Bretagne, se soient soldées par des échecs retentissants. Dès lors qu’il s’agit du dogme de la concurrence et de la possibilité de déréguler, les fonctionnaires européens trépignent et semblent incapables de réfléchir.

Une Commission irresponsable ? 

On pourrait gloser à l’infini sur cette Commission qui n’a rien de démocratique et dont les membres, qui ne sont pas élus, n’ont guère à se soucier d’un quelconque contre-pouvoir même si le Parlement européen tente vaille que vaille de jouer ce rôle. On pourrait aussi évoquer le crétinisme irresponsable de certains de ses fonctionnaires qui, en ces temps troublés, ne se rendent même pas compte qu’agiter le chiffon de la réforme du statut de la SNCF, c’est prendre le risque de provoquer une grave crise sociale. Mais les lobbies qui lorgnent sur la libéralisation du transport ferroviaire français n’ont guère de scrupules vis-à-vis de cela. Ils savent qui actionner pour enclencher le mécanisme de privatisation de la SNCF et leur travail de sape s’inscrit dans la durée.

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Interview de M. Preure par El Watan, Zhor Hadjam 11 mai 2010

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

La zone euro  vit  actuellement une véritable tourmente financière des suites de la  grave crise  que traverse la Grèce. Quel impact peut avoir la baisse de l’euro -qui  découle  de ces turbulebces européenne- sur les revenus de l’Algérie dont les importations s’effectuent principalement en euro.?  

 Au-delà de la crise grecque, la zone euro, qui constitue notre plus gros fournisseur, comprend les pays disposant d’excédents commerciaux et d’une demande interne faible, soit l’Allemagne, le pays le plus riche également l’Autriche et les Pays-Bas mais aussi un important groupe de pays essentiellement méditerranéens, emmené par la France avec l’Italie, l’Espagne, le Portugal et bien entendu la Grèce qui se signale par d’importants déficits commerciaux et une demande interne forte. La lampe rouge qui s’est allumée avec la Grèce est d’autant plus inquiétante que d’autres pays de ce groupe peuvent suivre. Le déficit budgétaire (12.9% du PIB pour la Grèce) signale toujours un déficit de la balance commerciale, consécutif à des coûts, notamment salariaux relativement élevés par rapport aux standards de la concurrence. Les cures d’austérité, conditionnés par les plans d’aide, ont pour effet comme on le voit en Grèce d’accroître l’instabilité.  

Le plus grave est que cette crise signale un mal profond qui touche à la construction européenne qui devra à terme choisir entre un fédéralisme économique ou la fin de l’Euro. L’Europe s’est engagée trop loin pour ne pas se transformer en une véritable union économique et monétaire avec de nouvelles limites de souverainetés, difficilement consensuelles on l’imagine.  Il y a donc en effet un fort risque de contagion pour la zone Euro. Les conditionnalités qui accompagneront inévitablement la solidarité européenne sont de la même essence que les politiques d’ajustement structurel de triste mémoire. Leur généralisation aux PIGS (Portugal, Italie, Grèce et Espagne) mais aussi à la France qui vit une crise réelle et aussi Royaume Uni auront un « effet papillon » sur les pays qui sont à la périphérie de l’Europe et qui par leur commerce et leur développement y sont articulés. Il faut aussi prévoir une sévère montée du protectionnisme dans ces pays. Il aura un effet sur la dynamique de partenariat euroméditerranéen. 

J’ai toujours indiqué que la sortie de crise ne se fera pas rapidement ni simplement. Tous les traits d’une sortie en double creux, soit en W ou en U plutôt qu’en V sont manifestes. La crise de la dette souveraine qui se manifeste de façon virulente dans la zone euro est selon nous le symptôme d’une crise monétaire internationale structurelle qui peut prendre des formes encore plus perverses et dangereuses alors que les prix des commodities, particulièrement le pétrole s’orientent tendanciellement à la hausse. Considérant que nous n’observons pas de réels moteurs de croissance dans l’OCDE, que la croissance continue à porter un fort contenu budgétaire, que le système financier international reste convalescent, avec le jeu toujours pervers des agences de notation internationales nous pouvons avoir dans les mois à venir une sévère correction qui réduirait à néant la reprise de l’économie mondiale. Je pense que ces crises sont les prémisses à une nouvelle définition de l’Europe et sonnent le glas d’une grande illusion européenne. Peut-être même verrons-nous bientôt se concrétiser de réelles remises en cause de l’Euro. 

L’Algérie qui exporte ses hydrocarbures en dollars et qui a vu ses revenus fortement baisser, depuis la chute du billet vert et de la baisse des prix du pétrole, peut elle espérer rattraper quelque peu ses pertes aujourd’hui après la baisse de l’euro?  

D’abord on pourrait célébrer l’évènement puisque les termes de l’échange évolueront en notre faveur. Mais il faut être réaliste car l’effet d’ascenseur entre le dollar et le prix du pétrole va encore fonctionner, lorsque le prix de l’un monte, l’autre baisse et inversement. Donc ce qui est donné d’une main sera repris de l’autre. Mais nos avoirs financiers en dollars vont gagner en valeur et leur pouvoir d’achat augmenter. Je pense que pour faire des acquisitions d’actifs à l’étranger, dans la zone euro notamment, nous avons en quelque sorte une « deuxième chance ». Il faut la saisir, ce peut être la dernière. Il nous faut porter nos grands acteurs économiques aux tailles critiques qui constituent les standards aujourd’hui. Il faut rentrer dans le capital des entreprises qui comptent, mettre celles-ci en synergies avec notre développement industriel et technologique. Il faut le faire vite. Car comme je l’ai dit par le passé, je pense que nous ne sortirons pas de cette crise économique pour entrer dans un monde de stabilité sous un ciel serein. Ce sont des crises systémiques qui vont être récurrentes avec une diffusion de l’instabilité et de l’entropie sélectivement vers les pays les plus faibles. La réalité est que nous avons une dichotomie entre une sphère financière à présent interconnectée à l’échelle de la planète et qui fonctionne selon une logique de court terme, qui privilégie la volatilité et la maîtrise du risque, une économie casino en quelque sorte, d’une part, d’autre part une économie réelle orientée selon des logiques de long terme, hautement capitalistique avec une accélération de l’obsolescence des produits et la recherche de tailles critiques de plus en plus élevées. Dans ce contexte où les acteurs et les marchés sont globalisés les Etats doivent sans cesse redéfinir leur rôle et les échelles dans lesquelles s’exercent leurs actions. Qu’est-ce que la Grèce dans le grand maelstrom du business international ?  

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La crise économique expliquée aux nuls

Posté par mouradpreure le 2 juin 2010

L’Europe n’est en rien responsable des temps difficiles que connaît actuellement son économie. Notre continent ne peut pas faire grand chose d’autre qu’attendre et espérer un changement des facteurs extérieurs. Retour sur une crise mondiale, première étape : les Etats-Unis. 

ANALYSE par Dave Keating @ Traduction : hélène Rivoal @ 13/10/08  Lorsque les Etats-Unis s’enrhument, c’est le monde entier qui éternue. Cet adage du 20e siècle ne s’est jamais révélé aussi vrai qu’aujourd’hui alors que les économies européennes vacillent sous le choc d’une crise économique ayant lieu à des milliers de kilomètres. Dans le système financier actuel où tout est tellement interconnecté, ce qui a commencé par quelques décisions de prêt mal avisées aux Etats-Unis s’est répandu à travers le monde et menace d’engloutir ce dernier dans une autre grande dépression. 

La crise a maintenant pris de dangereuses proportions. Elle a commencé, après une longue période d’augmentation constante des prix des logements, avec l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis en 2004. De nombreuses familles ont été autorisées à contracter des emprunts pour acheter leur logement. Et les prêteurs avaient alors commencé à s’engager dans une pratique dite des « prêts hypothécaires à haut risque » (« les subprimes ») et donc à accorder des prêts à des emprunteurs « à risque » dont la solvabilité ne les qualifiait pas pour prendre des hypothèques pour l’achat de leur maison. Ces prêts à haut risque étaient généralement accordés à un taux d’intérêt faible pendant les quelques premières années mais révisé fortement à la hausse par la suite. 

Les risques n’ont en général pas été bien expliqués aux emprunteurs dont beaucoup ont cru qu’ils pourraient aisément refinancer leurs créances en quelques années pour conserver leur bas taux d’intérêt. Les économistes ont averti des dangers mais, globalement, personne aux Etats-Unis ne voulait gâcher l’euphorie de la bulle immobilière. Chacun semblait y gagner de l’argent : les entreprises de construction, les courtiers immobiliers, les banques comme les fournisseurs de matériaux. Les heureux consommateurs pouvaient enfin, pour la première fois de leur vie, devenir propriétaires. Après des décennies de dérégulation constante sous l’égide du parti républicain, le gouvernement américain laissait les mains pratiquement libres à l’industrie. 

Siffler la fin de la partie  

Mais en 2005/2006, le temps est venu de payer le prix de ces erreurs. Les taux d’intérêt des prêts hypothécaires à haut risque sont montés en flèche. De nombreux nouveaux acquéreurs sont devenus incapables de rembourser ou de refinancer leurs emprunts. La crise aurait dû se limiter aux propriétaires américains. Malheureusement les banques et les prêteurs avaient revendu la dette à des investisseurs. Les créances ont ainsi été découpées (« titrisées ») et revendues à d’autres banques et investisseurs dans le monde entier, selon des montages financiers compliqués que peu de personnes semblaient comprendre correctement. Au cours de l’année 2007, près de 1,3 million d’habitations ont fait l’objet de saisies, chiffre en hausse de 79 % par rapport à 2006. Et ce fut la panique : personne ne semblait avoir aucune idée d’à qui appartenait ces dettes « sans valeur », éparpillées dans l’ensemble du système financier mondial. Soudainement, les banques ne voulaient plus se prêter mutuellement, d’où un resserrement, voire un étranglement du crédit, et une période où le système finit par manquer de liquidités (c’est à dire d’argent) car personne ne prêtait plus rien. Les pertes ont commencé à s’accumuler. Dès juillet 2008, de grandes banques et de grandes institutions financières de par le monde ont annoncé des pertes se montant à environ 435 milliards de dollars. 

Aujourd’hui les banques et autres institutions financières ne peuvent plus obtenir de crédit et sont coincées avec des actifs « pourris » dans leurs livres de compte. Beaucoup ont dû se déclarer en faillite ou sont à la veille de le faire. Sous peine que leur effondrement porte un coup à l’économie au sens large, les gouvernements ont dû voler au secours de ces institutions et, parmi elles, Freddie Mac et Fanny Mae aux Etats-Unis, le géant de l’assurance AIG, Northern Rock au Royaume-Uni ou Fortis et Dexia en Belgique. L’anticipation de nouvelles faillites a conduit l’administration américaine à élaborer un plan de renflouement de 700 milliards de dollars pour prévenir ce risque de faillites. Le Royaume-Uni préparerait un plan similaire. 

Le boom des matières premières s’effondre  

La crise des prêts hypothécaires et le resserrement du crédit ne sont pas les deux seuls facteurs responsables de la crise économique de 2008. Les prix du pétrole sont au plus haut, tirés par la croissance des besoins d’énergie des économies émergentes telles la Chine et l’Inde. Cette situation affecte de façon spectaculaire les consommateurs en Amérique du Nord et en Europe, et ce, de manière double. L’envolée des prix que sont forcés de payer les consommateurs pour le carburant de leur voiture et le fioul de chauffage de leur logement a entraîné une augmentation dramatique du prix des denrées alimentaires dont les produits pétroliers permettent d’assurer la production et le transport. Les produits alimentaires sont devenus si chers dans les pays en développement qu’on a même assisté dans certains cas à des émeutes de la faim. 

Après la dépression profonde qui avait frappé le prix des matières premières dans les années 80 et 90, les années 2000 ont vu en revanche ces prix exploser. En 2008, le prix du pétrole a atteint un niveau que les gens n’ont plus les moyens de payer, dépassant même 100 dollars le baril pour la première fois dans l’histoire en janvier 2008. Mais même cela ne semblait plus rien en juillet quand le pétrole a atteint le prix de 147 dollars le baril. Tout cela a entraîné un ralentissement rapide des économies nord-américaine et européenne. Le 30 septembre, le Royaume-Uni a révélé une croissance zéro pour le trimestre précédent. De même que l’Allemagne, il devrait entrer officiellement en récession à la fin de 2008. La zone euro dans son ensemble connaît maintenant des indicateurs économiques désastreux. 

La crise économique est le résultat d’erreurs humaines aux Etats-Unis et du développement naturel des économies asiatiques. Les prix des produits pétroliers ne reviendront jamais au niveau qu’ils avaient dans le passé, et le monde doit apprendre à s’adapter à cette nouvelle réalité. Dans le même temps, la crise du crédit, qui est née aux Etats-Unis, ne pourra être résolue que par les Etats-Unis. L’Europe ne peut pas y faire grand chose sinon s’arque bouter contre la tempête et chercher à s’en sortir. 

par Dave Keating @ Traduction : hélène Rivoal @

 

http://www.dailymotion.com/video/xd9yc0 

 

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L’objectif du maintien du AAA de la France est tendu, dit Baroin

Posté par mouradpreure le 1 juin 2010

REUTERS – Dimanche 30 mai, – Jean-Baptiste Vey

L’objectif de conserver la note AAA de la dette souveraine française est « tendu » et conditionne en partie les décisions sur la réduction des déficits, déclare dimanche le ministre du Budget, François Baroin. La France, qui bénéficie de la meilleure note accordée par les agences de notation, promet de réduire son déficit public dans une proportion et à une vitesse sans précédent depuis au moins un demi-siècle. De quelque 8% en 2010, le gouvernement prévoit de le réduire à 6,0% en 2011, 4,6% en 2012 et 3% en 2013 ou au plus tard 2014. « L’objectif du maintien de la note AAA est un objectif qui est tendu et qui est un objectif qui conditionne pour partie, en effet, les politiques d’économie que l’on souhaite avoir », a dit François Baroin sur Canal+. « Pourquoi? Parce qu’au début des années 1980, 80% de l’accès au crédit qui permettait de financer ses projets pour une entreprise, un particulier ou un Etat se faisait auprès des banques ou des banques centrales, aujourd’hui 80% de l’accès à ces crédits pour financer nos investissements s’effectue auprès du marché », a-t-il ajouté. Etre noté AAA permet à la France de financer ses déficits et ses dettes à un coût minime, à peine supérieur à celui exigé de l’Allemagne, la référence en Europe. Le président Nicolas Sarkozy a annoncé ces derniers jours plusieurs mesures visant à conforter l’objectif de réduction du déficit public. « Nous devons maintenir notre AAA, réduire notre endettement pour éviter d’être trop dépendant des marchés, et nous devons le faire dans la durée, d’où l’idée de la révision constitutionnelle, pour bien montrer que c’est pas simplement un coup pour rien pour faire plaisir à des marchés, mais vraiment une nouvelle inflexion, une nouvelle tendance, une nouvelle discipline budgétaire française », a ajouté François Baroin. Le ministre du Budget a confirmé que, dans les prochaines années, « nous n’allons pas toucher aux impôts », sauf à travers des réductions de niches fiscales. L’ancien premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a jugé dimanche que seule une hausse drastique des impôts permettrait d’atteindre 3% de déficit public en 2013. « On n’atteindra pas les 3% du PIB de déficit en 2013, c’est une illusion. C’est impossible aujourd’hui, sauf à augmenter drastiquement les impôts », a dit le député de Corrèze sur Europe 1, jugeant préférable de fixer cet objectif pour 2015.

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L’économie connaît sa crise la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, selon Jean-Claude Trichet

Posté par mouradpreure le 1 juin 2010

Associated Press – Samedi 15 mai  

Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a estimé que l’économie européenne connaissait sa crise la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, dans une interview à paraître lundi dans l’hebdomadaire allemand « Der Spiegel ». Lire la suite l’article « Il n’y a aucun doute que l’économie se trouve dans la situation la plus difficile depuis la Seconde Guerre mondiale, voire depuis la Première », a affirmé M. Trichet. 

« Nous avons vécu et vivons des moments vraiment dramatiques », ajoute-t-il, en établissant un lien entre la crise récente dans la zone euro et la chute de la banque américaine Lehman Brothers en 2008. « Les marchés ne fonctionnaient plus », a-t-il constaté. M. Trichet a réaffirmé la nécessité d’un contrôle renforcé de la politique financière et économique dans les 16 pays de la zone euro. « Nous avons besoin de structures améliorées, pour éviter et sanctionner les écarts. Nous avons besoin d’une application réelle du contrôle mutuel, nous avons besoin de sanctions réelles pour les accrocs au pacte de stabilité et de croissance », a-t-il dit, ajoutant que les pays européens devaient accélérer la réduction de leurs déficits. « Ils savent ce qui est en jeu. »

Le commissaire européen à l’Energie, l’Allemand Günther Öttinger, a également déclaré au quotidien « Tagesspiegel » que les pays utilisant la monnaie unique devaient réduire leurs déficits. « Nous avons gagné du temps avec les décisions de ces derniers jours mais nous n’avons pas encore décidé de l’issue de la bataille », a-t-il lancé. AP

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Plan de secours de 750 milliards d’euros : La crise en Grèce entraîne l’austérité en Europe

Posté par mouradpreure le 1 juin 2010

Par Liès Sahar – El Watan -  15/05/2010

Les effets de la crise économique mondiale ont rattrapé le maillon le plus faible de la zone euro, la Grèce. L’Europe, qui a connu ces dernières années une croissance appréciable avant la crise de 2008-2009, se réveille douloureusement. Elle découvre que les autorités grecques ont menti sur les déficits pour mieux attirer les investissements et ont maquillé une situation catastrophique. Les faux chiffres ont facilité aussi un train de vie pour l’administration, qu’elle n’a plus les moyens d’entretenir. 

Du coup, c’est toute la zone euro qui tremble et la monnaie unique qui recule de plus en plus. C’est aussi l’échec de la rigueur prônée par Bruxelles pour faire de l’Europe une puissance économique face aux Etats-Unis, mais aussi face à la Chine qui devient de plus en plus forte. Apres avoir tardé à intervenir, l’Europe a fini par secourir la Grèce, en collaboration avec le FMI, pour éviter la contagion à d’autres économies comme celles de l’Espagne ou du Portugal. Un plan de secours de 750 milliards d’euros à utiliser comme matelas pour stabiliser l’euro et éviter une crise des liquidités a été décidé, après un prêt de 110 milliards d’euros consenti à la Grèce et remboursable en trois ans. 

Mais les négociations ont été rudes en coulisses. L’Allemagne, par exemple, ne veut pas payer pour la mauvaise gouvernance des autres. D’autres pays peuvent aussi être touchés. Si les chiffres en Espagne et au Portugal ne sont pas truqués, il reste que les déficits budgétaires sont importants, respectivement de 11,2% et 9,4%, alors que Bruxelles fixe à 3% la limite du déficit budgétaire. Les gouvernements espagnol et portugais ont déjà commencé à intervenir. En Espagne, le chef du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, a annoncé une baisse des salaires des fonctionnaires, un gel de certaines retraites et la suppression d’une aide à la naissance de 2500 euros. Au Portugal le Premier ministre José Socrates a annoncé une hausse de la TVA d’un point à 21% pour le taux général, la réduction des « salaires des titulaires de postes politiques et des gestionnaires publics » ainsi qu’une baisse des dépenses de l’Etat. En France, le Premier ministre, François Fillon, a indiqué que les dépenses de l’Etat seraient gelées pendant trois ans. 

La crise de la Grèce est la résultante des effets de la crise économique mondiale et de la gestion populiste des autorités grecques ainsi que de la falsification des statistiques communiquées à Bruxelles sur le déficit budgétaire. Il a fallu qu’un nouveau gouvernement révèle les véritables chiffres pour que le séisme s’enclenche. Pour éviter que la crise ne s’étende à d’autres Etats, les pays européens ont décidé d’un plan d’aide pour stabiliser la monnaie unique. Mais de sérieux doutes commencent à apparaître sur l’avenir de la monnaie unique. Ces doutes viennent du marché et renforcent l’idée que la situation de l’euro va se répercuter négativement sur la reprise en Europe. Pour l’Algérie, dont les achats sont faits à environ 60% en zone euro, le recul de cette monnaie par rapport au dollar donne de plus grandes capacités de valorisation des importations. 

Mais un retard dans la reprise en Europe entraînera une baisse de la demande en pétrole, donc un prix plus bas et des recettes moins importantes en dollars. La reprise du dollar par rapport à l’euro a déjà fait baisser les prix du pétrole, de même que les inquiétudes qui pèsent sur la zone euro en matière de croissance.

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Le FMI appelle ses États membres à réduire leurs dettes publiques

Posté par mouradpreure le 1 juin 2010

El Watan – 15 Mai 2010   

Le Fonds monétaire international (FMI) a une nouvelle fois appelé ses Etats membres à réduire leurs dettes publiques, évoquant des risques budgétaires « accrus » dans les plus grandes économies mondiales. 

« Les risques budgétaires se sont accrus, en particulier dans les économies développées », a, selon l’APS, affirmé le FMI dans la troisième édition de son « Rapport de surveillance budgétaire multinational ». L’institution a cité trois raisons : « Les tendances budgétaires sous-jacentes se sont encore détériorées depuis le rapport de novembre, les marchés financiers ont davantage concentré leur attention sur les faiblesses budgétaires et les progrès dans la définition des stratégies de sortie budgétaires ont été lents. » La persistance de déficits publics élevés, obligeant les Etats à emprunter actuellement des sommes sans précédent, a été depuis le début de l’année la source de fortes perturbations sur les marchés financiers mondiaux. « Les marchés font plus attention aux développements budgétaires », a observé lors d’une conférence de presse à Washington le directeur des Affaires budgétaires du FMI, Carlo Cottarelli. 

A deux reprises cette année, le FMI a relevé ses prévisions de croissance mondiale. Mais malgré cette amélioration des perspectives économiques, le redressement des finances publiques est insuffisant et la tendance reste mal orientée, a estimé M. Cottarelli. La dette publique moyenne des pays du G20 passerait ainsi de 76,6% du produit intérieur brut en 2010 à 82,2% en 2014. Dans les pays les plus avancés du G20, cette moyenne passerait de 104,4% en 2010 à 115,5% en 2014, selon les prévisions du FMI. « Même si l’activité mondiale est en train de rebondir plus vite que projetée auparavant, les perspectives budgétaires ne s’améliorent pas dans les mêmes proportions », a déploré le FMI. « Des niveaux élevés d’endettement public pourraient peser sur la croissance économique pendant des années », a-t-il ajouté.

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